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Le PLQ a-t-il fini par avoir raison de Benoit Dutrizac?

8bfac099-61c4-4265-81f5-7d4cf72a2096_ORIGINALPhoto prise du Journal de Montréal

J’écoute le 98,5 FM depuis les débuts de la station, en 2004, et Benoit Dutrizac faisait partie de mon quotidien les jours de semaine à partir du moment où il a remplacé Gilles Proulx au micro en août 2008. Lorsqu’on travaille en solo toute la journée devant un ordinateur comme je le fais en ma qualité de traducteur agréé en pratique privée, les animateurs de la radio parlée deviennent en quelque sorte des « collègues de travail ». En effet, Arcand, Maréchal, Dutrizac et Houde ainsi que leurs collaborateurs et leurs invités m’accompagnent pendant mes nombreuses heures passées au clavier jour après jour depuis des années. Lire la suite

La prime au crime

Gilles Deguire, maire de l'arrondissement de Montréal-Nord

Robert Bourassa avait sa prime à l’urne. Cette prime ne coûtait rien aux contribuables, contrairement à la pratique de récompenser les politiciens opportunistes (comme le libéral Emmanuel Dubourg qui a choisi, en 2013 de passer par GO pendant sa transition de l’Assemblée nationale à la Chambre des communes) ou véreux, forcés de démissionner dans la disgrâce après l’éclatement d’un scandale les impliquant directement. De toute évidence, les intérêts de la classe politique priment sur ceux des citoyens, car cette pratique demeure bien ancrée à ce jour dans la loi qui régit les indemnités de toutes sortes versées à nos élus municipaux – peu importe les circonstances.

La semaine dernière, on a appris que l’ex-maire d’arrondissement de Montréal-Nord, Gilles Deguire, a joint le club sélect formé de personnages de la trempe de Frank Zampino (ex-président du conseil exécutif de la Ville de Montréal sous Gérald Tremblay, accusé de fraude, de complot pour fraude et d’abus de confiance), de Gilles Vaillancourt (ex-maire de Laval accusé de gangstérisme, de complet, de fraude et d’abus de confiance), de Michael Applebaum (ex-maire de Montréal [par intérim] faisant face à 14 chefs d’accusation pour complot, fraude, corruption et abus de confiance) et de Richard Marcotte (ex-maire de Mascouche, accusé lui aussi de fraude, de complot et d’abus de confiance).

Que peut bien avoir en commun Gilles Deguire avec toutes ces bonnes gens? Bien, lui aussi a décidé de passer à la caisse et de réclamer les 146 000 $ qui lui étaient « dus » en vertu de la Loi sur le traitement des élus municipaux.

On se rappellera que M. Deguire a démissionné de son poste de maire d’arrondissement en janvier dernier. Cette décision avait pris tout le monde par surprise, mais le maire de Montréal, Denis Coderre, avait alors affirmé qu’il [Deguire] avait « bien fait de démissionner ». Une semaine plus tard, Gilles Deguire était formellement accusé d’agression sexuelle et d’attouchements sur une personne mineure de moins de 16 ans. Une sortie plutôt disgracieuse pour un ex-policier au SPVM pendant 30 ans, ayant notamment travaillé comme enquêteur chargé du dossier des agressions sexuelles à Montréal-Nord…

Pour le contribuable, c’est une fois de plus carrément révoltant d’apprendre qu’après les cas Zampino, Vaillancourt, Applebaum, Marcotte et compagnie, la loi qui permet à des élus qui sont forcés de démissionner parce qu’ils ont été impliqués dans un scandale ou font face à des accusations criminelles n’a toujours pas été modifiée pour mettre un terme définitif à l’indécence. Au contraire : « En 2014, la Ville de Montréal a demandé au ministère des Affaires municipales d’apporter des modifications législatives pour empêcher l’octroi d’une allocation de transition lorsqu’un élu est déclaré coupable d’un acte punissable d’au moins deux ans d’emprisonnement. Mais Québec n’a jamais donné suite à cette demande, selon Gonzalo Nunez, du service des communications de la Ville de Montréal. » Allô? On se réveille à l’Assemblée nationale!

Pour le contribuable moyen, écrasé par un fardeau fiscal qui s’alourdit d’année en année, qui financent ces généreuses indemnités, c’est déjà assez dégoûtant de voir son argent servir à « récompenser » des politiciens incompétents et opportunistes (pensons à l’ignoble Yves Bolduc l’an dernier). Mais de là à récompenser un élu forcé de démissionner parce qu’il est formellement accusé d’un crime aussi ignoble que celui d’avoir agressé sexuellement une personne mineure, il y a bien une sacrée limite!

En effet, « par décence élémentaire, M. Deguire aurait dû refuser son indemnité de départ. » Mais encore, peut-on s’attendre à ce que quelqu’un qui aurait été capable d’un crime aussi odieux, selon les accusations auxquelles il fait face, ait une conscience? Bien sûr, notre système judiciaire repose sur la sacro-sainte présomption d’innocence, et M. Deguire est donc présumé innocent jusqu’à preuve hors de tout doute du contraire. Il reste que si le Directeur des poursuites criminelles et pénales a autorisé le dépôt d’accusations contre l’ex-maire d’arrondissement de Montréal-Nord, c’est qu’il existe une preuve jugée assez solide pour soutenir lesdites accusations devant un tribunal.

Le chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau, se dit prêt à colmater la brèche. Il n’est malheureusement pas au pouvoir et c’est donc à l’actuel premier ministre, Philippe Couillard, d’agir. Et il serait plus que temps qu’il agisse afin d’assurer que Gilles Deguire est la dernière personne au Québec à avoir bénéficié d’une prime au crime. Deguire est seul responsable des événements ayant mené à sa démission et il ne méritait aucunement que la société le récompense à hauteur de 146 000 $ en pareilles circonstances!

Sébastien St-François

La ministre Charbonneau a besoin de cours d’appoint, et ça presse!

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On se demande parfois comment certaines gens ont réussi à accéder aux fonctions qu’ils occupent. On a eu un bel exemple de ceci la semaine dernière, en la personne de Francine Charbonneau, ministre de la Famille dans le gouvernement Couillard.

En effet, un court message publié sur Facebook par la ministre à sa collègue démissionnaire, Marguerite Blais, a fait couler beaucoup d’encre et suscité moult réactions. Ce court message d’à peine une centaine de mots était truffée d’une quinzaine de fautes – pour la plupart concernant des règles de français de base.

De citer Tania Longpré, sur son blogue du Journal de Montréal : « Qu’est-ce que vous envoyez comme message? Vous êtes censée valoriser l’éducation, mais vous ne savez pas conjuguer le verbe avoir au présent de l’indicatif! » Il est en de même pour la plupart des erreurs ponctuant le triste texte de la ministre Charbonneau : « j’en prendrez soins », « tout ces aînés », etc. Au moins, elle n’a pas oublié l’accent circonflexe sur le i dans aînés…

Pour moi, la défense de la langue française n’a rien de politique. Ce n’est pas la chasse gardée du Parti Québécois, c’est une responsabilité fondamentale du gouvernement du Québec, peu importe sa couleur. C’est une question de survie culturelle et de fierté, celle d’un peuple minoritaire sur un continent vastement anglophone qui dit se battre pour la sauvegarde de sa langue depuis des décennies.

Je suis traducteur agréé et chargé de cours en traduction juridique pour l’Université du Québec à Trois-Rivières. En début de carrière, j’ai enseigné le français (et l’anglais) au secondaire général et professionnel pendant environ cinq ans. Je suis le fils d’un père francophone et d’une mère anglophone. Après des études primaires en anglais, j’ai fait mon entrée dans un collège privé de réputation très enviable sur la Rive-Sud de Montréal. Apprendre – et surtout maîtriser – le français n’a pas été une tâche facile pour moi. Je me souviens encore de ma première secondaire : j’écrivais mon français au son et je « coulais » presque tous mes cours parce que je peinais à bien comprendre la matière livrée en français par mes enseignants. J’ai persévéré et fait mes cinq années d’études secondaires à ce collège privé. La vie a fait en sorte que je gagne ma vie comme langagier professionnel.

Pour un peuple qui se dit fier de sa langue et prêt à la défendre à tout prix, le Québec fait parfois pitié sur le plan linguistique. Nous sommes témoins d’un nivellement vers le bas qui se poursuit depuis trop longtemps. Il en résulte que, aujourd’hui, nombre de diplômés universitaires – toutes professions confondues – ne savent pas écrire correctement. Dans les médias sociaux, la langue française est malmenée et se résume souvent à un jargon incompréhensible constitué d’abréviations de toutes sortes et d’émoticônes. Même à l’Assemblée nationale, le français est loin d’être valorisée et maîtrisée par tous ses membres. Pensons à l’ancien ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui s’exprimait parfois péniblement dans la langue de Molière, et l’actuel chef de l’opposition, Pierre Karl Péladeau, qui utilise parfois un niveau de langage laissant à désirer.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait ceci à dire en réaction au message controversé de sa ministre de la Famille sur Facebook : « Il ne faut pas être condescendant ou paternaliste. On n’a pas tous eu les mêmes occasions de se perfectionner et d’avoir une orthographe idéale ». Dans le cas de Francine Charbonneau, on est très loin d’une orthographe idéale. C’est carrément honteux et inacceptable venant d’une ministre d’un gouvernement qui dit accorder de l’importance à la défense du français et qui a été présidente de la Commission scolaire des Mille-Îles de 2002 à 2008. Un bel exemple pour nos enfants à qui on tente d’inculquer l’importance capitale de savoir s’exprimer correctement en français au Québec.

Alors que le ministre de l’Éducation, François Blais, veut resserrer les exigences applicables aux futurs enseignants, n’y aurait-il pas lieu de resserrer les exigences applicables à celles et ceux qui sont invités à former le conseil des ministres du seul gouvernement de langue française en Amérique du Nord?

À cet égard, la déclaration de notre premier ministre est fort inquiétante. Le Québec ne réussira jamais à protéger la langue française – et surtout la qualité de la langue parlée et écrite – sur son territoire en acceptant de niveler vers le bas et de pardonner l’impardonnable…

Sébastien St-François

Deux victoires, une défaite, une montée, un retour et de l’enfantillage

150610_7q7oq_duceppe-beaulieu-couple_sn635Quelle semaine bizarre nous venons de vivre sur la scène politique! Je ne sais pas si le décès de Jacques Parizeau y est pour quelque chose (peut-être tire-t-il des ficelles de Là-haut), mais nous avons été témoins de plusieurs événements des plus étranges.

Commençons par les élections partielles du 8 juin dans les circonscriptions de Chauveau et de Jean-Talon. Bon, Jean-Talon est rouge depuis que la circonscription existe, mais on aurait pu croire que, après le passage d’Yves Bolduc comme député, les électeurs de cette circonscription aient voulu sanctionner le gouvernement, d’autant plus que Philippe Couillard avait choisi Sébastien Proulx, un vire-capot adéquiste converti à la cause libérale, pour y représenter les couleurs du parti. Eh bien, non, M. Proulx a réussi l’exploit réalisé par le transfuge Gaétan Barrette en 2012 et récolté près de 42 % des voix… D’aucuns se demanderaient si un cochon décoré d’une boucle rouge réussirait à se faire élire dans cette circonscription.

Dans Chauveau, ce fut toute une dégelée pour la candidate Jocelyne Cazin et la Coalition Avenir Québec. Gérard Deltell y avait remporté une majorité de plus de 10 000 voix en 2012 et représentait la circonscription depuis 2007. Un autre gain pour les libéraux, et ce, malgré la grogne populaire contre le PLQ et ses politiques dites d’austérité. Certains prétendent que l’actuelle conjoncture politique nous condamne à élire des gouvernements libéraux successifs pendant de longues années. D’autres invoquent un retour à la polarisation du vote entre fédéralistes et indépendantistes (retour prévisible depuis l’entrée en politique de Pierre Karl Péladeau et la sempiternelle tendance des libéraux à faire peur au monde en invoquant la menace référendaire pour gagner leurs élections). Pour ma part, j’éprouve de plus en plus de difficulté à justifier la pertinence de la formation de François Legault à l’Assemblée nationale. Serions-nous condamnés à la dualité politique dans la Belle Province?

D’ailleurs, toujours dans Chauveau, le Parti conservateur du Québec a quadruplé son nombre de votes. En effet, le parti d’Adrien Pouliot, qui se définit « à droite du centre », a progressé de 4 %, alors que la CAQ a perdu 18 % par rapport à la dernière élection générale. Pour de plus en plus d’électeurs, le mythe selon lequel la CAQ est un parti de droite est une fausseté. La CAQ de l’après ADQ est devenu un mélange de n’importe quoi qui tente de plus en plus péniblement de se faire une image auprès de l’électorat québécois et de se tailler une place dans le paysage politique de la province. Pour ma part, incapable de voter pour les péquistes ou les libéraux (je soutiens depuis longtemps que ces deux vieux partis ont fait leur temps), j’ai dû me rabattre sur la Coalition Avenir Québec parce que le PCQ ne présentait pas de candidat dans ma circonscription en septembre 2012 ou en avril 2014. Cependant, je me retrouve de plus en plus dans les idées véhiculées par Adrien Pouliot et de moins en moins dans le méli-mélo que nous sert François Legault. À se fier aux résultats exposés ci-dessus, je suis loin d’être le seul…

Passons maintenant au retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc Québécois, annoncé mercredi dernier. Probablement l’événement politique le plus surprenant de toute la semaine. Celui qui a dirigé la formation souverainiste de 1997 à 2011, année où il a été battu à plate couture, affirme maintenant qu’il veut participer à l’avenir dans un contexte qu’il qualifie de « nouveau cycle politique ». Disons-nous les vraies choses : il est de retour pour tenter de sauver le BQ de la disparition, sur la base d’un sondage (commandé par qui, on ne le sait pas) dont les résultats indiquaient que le parti était quasi condamné à être balayé du paysage politique sous la direction de Mario Beaulieu – un militant admirable et pugnace, pour citer Mathieu Bock-Côté. Il reste à voir si M. Duceppe remportera son pari le 19 octobre prochain. À entendre les vieux arguments qu’il ressort depuis l’annonce pour justifier la pertinence du Bloc en 2015, il a beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail devant lui…

Pour conclure, comment passer sous silence ces policiers de Montréal déguisés en clowns lors des funérailles d’État de M. Parizeau le mardi 9 juin? Je ne sais pas ce que ces « 100 watts » pensaient accomplir en portant leurs costumes loufoques pour cet événement solennel, mais tout ce qu’ils ont réussi à accomplir, c’est démontrer leur manque flagrant de jugement et leur mépris ainsi que ternir une fois de plus le blason de leur métier. D’ailleurs, il serait temps qu’ils en reviennent.

Après le saccage de l’hôtel de ville de Montréal en août 2014, auquel les policiers du SPVM avaient assisté sans intervenir au nom de la sacrosainte « solidarité syndicale », ces syndiqués responsables d’appliquer la loi et de veiller au maintien de l’ordre ont perdu la bataille de l’opinion publique. Le projet de loi 3 sur les régimes de retraite a été adopté en décembre dernier et c’est chose faite. Je ne comprends vraiment pas ce que les policiers du SPVM cherchent à accomplir maintenant, mais ça suffit les costumes de clowns! S’il faut adopter une loi pour mettre fin à cet enfantillage et ce mépris flagrant à l’égard de la population, bien qu’on le fasse au plus vite! Le cirque a assez duré!

Sébastien St-François

PKP remporte sa mise. Ensuite?

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Voilà, c’est fait. Ayant récolté 57,6 % des votes au premier tour marquant la fin d’une course qui a semblé interminable, Pierre Karl Péladeau est devenu le huitième chef à diriger le parti fondé en 1968 par René Lévesque dans l’espoir de faire du Québec un pays… Jean-Marc Fournier pourra continuer de jouer sa cassette du « Parti Québecor », Sam Hamad pourra continuer de sortir des âneries comme « ce qui est important pour nous, c’est l’économie et l’emploi », Philippe Couillard pourra ressortir le spectre d’un troisième référendum en 2018 pour se faire reconduire au pouvoir… La guéguerre que se livrent les souverainistes et les fédéralistes n’est pas près de cesser de paralyser la Belle Province.

En effet, les libéraux doivent jubiler à l’idée d’avoir le baron québécois des médias comme chef de l’Opposition officielle pendant les trois prochaines années. Quant aux caquistes de François Legault, ils ne l’avoueront jamais, mais le PQ de PKP pourrait leur faire mal en 2018. L’élection de PKP pourrait même s’avérer salutaire pour Québec solidaire, car plus d’un péquiste ayant voté pour Martine Ouellet ou Alexandre Cloutier risque de ne plus se retrouver dans le parti du huitième chef. On peut même se demander si Bernard Drainville en a encore pour longtemps comme député du PQ. Il avait la mine extrêmement basse au Centre des congrès de Québec vendredi soir dernier. Certains diront qu’il avait l’air d’un homme démoli.

Je ne suis pas péquiste, mais l’avoir été, j’aurais été de ceux ayant espéré un deuxième tour et mon choix se serait arrêté sur Cloutier. Le plus jeune (mais néanmoins plus expérimenté en matière parlementaire) des candidats à la chefferie du PQ a malgré tout réussi un score fort honorable, avec 29,2 % des suffrages exprimés. Il est d’ailleurs étonnant que seulement 72,9 % des membres ayant droit de vote ont exercé ce droit. Je me serais attendu à un taux de participation plus élevé vu l’importance de l’enjeu pour les péquistes. Il ne faut pas perdre de vue que le PQ a connu le pire résultat électoral de son histoire en avril 2014.

Mais le destin a voulu que les membres du PQ choisissent PKP. Les « purs et durs » en quête d’un pays depuis des décennies ont passé outre à l’éléphant dans la pièce et décidé que c’est PKP qui est le plus apte à assouvir leur soif indépendantiste. De déclarer le nouveau chef : « Vous m’avez donné un mandat fort et clair : faire du Québec un pays. » M. Péladeau devrait garder à l’esprit que ce mandat lui a été donné par un peu moins de 30 000 Québécois (71 000 membres x 72,9 % x 57,6 %). Il lui reste encore un travail colossal à abattre pour obtenir de l’électorat québécois le mandat qu’il prétend avoir obtenu (de scinder le Québec de la fédération canadienne).

Nonobstant le mandat dont il se croit investi, Pierre Karl Péladeau – et le PQ – a maintenant un problème bien réel et ce problème devra être réglé rapidement. Le « cas de PKP » sera examiné en commission parlementaire à compter du 26 mai. Il y a fort à parier que les libéraux tentent d’en faire une espèce de tribunal politique pour « régler le cas de Péladeau ». Le risque d’un débat bassement partisan qui dérape est donc bel et bien présent, mais la question de fond demeure néanmoins d’une importance capitale pour l’ensemble de la population québécoise et le fonctionnement de notre système parlementaire.

Pierre Karl Péladeau peut-il occuper le poste de chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale tout en demeurant l’actionnaire de contrôle de Québecor? M. Péladeau a beau s’engager à placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Cela est la norme. Cependant, peut-il interdire à son fiduciaire de vendre ses actions alors qu’il ne doit avoir aucun droit de regard sur les décisions de ce dernier? Voilà la véritable question.

Il y a quelque chose de résolument surréaliste de voir les péquistes défendre l’actuelle situation alors qu’ils s’étaient acharnés sur le cas du ministre libéral David Whissell pour une simple compagnie d’asphalte. D’affirmer Stéphane Bergeron, le leader parlementaire du PQ à l’époque : « La perception du public vis-à-vis cette situation va être négative, et ils vont conclure qu’il y a un problème. Ça va soulever des questions. Ça en soulève. » Aujourd’hui, il est question d’un géant médiatique ayant des tentacules déployées partout au Québec et tout baignerait dans l’huile… J’avoue y perdre mon latin!

Par ailleurs, on apprenait récemment du président du conseil d’administration de Québecor, l’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney, que M. Péladeau continuait d’exercer un rôle conseil « de temps à autre » auprès de l’entreprise qu’il contrôle. À la lumière de la victoire de vendredi soir dernier, cette situation devient d’autant plus préoccupante.

Pierre Karl Péladeau a remporté son pari. Il est devenu chef du Parti Québécois et vise maintenant rien de moins que le poste de premier ministre du Québec pour réaliser son rêve et celui des indépendantistes purs et durs. Qu’on apprécie l’homme ou non, c’est son droit le plus fondamental de tenter sa chance. Cependant, étant donné l’objectif qu’il s’est fixé, il doit se départir de ses actions dans Québecor ou, au minimum, renoncer à son droit de regard sur ces actions. Il ne peut plus avoir le beurre et l’argent du beurre.

Sébastien St-François

PKP et la déroute péquiste

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Pour l’observateur que je suis, il y a quelque chose de fascinant dans cette course à la chefferie du PQ qui a officiellement pris son envol la semaine dernière. Depuis un sondage Léger-Le Devoir mené en novembre dernier, indiquant qu’un Parti québécois dirigé par Pierre Karl Péladeau devancerait les libéraux dans les intentions de vote, une majorité de militants péquistes continuent à appuyer quasi aveuglément celui qui est pourtant à bien des égards aux antipodes de ce que le PQ représente depuis sa fondation.

D’ailleurs, lors du conseil général de samedi dernier, les attaques se sont multipliées contre celui que Pierre Céré compare à « Citizen Kane », c’est-à-dire à un baron des médias avec des ambitions politiques illustré dans ce classique de 1941. M. Céré est allé même jusqu’à affirmer qu’il s’était fait dire de taire ses critiques pour ne pas écorcher celui [PKP] que plusieurs perçoivent comme un sauveur.

D’aucuns diront que Pierre Karl Péladeau est le mieux placé pour permettre aux purs et durs de la ligue du vieux poêle souverainiste – Bernard Landry en tête – de voir naître le pays du Québec avant de rendre leur dernier souffle. Homme d’affaires aguerri aux yeux de certains, souverainiste convaincu et convaincant selon d’autres, M. Péladeau se présente comme le seul capable de donner un pays aux Québécois. Fort de sa notoriété, il en fait d’ailleurs son unique motivation politique.

Pourtant, depuis ses débuts sur la scène politique, Pierre Karl Péladeau s’avère un politicien plutôt médiocre. Il n’est pas un très bon orateur, il semble incapable d’exprimer une position claire sur divers enjeux – ses réponses se résumant souvent à qu’il faudrait en discuter, y penser, y réfléchir – et il a récemment fait l’objet d’un blâme du Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale pour être intervenu comme député en faveur de son entreprise.

Il est légitime de se demander qui serait Pierre Karl Péladeau aujourd’hui n’eût été du legs de son père. Dans PKP dans tous ses états, un livre à paraître cette semaine, Pierre Dubuc du SPQ Libre cherche à défaire le mythe du self-made man qui entoure Péladeau. L’auteur affirme : « Dans toutes ces circonstances, PKP a mis ses intérêts personnels au-dessus, voire à l’encontre des intérêts québécois, sous le fallacieux prétexte que ce qui est bon pour Québecor est bon pour le Québec. » Il est vrai que M. Péladeau a toujours su utiliser les rouages de l’État à son avantage. Pensons à l’acquisition de Vidéotron (aujourd’hui la vache à lait de Québecor) et, plus récemment, au financement public accordé à la construction du nouvel amphithéâtre de Québec. Certains lui prêtent maintenant l’intention de vouloir « acheter » le Parti québécois pour le mettre au service de ses ambitions personnelles. Prétention fondée ou pure lubie?

De surcroît, PKP traîne comme un boulet une nette apparence de conflit d’intérêts en ayant à ce jour la mainmise sur le conseil d’administration de Québecor. Chose certaine, avec PKP à sa tête, le PQ prêterait le flanc à une salve d’attaques de toutes parts dans l’arène politique. Aujourd’hui, la ligne est très mince entre un conflit d’intérêt apparent et un conflit d’intérêt réel. Et rien ne laisse entrevoir le jour où M. Péladeau acceptera de vendre ses intérêts dans l’empire médiatique qu’est devenu Québecor. Au contraire, il persiste à vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Une autre curiosité est le net écart entre les appuis populaires à Pierre Karl Péladeau et ses appuis officiels au sein de la députation, qui se font plutôt rares : Pascal Bérubé (Matane-Matapédia), Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles), Harold Lebel (Rimouski), Maka Kotto (Bourget) et Dave Turcotte (Saint-Jean) – un illustre inconnu. Curieux que celui qui jouit d’une si forte avance dans les sondages ne recueille pas plus d’appuis auprès de ses collègues.

Malgré que Jean-François Lisée a concédé la victoire à M. Péladeau au moment de se retirer de la course, il me semble que les autres aspirants chefs reflètent plus fidèlement ce qu’est le Parti québécois que le « roi des lock-out ». Alexandre Cloutier est certes le mieux placé pour incarner le renouveau. Bernard Drainville est le meilleur tribun du lot. Quant à Martine Ouellet, c’est une femme très appréciée par la base péquiste et une militante convaincue depuis près de trois décennies. Et les trois sont résolument plus à gauche que le meneur, qui tente aujourd’hui de faire croire à l’électorat qu’il épouse les valeurs de la social-démocratie.

Il sera intéressant de voir si un mouvement « N’importe qui sauf PKP » s’organise au cours des prochaines semaines pour freiner les ardeurs de celui qui semble en bonne position de tout rafler. Pauline Marois pensait sûrement avoir réalisé le coup du siècle en présentant son candidat Péladeau dans Saint-Jérôme en mars 2014. Or c’est ultimement ce candidat et son poing indépendantiste levé qui ont mené à la déroute de la campagne électorale de Mme Marois. Une fois installé dans le fauteuil de chef, PKP mènerait-il le Parti québécois tout entier à la déroute? Il y a certainement lieu pour les militants péquistes d’y réfléchir sérieusement avant d’arrêter leur choix.

Pierre Karl Péladeau a fait le saut en politique pour réaliser une seule chose : faire l’indépendance du Québec. Que l’accession du Québec au rang de pays soit économiquement viable ou pas, il continuerait à dormir sur ses deux oreilles grâce à l’empire qu’il a hérité de son père et qu’il a fait fructifier plus d’une fois grâce à l’apport de fonds publics. Je ne suis pas membre du PQ et je ne participerai pas à l’élection du prochain chef péquiste. Il demeure que l’impression que me laisse Pierre Karl Péladeau est celle d’un homme qui cherche coûte que coûte à passer à l’histoire pour autre chose que d’avoir été l’héritier de son père.

Sébastien St-François

Médiocrité, vous dites?

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D’entrée de jeu, je n’appuie aucunement les propos loufoques du chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, propos repris par plusieurs candidats à la direction de ce parti, selon lesquels Philippe Couillard semble imprégné des valeurs saoudiennes après un séjour de travail dans ce pays – où règne la charia – dans les années 1990. C’était une basse attaque personnelle de la part de M. Bédard et des autres péquistes, alors que le PQ donne nettement l’impression d’un parti sans repères et sans arguments – malgré le « phénomène PKP ». Pierre Karl Péladeau est d’ailleurs un des seuls à ne s’être pas engagé sur cette pente glissante.

D’ailleurs, avec le concours des médias, le PQ et sa non-course à la chefferie commandent beaucoup plus de visibilité et de couverture que ce à quoi on pourrait s’attendre d’un parti politique ayant fait élire une trentaine de députés aux élections d’avril 2014 au terme d’une cuisante défaite.

Il faut dire que le « dossier de l’imprégnation » a vite pris un virage résolument ridicule. Bédard a imploré le premier ministre de ne pas importer le modèle saoudien au Québec, Alexandre Cloutier a accusé le premier ministre d’être devenu tolérant envers les violations des droits de la personne et Bernard Drainville a affirmé que Philippe Couillard avait des affaires non réglées avec le régime saoudien. Cloutier s’est d’ailleurs empressé de se rétracter dès le lendemain matin en entrevue avec l’animateur Paul Arcand du 98,5 FM. Une chance que le ridicule ne tue pas, car plusieurs parlementaires auraient rendu l’âme la semaine dernière sinon…

Cela étant dit, il y a quelque chose de gênant à entendre le ministre de la Santé, le bon Dr Gaétan Barrette, traiter les péquistes de faire preuve d’une « profonde médiocrité ». Le ministre – ex-caquiste devenu libéral – a déploré que les candidats [péquistes] s’étaient lancés dans une course à la chefferie pour éventuellement tenter de former un gouvernement alors qu’ils font tout pour diviser. Il y a un fond de vérité dans cela. Rappelons-nous que le projet de charte du gouvernement Marois avait semé une profonde division au sein de la population québécoise. Mais il en demeure que la médiocrité n’est pas l’apanage du PQ à l’Assemblée nationale du Québec.

Cependant, on ne peut pas dire que le gouvernement libéral dirigé par Philippe Couillard se hisse bien au-dessus de la médiocrité jusqu’à présent. Ce gouvernement compte plusieurs ministres qu’on pourrait qualifier de médiocres. Je pense d’emblée à Lise Thériault (gestion médiocre du dossier des évadés d’Orsainville), David Heurtel (gestion médiocre du dossier des bélugas), Francine Charbonneau (gestion médiocre du dossier du projet de loi 27 sur les « places fantômes » dans les garderies), sans oublier Yves Bolduc (gestion médiocre de pratiquement tous les dossiers qu’il pilote depuis son assermentation comme ministre de l’Éducation). Tous ces ministres médiocres demeurent en poste, le premier ministre ayant réitéré publiquement sa confiance à leur égard malgré leurs bourdes parfois répétées et assez monumentales.

Outre les éléments plutôt médiocres formant son conseil des ministres, Philippe Couillard n’excelle pas lorsqu’il est question du dossier identitaire. Que l’on ait été pour ou contre la charte proposée par le gouvernement Marois, et que l’on soit pour ou contre sa mouture 2.0 maintenant proposée par Bernard Drainville, il faut au moins reconnaître que les députés du PQ ont une vision à proposer aux Québécois en cette matière. Du côté du PLQ, niet. Patrick Lagacé de La Presse a d’ailleurs publié un excellent billet à ce sujet samedi dernier. Dans « PLQ, le parti avant la patrie (encore) », le chroniqueur affirme que « le PLQ ne fait qu’appliquer ces jours-ci la méthode Jean Charest : on essaie de gagner du temps et, bientôt, la tempête passera… » Ce n’est pas pour rien que j’ai déjà qualifié le gouvernement Couillard de gouvernement Charest 2.0 dans un billet antérieur.

En matière identitaire, M. Couillard et ses troupes demeurent très mollasses. Le PLQ ne veut pas s’aliéner sa base électorale dans les communautés culturelles. Il n’en demeure pas moins que la réponse que le premier ministre a servi aux partis d’opposition et à l’ensemble des Québécois depuis Davos laisse à désirer. Les Québécois réclament une prise de position claire de leur gouvernement dans ce dossier, une majorité de 59 % des Québécois sondés se disant favorables à une charte sur la laïcité. Il faudra donc que Philippe Couillard « se branche » une fois de retour de Davos.

M. Barrette, gardez-vous une petite gêne la prochaine fois que vous traitez vos opposants politiques de médiocres. De la médiocrité, il y en a au sein de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale, dont le vôtre, et l’ensemble des parlementaires auraient intérêt à relever leur discours de quelques crans, vous y compris.

Sébastien St-François

L’UMQ, PKP et le PLQ

Par chance, les fêtes approchent et nos politiciens et élus de tous acabits nous laisseront tranquilles pendant quelques semaines d’ici peu. On dirait que chaque semaine qui passe apporte son lots d’incidents qui nourrissent le cynisme ambiant, et la semaine dernière n’a pas fait exception.

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L’hypocrisie de l’Union des municipalités du Québec
Quelle hypocrisie de la part de l’UMQ! Jeudi matin dernier, Paul Arcand relatait que l’UMQ a préparé une petite missive que les administrations municipales membres pourront inclure avec les prochains comptes de taxes acheminés aux contribuables pour les informer d’une autre hausse de taxes ou d’une autre réduction de services directement attribuable aux compressions de 300 M$ imposées par Québec pour 2015. Dans son « Écho de la présidence », la présidente de l’UMQ et mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, écrit ceci : « Ces compressions importantes feront évidemment très mal et entraîneront des sacrifices importants pour l’ensemble des municipalités au Québec. »

C’était pourtant écrit dans le ciel, contrairement aux affirmations des maires Denis Coderre et Régis Labeaume… Les commissions scolaires ont fait exactement de même en 2013 après que le gouvernement Marois avait éliminé le programme de péréquation mis en place par le gouvernement Charest.

Pourtant, le 5 novembre dernier, Mme Roy déclarait ceci : « Les membres de l’UMQ agissent de façon responsable face à l’état des finances publiques du Québec. Ils feront l’effort demandé, mais s’attendent à ce que ce soit la dernière fois. » C’est ça, agir de façon responsable et faire l’effort demandé? C’est accepter presque avec défaitisme un pacte fiscal imposé par Québec et se fier, pour 2016, à la parole d’un gouvernement qui ne respecte pas ses engagements? Encore une fois, c’est au contribuable qu’on refilera la facture.

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L’ambition de Pierre Karl Péladeau
Quelle surprise, jeudi dernier, quand PKP a annoncé devant un groupe d’étudiants de l’Université de Montréal qu’il sera candidat à la direction du Parti Québécois! Tout le Québec a été pris de court… Si Péladeau devient chef du PQ (au terme d’une course ou par couronnement) et du même coup chef de l’opposition, nous retournerons rapidement à la même vieille rengaine souverainiste-fédéraliste qui sclérose notre société depuis des lunes. Ce sera le perpétuel combat de coqs opposant le grand fédéraliste libéral Philippe Couillard et celui ayant affirmé que son unique objectif est de faire la souveraineté du Québec. Fort de son pouvoir économique, PKP veut maintenant le pouvoir politique pour réaliser son rêve.

Il est évident que plus d’un militant péquiste devra en avaler des couleuvres pour faire de PKP le prochain « sauveur de la cause ». Sur la base d’un sondage laissant voir que Péladeau pourrait battre Couillard aux élections de 2018, les péquistes jetteront leur dévolu sur le magnat des médias québécois dans l’unique espoir qu’il puisse leur décrocher un mandat majoritaire « la prochaine fois ». Mais il ne faut pas perdre de vue l’électeur moyen – souvent peu ou mal informé – que le prochain chef du PQ devra séduire pour tenter de réaliser son objectif politique.

Dans un texte d’opinion publié dans La Presse le 28 novembre dernier, Pierre Simard, professeur à l’ENAP, écrit ceci : « L’électeur moyen n’en a rien à cirer que PKP soit antisyndical une année et prosyndical l’année suivante; qu’il combatte Radio-Canada en janvier et qu’il se porte à sa défense en mai; qu’il dénigre le Bloc le samedi et en fasse l’éloge le lundi. L’électeur est un ignorant rationnel : il n’a ni le temps ni l’intérêt de décortiquer des prises de position aussi étranges. »

Il a parfaitement raison, et c’est là le danger. Plus d’une personne avec laquelle j’ai échangé ne croit pas en la possibilité que Pierre Karl Péladeau réussisse à décrocher un mandat majoritaire en 2018 s’il devient chef du PQ. Détrompons-nous : rien n’est impossible… Plus souvent qu’autrement, l’électeur moyen ne connaît pas grand-chose des enjeux politiques et vote pour une image. Par exemple, le phénomène « Justin » (Trudeau). La popularité d’un candidat ne s’explique plus par les idées qu’il prône et défend, mais réside plutôt en l’image qu’il projette dans des émissions de variétés et d’autres forums de showbiz. Péladeau peaufine son image pour amadouer le public depuis qu’il a fait le saut en politique. Et n’oublions jamais que les politiciens misent sur l’ignorance de « Joe Boîte à lunch » pour se faire élire…

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L’incohérence du Parti libéral du Québec
Bien sûr, au cours de la dernière semaine, nos bons libéraux ont fait leur part pour alimenter le cynisme des Québécois. D’abord, la prétendue réforme des commissions scolaires, dont Yves Bolduc n’est même pas capable de chiffrer les économies potentielles, est de plus en plus ouvertement contestée au sein même des rangs libéraux. Ensuite, la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, est partie à la chasse des « places fantômes » dans les CPE. Un projet de loi tellement mal ficelé, déconnecté et irréaliste que Québec doit reculer… Troisièmement, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a décidé de mettre de l’eau dans son vin après avoir défendu bec et ongle le projet de loi qu’il pilote…

En effet, après avoir tenu tête aux syndicats municipaux pendant des mois dans le dossier du projet de loi 3, le voilà à avoir négocié avec le PQ des modifications faisant notamment en sorte que les contribuables essuieront 55 % des déficits des régimes de retraite municipaux (plutôt que le partage plus équitable 50/50 initialement prévu). Le but premier de ce projet de loi décrié de toutes parts dans les rangs syndicaux et ayant mené au « grand dérangement » de mercredi dernier (un grand échec pour les syndicats, d’ailleurs) était de couper la poire en deux – au nom de l’équité – entre les employés municipaux et les contribuables qui paient leurs généreuses conditions de travail. Pourquoi avoir reculé alors que le gouvernement est majoritaire et que l’opinion publique était pour une fois favorable à un projet de loi libéral?

Nos politiciens se demandent pourquoi nous sommes rendus si cyniques et si peu confiants à leur égard. Ils n’ont pourtant qu’à se regarder aller pour comprendre pourquoi.

Sébastien St-François

PKP : Et si ce n’était qu’une ruse?

PKP
C’est un secret de polichinelle : Pierre Karl Péladeau sera de la course à la chefferie du PQ pour succéder à Pauline Marois – si course il y a. En fait, selon un récent sondage, à 53 %, il devancerait de loin d’autres prétendants au poste comme Bernard Drainville, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, dont les appuis varieraient entre 2 % et 7 % tout au plus.

Au cours des derniers jours, M. Péladeau a multiplié ses sorties dans les médias pour se positionner. Notamment, il se dit contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard et pour le maintien des programmes sociaux et se porte à la défense des plus vulnérables de la société. Il a beau se justifier en affirmant qu’il tient un discours en phase avec les valeurs que partagent les Québécois, ce virage à gauche est certes surprenant venant du « roi des lock-out » du Québec ayant jeté plus d’un travailleur québécois à la rue pendant son règne à la tête de l’empire Quebecor.

Il faut d’ailleurs se demander dans quelle mesure son discours est vraiment en phase avec la réalité du Québec. Lors de l’annonce de sa candidature au poste de député de Saint-Jérôme en avril dernier, son poing levé et sa déclaration farouchement souverainiste ont marqué le début de la descente aux enfers pour Mme Marois et sonné le glas de la carrière politique de cette dernière. Une nette majorité de Québécois n’en veulent pas d’un troisième référendum, du moins pas à ce moment-ci de leur histoire. Leurs priorités sont ailleurs. C’est d’ailleurs un constat dont ont pris acte certains prétendants plus modérés dans les rangs péquistes comme MM. Drainville et Lisée.

Pour ce qui est de l’austérité – ou de la réduction des dépenses publiques –, M. Péladeau vit sur une autre planète qu’il croit que nous puissions maintenir le cap… Juste pour atteindre l’équilibre budgétaire l’an prochain, l’État doit réduire ses dépenses de l’ordre de 3,2 G$. Juste pour l’an prochain… La ceinture devra également être serrée au cours des exercices à venir. La croissance économique et la croissance des emplois ne sont pas au rendez-vous. La semaine dernière, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a avoué que le Québec ratera sa cible en matière de création d’emplois pour 2014. Au net, il s’est perdu 21 000 emplois au Québec depuis le début de l’année, et la chute est marquée depuis le mois d’avril (l’arrivée au pouvoir des libéraux de Couillard).

Oui, le gouvernement libéral de Philippe Couillard fait preuve d’une grande maladresse depuis plusieurs semaines : ballons lancés tous azimuts dans les médias presque quotidiennement et acteurs plus ou moins crédibles pour défendre les compressions envisagées (Yves Bolduc en tête)… On peut même se demander si ce ne sont pas déjà les agences de notation et les créanciers qui tirent sur les ficelles en coulisses tellement le gouvernement semble faire preuve d’amateurisme dans sa grande précipitation pour réduire les dépenses étant donné que les revenus de l’État n’augmentent tout simplement pas pour différentes raisons.

Il faudrait donc que M. Péladeau nous explique comment il ferait concrètement pour rétablir la santé financière du Québec sans sabrer dans les généreux programmes sociaux qui lui sont si chers, mais que nous ne parvenons plus à financer sans nous enfoncer de plus en plus dans l’endettement et, ce faisant, sans hypothéquer davantage les futures générations de Québécois. Il accuse le gouvernement libéral de manquer de vision (je concède), mais il sera intéressant de connaître sa recette miracle pour sortir le Québec de son profond marasme si/une fois qu’il sera installé dans le fauteuil de chef de sa formation politique.

Ce texte a été rédigé avant que ne soient annoncées les règles du jeu de la prochaine course à la chefferie du Parti Québécois. Cependant, si on se fie à l’histoire de ce parti, tout indique que PKP en deviendra le prochain chef, car le PQ s’est toujours donné le chef qui partait en avance selon un article paru dans La Presse samedi dernier. Course ou couronnement? Voilà la question qui demeure, et j’imagine que nous connaîtrons la réponse sous peu.

PKP ne s’est pas lancé en politique pour être député. Il vise rien de moins que le poste de premier ministre. Pour ce faire, il doit d’abord se faire élire (ou couronner) chef du Parti Québécois. De ce que je connais du PQ, ses militants n’éliraient pas le « roi des lock-out ». Il est donc légitime de se demander si le soudain virage à gauche de M. Péladeau ne soit rien d’autre qu’une ruse pour amadouer la faction gauchiste du parti et accéder aisément au poste qu’il convoite. Si Pierre Karl Péladeau succède à Pauline Marois, il devra ensuite élaborer un programme à présenter aux électeurs en vue des élections de 2018. Là aussi, je le vois difficilement proposer un programme de droite comme celui du Parti conservateur du Québec s’il espère gagner la faveur – et le vote – des péquistes.

Pour terminer, je ne suis vraiment pas un partisan de Jean-François Lisée, mais il a raison sur un point. Si Pierre Karl Péladeau veut devenir chef du PQ et convoiter la fonction de premier ministre du Québec, il doit se départir de ses actions dans Quebecor, ce qu’il refuse de faire. Même lorsqu’on est multimilliardaire, on doit parfois faire des choix et on ne peut tout avoir. M. Péladeau devra choisir entre son ambition politique et le « legs de son père ». Et on peut se demander, s’il réussit à se faire élire premier ministre en 2018, s’il gérera le Québec comme il a géré son empire médiatique…

Sébastien St-François

Un PQ sans article 1?

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Depuis la raclée que l’électorat a servie au Parti québécois lundi soir dernier, on constate que la réflexion sur l’avenir du PQ est bel et bien entamée. Plusieurs langues se sont déliés et on a notamment appris au cours des derniers jours qu’il subsistait une profonde division entre les députés et candidats péquistes à propos du projet de charte de la laïcité jusqu’aux dernières jours de la campagne électorale.

Dans une entrevue accordée à Patrick Lagacé de La Presse, le député de Rosemont, Jean-François Lisée, affirme ceci : « Nous avons été emportés par un tsunami. Même si nous avions fait une campagne parfaite, nous aurions été emportés par ce tsunami. » M. Lisée avoue ainsi que le balayage libéral était inévitable et que la campagne du PQ a été un échec.

D’aucuns n’affirmeront que la campagne de Pauline Marois a commencé à dérailler le 8 mars, après l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau dans Saint-Jérôme. Ne faisant pas dans la dentelle, M. Péladeau a remis à l’avant-scène ce que Mme Marois et ses stratèges auraient tant voulu taire : le référendum, l’article 1 du programme péquiste, la raison d’être du Parti québécois.

Et c’est là tout le paradoxe de ce parti souverainiste, exposé au grand jour pendant cette dernière campagne électorale. Chaque élection, les Québécois sont confrontés à une formation politique légitime aux objectifs légitimes (qu’on soit en accord ou non avec le projet souverainiste, il demeure un projet légitime) qui nie sa propre raison d’être, qui tente de la balayer sous le tapis de peur de perdre ses élections. Sur le plan de la cohérence, on repassera et les péquistes ont payé le prix de leur incohérence le 7 avril. À moins qu’il ne modifie les fondements même de son programme, l’objectif premier du PQ est de faire du Québec un pays. L’électorat le sait et tenter de le duper en affirmant le contraire n’est pas une stratégie électorale gagnante.

L’autre option qui se présente au PQ est d’abandonner son article 1. Mais encore… Je vois difficilement comment cela pourrait arriver. Premièrement, ça ne passerait pas auprès des « purs et durs » qui en mènent encore large dans les rangs péquistes. Deuxièmement, sans l’article 1, une fois la base militante aliénée, quel serait l’argument de vente du « PQ 2.0 » auprès de l’électorat? En quoi se démarquerait-il sur l’échiquier politique? Le PQ est bien pris entre l’arbre et l’écorce, car nous sommes loin de la conjoncture dans laquelle fut fondé ce parti par René Lévesque en 1968.

Par contre, l’article 1 lui n’a pas évolué d’un iota et il est devenu un boulet pour le Parti québécois. Par ailleurs, l’objectif ultime du PQ est peut-être une idée dépassée (Lysiane Gagnon, La Presse, samedi 12 avril), incapable de susciter l’intérêt de la majorité vu l’évolution des priorités des Québécois et du portrait démographique du Québec au cours des décennies. De citer Mme Gagnon : « On voit mal quelle stratégie le PQ pourrait dorénavant utiliser pour amener la majorité à son option » (après avoir joué les cartes de l’infériorité linguistique et économique des Canadiens français, du nationalisme civique et plus récemment du nationalisme ethnique ou identitaire entre autres stratégies).

Contrairement à ce qu’affirment les péquistes, qui reprochent aux libéraux d’avoir sorti l’épouvantail référendaire pour semer la peur au sein de l’électorat (stratégie employée notamment par Gaétan Barrette auprès des communautés ethniques dans La Pinière), je penche plutôt du coté de l’éditorialiste André Pratte de La Presse. Les Québécois [la majorité] n’en voulaient pas d’un référendum et ils n’en voudront très probablement pas plus dans quatre ans. Les souverainistes sont vraiment pris entre l’arbre et l’écorce…

Il reste maintenant à voir qui deviendra le prochain chef du Parti québécois. Selon Denis Lessard de La Presse, le choix de Stéphane Bédard comme chef intérimaire donne une longueur d’avance à Pierre Karl Péladeau. M. Lessard avance même que Bernard Drainville et Jean-François Lisée doivent dès lors faire leur deuil de la chefferie. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette course à la chefferie, qui a d’ailleurs été officieusement lancée le soir de la cuisante défaite subie par Pauline Marois.

Si PKP devient chef du PQ (et c’est un scénario que je considère très crédible, cet homme-là n’ayant pas fait le saut en politique pour demeurer simple député), le parti sera appelé à prendre un sérieux virage à droite sur le plan idéologique et il ne sera pas question d’abandonner l’article 1. Le cas échéant, il restera alors à voir si Péladeau réussira mieux que ses prédécesseurs (ayant tous échoué) à vendre une option qui perd des plumes avec chaque campagne électorale qui se succède. Mais, au moins, sous PKP, le PQ se tiendrait debout et cesserait de jouer à l’hypocrite.

Pour ma part, j’espère assister de mon vivant à une campagne électorale orientée sur l’axe gauche-droite plutôt que la sempiternelle rhétorique fédéraliste-souverainiste. Dans la vie, il faut bien garder espoir, non?

Sébastien St-François