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Pour une austérité équitable

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Que les péquistes ou les libéraux forment le gouvernement, les Québécois peuvent miser sans crainte sur une constante : la flopée de nominations partisanes qui suivent l’élection d’un nouveau gouvernement à l’Assemblée nationale. Ces nominations partisanes à la tête de sociétés d’État ou d’agences gouvernementales de toutes sortes servent à remercier pour « services rendus » des candidats battus, d’ex-élus et d’autres amis du pouvoir.

Peu après son élection comme première ministre en 2012, Pauline Marois avait nommé entre autres Nicolas Girard (battu aux élections) à la tête de l’Agence métropolitaine de transport (AMT) et l’ex-député/ministre Sylvain Simard à la présidence du conseil d’administration de la Société des alcools du Québec (SAQ) – délogeant du coup respectivement Joël Gauthier et Norman Hébert Jr., tous deux d’allégeance libérale. À l’époque, le PLQ avait décrié ces nominations bien que les libéraux n’aient aucune leçon à donner en la matière. Rappelons que les années Charest ont été marquées par plus de 500 nominations partisanes.

C’est maintenant au tour des libéraux de se prêter au jeu. En effet, nous avons appris au cours des derniers jours que Nicolas Girard a été remercié et sera remplacé par Paul Côté, ancien dirigeant de VIA Rail. M. Girard passera à la caisse et aura droit à quelque 100 000 $ pour sa transition. Quant à Sylvain Simard, il sera remplacé par Johanne Brunet, professeure aux HEC, deux ans et demi avant la fin de son mandat de cinq ans. Lui aussi recevra sûrement une indemnité aux frais des contribuables.

M. Couillard, je m’adresse à vous. Loin de moi de vous demander de mettre fin aux nominations partisanes. Je sais très bien que cette pratique est profondément ancrée dans les gènes du Parti libéral du Québec, comme elle l’est autant dans ceux du Parti Québécois. Vos deux partis s’échangent le pouvoir depuis des décennies et, lors de chaque changement de gouvernement, les contribuables québécois assistent – impuissants – à la distribution de ces cadeaux politiques.

Cependant, il y a un problème. Vous coupez partout et dans tout depuis votre arrivée au pouvoir. Le fardeau du contribuable moyen augmente sous votre règne, tandis que l’État réduit son panier de services essentiels (notamment en éducation). Je n’ai rien contre le dégraissage de l’État québécois, mais les principes d’équité les plus fondamentaux doivent être appliqués dans une société qui se targue d’être parmi les plus justes et progressistes sur la planète.

Or, depuis avril 2014, vous n’avez fait aucun ménage dans vos propres rangs – celui des élus, des ex-élus et des amis de la classe politique. Permettez-moi de vous rappeler que nous – peuple québécois – sommes toujours en attente de la proposition de votre collègue et bon ami Jean-Marc Fournier pour régler le problème des fonds de pension des députés de l’Assemblée nationale – déficitaires de près de 200 M$…

En cette ère dite d’austérité entamée sous votre gouverne, le moment est plus que venu de sabrer dans le buffet des allocations de transition pour que la classe politique commence à montrer l’exemple et gagne peut-être un peu en crédibilité auprès de l’électorat (s’il n’est pas déjà trop tard). Qu’elles soient d’allégeance péquiste ou libérale, les personnes qui sont nommées à la tête de sociétés d’État ou d’organismes gouvernementaux savent fort bien qu’elles doivent leur nomination au fait qu’elles sont « du bon bord du pouvoir ». Elles savent aussi qu’elles sont assises sur un siège éjectable et peuvent perdre leur emploi à tout moment pour des raisons de pure partisanerie politique.

M. Couillard, vous demandez à la population de se prendre en main et de vivre collectivement selon ses moyens. Très bien. Mais qu’en est-il des amis que vous nommez à ces postes déjà très bien rémunérés? Ne devraient-ils pas aussi se responsabiliser et ne plus avoir droit de se goinfrer au buffet des fonds publics? Quelqu’un dont le poste dépend du parti au pouvoir devrait être considéré comme un contractuel et rémunéré en conséquence. Il n’y a pas lieu de lui verser une allocation dans les six chiffres lorsqu’on le congédie parce qu’il n’est pas de la bonne couleur politique. Vous deviez y voir après le tollé provoqué par le départ de votre ministre Yves Bolduc, ce profiteur qui ne s’est pas gêné pour passer à la caisse au moment de quitter votre gouvernement de son propre gré et moins d’un an après avoir été réélu député de Jean-Talon.

Vous avez laissé passer la tempête… Rien n’a changé depuis, mais le temps vous est venu d’agir et vous avez le pouvoir d’agir – si le courage politique est au rendez-vous. Allez-vous modifier les règles afin de mettre fin – une fois pour toutes – à cette pratique partisane que financent contre leur gré les contribuables du Québec qui se font siphonner des milliards de dollars de leur argent durement gagné chaque année par le fisc? Suis-je le seul à juger cette pratique inacceptable de la part d’un gouvernement ayant pris des décisions (non annoncées pendant la dernière campagne électorale en passant) qui ont pour résultat que ce sont toujours les mêmes membres de la société qui sont mis à contribution dans ce grand ménage que vous avez imposé au sein de l’État québécois? De grâce, assumez vos responsabilités de premier ministre!

Sébastien St-François

Hydro-Québec doit être remis au service des Québécois

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« La nationalisation de l’électricité est nécessaire, pour l’épanouissement des Canadiens français comme nation, pour le développement économique de la province; elle est une entreprise rentable à brève échéance… »
Ces paroles, ce sont ceux de feu René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles dans le gouvernement de Jean Lesage. La nationalisation de l’électricité était son cheval de bataille. Il avait raison de vouloir nationaliser l’électricité; Hydro-Québec est devenue une fierté des Québécois et une société très, très rentable pour l’État québécois. Mais force est de constater que son étoile pâlit depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, c’en est une véritable vache à lait qui verse à son actionnaire (le gouvernement du Québec) des milliards de dollars annuellement. Hydro-Québec est sans l’ombre d’un doute la société d’État la plus rentable pour le gouvernement. Bien plus que Loto-Québec ou la SAQ. Cependant, il y a une différence fondamentale entre Hydro-Québec, d’une part, et Loto-Québec et la SAQ, d’autre part. Les billets de loterie et l’alcool ne sont pas des biens essentiels (nonobstant les problèmes de jeu compulsif et d’alcoolisme avec lesquels certains membres de la société sont aux prises). À ma connaissance, l’électricité est un bien essentiel. Il suffit d’une panne de courant pour s’en rendre rapidement compte… Sans électricité, notre société dite moderne cesse de fonctionner.

Mais Hydro-Québec répond à des commandes politiques. Pendant la campagne électorale de 2012, Jean Charest avait défendu Gentilly-2 bec et ongle, alors que les libéraux n’avaient aucune intention de garder la centrale nucléaire ouverte. Il voulait simplement ne pas se mettre à dos les électeurs de la région pendant la campagne électorale. Peu après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois a sonné le glas de Gentilly-2. Par conséquent, une turbine payée 79 M$ par notre argent a été vendue à la ferraille pour un montant dérisoire de 75 000 $. Une perte nette de tout près de 79 M$ pour les Québécois… Au total, la décision des libéraux de maintenir la centrale nucléaire en vie à des fins politiques nous a coûté près de 1 milliard.

Il y a ensuite les investissements qu’Hydro-Québec fait dans l’énergie éolienne, qu’elle revend à perte. Encore une fois, c’est une commande politique, le premier ministre voulant faire belle figure en matière de création d’emplois dans les régions – sur le dos de tous ceux qui reçoivent une facture d’Hydro-Québec chaque mois… Les chefs de parti et de gouvernement instrumentalisent donc Hydro-Québec à des fins politiques et c’est nous – la clientèle prise en otage par ce monopole – qui en faisons les frais.

C’est un fait connu que les employés d’Hydro-Québec sont parmi les mieux traités au Québec sur les plans de la rémunération et des avantages sociaux. De plus, ils ont droit à un régime de retraite à prestations déterminées et leur rente de retraite sera pleinement indexée jusqu’à la fin de leurs jours. Dans le cas du PDG démissionnaire Thierry Vandal, son parachute doré est carrément scandaleux en cette supposée ère d’austérité. Qui paie pour tout cela? Encore une fois, les clients d’Hydro-Québec qui subissent depuis plusieurs années des hausses de tarifs supérieures à l’inflation.

Pour ajouter aux abus, le député péquiste de Marie-Victorin, Bernard Drainville, avançait récemment qu’Hydro-Québec continue de facturer des frais de relève de 23 $ par année à ses clients même si leur résidence est munie d’un compteur intelligent, ce qui représenterait un montant de 67 M$ par année pour les 2,9 millions de clients qui ont déjà un compteur intelligent. J’en suis de ce nombre.

Vient ensuite le taux d’intérêt que charge Hydro-Québec à ses clients en défaut de paiement : 14,4 %, soit 2,4 fois plus que le taux d’intérêt de 6 % chargé par Revenu Québec sur les créances d’impôts impayés. Un taux nettement exagéré alors que le taux directeur de la Banque du Canada s’établit à 0,75 % et qu’il est actuellement possible de souscrire une hypothèque sur cinq ans à un taux fixe de moins de 3 %… Pis encore, le ministre responsable d’Hydro-Québec, Pierre Arcand, a avoué ne pas être au courant de ce « problème ». Il a promis de « […] faire part à Hydro-Québec de ce dont me parle le député de Marie-Victorin et nous allons certainement corriger, s’il y a lieu, la situation. » C’est rassurant…

Dans ce même dossier, ce « grand » ministre a formulé un commentaire tellement insignifiant qu’il faut se demander s’il ne nous prend pas pour des valises ou encore s’il n’est tout simplement pas incompétent « à la Bolduc ». En bon libéral, il a sorti la carte PKP et affirmé que Vidéotron chargeait un taux d’intérêt plus élevé à ses clients défaillants qu’Hydro-Québec en plus de facturer l’utilisation du service à l’avance, ce que la société d’État ne fait pas. Euh… Monsieur le Ministre, c’est parce que : primo, Vidéotron est une entreprise privée; secundo, Vidéotron ne vend pas un service essentiel et ne tient pas sa clientèle en otage, contrairement à Hydro-Québec… Vraiment, comme commentaire insignifiant et méprisant à l’égard de la clientèle prisonnière de cette société d’État, c’est dur à battre…

Hydro-Québec ressemble de plus en plus à un monstre à dompter, un monstre d’une opacité déconcertante qui est en train d’appauvrir le Québécois moyen. Il est plus que temps que la société d’État soit tenue de rendre des comptes à l’ensemble de la population du Québec et non seulement à son actionnaire, le gouvernement du Québec. Quelqu’un quelque part semble avoir oublié que le gouvernement du Québec n’est pas le patron de la population québécoise. Cette dernière représente plutôt sa raison d’être…

Sébastien St-François

Le remède de cheval

ministresAprès plusieurs jours d’attente à la suite des élections du 7 avril dernier, nous voilà enfin avec un nouveau gouvernement dûment assermenté. En effet, Philippe Couillard a enfin présenté son conseil des ministres au peuple québécois mercredi dernier : de nouveaux visages (Jacques Daoust, Martin Coiteux, Carlos Leitao, Gaétan Barrette, David Heurtel, Hélène David, etc.) et plusieurs ministres de l’ère Charest de retour (Jean-Marc Fournier, Christine St-Pierre, Lise Thériault, Pierre Moreau, Yves Bolduc, Sam Hamad, etc.). La tâche qui attend le gouvernement Couillard est colossale…

Depuis des années, on nous met en garde contre le « mur » qui se dresse devant nous. Ce mur, c’est celui de nos finances publiques, de notre rythme de vie collectif qui dépasse nettement nos moyens collectifs, et ce, malgré le fait que nous figurons parmi les États où le fardeau fiscal des contribuables est le plus élevé. Le modèle socioéconomique d’une époque révolue (l’État providence) a clairement fait son temps et nous courons à notre perte si nous nous entêtons à le maintenir. Déjà, ça fait plus d’une décennie qu’un début de sérieuse remise en question du modèle aurait dû être entamé. Vous vous rappelez la « réingénierie de l’État » que promettait Jean Charest avant que toutes les grandes centrales syndicales ne débarquent devant les portes de l’Assemblée nationale à l’automne 2003? Nous avons perdu dix ans depuis…

Aujourd’hui, en 2014, la situation est d’autant plus critique. Dans son budget (non adopté) déposé en février dernier, Nicolas Marceau annonçait un déficit de l’ordre de 2,5 G$ pour l’exercice qui se termine le 31 mars 2015. Or le déficit prévu est maintenant de 3,1 G$ pour 2014-2015 si le statu quo est maintenu. Maintenant premier ministre, Philippe Couillard cherche un milliard de compressions dès cette année. C’est un peu ironique, car c’est le chef de parti dont les promesses électorales étaient les plus coûteuses il y a quelques semaines à peine. La réalité de la précarité financière du Québec est toutefois implacable, même pour un premier ministre nouvellement élu. De citer le chroniqueur Vincent Marissal de La Presse : « Les vraies affaires, c’est que le Québec est dans la dèche et doit trouver trois milliards. »

La situation est si précaire que certains experts soutiennent que nous devrons nous résigner à privatiser certaines de nos sociétés d’État comme Hydro-Québec et la SAQ. Vendredi dernier, Mario Dumont, chroniqueur au 98,5 FM, a expliqué la situation en termes très clairs. Les récessions sont cycliques. Pendant les années de prospérité économique, les gouvernements doivent tenter de dégager des surplus et de les appliquer au remboursement de leur dette. Ils se préparent ainsi aux années plus difficiles au cours desquelles ils devront à nouveau emprunter davantage et se réendetter.

Le Québec ne s’est jamais relevé de la crise de 2008. Jean Charest pouvait bien clamer haut et fort que le Québec s’en était mieux sorti que ses voisins, mais la province a néanmoins payé un prix dans le processus. Nous nous sommes lourdement endettés et le risque de déficits structurels (c’est-à-dire que l’État ne réussit plus à boucler son budget annuel et vit donc sur la carte de crédit d’année en année) est maintenant bien réel au Québec. Philippe Couillard affirme pleinement reconnaître la précarité de nos finances publiques et se dit déterminé à agir. Il faut espérer qu’il réussisse là où ses prédécesseurs ont échoué ou ont manqué de courage.

Le « trio économique » du nouveau gouvernement libéral – formé de Carlos Leitao (ministre des Finances), de Jacques Daoust (ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations) et de Martin Coiteux (président du Conseil du Trésor) – donne lieu d’espérer qu’un début de véritable ménage commence à être fait au cours des quatre prochaines années. Ce sont de nouveaux venus en politique, et ils ont certainement des compétences qui bénéficieront à l’État si on leur permet de faire ce qui doit être fait. M. Leitao me semble une personne très lucide et réaliste : il doute déjà de la probabilité que le Québec dégage des surplus en 2015-2016 et reconnaît ouvertement que des programmes sociaux pourraient devoir être éliminés.

La situation actuelle est d’autant plus désolante à la lumière des milliards de dollars en deniers publics qui nous ont été volés dans tous les stratagèmes de corruption et de collusion des dernières décennies. Des milliards qui devaient être investis dans le mieux-être collectif ont plutôt abouti dans les sales poches de bandits dont bon nombre n’en paieront probablement jamais le prix…

Bref, le moment est venu de faire les choses autrement, de remplacer l’actuel modèle sacro-saint qui craque de partout et de vivre selon nos moyens (collectifs). Si nous persistons à ne rien faire, ce seront les agences de notation qui nous « remettrons à notre place » et nous imposerons un modèle socioéconomique correspondant à ce que nous sommes réellement en mesure de nous payer. Il suffit que les taux d’intérêt dont bénéfice l’État québécois augmentent de quelques points de pourcentage, et ce sera des milliards de moins dont disposera le gouvernement du Québec pour investir dans le Québec et les Québécois. L’heure du remède de cheval a sonné!

Sébastien St-François