Archives du mot-clé premier ministre

Non à la réforme Trudeau-Morneau!

Je n’ai pas voté libéral en 2015. En fait, j’ai voté vert pour la première fois de ma vie d’électeur, dégoûté par le pathétique spectacle électoraliste livré par les trois principaux partis qui espéraient soit conserver le pouvoir soit y accéder.

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Parader en pleine crise…

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Quand on se compare, on se console. Bien sûr, les Canadiens ne sont pas aux prises avec les graves problèmes de leurs voisins américains sous un président clairement inapte à occuper les fonctions qu’il occupe depuis janvier dernier. En effet, chaque jour qui passe nous permet de confirmer ce que nous sommes nombreux à croire bien avant son élection comme 45e président des États-Unis. Donald Trump est un être narcissique, instable, imbu de sa personne et nullement compétent pour occuper la Maison-Blanche. Lire la suite

Un premier ministre de tous les excès

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À en croire certains, Justin Trudeau est devenu la huitième merveille du monde en accédant au pouvoir en octobre dernier. On le dit beau, jeune, moderne, « hot »… Bref, les qualificatifs élogieux à son endroit ne manquent pas… Lire la suite

Duffy : blanchi, mais loin d’être innocent

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La longue saga judiciaire du sénateur Mike Duffy a enfin connu son dénouement vendredi dernier : le juge Charles Vaillancourt de la Cour de l’Ontario l’a acquitté des 31 chefs d’accusation qui pesaient contre lui pour fraude, abus de confiance et corruption. Lire la suite

La réalité derrière l’image

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Le 6 janvier dernier, La Presse+ titrait en une « Le dossier qu’il n’a pas vu venir ». Il y est question des conséquences que le vieillissement de la population aura inévitablement sur les finances publiques au pays. Et la réalité est insensible à l’image que nos politiciens et leurs stratèges choisissent soigneusement de nous présenter en campagne électorale pour se faire élire. Selon les prévisions démographiques, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait passer de 15 % aujourd’hui à 24 % dans vingt ans (2035). Donc, de moins en moins de personnes actives sur le marché du travail devront financer les services publics par le biais des impôts, taxes et droits qu’elles paient, alors que le nombre de personnes âgées – qui statistiquement requièrent plus de services et coûtent donc plus cher à l’État – enregistrera un bond important.

Déjà, on prévoit que Québec devra trouver 800 milliards de dollars d’ici 2064 pour amortir l’impact du vieillissement de la population sur le financement des programmes sociaux. 800 milliards de dollars, c’est près de quatre fois l’actuelle dette de la province! Pour mettre cet effort en perspective, rappelons-nous les compressions imposées par le gouvernement de Philippe Couillard depuis 2014 simplement pour atteindre l’équilibre budgétaire l’année prochaine (si ce que les libéraux provinciaux nous racontent est la vérité) et les perturbations sociales ayant résulté de ces compressions. Maintenant, pensons à comment l’État québécois réussira à dégager 800 milliards sur 50 ans dans un contexte de vieillissement de la population où la population active est en décroissance et alors que la province traîne déjà une dette qui s’approche dangereusement des 300 milliards de dollars. La dette provinciale par contribuable s’établit aujourd’hui à près de 70 000 $. Elle sera de combien dans 5, 10, 20 ans? Tout laisse entrevoir de douloureuses années à venir pour le sacrosaint modèle québécois et ceux qui le défendent bec et ongle.

Il est vrai que les retombées liées au vieillissement de la population canadienne n’ont pas été abordées durant la dernière campagne électorale fédérale, qui a pourtant été la plus longue dans l’histoire moderne du pays (78 jours). On a beaucoup parlé de niqab, de marijuana, de la vente de « Jeeps » à l’Arabie Saoudite, de l’usure du gouvernement Harper, des réfugiés syriens et des plans des différents prétendants au poste de premier ministre (rappelons-nous combien de fois Justin Trudeau a affirmé sur toutes les tribunes qu’il avait « un plan »).

Il est donc très étonnant, et inquiétant, d’apprendre que celui qui a réussi à se faire élire à la tête du pays le 19 octobre dernier n’a pas vu venir le dossier du vieillissement de la population, un dossier qui sera inévitablement lourd de conséquences sur la croissance future de l’économie canadienne et sur la pérennité des services publics au pays. Justin Trudeau s’est fait élire en promettant notamment de faire des déficits au cours des prochaines années pour tirer profit des faibles taux d’intérêt et investir davantage dans les infrastructures. Dans son cadre financier, le retour à l’équilibre budgétaire était prévu en 2019-2020. Or ce cadre financier ne tient déjà plus la route et il est déjà établi que les déficits seront plus élevés au cours des prochaines années que prévu/promis par les libéraux.

Si les libéraux de Justin Trudeau n’ont pas tenu compte de l’incidence du vieillissement de la population lorsqu’ils ont monté leur cadre financier, il faut espérer qu’ils ne pensent pas que l’argent tombe du ciel. Il y a des limites à utiliser la carte de crédit pour payer l’épicerie et ça ne règle en rien le nœud du problème : au cours des prochaines décennies, il y aura de moins en moins de contribuables et de plus en plus de besoins, notamment à l’échelle des provinces (pensons simplement à la santé, qui accapare déjà le tiers du budget déposé par Québec chaque année, près de 50 % si on y greffe tous les services sociaux).

La lune de miel est terminée. Il est temps pour Justin Trudeau de lâcher les selfies et d’arrêter de se prendre pour une vedette et de plutôt se mettre à exercer les fonctions auxquelles il a été élu : celles de premier ministre du Canada. Et il y a fort à parier que le Canada de Justin Trudeau n’ait rien à voir avec la belle image qu’il a présentée à la population en campagne électorale pour se faire élire au poste qu’il occupe maintenant. Car, au-delà de l’image, il y a la réalité, et elle est implacable.

Sébastien St-François

Votre choix : voter ou vous taire

marianne-baillonneeJ’ai passé une bonne partie de la fin de semaine à réfléchir sur ce sur quoi je pourrais bien écrire maintenant que la campagne électorale fédérale tire enfin à sa fin. Malheureusement, les sondages ne m’aident en rien, car personne ne sait encore qui formera le prochain gouvernement. Chose certaine, les carottes sont cuites pour Thomas Mulcair; il ne sera pas le premier premier ministre néo-démocrate de l’histoire canadienne. Autre chose certaine, Stephen Harper sera reconduit au pouvoir ou Justin Trudeau deviendra le prochain premier ministre du Canada. (Qui y aurait cru il y a à peine quelques semaines?)

Lequel des deux sera élu à la plus haute fonction et dans quelle mesure (majoritaire ou minoritaire), il nous faudra attendre jusqu’à tard lundi soir pour le savoir. Justin Trudeau peut bien mener légèrement dans les sondages, mais le Parti libéral compte sur le vote des jeunes – loin d’être une certitude étant donné que les jeunes ne sont habituellement pas très nombreux à exercer leur droit de vote. Quant à Stephen Harper, qui traîne légèrement dans les plus récents sondages, il peut miser sur sa « popularité » auprès d’une clientèle qui est plus âgée et plus encline à se rendre jusque dans l’isoloir pour s’exprimer. Harper n’a pas voulu s’avancer sur son avenir passé lundi soir; Trudeau peine à contenir son enthousiasme débordant.

Nous devons néanmoins nous compter extrêmement privilégiés d’habiter ce pays. Certains invoquent avec liesse la perspective de voir Stephen Harper chassé du pouvoir après près d’une décennie. D’autres s’expriment avec grand enthousiasme sur l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau. Il en demeure que nous – électeurs – avons maintenant et enfin le pouvoir de décider : Harper reste au pouvoir ou Trudeau lui succède. Dans bien des pays sur la planète, Harper continuerait de régner pendant bien des années encore, peu importe ce que le peuple en pensait. Le droit de vote est pris pour acquis ici au Canada, mais c’est un droit qui doit être exercé par tout un chacun, sans quoi il perd inévitablement sa valeur intrinsèque.

Pour ma part, je souhaite un gouvernement minoritaire, peu importe lequel des deux prétendants le forme et nonobstant les inconvénients d’un gouvernement qui n’a pas les coudées franches pour faire à sa tête. Si les conservateurs l’emportent, ça forcera le parti à entamer une réflexion sur son leadership; si les libéraux remportent la mise, Trudeau ne pourra mettre en œuvre intégralement son « plan » concocté par l’establishment du parti. Tant qu’à moi, aucun des deux ne mérite la confiance de régner en roi et maître sur notre pays pendant quatre longues années. Dans mon livre à moi, Harper a fait son temps dans les rangs conservateurs, tandis que Trudeau n’a ni l’expérience de vie ni la maturité (et ça n’a rien à voir avec son âge) pour devenir premier ministre d’un gouvernement libéral majoritaire.

En démocratie, la beauté de la chose est que mon opinion vaut celle des électeurs qui prétendent que Harper est l’Anti-Christ, que Trudeau est la septième merveille du monde ou que Duceppe a encore un rôle utile à jouer en politique canadienne. En démocratie, c’est voter qui compte avant tout. Quiconque ne juge pas bon d’exercer son droit de vote – un droit auquel bien des peuples aspirent encore aujourd’hui en 2015 – perd son droit de critiquer le gouvernement ou encore ses concitoyens qui ne pensent pas comme lui. Votez ou exercez le droit de vous taire en d’autres termes.

Je vais perdre mes élections, car j’aurai voté pour le Parti vert. Mais j’aurai voté, j’aurai exercé ce droit que tant de peuples sur cette planète inéquitable souhaitent ardemment pouvoir exercer un jour. Alors, de grâce, allez voter – peu importe ce en quoi vous croyez ou ne croyez plus. Votez pour quelqu’un ou contre quelqu’un, mais rendez-vous dans l’isoloir…

Sébastien St-François

La ministre Charbonneau a besoin de cours d’appoint, et ça presse!

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On se demande parfois comment certaines gens ont réussi à accéder aux fonctions qu’ils occupent. On a eu un bel exemple de ceci la semaine dernière, en la personne de Francine Charbonneau, ministre de la Famille dans le gouvernement Couillard.

En effet, un court message publié sur Facebook par la ministre à sa collègue démissionnaire, Marguerite Blais, a fait couler beaucoup d’encre et suscité moult réactions. Ce court message d’à peine une centaine de mots était truffée d’une quinzaine de fautes – pour la plupart concernant des règles de français de base.

De citer Tania Longpré, sur son blogue du Journal de Montréal : « Qu’est-ce que vous envoyez comme message? Vous êtes censée valoriser l’éducation, mais vous ne savez pas conjuguer le verbe avoir au présent de l’indicatif! » Il est en de même pour la plupart des erreurs ponctuant le triste texte de la ministre Charbonneau : « j’en prendrez soins », « tout ces aînés », etc. Au moins, elle n’a pas oublié l’accent circonflexe sur le i dans aînés…

Pour moi, la défense de la langue française n’a rien de politique. Ce n’est pas la chasse gardée du Parti Québécois, c’est une responsabilité fondamentale du gouvernement du Québec, peu importe sa couleur. C’est une question de survie culturelle et de fierté, celle d’un peuple minoritaire sur un continent vastement anglophone qui dit se battre pour la sauvegarde de sa langue depuis des décennies.

Je suis traducteur agréé et chargé de cours en traduction juridique pour l’Université du Québec à Trois-Rivières. En début de carrière, j’ai enseigné le français (et l’anglais) au secondaire général et professionnel pendant environ cinq ans. Je suis le fils d’un père francophone et d’une mère anglophone. Après des études primaires en anglais, j’ai fait mon entrée dans un collège privé de réputation très enviable sur la Rive-Sud de Montréal. Apprendre – et surtout maîtriser – le français n’a pas été une tâche facile pour moi. Je me souviens encore de ma première secondaire : j’écrivais mon français au son et je « coulais » presque tous mes cours parce que je peinais à bien comprendre la matière livrée en français par mes enseignants. J’ai persévéré et fait mes cinq années d’études secondaires à ce collège privé. La vie a fait en sorte que je gagne ma vie comme langagier professionnel.

Pour un peuple qui se dit fier de sa langue et prêt à la défendre à tout prix, le Québec fait parfois pitié sur le plan linguistique. Nous sommes témoins d’un nivellement vers le bas qui se poursuit depuis trop longtemps. Il en résulte que, aujourd’hui, nombre de diplômés universitaires – toutes professions confondues – ne savent pas écrire correctement. Dans les médias sociaux, la langue française est malmenée et se résume souvent à un jargon incompréhensible constitué d’abréviations de toutes sortes et d’émoticônes. Même à l’Assemblée nationale, le français est loin d’être valorisée et maîtrisée par tous ses membres. Pensons à l’ancien ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui s’exprimait parfois péniblement dans la langue de Molière, et l’actuel chef de l’opposition, Pierre Karl Péladeau, qui utilise parfois un niveau de langage laissant à désirer.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait ceci à dire en réaction au message controversé de sa ministre de la Famille sur Facebook : « Il ne faut pas être condescendant ou paternaliste. On n’a pas tous eu les mêmes occasions de se perfectionner et d’avoir une orthographe idéale ». Dans le cas de Francine Charbonneau, on est très loin d’une orthographe idéale. C’est carrément honteux et inacceptable venant d’une ministre d’un gouvernement qui dit accorder de l’importance à la défense du français et qui a été présidente de la Commission scolaire des Mille-Îles de 2002 à 2008. Un bel exemple pour nos enfants à qui on tente d’inculquer l’importance capitale de savoir s’exprimer correctement en français au Québec.

Alors que le ministre de l’Éducation, François Blais, veut resserrer les exigences applicables aux futurs enseignants, n’y aurait-il pas lieu de resserrer les exigences applicables à celles et ceux qui sont invités à former le conseil des ministres du seul gouvernement de langue française en Amérique du Nord?

À cet égard, la déclaration de notre premier ministre est fort inquiétante. Le Québec ne réussira jamais à protéger la langue française – et surtout la qualité de la langue parlée et écrite – sur son territoire en acceptant de niveler vers le bas et de pardonner l’impardonnable…

Sébastien St-François

Avant de pouvoir continuer, il faut d’abord commencer…

actualites_-_sympatico_-_ca_1300_732_50_s_c1_center_center_0_0_1Après la multiplication d’annonces de décisions se soldant par d’importantes ponctions que subiront les Québécois en 2015, le taux des « très insatisfaits » à l’égard du gouvernement Couillard atteint maintenant 30 %, selon le dernier sondage Léger-Le Devoir. Ce pourcentage n’a cessé d’augmenter au cours de l’automne qui se termine.

C’est un fait bien documenté : les gouvernements imposent toujours leurs mesures les plus susceptibles de susciter la grogne populaire en début de mandat. L’électorat ayant tendance à avoir la mémoire courte, nos dirigeants politiques se disent que le bon peuple a le temps d’oublier avant qu’il ne soit convoqué de nouveau aux urnes. Et, dans la pratique, ils ont raison la plupart du temps…

Vendredi dernier, l’animateur Benoit Dutrizac s’est entretenu avec Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor. M. Coiteux nous assure que les efforts se poursuivront en 2015 pour ce qui est des nombreux autres dossiers problématiques sur le plan des finances publiques. J’aimerais bien pouvoir le croire. Malgré ma méfiance par rapport aux libéraux lorsqu’il est question de finances publiques, s’il y a un membre de ce gouvernement qui tient un discours relativement cohérent depuis son entrée sur la scène politique, c’est bien M. Coiteux. Il tenait le même discours lorsqu’il était professeur aux HEC.

Il reste à voir ce que le gouvernement libéral nous annoncera en 2015. Cependant, à ce jour, le constat est le suivant : le gouvernement libéral provincial aura alourdi le fardeau fiscal du Québécois moyen et récupéré la totalité des mesures d’allègement annoncées plus tôt cet automne par le gouvernement fédéral. Au net, les Québécois figureront parmi les seuls Canadiens à ne bénéficier aucunement des « cadeaux électoralistes » de Stephen Harper.

Pendant ce temps, le premier ministre Philippe Couillard tient à nous rassurer : « La population du Québec va continuer à s’enrichir ». Euh? Est-ce que j’en ai manqué un bout? Pour continuer à s’enrichir, il faudrait que le Québec commence d’abord par s’enrichir… Mais c’est loin d’être le cas; au contraire, le Québec et les Québécois s’appauvrissent. En effet, on apprenait récemment que le pouvoir d’achat des Québécois avait enregistré son premier recul depuis 1996. Sur le plan collectif, la province de Québec (la neuvième province la moins riche sur dix, devant l’Île-du-Prince-Édouard) recevra la somme record de 9,5 milliards de dollars en péréquation du gouvernement fédéral en 2015-2016.

Par conséquent, avant même d’essayer de nous faire croire que nous sommes en mesure de continuer à nous enrichir, le premier ministre devrait plutôt faire preuve d’une bonne dose de réalisme. La pléthore de mesures annoncées au cours de l’automne ne vise qu’à permettre à la province d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016. C’est tout… Le gouvernement n’a toujours rien fait pour s’attaquer, par exemple, à la dette – dette qui dépasse les 270 G$ et augmente de 25 M$ par jour selon le Compteur de la dette québécoise. Voilà un problème récurrent de taille que nous devons en bonne partie à Jean Charest, le prédécesseur libéral de Philippe Couillard. Que fera le gouvernement à cet égard? Puiser encore et encore dans les poches du contribuable, qui n’en a plus à donner sans mettre en péril son propre équilibre budgétaire?

Malgré les assurances que le premier ministre veut bien nous donner en cette fin d’année, force est de constater que le Québec est encore très loin de redevenir une province prospère et que les générations futures payeront encore très longtemps les abus des dernières décennies. C’est la triste réalité de ce qu’est devenu le Québec au fil des gouvernements péquistes et libéraux s’étant succédés depuis la Révolution tranquille.

Malgré toute cette morosité dans laquelle baigne le Québec, c’est aussi le moment des réjouissances dans la Belle Province, alors souhaitons-nous de joyeuses fêtes! Profitons-en pour décrocher un peu, car la réalité nous rattrapera et reprendra l’avant-scène assez vite au retour du traditionnel congé de fin d’année. Souhaitons-nous une année 2015 moins austère et plus optimiste que fut 2014!

Sébastien St-François

PKP : Et si ce n’était qu’une ruse?

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C’est un secret de polichinelle : Pierre Karl Péladeau sera de la course à la chefferie du PQ pour succéder à Pauline Marois – si course il y a. En fait, selon un récent sondage, à 53 %, il devancerait de loin d’autres prétendants au poste comme Bernard Drainville, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, dont les appuis varieraient entre 2 % et 7 % tout au plus.

Au cours des derniers jours, M. Péladeau a multiplié ses sorties dans les médias pour se positionner. Notamment, il se dit contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard et pour le maintien des programmes sociaux et se porte à la défense des plus vulnérables de la société. Il a beau se justifier en affirmant qu’il tient un discours en phase avec les valeurs que partagent les Québécois, ce virage à gauche est certes surprenant venant du « roi des lock-out » du Québec ayant jeté plus d’un travailleur québécois à la rue pendant son règne à la tête de l’empire Quebecor.

Il faut d’ailleurs se demander dans quelle mesure son discours est vraiment en phase avec la réalité du Québec. Lors de l’annonce de sa candidature au poste de député de Saint-Jérôme en avril dernier, son poing levé et sa déclaration farouchement souverainiste ont marqué le début de la descente aux enfers pour Mme Marois et sonné le glas de la carrière politique de cette dernière. Une nette majorité de Québécois n’en veulent pas d’un troisième référendum, du moins pas à ce moment-ci de leur histoire. Leurs priorités sont ailleurs. C’est d’ailleurs un constat dont ont pris acte certains prétendants plus modérés dans les rangs péquistes comme MM. Drainville et Lisée.

Pour ce qui est de l’austérité – ou de la réduction des dépenses publiques –, M. Péladeau vit sur une autre planète qu’il croit que nous puissions maintenir le cap… Juste pour atteindre l’équilibre budgétaire l’an prochain, l’État doit réduire ses dépenses de l’ordre de 3,2 G$. Juste pour l’an prochain… La ceinture devra également être serrée au cours des exercices à venir. La croissance économique et la croissance des emplois ne sont pas au rendez-vous. La semaine dernière, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a avoué que le Québec ratera sa cible en matière de création d’emplois pour 2014. Au net, il s’est perdu 21 000 emplois au Québec depuis le début de l’année, et la chute est marquée depuis le mois d’avril (l’arrivée au pouvoir des libéraux de Couillard).

Oui, le gouvernement libéral de Philippe Couillard fait preuve d’une grande maladresse depuis plusieurs semaines : ballons lancés tous azimuts dans les médias presque quotidiennement et acteurs plus ou moins crédibles pour défendre les compressions envisagées (Yves Bolduc en tête)… On peut même se demander si ce ne sont pas déjà les agences de notation et les créanciers qui tirent sur les ficelles en coulisses tellement le gouvernement semble faire preuve d’amateurisme dans sa grande précipitation pour réduire les dépenses étant donné que les revenus de l’État n’augmentent tout simplement pas pour différentes raisons.

Il faudrait donc que M. Péladeau nous explique comment il ferait concrètement pour rétablir la santé financière du Québec sans sabrer dans les généreux programmes sociaux qui lui sont si chers, mais que nous ne parvenons plus à financer sans nous enfoncer de plus en plus dans l’endettement et, ce faisant, sans hypothéquer davantage les futures générations de Québécois. Il accuse le gouvernement libéral de manquer de vision (je concède), mais il sera intéressant de connaître sa recette miracle pour sortir le Québec de son profond marasme si/une fois qu’il sera installé dans le fauteuil de chef de sa formation politique.

Ce texte a été rédigé avant que ne soient annoncées les règles du jeu de la prochaine course à la chefferie du Parti Québécois. Cependant, si on se fie à l’histoire de ce parti, tout indique que PKP en deviendra le prochain chef, car le PQ s’est toujours donné le chef qui partait en avance selon un article paru dans La Presse samedi dernier. Course ou couronnement? Voilà la question qui demeure, et j’imagine que nous connaîtrons la réponse sous peu.

PKP ne s’est pas lancé en politique pour être député. Il vise rien de moins que le poste de premier ministre. Pour ce faire, il doit d’abord se faire élire (ou couronner) chef du Parti Québécois. De ce que je connais du PQ, ses militants n’éliraient pas le « roi des lock-out ». Il est donc légitime de se demander si le soudain virage à gauche de M. Péladeau ne soit rien d’autre qu’une ruse pour amadouer la faction gauchiste du parti et accéder aisément au poste qu’il convoite. Si Pierre Karl Péladeau succède à Pauline Marois, il devra ensuite élaborer un programme à présenter aux électeurs en vue des élections de 2018. Là aussi, je le vois difficilement proposer un programme de droite comme celui du Parti conservateur du Québec s’il espère gagner la faveur – et le vote – des péquistes.

Pour terminer, je ne suis vraiment pas un partisan de Jean-François Lisée, mais il a raison sur un point. Si Pierre Karl Péladeau veut devenir chef du PQ et convoiter la fonction de premier ministre du Québec, il doit se départir de ses actions dans Quebecor, ce qu’il refuse de faire. Même lorsqu’on est multimilliardaire, on doit parfois faire des choix et on ne peut tout avoir. M. Péladeau devra choisir entre son ambition politique et le « legs de son père ». Et on peut se demander, s’il réussit à se faire élire premier ministre en 2018, s’il gérera le Québec comme il a géré son empire médiatique…

Sébastien St-François

Une bonne idée, le fractionnement du revenu?

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Promesse maîtresse des conservateurs fédéraux en 2011, la possibilité pour les couples ayant des enfants âgés de moins de 18 ans de fractionner leur revenu deviendra probablement une réalité l’an prochain. En effet, il est attendu que le gouvernement Harper intègre cette mesure d’allègement fiscal dans son budget préélectoral du printemps prochain puisque l’équilibre budgétaire aura été atteint. Ottawa prévoit même dégager un surplus de 6,4 milliards de dollars en 2015. Mais avons-nous collectivement les moyens de nous permettre une telle mesure?

Le fractionnement du revenu permettrait aux couples de réduire leur facture d’impôt en transférant jusqu’à 50 000 $ du conjoint au revenu plus élevé au conjoint au revenu plus modeste (donc imposé à un taux moins élevé). Les conservateurs ont autorisé le fractionnement du revenu de pension en 2007, et cette mesure coûte annuellement au bas mot quelque 1,2 milliard de dollars au gouvernement fédéral en pertes de recettes fiscales et environ 500 millions de dollars aux provinces. À l’heure actuelle, 70 % des personnes âgées ne tirent aucun bénéfice du fractionnement du revenu de pension, tandis que les 10 % d’aînés qui touchent les revenus les plus élevés ont droit à un avantage moyen de 820 $ par année.

Il est estimé qu’étendre le fractionnement du revenu aux familles ayant des enfants âgés de moins de 18 ans réduirait les recettes gouvernementales de l’ordre de 3 milliards de dollars de plus par année à l’échelle fédérale et de 1,9 milliard de dollars par année au niveau des provinces. Et le coût de cette mesure augmentera au fil du temps. Même le regretté Jim Flaherty, que plus d’un qualifie d’un des meilleurs ministres des Finances qu’a produit le Canada, songeait à reculer sur cette mesure controversée – ou plutôt à tenter de convaincre Stephen Harper de reculer – peu avant sa démission le printemps dernier. Ce n’est pas rien.

Selon des études, dont une menée par l’Institut C.D. Howe, le fractionnement du revenu familial aurait pour effet d’enrichir les riches et créerait des iniquités entre les régions du Canada. Ce sont surtout les provinces fortement conservatrices de l’Alberta et de la Saskatchewan qui en sortiraient gagnantes. Ça ressemble en tous points à une promesse électoraliste conçue pour plaire à la base conservatrice.

Je ne suis pas un « gauchiste » lorsqu’il est question des finances publiques. Dans le spectre politique, je me définis plutôt comme quelqu’un de centre-droite sur le plan économique et fiscal. Je figure parmi les contribuables qui pourraient bénéficier de cette nouvelle mesure fiscale et, pourtant, je ne suis pas favorable à son adoption. Pourquoi? Certainement pas parce que je ne souhaite pas réduire ma facture d’impôt qui s’avère salée année après année. Mais je pense à mes enfants et privilégie donc une fiscalité responsable et un financement adéquat des missions essentielles de tout État que sont la santé et l’éducation, par exemple.

Ce sont des compétences provinciales-territoriales, me direz-vous. C’est vrai. Cependant, alors qu’Ottawa se prépare à dégager d’importants surplus pendant les années à venir, plusieurs provinces – dont le Québec et la jadis puissante Ontario – peinent à boucler leurs budgets respectifs. En Ontario, le déficit atteint 12,5 G$. Et on sait à quel point les finances publiques sont dans un état pitoyable dans la Belle Province. À une époque où la plupart des gouvernements provinciaux doivent sabrer dans leurs dépenses et subissent des pressions fiscales particulières, il ne fait aucun sens de dépenser des milliards sur un programme qui ne bénéficierait qu’à une très faible minorité de familles canadiennes.

Si le gouvernement fédéral dispose de milliards dont il ne sait quoi faire, il y a d’autres programmes nationaux qui seraient beaucoup plus avantageux pour un plus grand nombre de familles canadiennes : l’assurance-médicaments, les services de garde à l’enfance et les soins aux aînés pour n’en nommer que trois. C’est sans parler du vieillissement de la population et des intenses pressions qui seront exercées sur les systèmes de santé au pays au cours des années et des décennies à venir.

Cette carte maîtresse de Stephen Harper a toutes les apparences d’une promesse conçue sur mesure pour plaire aux conservateurs de l’Ouest et coûterait de l’argent aux provinces, dont plusieurs font face à d’énormes défis fiscaux qu’elles sont pas près de relever. En sa qualité de premier ministre du Canada, Stephen Harper doit prendre des décisions fiscales responsables dans l’intérêt supérieur de la population canadienne et de l’ensemble des provinces et des territoires qui forment ce pays. Permettre le fractionnement du revenu des familles n’est pas compatible avec cette responsabilité et les imminents surplus fédéraux pourraient être utilisés à bien meilleur escient.

Sébastien St-François