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Sessionem horribilis!

parti-liberal-du-quebecSource : Le Devoir

Bernard Landry, qui aimait s’adresser parfois au peuple en latin à l’époque où il occupait le poste de premier ministre du Québec, utiliserait peut-être ces mots pour qualifier les derniers mois sur la scène politique québécoise, marqués notamment par le départ soudain de Pierre Karl Péladeau, l’homme que M. Landry voyait comme celui qui donnerait enfin aux Québécois leur pays… Lire la suite

PKP remporte sa mise. Ensuite?

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Voilà, c’est fait. Ayant récolté 57,6 % des votes au premier tour marquant la fin d’une course qui a semblé interminable, Pierre Karl Péladeau est devenu le huitième chef à diriger le parti fondé en 1968 par René Lévesque dans l’espoir de faire du Québec un pays… Jean-Marc Fournier pourra continuer de jouer sa cassette du « Parti Québecor », Sam Hamad pourra continuer de sortir des âneries comme « ce qui est important pour nous, c’est l’économie et l’emploi », Philippe Couillard pourra ressortir le spectre d’un troisième référendum en 2018 pour se faire reconduire au pouvoir… La guéguerre que se livrent les souverainistes et les fédéralistes n’est pas près de cesser de paralyser la Belle Province.

En effet, les libéraux doivent jubiler à l’idée d’avoir le baron québécois des médias comme chef de l’Opposition officielle pendant les trois prochaines années. Quant aux caquistes de François Legault, ils ne l’avoueront jamais, mais le PQ de PKP pourrait leur faire mal en 2018. L’élection de PKP pourrait même s’avérer salutaire pour Québec solidaire, car plus d’un péquiste ayant voté pour Martine Ouellet ou Alexandre Cloutier risque de ne plus se retrouver dans le parti du huitième chef. On peut même se demander si Bernard Drainville en a encore pour longtemps comme député du PQ. Il avait la mine extrêmement basse au Centre des congrès de Québec vendredi soir dernier. Certains diront qu’il avait l’air d’un homme démoli.

Je ne suis pas péquiste, mais l’avoir été, j’aurais été de ceux ayant espéré un deuxième tour et mon choix se serait arrêté sur Cloutier. Le plus jeune (mais néanmoins plus expérimenté en matière parlementaire) des candidats à la chefferie du PQ a malgré tout réussi un score fort honorable, avec 29,2 % des suffrages exprimés. Il est d’ailleurs étonnant que seulement 72,9 % des membres ayant droit de vote ont exercé ce droit. Je me serais attendu à un taux de participation plus élevé vu l’importance de l’enjeu pour les péquistes. Il ne faut pas perdre de vue que le PQ a connu le pire résultat électoral de son histoire en avril 2014.

Mais le destin a voulu que les membres du PQ choisissent PKP. Les « purs et durs » en quête d’un pays depuis des décennies ont passé outre à l’éléphant dans la pièce et décidé que c’est PKP qui est le plus apte à assouvir leur soif indépendantiste. De déclarer le nouveau chef : « Vous m’avez donné un mandat fort et clair : faire du Québec un pays. » M. Péladeau devrait garder à l’esprit que ce mandat lui a été donné par un peu moins de 30 000 Québécois (71 000 membres x 72,9 % x 57,6 %). Il lui reste encore un travail colossal à abattre pour obtenir de l’électorat québécois le mandat qu’il prétend avoir obtenu (de scinder le Québec de la fédération canadienne).

Nonobstant le mandat dont il se croit investi, Pierre Karl Péladeau – et le PQ – a maintenant un problème bien réel et ce problème devra être réglé rapidement. Le « cas de PKP » sera examiné en commission parlementaire à compter du 26 mai. Il y a fort à parier que les libéraux tentent d’en faire une espèce de tribunal politique pour « régler le cas de Péladeau ». Le risque d’un débat bassement partisan qui dérape est donc bel et bien présent, mais la question de fond demeure néanmoins d’une importance capitale pour l’ensemble de la population québécoise et le fonctionnement de notre système parlementaire.

Pierre Karl Péladeau peut-il occuper le poste de chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale tout en demeurant l’actionnaire de contrôle de Québecor? M. Péladeau a beau s’engager à placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Cela est la norme. Cependant, peut-il interdire à son fiduciaire de vendre ses actions alors qu’il ne doit avoir aucun droit de regard sur les décisions de ce dernier? Voilà la véritable question.

Il y a quelque chose de résolument surréaliste de voir les péquistes défendre l’actuelle situation alors qu’ils s’étaient acharnés sur le cas du ministre libéral David Whissell pour une simple compagnie d’asphalte. D’affirmer Stéphane Bergeron, le leader parlementaire du PQ à l’époque : « La perception du public vis-à-vis cette situation va être négative, et ils vont conclure qu’il y a un problème. Ça va soulever des questions. Ça en soulève. » Aujourd’hui, il est question d’un géant médiatique ayant des tentacules déployées partout au Québec et tout baignerait dans l’huile… J’avoue y perdre mon latin!

Par ailleurs, on apprenait récemment du président du conseil d’administration de Québecor, l’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney, que M. Péladeau continuait d’exercer un rôle conseil « de temps à autre » auprès de l’entreprise qu’il contrôle. À la lumière de la victoire de vendredi soir dernier, cette situation devient d’autant plus préoccupante.

Pierre Karl Péladeau a remporté son pari. Il est devenu chef du Parti Québécois et vise maintenant rien de moins que le poste de premier ministre du Québec pour réaliser son rêve et celui des indépendantistes purs et durs. Qu’on apprécie l’homme ou non, c’est son droit le plus fondamental de tenter sa chance. Cependant, étant donné l’objectif qu’il s’est fixé, il doit se départir de ses actions dans Québecor ou, au minimum, renoncer à son droit de regard sur ces actions. Il ne peut plus avoir le beurre et l’argent du beurre.

Sébastien St-François

Mon vote en 30 points

Francois David, Francois Legault, Pauline Marois, Philippe Couillard
Bon, le jour J approche et il faut bien finir par se décider. Depuis le 5 mars dernier, je suis assidûment (peut-être trop assidûment) cette campagne électorale que Pauline Marois pourrait bien regretter d’avoir déclenchée.

En cours de campagne, j’ai écrit à plusieurs reprises sur le débat stérile dont nous tiennent captifs le Parti québécois et le Parti libéral du Québec, débat qui sclérose notre société et fait faire du surplace au Québec depuis des décennies. Le PLQ joue sur la peur (d’un référendum) pour gagner des voix, tandis que le PQ semble vouloir exploiter l’ignorance de certaines gens moins bien informés sur les enjeux sociaux pour réaliser des gains. Dans un cas comme dans l’autre, c’est prendre le monde pour des valises… Les Québécois méritent mieux que ça, et voici donc en 30 points les raisons pour lesquelles j’accorderai mon vote à ce que je considère comme représenter l’option « la moins pire ».

Je ne voterai pas pour le PQ de Pauline Marois pour les raisons suivantes :

  1. Je m’oppose à l’article 1 sur la souveraineté du PQ et je ne veux absolument rien savoir d’un troisième référendum.
  2. Pauline Marois a fait fi de sa propre loi sur les élections à date fixe uniquement dans l’optique partisane de décrocher une majorité de sièges à l’Assemblée nationale. Ce faisant, elle a agi en fonction de ses intérêts politiques personnels plutôt que des intérêts supérieurs du peuple québécois. Je n’ai pas envie de récompenser son geste électoraliste.
  3. Pauline Marois a manqué de respect envers les Québécois en les convoquant aux urnes pour ainsi s’esquiver de son obligation de s’expliquer en commission parlementaire sur l’histoire du « deal » avec la FTQ.
  4. Pauline Marois aurait déclenché des élections entre autres pour éviter que le PQ ne soit éclaboussé par la CEIC, selon Jacques Duchesneau. J’ai tendance à croire M. Duchesneau, et ce, même si le PQ l’a mis en demeure à la suite de sa déclaration.
  5. Pauline Marois dirige un « vieux parti » ayant contribué, au cours des quatre dernières décennies, à faire en sorte que le Québec se classe aujourd’hui à l’avant-dernier rang des provinces en termes de richesse, tout juste devant l’Île-du-Prince-Édouard.
  6. Pauline Marois dirige un parti politique auquel s’intéresse l’UPAC.
  7. Pauline Marois et son gouvernement ont créé un climat de grande instabilité économique au cours des 18 dernier mois.
  8. Pauline Marois s’est servie de son projet de charte sur la laïcité pour semer la division au sein de la population québécoise.
  9. Pauline Marois aurait considérablement alourdi le fardeau des Québécois qui contribuent déjà beaucoup à l’assiette fiscale si elle avait décroché une majorité en septembre 2012. Elle voulait notamment imposer une hausse d’impôt rétroactive.
  10. Pauline Marois n’a pas respecté une de ses promesses phares de la campagne électorale de 2012, soit celle d’abolir la taxe santé des libéraux, qu’elle qualifiait d’ignoble.

Je ne voterai pas pour le PLQ de Philippe Couillard pour les raisons suivantes :

  1. Philippe Couillard, comme Pauline Marois, dirige un « vieux parti » ayant contribué à l’appauvrissement collectif du Québec au fil des dernières décennies.
  2. Philippe Couillard laisse planer un flou sur ses liens avec le Dr Arthur Porter en refusant de répondre aux questions qui perdurent à cet égard. Son passé soulève beaucoup de questions sur son sens éthique.
  3. Philippe Couillard dirige un parti politique auquel s’intéresse l’UPAC au point d’avoir perquisitionné ses bureaux à plus d’une reprise.
  4. Philippe Couillard dirige le parti ayant voté à 11 reprises contre la création d’une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, soit la Commission Charbonneau. Et, maintenant, l’UPAC scrute à la loupe l’agenda de l’ancien premier ministre Charest.
  5. La Commission Charbonneau n’a pas encore fait toute la lumière sur le financement occulte du PLQ pendant les années Charest, et Philippe Couillard nous demande de confier le destin du Québec à son parti pour les quatre prochaines années.
  6. Philippe Couillard s’est négocié un job dans le privé alors qu’il était encore ministre de la Santé dans le gouvernement Charest – une pratique très questionnable ayant d’ailleurs mené à la « Clause Couillard » dans l’actuel Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale.
  7. Philippe Couillard présente dans son équipe de candidats 18 anciens ministres du gouvernement Charest et tente de nous faire croire que le ménage a été fait et que le PLQ s’est renouvelé.
  8. Philippe Couillard s’est dit à l’aise avec tout l’héritage du PLQ, incluant les années Charest sur lesquelles planent encore beaucoup de soupçons et de questions sans réponse.
  9. Avant le déclenchement des élections, Philippe Couillard a agi de manière bassement partisane en faisant de l’obstruction pour faire mourir au feuilleton le projet de loi sur l’aide médicale à mourir – un projet de loi qui faisait pourtant consensus à l’Assemblée nationale.
  10. Philippe Couillard préfère faire peur aux Québécois (référendum) que leur démontrer qu’il est capable de faire de la politique autrement : s’il est élu, il ne faut s’attendre à rien d’autre qu’un traditionnel gouvernement libéral – ce dont je ne veux pas.

Je compte voter pour la CAQ de François Legault pour les raisons suivantes :

  1. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui ose rompre un peu soit-il avec le statu quo responsable du présent marasme au Québec.
  2. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui reconnaît la présence du mur qui se dresse devant nous ainsi que l’urgence de donner préséance aux services plutôt qu’aux structures.
  3. François Legault est le seul des trois principaux chefs à compter une expérience concrète de gestion acquise dans le secteur privé, expérience qui s’avérerait fort utile au Québec en ce moment.
  4. François Legault est comptable agréé et reconnaît qu’on ne peut plus laisser aller le saccage qui consiste à continuer à utiliser « la carte de crédit de nos enfants » pour payer nos services actuels.
  5. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui reconnaît que le fardeau fiscal est trop élevé au Québec et veut s’y attaquer.
  6. François Legault est seul des trois principaux chefs qui reconnaît que la bureaucratie est trop lourde au Québec et s’engage à l’alléger.
  7. François Legault compte plusieurs candidats issus du milieu des affaires dans son équipe, contrairement au PQ et au PLQ qui ont choisi de faire le plein d’économistes (même Pierre Karl Péladeau reconnaît que les économistes ne créent pas d’emplois).
  8. François Legault incarne une voix nécessaire au Québec et les Québécois seraient perdants si cette voix n’était plus représentée à l’Assemblée nationale. En septembre 2012, près de 1,2 M d’électeurs ont voté pour la Coalition Avenir Québec.
  9. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui propose une charte des municipalités pour s’attaquer aux déficits actuariels des régimes de retraite municipaux.
  10. François Legault est le seul à diriger un parti n’ayant jamais été au pouvoir, et il ne pourrait qu’apporter un brin de fraîcheur à la gouvernance de notre province.

Cette année, je m’inscris en faux contre le « vote stratégique » et je voterai selon ma conscience et en fonction des enjeux que je considère prioritaires. Je vous invite à faire de même. Et, en pleine Commission Charbonneau, aucun parti ne mérite un mandat majoritaire. Il reste encore trop de ménage à faire. Bon vote!

Sébastien St-François

Nous sommes encore loin de la politique 2.0!

Politique 2.0
Depuis quelque temps, un vent de panique semble souffler dans les rangs péquistes. Les sondages indiquent une baisse de popularité du PQ depuis qu’une nouvelle menace référendaire plane sur le Québec, et la campagne de Pauline Marois manque de plus en plus de structure et de cohérence. Voilà maintenant qu’elle demande à Philippe Couillard de s’excuser pour les années Charest. Mme Marois joue dorénavant une de ses dernières cartes, celle de l’intégrité, et attaque son adversaire libéral sur ce point, alors que c’est elle qui a déclenché ces élections, notamment – pourrait-on raisonnablement penser – pour ne pas avoir à témoigner en commission parlementaire sur le prétendu « deal » avec la FTQ avant que les Québécois ne se rendent aux urnes. C’est vraiment rendu n’importe quoi du côté des péquistes.

Cette campagne se déroule donc sur traditionnel fond d’intégrité et de référendum. Après la sortie de Linda Goupil vendredi dernier, affirmant qu’elle ne voulait pas d’un référendum et qu’elle ne se serait pas présentée candidate si elle l’avait su, voilà maintenant à la députée sortante de Champlain, Noëlla Champagne, de faire une sortie publique. Ce faisant, Mme Champagne a néanmoins précisé ce que sa chef entend par ceci : « Il n’y aura pas de référendum… [quelques secondes de silence] tant que les Québécois ne sont pas prêts. » De répondre Mme Champagne : « Elle [Mme Marois] n’a jamais dit qu’elle ne le ferait pas… mais ce n’est pas son premier choix. On n’a pas le goût de se lancer là-dedans pour perdre. »

Le 29 mars 2014 marque le 65e anniversaire de naissance de Pauline Marois. Elle a beaucoup plus d’années de vie politique derrière elle qu’elle n’en a devant elle. Celle qui est devenue la première femme dans l’histoire du Québec à occuper sa fonction milite pour la souveraineté depuis des décennies. Si elle réussit à décrocher une majorité (ce qui semblerait de moins en moins probable, mais non impossible), il est clair dans mon esprit qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour « préparer » les Québécois à un nouveau rendez-vous référendaire avant la fin de son mandat. Elle sait fort bien que le temps avance, et je suis convaincu qu’elle veut être celle qui réussira là où deux de ses prédécesseurs ont échoué.

Les Québécois qui n’en veulent pas d’un troisième référendum (64 % selon un récent sondage CROP) ont donc de bonnes raisons de « paniquer » si Pauline Marois réussit son pari risqué de décrocher un mandat majoritaire le 7 avril prochain. Elle maintient sa réponse floue pour ne pas s’aliéner les purs et durs ainsi que les pressés de son parti; si elle devait diriger un gouvernement majoritaire, ce seraient ces mêmes personnes qui exerceraient toutes les pressions possibles pour faire plier la première ministre et engager le Québec sur cette voie. Et l’Histoire nous enseigne que le chef du PQ est assis sur un siège éjectable si les purs et durs décident qu’il a fait son temps…

Par ailleurs, le « Bonhomme Sept Heures » référendaire, soit l’actuel chef du PLQ qui promettait un renouveau de son parti, affirme que le Québec aurait les moyens de devenir un pays. Il vient de perdre toute chance d’obtenir mon vote, car il démontre clairement que le PLQ n’a pas évolué d’un iota depuis avoir perdu le pouvoir au terme de neuf ans de règne. Philippe Couillard ne fait que jouer la même cassette que les chefs du PLQ se lèguent depuis des décennies. La dernière fois que j’ai voté pour un vieux parti, ce fut pour le PLQ en 2003. En 2014, comme en 2012, mon vote ira à la Coalition Avenir Québec. Non, la CAQ est loin d’être une option parfaite, mais ça vaut mieux à mes yeux que la « bouillis pour les chats » que nous servent les vieux partis depuis des décennies sans jamais régler les nombreux problèmes qui plombent le Québec depuis trop longtemps.

En 2014, c’est notre seule option pour tenter d’amorcer une « ère 2.0 » dont la politique québécoise aurait bien besoin. Nous devons nous sortir du marasme collectif dans lequel nous maintiennent péquistes et libéraux ex aequo!

Pour conclure, voici les propos (traduits) du chroniqueur Michael Den Tandt du National Post : Ce serait une sublime ironie si Pauline Marois – après avoir plongé le Québec en élections par opportunisme crasse, renié l’histoire de son parti en matière d’inclusion culturelle et recruté le célèbre milliardaire intraitable Pierre Karl Péladeau pour donner à son plan [économique] du muscle et de la crédibilité auprès de l’électeur moyen – devait perdre son pari. Il s’agirait d’un discrédit irréfutable de la croyance selon laquelle celui ou celle qui mène dans les sondages à l’aube d’une campagne électorale remportera à coup sûr son pari. Quand on joue avec le feu, il arrive qu’on se brûle…

Sébastien St-François

Condamnés à choisir le moins pire?

Francois David, Francois Legault, Pauline Marois, Philippe CouillardPhoto : Huffington Post Québec

La campagne électorale bat son plein et c’est une drôle de campagne. Déclenchée à l’encontre de la nouvelle Loi sur les élections à date fixe parce Pauline Marois voyait miroiter dans les sondages d’alors la possibilité de former un gouvernement majoritaire, cette campagne ne se déroule pas aussi bien pour la première ministre sortante qu’elle l’aurait souhaité. Depuis l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau, la popularité du PQ est en baisse (32 % selon le dernier sondage CTV-Ipsos-Reid) et – surprise! (#sarcasme) – ce sont les libéraux de Philippe Couillard qui en bénéficient. Il reste maintenant à voir si le débat de jeudi soir changera la donne. Ça me surprendrait, car personne n’en est sorti réel gagnant par rapport aux autres.

Les stratèges péquistes devaient sûrement saliver aux perspectives qu’ils entrevoyaient suivant l’annonce de la candidature du baron québécois des médias. Quelle arme électorale redoutable pour les partisans de la souveraineté! Mais qui aurait cru que l’image de M. Péladeau brandissant le poing après avoir avoué la motivation de son engagement politique aurait l’effet contraire, soit de plomber la campagne de Mme Marois? C’était pourtant écrit dans le ciel et ce fut confirmé par un récent sondage CROP : l’idée d’un troisième référendum n’a pas la cote auprès de deux Québécois sur trois.

Les stratèges libéraux ont rapidement saisi la balle au bond. Philippe Couillard a ressorti la cassette anti-référendaire du PLQ et l’a jouée abondamment. La déclaration du candidat-vedette du PQ ayant eu pour effet de polariser l’électorat à nouveau entre indépendantistes et fédéralistes, nombre de Québécois ont lancé l’appel à leurs compatriotes sur les réseaux sociaux et ailleurs de voter libéral pour empêcher l’élection des péquistes et la tenue d’un hypothétique troisième référendum. Voilà, le mal était fait et Philippe Couillard est soudainement devenu pour plusieurs un « sauveur », la seule personne capable d’épargner le Québec de la tenue d’un autre référendum déchirant…

Je ne suis pas favorable à la tenue d’un référendum et encore moins à la séparation du Québec. Comme plusieurs, je vois en Philippe Couillard une option « moins pire » que Pauline Marois, car la menace référendaire est écartée si M. Couillard devient premier ministre. Mais je ne me réjouis pas pour autant de la perspective d’un gouvernement libéral – encore moins s’il est majoritaire.

Il ne faudrait surtout pas oublier qu’il y a à peine un an et demi, de nombreux Québécois en avaient ras-le-bol du PLQ au terme de neuf ans de règne de Jean Charest. On reprochait alors aux libéraux leur mauvaise gestion des fonds publics et un nuage toxique de corruption et de collusion flottait au-dessus du parti. Je ne peux croire que ce parti se soit « refait une virginité » en l’espace de seulement 18 mois, surtout qu’aucun élu libéral – actuel ou ancien – n’a comparu devant la Commission Charbonneau à ce jour, car ce volet des travaux tarde toujours à être abordé publiquement. Il reste donc bien des questions qui demeurent à ce jour sans réponse. Dix-huit mois dans l’opposition après neuf ans de pouvoir, ce n’est pas très long et le bilan des libéraux en matière de gestion des finances publiques n’est guère plus reluisant que celui des péquistes. Rappelons, par exemple, que la dette a augmenté de 55 G$ sous Jean Charest. En ce moment, la popularité de Philippe Couillard s’explique plutôt par la crainte d’un hypothétique référendum suscitée par la déclaration fracassante de Pierre Karl Péladeau il y a quelques semaines.

Bref, le nuage toxique n’est pas encore dissipé, le ciel demeure sombre au-dessus du PLQ et on s’apprête peut-être à reporter les libéraux au pouvoir. Avouons que la politique suit parfois une logique étrange. Quant à Philippe Couillard lui-même, j’ai toujours eu de la difficulté à accepter qu’il s’est négocié un job dans le privé alors qu’il était toujours ministre de la Santé et qu’il a néanmoins quitté avec son allocation de transition (bien qu’il soit loin d’être le seul élu à l’avoir fait). Et sa relation avec Arthur Porter demeure bien nébuleuse à mes yeux… même si M. Couillard considère qu’il a répondu à toutes les questions à cet égard et qu’il n’a plus rien à ajouter. Mais une chose est certaine : s’il est élu premier ministre, ce sera un retour à la traditionnelle gouvernance libérale, car il n’a rien d’un révolutionnaire. Je l’écoutais pendant le débat jeudi soir, et j’avais presque l’impression d’entendre Jean Charest – en moins vigoureux ou charismatique…

Donc, si les libéraux sont élus le 7 avril prochain pour former le prochain gouvernement, il s’agira pour moi d’un moindre mal par rapport à la réélection de Pauline Marois. Toutefois, pour le Québec et les Québécois, je ne pense pas qu’on puisse parler d’une grande victoire. Cette élection nous aura plutôt confirmé que nous demeurons captifs de la sempiternelle dualité PLQ-PQ axée principalement sur la question référendaire veille de quatre décennies.

Comme c’est parti, les électeurs semblent résignés à renfiler de vieilles pantoufles confortables, mais usées à la corde. Il ne reste plus qu’à savoir si elles seront bleues ou rouges et si nous devrons les endurer pendant quatre ans ou le temps d’un autre gouvernement minoritaire. Comme électeur, je suis loin d’être convaincu que je sors gagnant de cet exercice démocratique auquel les Québécois ont été conviés pour satisfaire les ambitions électoralistes de Pauline Marois.

Sébastien St-François

Un bel exemple de mobilisation citoyenne

Source : La Presse, le jeudi 23 juin 2011

ZONAGE ET LOTISSEMENT
Vers un référendum à Carignan

Charles Côté

La Ville de Carignan devra tenir un référendum sur ses règlements de zonage et de lotissement, à moins de les modifier et de les soumettre à nouveau pour consultation.

Plus de 500 citoyens se sont déplacés mardi pour signer un registre au sujet des projets de règlements.

L’un des enjeux concernait le sort de l’île au Foin, dont une portion de 75 % est en zone inondable et 25 % constructible. Le projet de règlement confirmait celte situation. Les citoyens signataires souhaitent au contraire la préservation de la totalité de l’île.

Cependant, il faudrait pour cela acquérir le terrain du promoteur qui veut y ériger des résidences.

« Un tour de force »

Selon Patrick Paré, biologiste qui milite au sein d’un des comités de citoyens opposés au projet de règlement, obtenir 515 signatures dans une municipalité de 8000 personnes est « un tour de force ».

« La ville de Carignan devra maintenant réfléchir à ses actions futures, a-t-il indiqué dans un communiqué. Les citoyens qui ont choisi « Carignan, ville verte » (slogan de la ville) sont maintenant sûrs que les élus les écouteront davantage. Pour le moment, la biodiversité de Carignan est saine et sauve. Et les citoyens déterminés à ce que cela demeure ainsi. »

« Tout le monde est extrêmement content, dit Claude Savoie, un autre citoyen. Mais ils vont vouloir nous faire porter l’odieux du coût d’un référendum. »

La Ville a publié un communiqué laconique où elle affirme que « les prochaines étapes seront déterminées par le conseil municipal ». « Ce dernier communiquera ses orientations à la population dans les semaines à venir », affirme-t-on.

Selon la Loi sur les élections et référendums dans les municipalités, un référendum doit être tenu au plus tard 120 jours après la date de la prochaine séance du conseil municipal, qui aura lieu le 5 juillet. La date du scrutin doit être un dimanche et elle doit être décidée à l’occasion de cette séance du conseil.

Le 6 juin, oserons-nous nous prononcer?

Source : http://www.fadoqboucherville.qc.ca

La semaine dernière, on apprenait qu’un registre sera ouvert lundi prochain (6 juin), entre 9 et 19 heures, à l’hôtel de ville concernant le règlement d’emprunt pour financer l’agrandissement du Cercle social Pierre-Boucher. Rappelons qu’un minimum de 811 personnes aptes à voter devront signer ce registre pour que le règlement puisse ensuite être soumis à un référendum. Sinon, tout passera comme du beurre dans la poêle et les élus pourront nous endetter collectivement de 2,3 millions de dollars de plus pour mettre en chantier un projet qui comporte plusieurs lacunes.

Jusqu’à ce jour, ce projet d’agrandissement a fait couler beaucoup d’encre. Pour résumer :

  1. Le Cercle social Pierre-Boucher est utilisé principalement par la FADOQ et le Lunch Club et dessert une clientèle dite de « troisième âge ».
  2. L’équipe de Jean Martel veut investir 2,3 millions de dollars dans une bâtisse actuellement évaluée à 263 300 $.
  3. Même agrandi selon les plans, le Cercle social ne sera pas en mesure de répondre aux besoins croissants d’une population vieillissante à plus long terme.
  4. Le stationnement dans le secteur est très limité. La Ville tente actuellement de négocier avec le Maxi situé à proximité un certain nombre d’espaces de stationnement pour les utilisateurs du Cercle social. Même si cette négociation devait aboutir, cela forcerait certains utilisateurs à y laisser leur voiture, à traverser Fort-Saint-Louis à pied, puis à enjamber la voie ferrée pour se rendre à destination. Par une journée de juillet ensoleillée, peut-être; en pleine vague de froid hivernale ou tempête de neige, c’est moins intéressant et moins sécuritaire…
  5. La circulation automobile autour du Cercle social augmentera à coup sûr une fois le projet réalisé. Or les rues du Vieux Boucherville sont très étroites et non adaptées à une circulation intensive. L’accès des véhicules d’urgence (policiers, pompiers, ambulanciers) pourrait être compromis, ce qui comporterait un risque accru pour la sécurité publique dans le secteur.

Pour ma part, depuis le début, je m’oppose à ce projet. Bien entendu, je reconnais le besoin de doter Boucherville d’un centre moderne pour les aînés. L’actuel cercle social est désuet et trop à l’étroit. Cependant, pour moi, vouloir investir 2,3 millions dans une bâtisse évaluée à près de dix fois moins, sans stationnement adéquat, dépasse l’entendement. Outre ce qui semble être une obsession du maire Martel pour le Vieux Village, je ne peux comprendre la logique de vouloir aller de l’avant avec cet agrandissement.

Bien sûr, il y a lieu de revitaliser et d’entretenir ce patrimoine que représente le Vieux Boucherville. Mais il est question ici d’une infrastructure névralgique pour une clientèle croissante. Les personnes desservies par une telle « maison des aînés » méritent mieux que ce que leur proposent actuellement nos élus. Elles méritent un centre moderne, situé sur un site adéquat et desservi par une aire de stationnement assez grande pour accueillir la clientèle. Quant aux contribuables bouchervillois qui assumeraient une charge additionnelle de 2,3 millions de dollars, ils méritent mieux qu’un centre rafistolé pour répondre à une promesse électorale.

Depuis qu’il est arrivé à l’hôtel de ville en novembre 2009, Jean Martel invoque sa plateforme électorale pour justifier l’ensemble des décisions controversées qu’il prend. Il prétend avoir reçu le mandat de la population de mettre en place son cahier de promesses. Premièrement, M. Martel a été élu d’abord et avant tout pour administrer la Ville et veiller à la saine gestion des finances publiques – notre argent. Deuxièmement, ne perdons jamais de vue qu’un peu plus de la moitié (50,21 %) des électeurs ayant voté le 1er novembre 2009 n’ont pas voté pour Jean Martel ou ses promesses électorales.

Le 6 juin prochain, nous nous voyons offrir l’occasion d’envoyer un message à Jean Martel : Nous voulons revoir le projet d’agrandissement du Cercle social Pierre-Boucher que vous proposez. Il s’agirait en quelque sorte d’un premier test démocratique pour l’actuel conseil. Deux options se présentent à nous, citoyens. Nous pouvons rester assis chez nous, convaincus que nous n’y pouvons rien, ou nous pouvons prendre quelques minutes de notre temps lundi prochain pour nous exprimer, pour laisser savoir à nos élus qu’ils sont d’abord responsables de prendre les meilleures décisions possibles dans l’intérêt de l’ensemble de la population qu’ils représentent. L’actuel projet d’agrandissement ne va pas dans ce sens, et les Bouchervillois méritent mieux.

Bien entendu, puisque le registre porte sur le règlement d’emprunt, advenant la tenue d’un référendum où une majorité se prononcerait contre cet endettement, M. Martel aurait toujours l’option de payer son projet au comptant (il dispose d’amplement de surplus pour le faire). Cependant, ce faisant, il porterait l’odieux de ne pas avoir respecté la volonté populaire et démontrerait éloquemment qu’il ne gouverne pas pour l’ensemble des Bouchervillois, mais seulement pour celles et ceux qui ont appuyé sa plateforme électorale et voté pour lui, c’est-à-dire pour une minorité de la population.

La démocratie n’est pas un processus qui se limite à inscrire un « X » sur un bulletin de vote tous les quatre ans. Nous avons la possibilité de nous prononcer, oserons-nous le faire?

Je compte signer le registre et je vous invite à faire de même en vous rendant à l’hôtel de ville le lundi 6 juin prochain, entre 9 heures et 19 heures. C’est important pour notre démocratie.

Sébastien St-François