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Même moule cassé, même bon peuple dupé

Photos_Communiques_V2Source : plq.org

On dit que six mois en politique, c’est une éternité. C’est vrai… Le 7 avril 2014 est bien loin dans mon esprit, le gouvernement Marois, encore plus. Mais alors? Le Québec a-t-il réellement progressé au cours des six derniers mois? En campagne électorale le printemps dernier, Philippe Couillard et ses sbires nous promettaient mer et monde. Par exemple, la création de 250 000 emplois sur cinq ans. Or, dans les faits, l’« effet libéral » en matière de création d’emplois se fait toujours attendre. Il s’est perdu 30 100 emplois à temps plein en octobre, ce qui porte le bilan depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir à -82 000 emplois. Alors que le taux de chômage a baissé dans le ROC et s’établit maintenant à 6,5 %, il a progressé de 0,1 % et se chiffre dorénavant à 7,7 % au Québec.

Dans son obsession à court terme d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (tout indique que ce sont déjà les agences de notation qui dirigent le Québec et que Philippe Couillard n’est qu’une vulgaire marionnette à leur commande…), le gouvernement libéral – ne voulant/pouvant pas hausser directement le fardeau des familles québécoises – s’apprête à confier à d’autres acteurs sociaux l’odieuse mission d’en soutirer encore plus des poches de celles et ceux qui n’en ont plus à donner sans compromettre leur propre équilibre budgétaire – souvent très précaire. Pensons notamment aux 300 M$ en compressions imposées aux municipalités pour 2015 (préparez-vous à une autre hausse de votre compte de taxes municipales) et à la modulation des tarifs de services de garde (alors que l’impôt qui finance le gros de ce système est déjà modulé en fonction du revenu) à compter du 1er avril prochain.

Mais qu’en est-il du long terme? La réduction de la dette provinciale (qui a monté en flèche sous le règne de Jean Charest), le ménage dans les régimes de retraite relevant directement de Québec (déficit accumulé de 77 G$), une refonte en profondeur du système des commissions scolaires pour diriger un maximum d’argent vers les services directs aux élèves (que des engagements vagues de notre bon ministre de l’Éducation, le controversé [pour rester poli] Yves Bolduc)? Rien. Jusqu’à maintenant, le grand ménage promis par Philippe Couillard semble se limiter à la bonne vieille recette que libéraux et péquistes utilisent depuis des lunes : pelleter ailleurs, puis le CONtribuable assumera la facture sous une forme ou une autre. Très décevant, mais prévisible en réélisant un « bon gouvernement libéral »…

De toute évidence, le bon vieux moule que les premiers ministres se lèguent depuis des décennies a trouvé preneur en avril dernier. Les Québécois se sont fait promettre un gouvernement Couillard 1.0 – résolu à remettre de l’ordre dans l’État québécois – et ils ont mordu massivement à l’hameçon, dans leur désir de se débarrasser d’un gouvernement péquiste qui n’allait nulle part. Tout indique que les Québécois ont encore une fois été dupés par un « vieux » parti et ses promesses creuses. En effet, ce qui nous gouverne depuis avril dernier n’est rien d’autre qu’un gouvernement Charest 2.0. Manquant le courage politique nécessaire pour effectuer de réelles coupes dans l’État tentaculaire sans cesse grandissant et envahissant dans la Belle Province, le gouvernement Couillard se contente de répéter la recette du gouvernement Charest des années 2003 à 2012 : on alourdit le fardeau fiscal de la masse en passant par la porte d’en arrière… On confie à d’autres intervenants (municipalités, CPE, sociétés d’État comme Hydro-Québec) l’odieuse tâche d’en puiser encore plus dans nos poches.

Je n’ai pas voté pour le candidat libéral dans ma circonscription aux dernières élections. Je suis néanmoins pris à vivre avec la décision de la majorité jusqu’en 2018. Ainsi va la démocratie. Mais, de toute évidence, le moule est cassé. Que les péquistes ou les libéraux soient aux commandes de la province, le Québec s’appauvrit d’année en année, tout comme les Québécois à force de se faire ponctionner le porte-monnaie par un État qui leur en demande toujours plus sans leur donner une qualité de services à laquelle ils sont en droit de s’attendre pour leur argent.

C’est bien plate à dire, mais le Québec et les Québécois continueront à s’appauvrir tant et aussi longtemps que les vieux partis s’échangeront le pouvoir. Et le PQ et le PLQ nous montrent de quel bois ils se chauffent et des résultats dont ils sont capables depuis des décennies. Peu importe qui est à la tête de ces partis aux idéologies d’une époque révolue, le résultat est le même : la province continue à sombrer dans la dèche et les réels problèmes ne se règlent pas. Au contraire, ils s’empirent, car on continue de les pelleter dans la cour des générations qui nous suivront : finances publiques, santé, éducation, justice… Pendant combien de temps encore pouvons-nous réellement confier le pouvoir à des acteurs politiques qui s’entêtent à faire usage d’un moule qui est caduque? Pis encore, d’élection en élection, une majorité suffisante continue à fonder tous ses espoirs dans l’un ou l’autre de ces vieux partis.

Les prochaines élections n’auront pas lieu avant 2018. En ayant recours une fois de plus à la duperie, le PLQ s’est confortablement installé au pouvoir pour un mandat de quatre ans et demi. Ce mandat est très mal parti si les Québécois pensaient avoir élu un parti qui ferait enfin le grand ménage nécessaire pour tenter d’éviter « le mur » ou – du moins – le heurter moins violemment. Tout indique que nous aurons plutôt droit à une facture fiscale encore plus lourde et que les vrais problèmes demeureront entiers à la fin du mandat en cours.

Les libéraux nous démontrent encore une fois que, tant que nous nous contenterons du vieux moule que les gouvernements qui se succèdent utilisent depuis maintenant trop longtemps, la recette sera la même : le Québécois moyen paiera de plus en plus cher pour les services publics, le Québec demeurera lourdement endetté et pauvre, et les générations qui nous succéderont – nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants – ne l’auront pas facile, hypothéquées leur vie durant en raison des choix et du manque de courage politique des deux partis qui s’échangent le pouvoir depuis la Révolution tranquille.

En 2018, ça nous prend un nouveau moule, de nouveaux acteurs politiques et une nouvelle vision de ce qu’est l’État si nous voulons avoir une chance de sauver ce qui reste du Québec. Surtout, il faudra qu’une majorité d’électeurs se rendent compte que le vieux moule usé ne fonctionne plus et que les vieux partis ont échoué à rompre avec la tradition ayant mené à la situation actuelle…

Sébastien St-François

« Dérangez-moi pas! »

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La table est mise… Dans la foulée des congédiements et des suspensions prétendument injustifiés – dont celle de nul autre que Ronald Martin, le chef syndical des pompiers de Montréal – après le saccage de l’hôtel de ville de Montréal le 18 août dernier et devant l’intransigeance du gouvernement de Philippe Couillard, le porte-parole de la Coalition pour la libre négociation syndicale, Marc Ranger, nous promet maintenant un « grand dérangement ».

D’affirmer M. Ranger : « On va s’assurer qu’il y ait [sic!] de la discipline dans nos actions, mais on appelle ça un grand dérangement. Oui, ça va déranger. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. » Je dirais ceci à M. Ranger : Vous marchez sur des œufs, cher monsieur… Déjà le public payeur n’est pas très sympathique à la cause des syndiqués municipaux. Bien des femmes et des hommes se lèvent chaque matin pour se rendre travailler sans bénéficier des conditions de travail dorées et blindées des employés municipaux. Ces femmes et ces hommes subissent les soubresauts des marchés financiers et observent avec impuissance le pécule qu’ils tentent de se constituer en vue de leur retraite encaisser des pertes plus ou moins lourdes. Ces investisseurs ont dû attendre des années avant que leur portefeuille ne se rétablisse des pertes subies lors du krach de 2008. On venait à peine de sortir du rouge et de commencer à connaître des rendements plus favorables que le cycle boursier nous replonge dans la voie de la croissance négative.

En effet, les marchés boursiers sont malmenés depuis des semaines, notamment en raison de l’anxiété à l’égard de l’économie mondiale. Tant à New York qu’à Toronto et ailleurs sur la planète, les indices ont reculé au cours des dernières semaines. Les marchés sont très volatils. J’ai moi-même communiqué avec mes gestionnaires de placements au cours des derniers jours pour connaître l’état de mon propre portefeuille. On m’indique que « nous ne sommes pas négatifs par rapport à janvier 2014 ». C’est bien beau, mais mon objectif en me constituant mon propre fonds de retraite (statut de travailleur autonome oblige) est de voir l’argent que j’y place « faire des petits ». Faire du surplace ou reculer, ce n’est pas très rassurant pour l’avenir. Mais ainsi vont les marchés boursiers…

Nous avons ensuite les employés municipaux – à qui tout serait dû – qui refusent obstinément d’être soumis aux mêmes règles. Ils tiennent mordicus à leurs avantages indécents que nous n’avons plus les moyens collectifs de leur payer. Devant leur impuissance à faire plier le gouvernement jusqu’à maintenant, ils menacent donc de « déranger » celles et ceux qui financent – contre leur gré – les conditions dorées dont ils jouissent depuis des années. Pas sûr que ce soit une stratégie gagnante… M. Ranger, j’ai un message clair à vous transmettre : « Dérangez-moi pas! » Je suis trop occupé à travailler et à payer toutes sortes de taxes et d’impôts pour financer entre autres vos jobs et vos régimes de retraite. Je n’ai ni le temps ni l’envie de me faire entraver par votre « grand dérangement ». Vos œufs, cassez-les entre vous et foutez la paix à la population et – surtout – aux contribuables qui vous ont été très généreux pendant très longtemps! Vous n’avez aucun droit de nous prendre en otage!

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale…

C’est le silence radio. Rien sur les mesures que le gouvernement compte prendre pour assainir d’autres régimes de retraite qui relèvent directement de Québec et qui sont drôlement plus déficitaires que ceux des municipalités visés par le projet de loi 3 : la Sûreté du Québec, les juges (Cour du Québec et cours municipales) et les membres de l’Assemblée nationale eux-mêmes. Au total, les régimes de retraite administrés par Québec sont déficitaires de quelque 77 milliards de dollars (l’équivalent du tiers de la dette québécoise).

Le 2 octobre dernier, en réponse à une question de Benoit Dutrizac du 985FM, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a lancé la balle dans le camp de Jacques Chagnon. Jacques Chagnon, président de l’Assemblée nationale et député de Westmount, qui y sera réélu jusqu’à sa mort ou jusqu’à ce qu’il tire sa révérence de la vie politique, ne bouge pas d’un iota et refuse même de s’expliquer publiquement. Un grand démocrate, quoi!

On peut bien ne pas être sympathique à la cause de Marc Ranger et de sa bande, mais on peut certainement comprendre leur frustration quand nul autre que le président de l’Assemblée nationale se cache derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, qui siège à huis clos, et refuse jusqu’à maintenant de donner l’exemple en assainissant ses propres régimes de retraite déficitaires de près de 200 millions de dollars pour 532 cotisants. Comme dirait l’autre, c’est pas fort!

Sébastien St-François

Le même remède pour tous!

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D’entrée de jeu, je suis favorable au principe sur lequel repose le projet de loi 3 des libéraux. Ce projet de loi sera-t-il adopté dans sa forme actuelle ou dans une forme modifiée? Devant la grogne qu’il suscite dans les rangs municipaux, certaines modifications sont à prévoir, comme le laissait d’ailleurs entendre le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, lui-même au terme de la commission parlementaire tenue sur le sujet en août dernier. Mais le fait demeure : la situation des déficits actuariels de plus d’un régime de retraite municipal est intenable et ce n’est pas juste aux contribuables non bénéficiaires de ces régimes de payer la note. C’est sûr que lorsqu’on apprend que le maire de Montréal, Denis Coderre, reçoit une pension fédérale de près de 89 000 $ par année, très largement payée par les contribuables, ça enlève pas mal de crédibilité à ce porteur du message et ce n’est rien pour atténuer le mécontentement des syndiqués municipaux. Mais les régimes déficitaires ne seront pas capitalisés du jour au lendemain comme par magie pour autant…

Par ailleurs, le problème est loin de se limiter au secteur municipal. En effet, Cogeco Nouvelles nous apprenait la semaine dernière que plusieurs régimes de retraite provinciaux sont tout aussi mal en point, en commençant par ceux des députés de l’Assemblée nationale. Il est question d’un déficit totalisant 197 M$, soit 371 000 $ par participant à ces régimes (un total de 532 députés actifs ou retraités). Il faut savoir que nos députés provinciaux se sont votés deux régimes de retraite : un principal, auquel ils ne cotisent que 21 % et un complémentaire auquel ils ne cotisent pas un sou (autrement dit, il est financé à 100 % par les contribuables). Jusqu’à maintenant, les libéraux ne se montrent pas prêts à modifier quoi que ce soit les concernant et se réfugient derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, un comité qui siège à huis clos.

Mais la situation est encore pire pour d’autres régimes dont Québec est responsable. Par exemple, « chacun des 630 juges actifs ou retraités de la Cour du Québec ou de cours municipales endosse un déficit individuel de 854 000 $, puisque leur régime de retraite est déficitaire de 538 M$. » Du côté de la SQ, c’est tout aussi catastrophique : « les 10 751 membres actifs ou retraités du Régime de retraite des membres de la Sûreté du Québec traînent chacun un déficit individuel de 342 000 $. Leur régime de retraite est en déficit de 3,7 G$. » Source : Régimes de retraite : déficits énormes chez les juges et à la SQ

Il en résulte aujourd’hui que les obligations non capitalisées du gouvernement du Québec à l’endroit de ses retraités [actuels et futurs] totalisent quelque 76,7 G$, ce qui représente grosso modo le tiers de la dette de la province. Ça n’a aucun bon sens, et ces chiffres témoignent de l’incapacité chronique de nos gouvernements passés – rouges et bleus confondus – de gérer les deniers publics dans une optique de pérennité. En effet, pendant des décennies, nos élus se sont plutôt contentés d’administrer dans l’esprit d’acheter la paix sociale et syndicale. Mais là, le glas a sonné et l’heure est arrivée de passer à la caisse pour réparer ce gâchis – avant qu’il ne soit trop tard.

Vendredi dernier, Philippe Couillard a sonné l’alarme et qualifié de lamentable la situation actuelle des finances publiques. Selon lui, le gouvernement « dépense plus qu’il ne gagne ». J’aimerais rappeler à M. Couillard que le rôle d’un gouvernement n’est pas de « gagner » de l’argent… D’ajouter M. Couillard : « Le changement n’est jamais agréable. C’est toujours difficile, surtout quand on est touché par les réorganisations, mais tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. » Entièrement d’accord avec vous, M. Couillard, mais montrez l’exemple en commençant par faire le ménage dans votre propre chaumière! Sinon, comment pouvez-vous prétendre avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour imposer le projet de loi 3 cet automne? L’esprit de ce projet de loi doit être étendu à vos propres régimes de retraite et à tous les autres régimes provinciaux qui sont dans un état piteux, souvent pire même que celui des régimes municipaux que vous dénoncez!

La société québécoise est devant un mur, et ce mur ne disparaîtra pas par magie. Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse soutient que le grand test qui attend Philippe Couillard sera de surmonter le mur de résistance qui s’érige contre ses politiques d’austérité. Si Philippe Couillard échoue comme ce fut le cas de son prédécesseur (rappelez-vous la grande « réingénierie de l’État » promise par Jean Charest en 2003 mais jamais réalisée), il y a lieu de sérieusement s’inquiéter pour la suite des choses. Bien entendu, le fait que nous nous sommes fait collectivement voler littéralement des centaines de millions de dollars par les acteurs de la corruption et de la collusion au fil des années n’aide en rien. Mais soyons réalistes : nous ne reverrons pas un traître sou de cet argent qui nous a été volé entre autres par ceux qui sont actuellement en attente de leur procès criminel. Nul besoin de nommer des noms, tout le monde sait de qui on parle…

Si rien n’est fait, il est clair que ce seront éventuellement les créanciers qui sonneront la fin de la récréation. Le cas échéant, le remède fera drôlement plus mal et même les plus égoïstes parmi nous – qui ne pensent aucunement aux générations à suivre et veulent à tout prix conserver la totalité de leurs acquis souvent « négociés » sous la menace de perturbation et de violence – risquent fort d’en subir les contrecoups de leur vivant…

Sébastien St-François

Crions tous au voleur en chœur!

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Des membres de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, avec leur président Denis Côté en tête, nous ont réservé un triste spectacle la semaine dernière, digne de l’époque des « goons » ayant marqué l’histoire du syndicalisme au Québec. Voulant passer un message à la mairesse Suzanne Roy de Sainte-Julie, qui est également la nouvelle présidente de l’Union des municipalités du Québec, ils ont débarqué en nombre à Sainte-Julie pour scander « Au voleur! » et commettre du vandalisme en placardant l’hôtel de ville d’autocollants propagandistes.

On a un sérieux problème quand ceux investis de l’autorité de faire régner l’ordre se comportent de manière aussi disgracieuse que les nombreux carrés rouges qu’ils ont arrêtés il y a deux ans à peine. Et qui de mieux placé qu’un policier pour comprendre qu’il vaille mieux ne pas dégainer trop rapidement et brûler toutes ses cartouches alors qu’on est encore à quelques semaines de la commission parlementaire prévue sur le projet de loi 3. Or, c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire tant qu’à moi. Déjà que le public payeur n’était pas très sympathique à leur cause…

Comme le relate l’enseignant en histoire Marc Simard, dans son texte d’opinion intitulé « Rien volé? », pour le travailleur québécois moyen, c’est scandaleux qu’un pompier de Montréal ait droit à la retraite après 25 ans de service sans aucune pénalité actuarielle, jouisse de prestations de retraite garanties et pleinement indexées au coût de la vie et ait contribué une cotisation limitée à 6 % de son salaire pour une rente valant 970 000 $ (départ à la retraite à 50 ans, après 30 ans de service). La grande majorité des futurs retraités est très, très loin de ce compte.

Bien entendu, des abus, il y a eu de part et d’autre de la clôture. Les contribuables font aujourd’hui les frais des décisions de plusieurs élus municipaux peureux, incompétents et/ou insouciants qui ont préféré négocier la « paix syndicale » à tout prix dans le passé, choisissant du même coup de faire fi des conséquences de leurs décisions peu courageuses sur leur municipalité à long terme, voire à moyen terme. Par ailleurs, il fut une époque – comme nous le rappelle Ovila Hétu dans son texte « Négocié [sic!], vos régimes de retraite? » – où la machine syndicale faisait régner un climat de terreur et n’hésitait pas à prendre la population en otage pour obtenir ce qu’elle voulait de l’État. Le gâchis devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui est le fruit de l’irresponsabilité qui est celle à la fois des élus municipaux et des représentants syndicaux.

Il en demeure néanmoins que ce qui dépasse l’entendement dans l’attitude des actuels employés et retraités municipaux est l’impression qu’ils donnent d’être prêts à sacrifier les générations futures de leurs semblables au nom de leurs sacro-saints acquis. En effet, leurs enfants, petits-enfants, gendres et brus pourraient un jour œuvrer à leur tour comme policiers, pompiers, cols bleus ou cols blancs. Déjà qu’ils ne jouiront jamais des conditions enviables de leurs aînés, on persiste à vouloir leur refiler la facture salée des dernières décennies de paix syndicale achetée à grands frais.

Mais le problème reste entier, et les bénéficiaires de ces (trop) généreux régimes de retraite devront faire leur part. La solution passe par un partage 50/50 entre les employeurs et les employés de la capitalisation future des régimes et une contribution des actuels employés et retraités municipaux aux efforts requis pour remettre les régimes déficitaires sur les rails et en assurer la pérennité. Le statu quo est intenable, et le projet de loi 3 vise à y mettre fin et à jeter les bases d’un nouveau partage du fardeau des caisses de retraite publiques alors que la population vieillit et l’espérance de vie est beaucoup plus longue qu’elle l’était lorsque ces caisses ont été créées.

Pendant que le torchon brûle, le premier ministre Philippe Couillard continue à jouer à l’homme invisible, tandis qu’Yves Bolduc persiste et signe qu’il n’a rien à se reprocher dans la saga des primes. Toutefois, du même souffle, il avoue avoir su « d’emblée qu’il devait rembourser une partie de ses primes en raison de l’abandon de sa pratique. » Franchement honteux et tout pour attiser le feu qui couve à l’approche d’un automne qui s’annonce déjà chaud. Je persiste et signe à mon tour : Yves Bolduc n’est plus digne de son portefeuille ministériel et doit quitter le conseil des ministres avant que les négociations avec les employés de l’État ne débutent d’ici quelques semaines.

Les employés et retraités municipaux sont loin d’être les seuls au Québec à pouvoir prétendre qu’ils se font voler. Au Québec, la quasi-totalité des contribuables se font voler d’une façon ou d’une autre depuis des années. Malheureusement, je ne peux être sympathique à des travailleurs qui se comportent comme des fier-à-bras et/ou se déguisent en clowns. Je vais au cirque quand j’ai envie de voir des clowns et, au cirque, les clowns ne sont pas armés.

Sébastien St-François

La banque est à sec!

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Sans surprise, le projet de loi no 3 du gouvernement Couillard – Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal – déposé par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, en juin dernier a été décrié comme une « déclaration de guerre » par les syndicats qui représentent les employés municipaux. En effet, il était prévisible que toute mesure visant à établir une certaine équité entre des travailleurs dont le régime de retraite est parfois financé à hauteur de 75 % par des deniers publics et les contribuables qui sont appelés à financer de tels régimes par le biais de leurs taxes (qui ne cessent d’augmenter) serait mal accueillie par les syndicats qui représentent les employés municipaux.

La Coalition syndicale pour la libre négociation, qui est montée aux barricades le jour même de l’annonce du projet de loi, dénonce que ce dernier touche le partage des déficits passés des régimes de retraite – autrement dit, les sacrosaints « acquis ». Elle [la Coalition] va aussi loin que qualifier le projet de loi de hold-up! Le problème à l’origine du dépôt du projet de loi no 3 des libéraux est pourtant bien réel, à hauteur de 3,9 G$ : c’est le montant du déficit total des régimes municipaux de retraite à prestations déterminées au Québec. Et ce déficit ne disparaîtra pas par magie… Soit il sera refilé aux prochaines générations (comme on a pris l’habitude de faire au Québec depuis maintenant trop longtemps), soit il sera refilé une fois de plus aux contribuables (qui – pour la plupart – sont bien moins « gras durs » que ceux dont ils paient les salaires), soit il sera réglé de façon équitable entre les municipalités (donc, les contribuables) et les travailleurs concernés qui bénéficient d’excellentes conditions de travail. C’est ce que viserait le projet de loi de M. Moreau. Même Marc Ranger, le porte-parole de la Coalition, reconnaît que l’employé municipal moyen est mieux rémunéré que les autres salariés.

Mais ce n’est pas le but de ce billet. Je ne suis pas un employé municipal; je suis un contribuable parmi tant d’autres qui paient beaucoup d’impôts et de taxes chaque année. Je suis un travailleur autonome, qui certes gagne bien sa vie, mais qui travaille de longues heures depuis des années pour la gagner tout en tentant de se constituer un régime de retraite décent (moi non plus, je n’ai rien volé à personne). Contrairement aux employés municipaux, le mien n’est pas à prestations déterminées. Il a subi des pertes en 2008 et il n’est pas à l’abri de pertes futures advenant une autre crise boursière. Et personne ne m’offrira de le renflouer, le cas échéant. Personnellement, je ne suis pas très sympathique à la cause qu’est celle de la Coalition syndicale pour la libre négociation. Au fil des décennies, le Québec s’est appauvri et peine aujourd’hui à joindre les deux bouts et d’assurer aux Québécois des services à la hauteur de ce qu’ils paient pour ces services. La réalité peut en frustrer certains, mais le fait demeure que tous doivent être mis à contribution pour résoudre l’actuel impasse financier – y compris les employés municipaux, qui bénéficient de conditions de travail bien supérieures à celles du Québécois moyen… On ne peut pas toujours demander aux mêmes de payer et prétendre ensuite agir au nom de l’équité.

Là où je décroche totalement, c’est lorsque ces gens se donnent la permission de placarder des autobus ainsi que des véhicules et équipements municipaux d’autocollants propagandistes, comme ils l’ont fait la semaine dernière. Ce moyen de pression d’une époque révolue est totalement inacceptable. Ce sont des biens publics, donc payés par les contribuables, les mêmes qui épongent les déficits actuariels des régimes municipaux depuis plusieurs années maintenant. En partant à la guerre contre le gouvernement Couillard, la Coalition cherche-t-elle aussi à provoquer l’ire de celles et ceux qui paient les salaires et une part souvent inéquitable des pensions des travailleurs dont elle représente les intérêts? On dirait bien!

Quant aux policiers en service lors de tels actes de vandalisme, qu’ils aient un peu plus de respect pour leur uniforme et l’autorité dont ils sont investis par l’État et qu’ils fassent le travail pour lequel ils sont bien payés au lieu de se contenter d’être de simples observateurs lors de perturbations sociales au nom de leurs acquis. Si je décidais de protester contre les généreuses conditions de travail de ces gens auxquelles je contribue chèrement en apposant des autocollants sur des véhicules municipaux ou en allumant un feu de camp devant un hôtel de ville, ce ne serait pas long que je serais assis sur la banquette arrière d’une voiture de police… Mesdames et Messieurs des corps policiers, votre travail fondamental consiste à maintenir l’ordre public. Faites le job pour lequel on vous paie, celui de maintenir l’ordre, y compris parmi vos consœurs et confrères municipaux!

Je ne suis pas un adepte du duo Coderre-Labeaume – deux personnages colorés mais parfois grossiers –, mais ces deux maires ont raison dans le dossier des régimes de retraite municipaux : la situation actuelle est intenable financièrement, elle perpétue la tradition d’hypothéquer les générations futures et les contribuables actuels ont assez donné! Et ça n’a rien à voir avec le vol éhonté de notre argent que nous expose la commission Charbonneau depuis quelques années, comme le prétend la Coalition. N’oublions pas que les magouilles exposées devant cette même commission ont eu raison de Michel Arseneault, président de la puissante FTQ. Employés municipaux, exprimez votre opinion sans pour autant défigurer le bien public. Vous serez – peut-être – un peu plus sympathiques aux yeux de celles et ceux qui sont loin de bénéficier de vos conditions dorées. Le Québec s’appauvrit et la banque des contribuables est à sec. Prenez-en acte!

Sébastien St-François

Le « mur » des régimes de retraite de la fonction publique

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Cette semaine, la journaliste Stéphanie Grammond de La Presse a publié deux articles fort éclairants sur la situation des régimes de retraite de la fonction publique québécoise : « En Cadillac avec des lunettes roses » et « Déficit fantôme de 57 milliards ».

Les chiffres dépassent l’entendement : des dizaines de milliards de dollars en déficit avoué et des dizaines de milliards de dollars supplémentaires en déficit non avoué (le gouvernement en nie l’existence en se rabattant sur ses normes comptables qui ne l’obligent pas à le déclarer), mais néanmoins très réel.

Le portait peint par Mme Grammond annonce des jours très sombres pour une majorité de Québécois. Pendant combien d’années encore continuerons-nous d’hypothéquer les générations futures, celle de nos enfants, celle de nos petits-enfants, celle de nos arrière-petits-enfants et ainsi de suite?

Si vous vous achetez une Cadillac et n’avez pas les moyens de payer vos mensualités, vous devrez vous en départir ou vous risquez de vous la faire saisir par votre créancier. Pourquoi cette logique pourtant si élémentaire ne s’applique jamais lorsqu’il est question de fonds publics?

Au Québec, nous sommes huit millions d’habitants et seulement environ 40 % d’entre nous payons des impôts pour « financer la machine ». À l’échelle municipale, la quasi-totalité des régimes de retraite sont également en situation déficitaire. Bien souvent, les taxes sont haussées pour éponger une partie de ces déficits. Autrement dit, des contribuables qui bien souvent ne bénéficient pas eux-mêmes d’un généreux régime de retraite pour leurs vieux jours sont contraints de financer celui des fonctionnaires qui jouissent déjà de conditions de travail fort enviables par rapport aux leurs.

Le Québec se targue d’être une société généreuse et équitable. Généreuse, peut-être, mais pas envers tout le monde. Équitable? Certainement pas, si on prend l’exemple des régimes de retraite que se paient les élus et les fonctionnaires aux frais des autres.

Le système est intenable, et il est urgent que la situation soit corrigée avant qu’il ne soit trop tard. Quoiqu’on en pense, il est à espérer que Régis Labeaume réussisse son pari qui l’a reconduit au pouvoir pour quatre ans. Peut-être qu’une victoire à Québec ouvrira la porte à une victoire au Québec pour mettre fin à une situation qui ne peut plus être tolérée tellement elle est devenue inéquitable à l’égard d’une majorité d’entre nous.

Sébastien St-François

Municipalités : le déficit des régimes de retraite explose

Source : La Presse Affaires

Le déficit actuariel des régimes de retraite des employés municipaux a explosé de 55 % en un an, a appris La Presse Affaires.

Il a atteint 4,8 milliards de dollars au 31 décembre 2011, par rapport à 3,1 milliards en 2010, selon une évaluation que le ministère des Affaires municipales a fournie à l’Union des municipalités du Québec (UMQ), la semaine dernière.

Le déficit représente l’écart entre le passif, soit la valeur actualisée de toutes les promesses de rente faites aux employés et aux retraités, et les actifs dont disposent les régimes de retraite pour payer ces rentes.

L’explosion de 1,7 milliard du déficit dépend surtout de la baisse des taux d’intérêt qui oblige tous les régimes de retraite à mettre davantage d’argent de côté pour payer les rentes promises.

Le trou devra être comblé par les municipalités. Mais leur capacité de payer est limitée, à moins d’augmenter les taxes des citoyens. « La situation est alarmante », constate Yves Létourneau, conseiller à l’UMQ.

Dans les plus grandes municipalités, qui comptent de nombreux employés, le fardeau des régimes de retraite devient particulièrement lourd. Par exemple, le régime de retraite des policiers de la Ville de Longueuil accuse un déficit de 38 millions de dollars, presque aussi élevé que la masse salariale (43 millions). Le coût du régime représente 40$ par compte de taxe. (souligné ajouté)

Patate chaude électorale

Dans le cadre de la campagne électorale, l’UMQ a demandé aux partis politiques de fournir des « outils législatifs » pour permettre un partage plus équitable des coûts et des risques des régimes de retraite entre les municipalités et leurs employés.

L’UMQ a mis de l’avant un certain nombre de solutions, comme réduire l’indexation des rentes en fonction du coût de la vie, arrêter de subventionner les retraites anticipées, hausser l’âge de la retraite, ou encore instaurer des régimes à prestations cibles. Dans ce type de régime, la rente promise est ajustée selon les résultats du régime.

Mais jusqu’ici, aucun parti politique n’a pris d’engagement. La crise des régimes de retraite est reléguée au second rang depuis le début de la campagne électorale, constate Yves Trudel, professeur de finances à l’Université de Sherbrooke.

« Combien de fois a-t-on entendu parler du déficit des régimes de retraite depuis le début de la campagne?, demande le professeur. Pourtant, c’est l’enjeu numéro un pour le Québec dans l’immédiat. On a eu un problème avec la Régie des rentes. Et maintenant, on a un problème tout aussi gros qui se pointe dans les municipalités. Est-ce qu’on est prêt à s’y attaquer? »

Mais les régimes de retraite sont une patate chaude électorale. « Lors des dernières élections, on avait tout fait pour évacuer la question des pertes de 40 milliards de dollars de la Caisse de dépôt », rappelle Jean-Pierre Aubry, économiste fellow associé au Cirano.

« Maintenant, c’est une réflexion qui devrait être sur la table », considère M. Aubry. Qu’est-ce que le gouvernement a l’intention de faire pour renflouer les régimes de retraite dont il est responsable?

« À date, cette question-là est passée pas mal sous silence. Le gouvernement a remis à plus tard, en espérant un retour du marché plus fort et plus rapide, qui ferait disparaître le problème de lui-même », dit M. Aubry.

Mais le problème s’est amplifié. Et le trou est encore plus grand.