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Printemps érable, prise II?

Thousands of demonstrators march against tuition hikes marking 100 days of protest in  downtown Montreal
La semaine dernière, on apprenait que plus de 30 000 étudiants seront en grève pendant deux semaines. Après le « printemps érable » de 2012, les mandarins de l’ASSÉ et leurs sbires cette fois-ci partent en guerre contre l’austérité et les hydrocarbures. D’ailleurs, les étudiants veulent qualifier cette perturbation à venir de « grève sociale » plutôt que de « grève étudiante ». Un peu comme Philippe Couillard refuse de parler d’austérité, préférant parler de vérité. Appelons un chat un chat!

D’aucuns diront « n’importe quoi, l’important est de se donner une cause pour foutre le trouble ». Fidèles à leurs habitudes, les mouvements étudiants refusent d’ailleurs de fournir leur itinéraire comme leur oblige le règlement P-6 de Montréal – règlement auquel d’autres groupes de manifestants, incluant des syndicats, se plient. Tout laisse donc croire que la métropole sera à nouveau prise d’assaut et paralysée – au grand damne des commerçants qui en arrachent de plus en plus à gagner leur vie dans cette ville qui, à bien des égards, donne l’impression d’une ville qui se meurt…

À l’instar des manifestants étudiants, je suis loin d’être un adepte du gouvernement Couillard, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas voté en septembre 2012. Le choix d’une majorité de Québécois aux dernières élections générales ne me plaît donc aucunement. Il y a des jours où juste voir le visage ou entendre la voix du premier ministre ou de plusieurs de ses ministres « recyclés » de l’ère Charest m’agresse. Comme bien d’autres Québécois, j’en ai marre des hausses supérieures à l’inflation des tarifs d’Hydro-Québec commandées par un gouvernement trop hypocrite pour subventionner ses projets de création d’emplois en région autrement. Voir Hydro-Québec vendre l’énergie éolienne à perte aux frais de consommateurs prisonniers de ce monopole me pue au nez. Et je pourrais continuer cette liste de doléances ad vitam aeternam…

Cependant, nous vivons en démocratie. En démocratie, on s’exprime au moment d’une élection et, si on perd son vote, on doit se plier à la volonté de la majorité jusqu’à la prochaine fois. Cela ne veut pas dire qu’on perd son droit de parole, mais cela ne donne pas pour autant le droit de « foutre le bordel ». Oui, le gouvernement Couillard pue à plein nez; non, ce gouvernement ne mérite probablement pas d’être au pouvoir, encore moins d’être majoritaire. Mais c’est le gouvernement en place pour plusieurs années encore après avoir été démocratiquement élu par le peuple.

Pour ma part, je dis NON à un deuxième printemps érable! Les étudiants ont droit à leur opinion, mais ils n’ont pas le droit de paralyser le centre-ville de Montréal et de faire souffrir des travailleurs qui essaient déjà de peine et de misère de gagner leur vie dans un contexte économique très difficile, comme ils ont si brillamment « réussi » au printemps 2012.

Il est à espérer que nos divers élus et niveaux de gouvernement prennent leurs responsabilités en 2015 pour empêcher que cela se produise. Et voilà un premier test pour le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, dont on a vanté les mérites à la suite de sa nomination.

Sébastien St-François

Savoir lâcher prise

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J’écris ce texte en réaction à la chronique « Tenir tête » de Michèle Ouimet paru dans La Presse et La Presse+ du samedi 6 septembre dernier. « Printemps érable », « conflit étudiant », « grève étudiante », « carrés rouges » – peu importe le vocable utilisé pour y faire référence, cette manifestation bruyante et parfois violente demeure bien fraîche dans l’esprit des Québécois, et notamment des Montréalais qui voyaient leur ville se faire prendre en otage quotidiennement. Déjà que l’économie de la métropole était fragile (et demeure fragile à ce jour), l’idée d’être pris dans des bouchons de circulation monstres était assez pour en rebuter plus d’un de s’y rendre. Les commerçants du centre-ville en ont bavé un coup.

Les étudiants à l’origine de ce conflit ont le mérite d’avoir réussi à se faire entendre et d’avoir créé un mouvement qui s’est transformé – au fil des semaines et des mois – en espèce de bouillabaisse socioculturelle contre le gouvernement usé et corrompu de Jean Charest. Je me rappelle encore cette image de Pauline Marois dans la rue, chaudron à la main, ou de ces députés péquistes arborant fièrement leur carré rouge supposément en guise de solidarité avec les étudiants. Ils ont vu juste, ayant réussi, le 4 septembre 2012, à former un gouvernement minoritaire en bonne part grâce à la grogne populaire contre Charest et ses troupes que le mouvement étudiant avait réussi à susciter. On connaît la suite…

Mais qu’en est-il du nœud du problème, c’est-à-dire du financement des universités québécoises? Notre société doit-elle viser à ne former que des universitaires? Doit-on sacrifier la qualité de nos universités au nom de l’accessibilité universelle ou quasi universelle? Ce sont toutes des questions qui doivent peser dans la balance des choix de société que nous faisons.

Je suis titulaire d’un baccalauréat et d’un certificat universitaire. Je travaille dans le domaine pour lequel j’ai étudié et je gagne bien ma vie. Cependant, je connais plusieurs personnes issues de l’université qui n’ont pas réussi à se trouver du travail dans leur domaine d’études et ont dû se résigner à faire autre chose qui ne nécessitait pas une formation universitaire. Et un diplôme universitaire ne vous protège aucunement contre le chômage. Au contraire, bien des métiers affichent des taux de chômage inférieurs à ceux de certaines professions, alors qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines dits « techniques ».

Pendant bien des années, le Québec a dénigré les métiers au profit des emplois nécessitant une formation universitaire. À une certaine époque, les familles québécoises devaient compter un curé dans leur progéniture pour être considérées respectables. Ensuite un médecin, un avocat, un notaire, un comptable, un ingénieur… Aujourd’hui, on se trouve avec trop de professionnels dans certains domaines, des diplômés universitaires dans des domaines où les perspectives d’emploi sont très faibles sinon nulles et des pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers et certaines techniques. Plus d’une personne de métier gagne des revenus supérieurs à bien des professionnels. L’université, c’est bien, mais ce n’est pas pour tout le monde et ce n’est pas la panacée. Des médecins, des avocats, des ingénieurs incompétents, ça existe – même s’ils ont obtenu leur diplôme…

Pour revenir au conflit de 2012, ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est que la vaste majorité des étudiants ayant pris les rues d’assaut étaient des étudiants en sciences humaines dont les débouchés professionnels en fin de parcours scolaire étaient, sont ou seront limités. Les étudiants en médecine, en droit, etc. n’ont pas répondu à l’appel des « ogues » en devenir. Le conflit a semé la division au sein du grand public, mais il a aussi semé la division dans les rangs étudiants eux-mêmes. Il y a des étudiants qui ne voulaient rien savoir de ce conflit, j’en connais personnellement.

Deux ans plus tard, le problème du financement de nos universités demeure entier tant qu’à moi. Oui, une société moderne doit former des universitaires pour occuper les professions de demain, mais encore faut-il qu’elle ait les moyens de les former adéquatement afin qu’ils soient qualifiés dans un monde où la concurrence se livre de plus en plus à une échelle mondiale. Une population de huit millions de personnes ne peut former qu’un certain nombre d’avocats, d’ingénieurs, de comptables, de sociologues et d’historiens pour que ces personnes ainsi formées fassent une contribution utile pendant leur vie active. Le Québec a aussi besoin d’électriciens, de plombiers, de menuisiers, de cuisiniers, de techniciens et de technologues.

Une société forte est une société équilibrée. À mes yeux, une société où l’université est accessible à qui le veut parce que c’est l’État qui paie ou que les frais de scolarité sont maintenus artificiellement bas par des pressions sociales ou politiques ne prépare pas les bases d’une économie solide en veillant à la diversification des compétences de ses travailleurs.

Il y a toujours deux côtés à une médaille, mais de là à vouloir remercier Gabriel Nadeau-Dubois et les autres leaders étudiants d’avoir semé un tel chaos social et divisé à ce point les Québécois, je trouve ça un peu poussé. Un moment donné, il faut savoir lâcher prise et réaliser qu’on a rarement raison sur toute la ligne.

Sébastien St-François