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Loco Locass avait raison

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La chanson Libérez-nous des libéraux du groupe de rap québécois Loco Locass, composée au lendemain des élections québécoises du 14 avril 2003 (s’étant soldées par l’élection majoritaire du PLQ dirigé par Jean Charest) demeure tout aussi pertinente 13 ans plus tard, en 2016, et ce, autant à Québec qu’à Ottawa. Lire la suite

Justin Trudeau et le Canada 3.0

11460256Le 19 octobre dernier, Justin Trudeau a réalisé un véritable tour de force en réussissant à se faire élire à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire. Même si le PLC n’a récolté que 39,5 % du vote populaire, grâce à notre désuet système majoritaire uninominal à un tour – qu’il s’est engagé à réformer –, Trudeau a fait élire plus de 180 députés à la Chambre des communes. Pourtant, au début de l’interminable campagne électorale qui a connu son aboutissement la semaine dernière et pendant de longues semaines par la suite, Trudeau et ses troupes traînaient loin derrière en troisième place dans les intentions de vote.

Pendant la campagne, Trudeau a multiplié les déclarations maladroites (surtout en français), a défendu une position sur le controversé niqab qui ne tenait pas la route en invoquant un « droit religieux » et s’est engagé à adopter le modèle keynésien pendant au moins trois ans pour stimuler l’économie. Déjà, les déficits qu’il a annoncés en campagne pourraient être gonflés de 5 G$ en raison de différents facteurs, selon le chroniqueur économique de La Presse, Francis Vailles.

Rappelons que Stephen Harper avait décidé de jouer sur le cynisme des électeurs et de leur faire vivre une campagne électorale longue de 78 jours – du jamais vu dans l’histoire moderne du Canada – dans l’espoir d’user son « jeune » rival, qu’il dépeignait comme irresponsable, comme pas prêt à gouverner, comme un « p’tit gars en culottes courtes ». De toute évidence, le sentiment anti-Harper était si fort au pays qu’il a eu raison de celui qui était de plus en plus honni par l’électorat après une décennie de règne opaque et idéologique. Autant l’effet « Anyone but Pauline » a permis à Philippe Couillard de décrocher une majorité au Québec en 2014, autant le phénomène « N’importe qui sauf Harper » a permis à Trudeau de réaliser son tour de force à mesure que le vote néo-démocrate s’effritait.

Depuis, c’est la véritable lune de miel et, à lire certains commentateurs, Justin Trudeau est devenu la septième merveille du monde. On louange le jeune chef sur toutes les tribunes, on compare le couple Grégoire-Trudeau aux Kennedy, la vie est soudainement devenue belle au Canada après neuf ans d’austérité conservatrice et tous les espoirs sont à nouveau permis.

Justin Trudeau a mon âge, à un peu plus de 18 mois près. Je devrais donc me réjouir de voir enfin un membre de la génération X accéder aux plus hautes fonctions de l’État canadien. Une partie de moi s’en réjouit, même si je n’ai pas voté libéral le 19 octobre. Cependant, au-delà de l’image, il y a la dure réalité, celle de gouverner, celle de prendre des décisions difficiles, celle d’agir dans l’intérêt supérieur du Canada, celle de rebâtir l’unité dans un pays ayant été considérablement divisé pendant les années de Stephen Harper. Et c’est là où des doutes persistent dans mon esprit quant aux quatre prochaines années, une fois que la lune de miel sera terminée et que le véritable travail commencera.

Personnellement, je vais juger le travail de Justin Trudeau en fonction de trois grands axes : sa capacité de bien s’entourer, sa capacité de prendre des décisions réfléchies et sa capacité de faire passer les intérêts de la nation canadienne avant ceux du Parti libéral du Canada.

1. Bien s’entourer
Justin Trudeau dévoilera la composition de son conseil des ministres le 4 novembre prochain. Nommer un conseil des ministres est un casse-tête pour tout premier ministre. Trudeau s’est engagé envers la parité hommes-femmes et doit de surcroît tenir compte de la représentation régionale, comme ses troupes ont balayé l’Atlantique, remporté 40 sièges au Québec, 80 en Ontario, etc. Or, quand je vois le nom de Mélanie Joly parmi les députés ministrables, permettez-moi de me poser des questions. Mme Joly a beau avoir terminé deuxième dans la course à la mairie de Montréal en 2013 et avoir réussi à se faire élire dans Ahuntic-Cartierville, elle demeure une néophyte en politique et a encore ses preuves à faire avant d’être ministrable, selon moi. Aussi, l’affaire Dan Gagnier qui a éclaté dans les derniers jours de la campagne et qui aurait pu faire beaucoup de tort à la campagne libérale nous démontre qu’il reste encore plus d’une personne aux pratiques douteuses dans l’entourage libéral. Sur le plan de l’éthique, Justin Trudeau et ses députés ne disposent d’aucune marge de manœuvre si le but est réellement de faire de la politique autrement.

2. Réfléchir avant d’agir
Justin Trudeau ne sera assermenté que le 4 novembre et demeure donc premier ministre désigné jusqu’à cette date. Néanmoins, dans son premier entretien téléphonique avec le président américain, Barack Obama, il a déjà annoncé que les frappes canadiennes contre l’État islamique cesseront. Ce faisant, non seulement il risque de nuire aux relations avec le premier allié du Canada, mais aussi il viole la doctrine de la responsabilité de protéger que son parti avait pourtant ratifiée. L’État islamique n’est pas un ennemi comme les autres et l’Occident est arrivé à la conclusion que tous les efforts doivent être déployés pour anéantir ce groupe déjà coupable de moult crimes abominables contre l’humanité. Autre exemple, dans le dossier des chasseurs F-35, son engagement de mettre fin au contrat signé par les conservateurs pourrait produire le même résultat que celui de Jean Chrétien, en 1993, concernant l’achat d’hélicoptères – soit finir par nous coûter encore plus cher. Un contrat, quel qu’en soit l’objet, ne se déchire pas sans conséquences…

3. Courage d’innover
Je ne citerai qu’un exemple à ce chapitre, celui de l’engagement de Justin Trudeau de réformer le système électoral. En effet, le premier ministre désigné s’était engagé en juin dernier à mettre fin au système uninominal à un tour dans les 18 premiers mois de son mandat. On verra bien… Si le scrutin du 19 octobre s’était déroulé en mode proportionnel, les libéraux auraient été minoritaires. Trudeau n’est pas le premier chef de parti à avoir pris un tel engagement électoral; cependant, une fois confortablement installés au pouvoir, les partis traditionnels finissent souvent par gouverner en vue de leur réélection et tout engagement en matière de réforme électorale prend rapidement le bord. S’il tient cet engagement, il aura fait preuve d’une volonté manifeste de faire de la politique autrement et d’assumer le risque politique qui vient avec…

Bref, la lune de miel durera encore un certain temps, puis ce sera le temps de s’attaquer aux vraies affaires. Les libéraux feront face à une opposition conservatrice forte et aguerrie à la Chambre des communes et leurs gestes seront scrutés à la loupe par la population canadienne et la communauté internationale. Nous aurons même le TrudeauMètre pour nous aider à juger son travail. En octobre 2019, les Canadiens retourneront aux urnes et Justin Trudeau ne pourra plus se contenter de surfer sur son image pour se faire réélire; il aura alors un bilan à défendre.

Au-delà l’image, il y a les gestes. Justin Trudeau a réussi à incarner le changement et le renouveau auprès d’une partie suffisante de l’électorat canadien pour dérocher une confortable majorité. Son défi consiste maintenant à faire la démonstration qu’il a les moyens de ses nombreuses ambitions pour faire du Canada « le plus meilleur pays au monde » version 3.0.

Sébastien St-François

Ma boussole électorale virera-t-elle au vert?

imageSource : La Seigneurie

Je suis une personne politisée qui suit l’actualité politique quotidiennement, qui est au courant des enjeux et qui considère que tout électeur admissible a le devoir d’exercer son droit de vote. Je vais donc me rendre dans l’isoloir le 19 octobre prochain, mais je ne me suis jamais senti autant orphelin politique qu’en cette campagne électorale. Habituellement, ma boussole m’indique la voie à suivre assez tôt dans une campagne, mais, cette fois-ci, ce n’est pas le cas. J’en suis à espérer que quelque chose d’« éclairant » se produise au cours des prochains jours pour que je puisse faire un choix avec lequel je pourrai vivre comme électeur par la suite.

J’ai beau faire et refaire le tour de ce que les partis nous proposent, je n’arrive pas à me faire une idée sur l’option qui serait la moins dommageable pour notre pays, même si tout indique que le prochain gouvernement fédéral sera minoritaire, aucun des prétendants n’ayant réussi à se démarquer suffisamment pour décrocher la majorité si convoitée.

Parti conservateur du Canada
J’ai voté pour les conservateurs en 2006 (dégoûté par les libéraux dans la foulée du scandale des commandites) et en 2008. Mais ça fait maintenant presque dix ans que Stephen Harper est en poste. Le pouvoir l’a usé, sa gouvernance est opaque et déconnectée à bien des égards et il est rendu beaucoup trop idéologique pour continuer à diriger le Canada. Au fil des années, il a fait preuve de mépris à l’égard de plusieurs de nos institutions démocratiques qu’il a pourtant le devoir de défendre et a concentré trop de pouvoirs au « PMO » (son bureau). Quand c’est rendu que des décisions dans un dossier humanitaire comme celui de l’accueil de réfugiés syriens se prennent au bureau du premier ministre et sont instrumentalisées à des fins électorales, il y a un problème dans la baraque. Malgré mon penchant conservateur en matière de finances publiques et d’économie, ce parti a besoin d’un nouveau chef pour que je m’y intéresse à nouveau. Un autre mandat comme celui qui se termine, non merci…

Nouveau Parti démocratique
Je n’ai jamais voté NPD, ni même en 2011 – année où la vague orange ayant déferlé sur le Québec a permis au NPD d’accéder à l’opposition officielle pour la première fois de son histoire. Je ne voterai pas pour « Angry Tom » en 2015. Bon nombre de députés néo-démocrates québécois sont demeurés muets comme des carpes au cours des quatre dernières années ou n’ont carrément pas fait leur travail, comme la tristement « célèbre » députée fantôme Sana Hassainia qui a eu la sage idée de tirer sa révérence. Maintenant, on apprend que Tom Mulcair refuserait toute idée de coalition avec le Bloc Québécois, alors que le NPD est devenue l’opposition officielle en 2011 grâce en bonne partie aux nombreux souverainistes qui ont décidé de déserter le Bloc.

Belle façon de mépriser les Québécois à quelques jours du scrutin pour tenter de gagner des votes dans le Canada anglais… Après avoir donné à Stephen Harper un coup de pouce dans les intentions de vote au Québec (dossier du niqab), le voilà maintenant à servir un cadeau sur un plateau d’argent à Gilles Duceppe. Pas sûr que M. Mulcair demeure chef du parti orange passé le 19 octobre. Il semble avoir perdu de vue l’importance du vote québécois pour son parti à la dernière élection fédérale et ça lui coûtera probablement très cher dans quelques jours.

Parti libéral du Canada
La Presse et le Toronto Star ont beau avoir encensé Justin Trudeau, ce dernier n’aura pas mon vote. Oui, il a gagné en maturité et en confiance depuis avoir été élu chef de son parti en 2013, mais je ne pense pas qu’il soit assez mûr pour diriger les destinées du Canada. L’homme de théâtre a su montrer à la population canadienne qu’il est capable d’apprendre ses lignes et combien de fois l’avons-nous entendu affirmer pendant la campagne qu’il a un plan. Mais sa recette n’a rien de novateur : il propose de stimuler l’économie à coups de déficits et de taxer encore plus les « méchants riches ». Le fait que Trudeau a l’appui sans réserve de la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, n’a rien pour inspirer confiance. L’économie ontarienne se porte plutôt mal sous les libéraux de cette province.

Enfin, la position du PLC sur le niqab (oui, un détail, mais un détail qui dérange) ne tient pas la route : Trudeau invoque la défense du droit à la liberté religieuse alors que le niqab n’a rien de religieux. C’est un objet culturel qui symbolise la domination de l’homme sur la femme. Je n’ai pas envie d’un premier ministre qui invoque de faux prétextes pour défendre ce qui est indéfendable aux yeux d’une majorité de Canadiens. Sans mentionner qu’il défend aussi le droit à la citoyenneté de personnes reconnues coupables de terrorisme.

Bloc Québécois
Je ne suis pas souverainiste, je n’ai jamais voté pour le Parti Québécois ou le Bloc Québécois. Qu’est-ce qui pourrait bien me convaincre de voter BQ en 2015, surtout que le « parti de Mario Beaulieu » n’a eu aucune meilleure idée que de recycler son ancien chef, Gilles Duceppe, battu à plate couture dans son fief de Laurier–Sainte-Marie en 2011? Lucien Bouchard avait affirmé que « Notre succès [du Bloc Québécois] se mesurera à la brièveté de notre mandat ». Force est de constater que c’est un échec lamentable plus de 20 ans plus tard. Depuis plusieurs semaines, les sondages accordent deux sièges au Bloc Québécois. Aussi bien disparaître du paysage une fois pour toutes.

Il me reste donc le parti d’Elizabeth May. Aucune chance que les Verts décrochent le pouvoir ou même ma circonscription, où le candidat – Jici Lauzon – est pourtant connu. Il en demeure que je trouve désolant de ne pas être en mesure – à quelques jours du vote et au terme de la plus longue campagne électorale de l’histoire moderne du Canada – d’accorder ma confiance au parti qui souhaite conserver le pouvoir ou à l’un des deux autres qui y aspirent (bien que je pense que les carottes soient cuites pour Mulcair). Par conséquent, si la tendance se maintient, je risque de voter vert pour la première fois de ma vie d’électeur, à défaut d’avoir été convaincu par les trois principales formations fédérales que leur plate-forme est la meilleure pour le Canada.

Sébastien St-François

Ces profiteurs de libéraux

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En bon libéral, le démissionnaire Yves Bolduc ne renoncera pas à l’indemnité de départ de quelque 155 000 $ que la loi lui permet de réclamer.

En août 2013, alors député libéral de Viau, Emmanuel Dubourg a annoncé sa démission comme député provincial pour se porter candidat du PLC à l’élection partielle fédérale dans la circonscription de Bourassa – partielle déclenchée suivant la décision de Denis Coderre de briguer la mairie de Montréal. Sans surprise, Dubourg fut élu, accédant du coup à une rémunération annuelle de plus de 160 000 $. Il a refusé pour autant de renoncer à une indemnité de départ d’un peu plus de 100 000 $ de Québec. M. Dubourg se fait bien discret depuis son élection comme député fédéral. Un grand parlementaire, quoi…

Plus récemment, en 2014, à la fois la péquiste Élaine Zakaïb et le caquiste Christian Dubé ont démissionné de leurs fonctions parlementaires en cours de mandat. Mme Zakaïb a quitté pour aller sauver la chaîne Jacob, tandis que M. Dubé a accepté un poste de vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Dans les deux cas, les démissionnaires ont eu le sens moral de renoncer à l’indemnité de départ que prévoit – malheureusement encore aujourd’hui – la loi encadrant le traitement des membres de l’Assemblée nationale.

Rappelons que Bernard Drainville, alors ministre responsable des Institutions démocratiques, avait déposé le projet de loi 33 qui visait à abolir ces indemnités de départ – sauf dans quelques situations bien définies. Ce sont les libéraux, alors dirigés par Philippe Couillard, qui ont fait obstruction à l’adoption de ce projet de loi. Le cynisme des contribuables demeure entier à cet égard.

Il est important de garder à l’esprit que M. Bolduc a démissionné de ses fonctions de ministre et de député. Il a démissionné parce que son incompétence (comme ministre de l’Éducation et comme politicien tout court) a fini par miner le peu de crédibilité qu’il lui restait depuis sa nomination en avril 2014, une nomination « par dépit » selon plusieurs acteurs du milieu de l’éducation entre autres.

Cependant, malgré son incompétence, c’est un homme intelligent et il savait fort bien que la saga des « fouilles à nu » avait été la goutte ayant fait déborder le vase de sa carrière politique. Qu’il se serve à nouveau dans le plat à biscuits est inacceptable et immoral, d’autant plus qu’il quitte un gouvernement qui prône l’austérité depuis son assermentation et qui « varge » à grands coups de hache dans à peu près tout ce qui bouge.

Philippe Couillard a beau avoir lancé un appel à son ex-ministre à être « plus sensible » au tollé soulevé par sa décision de réclamer son indemnité, mais il l’a néanmoins défendu dans le dossier de la prime de 215 000 $ qu’Yves Bolduc avait touchée comme médecin pendant son court séjour dans l’opposition (septembre 2012-avril 2014) grâce à un stratagème que ce dernier avait lui-même concocté alors qu’il était ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest.

Il est rare que je suis d’accord avec ce qui sort de la bouche des élus de Québec solidaire, mais le député Amir Khadir a raison : en empochant l’indemnité de départ de l’Assemblée nationale à laquelle il « a droit », Yves Bolduc rate totalement sa sortie et contribue à son tour à miner un peu plus la dignité de la fonction de parlementaire. Tant qu’à moi, il est à jamais tatoué de l’étiquette de « profiteur ».

Pour terminer, la « saga Yves Bolduc » nous révèle deux choses sur notre premier ministre. Premièrement, M. Couillard démontre un mépris certain à l’égard de nos institutions en ayant nommé M. Bolduc à un poste aussi important que celui de ministre de l’Éducation en guise de prix de consolation pour avoir nommé Gaétan Barrette à la santé. Les Québécois méritaient mieux qu’un ministre aussi incompétent pour veiller à l’encadrement de l’éducation de leurs enfants. Deuxièmement, le sens moral de M. Couillard n’est pas plus développé que celui de M. Bolduc, dont le passage en politique aura coûté cher aux contribuables québécois.

Ça doit être agréable d’être dans les officines libérales et d’être ainsi épargné de la vague d’austérité qui balaie le Québec et n’épargne pas grand monde sur son passage. Il est désolant que les libéraux ne comprennent toujours pas que les temps ont changé et que les indemnités de départ comme celle qu’empochera Yves Bolduc doivent être abolies une fois pour toutes. Le premier ministre Couillard martèle depuis des mois l’urgence d’assainir les finances publiques du Québec. Il serait plus que temps que les élus libéraux commencent à prêcher par l’exemple…

Sébastien St-François

Plus ça change, plus c’est pareil

9950513Photo : The Gazette

La commission Charbonneau fera relâche cette semaine pour l’été. Il reste à voir ce qu’elle nous réserve pour l’automne, mais il me semble qu’il reste encore toute une brochette de témoins à interroger en peu de temps. À moins de faire prolonger leur mandat à nouveau, les commissaires doivent déposer leur rapport final en avril 2015. Et, selon des chiffres avancés en décembre dernier, cet exercice risque d’avoir coûté la rondelette somme de 43 millions de dollars une fois les livres fermés – et encore plus, si le mandat de la commission est prolongé par le gouvernement Couillard.

Mais encore, si au moins cet argent se soldait par des résultats concrets, par des mises en arrestation, par des verdicts de culpabilité et par des incarcérations. Vous vous rappelez la commission Gomery? Jamais un seul politicien n’a été mis en accusation dans l’affaire du scandale des commandites. Pas un! Le plus grand acteur de ce scandale à avoir été accusé récemment est Jacques Corriveau. Aujourd’hui âgé de 80 ans, on est en droit de se demander si le processus judiciaire aboutira dans ce dossier et si justice sera faite s’il s’avère que Corriveau est coupable.

C’est drôle comment les commissions d’enquête qui se succèdent se ressemblent. Toute cette magouille se ferait toujours à l’insu des gens que nous élisons pour gérer nos deniers publics et les dépenser dans l’intérêt collectif – si on se fie aux politiciens et ex-politiciens convoqués par les commissaires. Je ne crois pas cela pour deux secondes. Les Tony Accurso, Marc Bibeau, Marc-Yvan Côté et autres de ce monde n’existeraient pas si ce n’était pas des élus et de l’accès qu’ont ces derniers au pot en or.

C’était au tour d’une autre ex-politicienne de nous prendre pour des valises la semaine dernière : Nathalie Normandeau. Ministre « senior » et vice-première ministre dans le gouvernement Charest, reine des cocktails de financement du PLQ à une certaine époque. Mais madame n’était au courant de rien de ce qui se serait passé autour d’elle pendant de nombreuses années et s’est même montrée choquée qu’on ose mettre son intégrité en doute. Pourtant, Yves Boisvert de La Presse résume bien la situation dans son dernier billet intitulé « Le mur Normandeau » : « Aucun politicien au Québec ayant témoigné à la commission Charbonneau ne semble savoir ce que tout le monde sait sur le financement des partis politiques. » Je vous invite d’ailleurs à lire son texte; sa phrase assassine sur le PLC est particulièrement délicieuse!

C’est quand même étrange qu’on a passé des semaines à faire la lumière sur la magouille dans le monde syndical, des jours à « griller » Michel Arsenault, deux semaines à interroger Rambo et à parler de la soupe chaude sur les chantiers de construction de la Côte Nord, mais… même pas une journée entière à questionner l’ex-vice-première ministre. Cette commission d’enquête commence à manquer de sérieux et de crédibilité tant qu’à moi.

Les deux plus gros « poissons » politiques arrêtés au Québec dans les dernières années sont deux maires déchus, soit Michael Applebaum et Gilles Vaillancourt. Les deux font face à une kyrielle d’accusations au criminel. Mais encore… Comme est fait notre système judiciaire, les deux – forts de l’argent qu’on les soupçonne d’avoir volé du bon peuple – multiplieront les requêtes et les procédures pour gagner le plus de temps qu’ils pourront. Dans le cas de Gilles Vaillancourt, il a probablement le temps de mourir avant d’être jugé. Ainsi, justice est rarement faite et le cycle se répète. Ah oui! Il ne faudrait pas oublier le bon Frank (Zampino), lui aussi en attente de son procès criminel…

Mais enfin, la belle saison est arrivée, il faut en profiter, non? L’automne arrivera bien assez vite pour nous remettre sous le nez l’odeur nauséabonde de toute cette magouille dont nous faisons les frais depuis belle lurette. Allez, bon été!

Sébastien St-François

Vivre dans « l’ère Star Académie »

Débat 2012 Photo : Jacques Nadeau (Archives Le Devoir)

Nous vivons vraiment dans une drôle d’ère. Tandis que des émissions de variétés comme Star Académie et Occupation double génèrent des cotes d’écoute monstres et que plusieurs Québécois peuvent nous réciter par cœur la liste de tous les aspirants au titre de ces séries « divertissantes », plus d’un n’est pas en mesure d’identifier les acteurs de la politique contemporaine. Or ce qu’on pourrait qualifier d’« illettrisme politique » a un prix…

En effet, Henry Milner de la Chaire de recherche du Canada en études électorales de l’Université de Montréal, dans La connaissance politique et la participation politique chez les jeunes Américains, Canadiens et Québécois, fait le constat : « De toute évidence, les gens possédant de bonnes connaissances sur le plan politique sont plus enclins à voter et donc à participer à la vie politique. En outre, lorsque le niveau de ces connaissances est comparé selon le pays ou, mieux encore, lorsque la proportion des citoyens est mise en relation avec le niveau minimal de connaissances requis pour faire un choix politique éclairé, il ressort que le lien étroit entre la connaissance et la participation politiques s’applique à la fois sur le plan global et individuel. » (mes soulignés)

Alors, maintenant que Pauline Marois se prépare à plonger la province en élections générales, dans l’espoir de rafler une majorité et d’ainsi mettre en branle le processus vers un troisième référendum dans l’histoire moderne du Québec – c’est une possibilité que nous ne pouvons exclure –, la question de l’illettrisme politique reprend toute son importance. Comme dans tout autre aspect de la vie, il est impossible de faire un choix éclairé en l’absence de connaissance. La politique n’échappe pas à cette réalité implacable, bien au contraire…

Ce n’est pas pour rien que les politiciens en campagne électorale – encore aujourd’hui – tendent souvent à faire valoir l’image bien plus que les idées. Plus souvent qu’autrement, les politiciens qui accordent la priorité à des idées impopulaires, mais nécessaires finissent bons derniers. Pourquoi? Parce que le peuple ne veut souvent pas entendre la réalité, il préfère qu’on lui fasse miroiter un rêve, une utopie, quelque chose que le politique sait fort bien qu’il ne pourra livrer ou qui est carrément impossible à livrer. Encore bon nombre de Québécois mordent à l’hameçon des promesses électorales. C’est triste, mais « ça marche de même » encore aujourd’hui!

Et c’est là où le débat prend tout son sens et toute son importance, surtout pour ceux qui ne suivent pas de très près ce qui se passe sur la scène politique entre deux élections. Lors d’un débat, les citoyens peuvent au moins se faire une idée (en direct et sans scénarisation) de quel bois se chauffent celles et ceux qui aspirent à gouverner et sollicitent leur confiance… et leur vote.

Or la Presse canadienne nous apprend que le PQ ne veut qu’un seul débat durant la campagne électorale à venir. De plus, selon La Presse, le PQ écarte la possibilité de face-à-face à TVA, comme ce fut le cas pendant les dernières élections générales, en 2012.

Le directeur général du Parti Québécois, Sylvain Tanguay, soutient que la multiplication des débats ne sert pas les électeurs. « Pour nous, ce qui est un problème, c’est de mettre la campagne électorale entre parenthèses pendant quatre jours de débats et de face-à-face. » Quoi?! Je n’ai rien d’un « solidaire », mais je partage entièrement l’opinion de Françoise David à ce sujet. Plus il y a de débats pendant une campagne électorale, plus les électeurs ont accès aux chefs des principaux partis qui débattent de toutes sortes de questions. Avoir des débats durant plusieurs soirs, ce n’est pas une « parenthèse » étant donné qu’on rejoint des millions de personnes par la télévision qui, normalement, ne suivent pas la politique.

L’autre argument invoqué par M. Tanguay est encore plus loufoque. Il affirme que les débats diffusés par un groupe [de télévision] pourraient être en concurrence avec des émissions de grande écoute d’un autre télédiffuseur, comme La Voix ou Tout le monde en parle.

Quoi? La décision de débattre ou de ne pas débattre est maintenant dictée par la popularité d’une émission de variétés? Nous vivons bel et bien dans l’ère Star Académie, il faut croire… Mais de quoi donc a peur celle qui a maintenant un bilan à défendre et qui serait poussée dans le dos par plusieurs de ses ministres et militants pour replonger le Québec en mode référendaire advenant une majorité?

C’est très rare que je suis d’accord avec le député fédéral libéral et ancien chef du PLC, Stéphane Dion, mais il est vrai que Pauline Marois et ses sbires doivent révéler les intentions du PQ sur un futur référendum avant la prochaine élection. Et Pauline Marois doit accepter qu’en tant que première ministre sortante, elle a un bilan à défendre et que les électeurs dont elle sollicite la confiance méritent – et ont besoin – de la voir s’affronter en direct aux autres aspirants au titre de premier ministre à plus d’une reprise. Tous les Québécois doivent pouvoir voter en toute connaissance de cause en avril prochain, car les enjeux collectifs sont majeurs. Star Académie, c’est peut-être bien divertissant pour certains, mais la réalité doit avoir préséance sur la téléréalité lorsque vient le moment de cocher un bulletin de vote…

Sébastien St-François