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Le PLQ a-t-il fini par avoir raison de Benoit Dutrizac?

8bfac099-61c4-4265-81f5-7d4cf72a2096_ORIGINALPhoto prise du Journal de Montréal

J’écoute le 98,5 FM depuis les débuts de la station, en 2004, et Benoit Dutrizac faisait partie de mon quotidien les jours de semaine à partir du moment où il a remplacé Gilles Proulx au micro en août 2008. Lorsqu’on travaille en solo toute la journée devant un ordinateur comme je le fais en ma qualité de traducteur agréé en pratique privée, les animateurs de la radio parlée deviennent en quelque sorte des « collègues de travail ». En effet, Arcand, Maréchal, Dutrizac et Houde ainsi que leurs collaborateurs et leurs invités m’accompagnent pendant mes nombreuses heures passées au clavier jour après jour depuis des années. Lire la suite

Loco Locass avait raison

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La chanson Libérez-nous des libéraux du groupe de rap québécois Loco Locass, composée au lendemain des élections québécoises du 14 avril 2003 (s’étant soldées par l’élection majoritaire du PLQ dirigé par Jean Charest) demeure tout aussi pertinente 13 ans plus tard, en 2016, et ce, autant à Québec qu’à Ottawa. Lire la suite

Et si Angélil avait été premier ministre?

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Le Québec a perdu un de ses grands bâtisseurs la semaine dernière en la personne de René Angélil, dont la contribution au monde culturel a aidé à propulser le Québec sur la scène mondiale. Cet homme avait une vision, il avait un plan et il a su les mettre en œuvre de main de maître pour faire de Céline Dion la première vedette au rayonnement véritablement planétaire de l’histoire du Québec. Que l’on apprécie ou non l’œuvre musical de la diva québécoise, on ne peut nier son succès et l’efficacité redoutable de l’architecte derrière ce succès.

On peut se demander en quoi le Québec d’aujourd’hui serait différent – et très fort probablement pour le mieux – si quelqu’un de la trempe d’Angélil en avait pris les commandes au moment où la province aurait justement eu besoin d’un politicien visionnaire plutôt que carriériste. Or, depuis le début du millénaire, force est de constater que les personnes ayant accédé à la plus haute fonction au sein de l’État québécois n’avaient pas cette qualité, car ils étaient justement des politiciens de carrière : Bernard Landry (premier ministre désigné ayant pris la relève de Lucien Bouchard à la tête du dernier gouvernement péquiste majoritaire qui, depuis, joue très bien son rôle de belle-mère), Jean Charest (premier ministre responsable de l’explosion de notre dette provinciale qui est loin d’avoir laissé la province en meilleur état à son départ), Pauline Marois (première femme à diriger le Québec, oui, mais rapidement chassée du pouvoir par l’électorat québécois tellement son gouvernement était incohérent et manquait de vision) et maintenant Philippe Couillard – monsieur « Austérité à deux vitesses » qui sabre dans les services aux citoyens et fait des victimes sur le terrain (pensons au cas tout récent du centre Mélaric pour toxicomanes), sans pour autant mettre fin au gaspillage éhonté de fonds publics ailleurs et à plus grande échelle, par exemple dans le dossier du Fonds vert, financé par les taxes environnementales les plus élevées en Amérique du Nord depuis des années sous le prétexte fallacieux de lutter contre les changements climatiques. (Et dire que Québec envisage maintenant la possibilité d’imposer de nouvelles taxes « vertes » aux citoyens déjà les plus taxés sur le continent. Depuis trop longtemps, la vision québécoise semble se résumer à taxer et taxer encore sans pour autant que les problèmes se règlent…)

Comme l’affirmait Alain Dubuc dans La Presse samedi dernier (« Le gouvernement qui n’apprenait pas »), un gouvernement qui se lance dans une vaste opération de redressement budgétaire, comme l’a fait celui de M. Couillard, devrait se doter de mécanismes pour réagir rapidement quand le plan de match connaît des ratés, qu’il fait des victimes innocentes ou qu’il a des effets contraires aux objectifs. Mais, pour cela, ça prend un plan, une vision et une réelle volonté d’agir pour sortir le Québec de sa situation peu envieuse. Pour cela, il faut aussi cesser de gouverner en fonction de son objectif personnel de se faire réélire.

Ce n’est pas le fruit du hasard si aujourd’hui le Québec se classe au neuvième rang des provinces en termes de richesse et recevra, en 2016, plus de 50 % de la péréquation fédérale. Non, c’est le résultat d’une gouvernance au gré des circonstances, axé sur le court terme et des objectifs politiques plutôt que sociétaux, l’œuvre de politiciens davantage préoccupés par leur maintien en poste que par l’assainissement réel et durable de l’État québécois. Et c’est une tendance lourde depuis des décennies. Pendant ce temps, les Québécois font les frais de réformes de toutes sortes, souvent mal réfléchies et pilotées par des ministres aux compétences nébuleuses (au sein de l’actuel conseil des ministres de Philippe Couillard, je pense notamment à François Blais à l’Éducation, à David Heurtel à l’Environnement et à Francine Charbonneau à la Famille – tous trois des ministres médiocres dans la gestion des portefeuilles dont ils sont respectivement responsables), mais la situation globale ne s’améliore pas pour autant et le Québec continue à tourner en rond, voire à s’enfoncer.

Transposez les talents de René Angélil dans un acteur de l’arène politique et imaginez un instant ce à quoi pourrait ressembler le Québec d’aujourd’hui si une vision comparable à celle qu’avait Angélil pour sa protégée avait été mise au service de l’État québécois : des objectifs bien précis à atteindre et un plan réfléchi et bien ficelé pour y arriver. Est-ce rêver en couleur? Probablement, mais il demeure que le Québec a cruellement besoin d’un visionnaire pour en prendre les rênes et le sortir de son marasme. Et Philippe Couillard n’est pas ce visionnaire.

Sébastien St-François

Quand les bottines suivent les babines…

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C’était devenu un secret de polichinelle depuis des semaines, voire des mois pour certains. Le député caquiste de Chauveau, Gérard Deltell, initialement élu sous la bannière de l’Action démocratique du Québec en 2008, tire sa révérence de la politique provinciale et tentera de se faire élire sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent en octobre prochain.

S’il réussit son pari, comme simple député fédéral, il gagnera deux fois plus qu’il gagnait à Québec, encore plus s’il est nommé ministre dans un gouvernement conservateur reconduit au pouvoir. Par contre, rien à l’heure actuelle ne lui garantit de remporter son pari (d’être élu dans Louis-Saint-Laurent ou de faire partie du prochain gouvernement).

La Coalition Avenir Québec perd du coup une autre pointure forte – rappelons le départ de Christian Dubé l’année dernière – et on peut certes se demander ce que réserve l’avenir à l’ex-ADQ qui peine à se tailler une place à l’Assemblée nationale, et ce, même si François Legault prétend y représenter la véritable opposition en cette période de tumulte pour les péquistes après leur déconfiture d’avril 2014… Depuis un bon moment, la relation entre MM. Legault et Deltell était tendue. Après la dernière élection générale, le chef de la CAQ a dépouillé M. Deltell de son titre de leader parlementaire au profit de François Bonnardel. C’est quand même Gérard Deltell qui avait piloté la fusion de l’ADQ ayant permis à la CAQ d’être représentée à l’Assemblée nationale.

Cette démission arrive un an jour pour jour après l’élection de l’actuel gouvernement dirigé par Philippe Couillard au terme du scrutin général du 7 avril 2014. Elle s’ajoute à une liste de démissions qui s’allonge depuis : Christian Dubé (CAQ, août 2014), Élaine Zakaïb (PQ, septembre 2014), Yves Bolduc (PLQ, février 2015)… Chaque démission se solde par l’obligation de tenir une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ pour les contribuables québécois. Une tendance encourageante se dessine néanmoins. Malgré qu’une loi abolissant les indemnités de départ auxquels les démissionnaires de l’Assemblée nationale ont toujours « droit » se fait encore attendre, tous les démissionnaires depuis la dernière élection générale – à l’exception du profiteur libéral Yves Bolduc – ont renoncé à leur prime.

Dans le cas de M. Deltell, on peut dire que les bottines ont suivi les babines. Il proposait l’élimination de ces primes indécentes (rappelons qu’un travailleur « ordinaire » n’a pas droit à l’assurance-emploi en cas de démission) depuis 2010. Et le démissionnaire caquiste est allé encore plus loin en annonçant qu’il renonçait à toucher sa rente de retraite avant l’âge de 65 ans. En tout et partout, il laisse ainsi plus de 400 000 $ sur la table – de quoi payer une partie des coûts de l’élection que son départ rend nécessaire.

S’agit-il de rien de plus qu’une manœuvre politique savamment concoctée pour impressionner la galerie? Bien que certains cyniques se fassent aller sur les réseaux sociaux, j’ai tendance à accorder le bénéfice du doute à M. Deltell. Le montant de près d’un demi-million de dollars – auquel il avait pleinement droit en vertu des règles actuelles que les libéraux ne semblent pas pressés de modifier – est de l’argent bien réel. À ce que je sache, M. Deltell n’est pas indépendant de fortune. D’avoir « mis sur la glace » (pour le citer) une telle rétribution est tout à son honneur et contribue à redonner un peu de dignité à une fonction trop souvent méprisée par ses titulaires démissionnaires. Outre celui d’Yves Bolduc, le nom d’Emmanuel Dubourg – un autre bon libéral – me vient spontanément à l’esprit, mais il y en a eu bien d’autres au fil des années, notamment plusieurs membres du gouvernement actuel qui avaient déjà claqué la porte à la politique.

Dans la foulée de l’« affaire Bolduc », le premier ministre Couillard a exprimé le souhait de mettre fin aux indemnités de départ versées aux députés qui quittent leurs fonctions. Il est plutôt mal placé, ayant lui-même touché une indemnité de quelque 125 000 $ après avoir quitté volontairement son poste de ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest. De plus, sous sa gouverne, le Parti libéral a rejeté d’emblée une motion à cet égard déposée en 2013 par Bernard Drainville, alors ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne dans le gouvernement minoritaire dirigé par Pauline Marois.

Le « souhait » du premier ministre Couillard doit devenir une priorité pour son gouvernement afin de mettre fin une fois pour toutes à ces abus qui se font aux frais des contribuables – plus souvent qu’autrement par des membres de la députation libérale. L’histoire nous démontre que rares sont les élus dont les bottines suivent les babines comme ce fut le cas de Gérard Deltell la semaine dernière.

Sébastien St-François

PKP et la déroute péquiste

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Pour l’observateur que je suis, il y a quelque chose de fascinant dans cette course à la chefferie du PQ qui a officiellement pris son envol la semaine dernière. Depuis un sondage Léger-Le Devoir mené en novembre dernier, indiquant qu’un Parti québécois dirigé par Pierre Karl Péladeau devancerait les libéraux dans les intentions de vote, une majorité de militants péquistes continuent à appuyer quasi aveuglément celui qui est pourtant à bien des égards aux antipodes de ce que le PQ représente depuis sa fondation.

D’ailleurs, lors du conseil général de samedi dernier, les attaques se sont multipliées contre celui que Pierre Céré compare à « Citizen Kane », c’est-à-dire à un baron des médias avec des ambitions politiques illustré dans ce classique de 1941. M. Céré est allé même jusqu’à affirmer qu’il s’était fait dire de taire ses critiques pour ne pas écorcher celui [PKP] que plusieurs perçoivent comme un sauveur.

D’aucuns diront que Pierre Karl Péladeau est le mieux placé pour permettre aux purs et durs de la ligue du vieux poêle souverainiste – Bernard Landry en tête – de voir naître le pays du Québec avant de rendre leur dernier souffle. Homme d’affaires aguerri aux yeux de certains, souverainiste convaincu et convaincant selon d’autres, M. Péladeau se présente comme le seul capable de donner un pays aux Québécois. Fort de sa notoriété, il en fait d’ailleurs son unique motivation politique.

Pourtant, depuis ses débuts sur la scène politique, Pierre Karl Péladeau s’avère un politicien plutôt médiocre. Il n’est pas un très bon orateur, il semble incapable d’exprimer une position claire sur divers enjeux – ses réponses se résumant souvent à qu’il faudrait en discuter, y penser, y réfléchir – et il a récemment fait l’objet d’un blâme du Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale pour être intervenu comme député en faveur de son entreprise.

Il est légitime de se demander qui serait Pierre Karl Péladeau aujourd’hui n’eût été du legs de son père. Dans PKP dans tous ses états, un livre à paraître cette semaine, Pierre Dubuc du SPQ Libre cherche à défaire le mythe du self-made man qui entoure Péladeau. L’auteur affirme : « Dans toutes ces circonstances, PKP a mis ses intérêts personnels au-dessus, voire à l’encontre des intérêts québécois, sous le fallacieux prétexte que ce qui est bon pour Québecor est bon pour le Québec. » Il est vrai que M. Péladeau a toujours su utiliser les rouages de l’État à son avantage. Pensons à l’acquisition de Vidéotron (aujourd’hui la vache à lait de Québecor) et, plus récemment, au financement public accordé à la construction du nouvel amphithéâtre de Québec. Certains lui prêtent maintenant l’intention de vouloir « acheter » le Parti québécois pour le mettre au service de ses ambitions personnelles. Prétention fondée ou pure lubie?

De surcroît, PKP traîne comme un boulet une nette apparence de conflit d’intérêts en ayant à ce jour la mainmise sur le conseil d’administration de Québecor. Chose certaine, avec PKP à sa tête, le PQ prêterait le flanc à une salve d’attaques de toutes parts dans l’arène politique. Aujourd’hui, la ligne est très mince entre un conflit d’intérêt apparent et un conflit d’intérêt réel. Et rien ne laisse entrevoir le jour où M. Péladeau acceptera de vendre ses intérêts dans l’empire médiatique qu’est devenu Québecor. Au contraire, il persiste à vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Une autre curiosité est le net écart entre les appuis populaires à Pierre Karl Péladeau et ses appuis officiels au sein de la députation, qui se font plutôt rares : Pascal Bérubé (Matane-Matapédia), Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles), Harold Lebel (Rimouski), Maka Kotto (Bourget) et Dave Turcotte (Saint-Jean) – un illustre inconnu. Curieux que celui qui jouit d’une si forte avance dans les sondages ne recueille pas plus d’appuis auprès de ses collègues.

Malgré que Jean-François Lisée a concédé la victoire à M. Péladeau au moment de se retirer de la course, il me semble que les autres aspirants chefs reflètent plus fidèlement ce qu’est le Parti québécois que le « roi des lock-out ». Alexandre Cloutier est certes le mieux placé pour incarner le renouveau. Bernard Drainville est le meilleur tribun du lot. Quant à Martine Ouellet, c’est une femme très appréciée par la base péquiste et une militante convaincue depuis près de trois décennies. Et les trois sont résolument plus à gauche que le meneur, qui tente aujourd’hui de faire croire à l’électorat qu’il épouse les valeurs de la social-démocratie.

Il sera intéressant de voir si un mouvement « N’importe qui sauf PKP » s’organise au cours des prochaines semaines pour freiner les ardeurs de celui qui semble en bonne position de tout rafler. Pauline Marois pensait sûrement avoir réalisé le coup du siècle en présentant son candidat Péladeau dans Saint-Jérôme en mars 2014. Or c’est ultimement ce candidat et son poing indépendantiste levé qui ont mené à la déroute de la campagne électorale de Mme Marois. Une fois installé dans le fauteuil de chef, PKP mènerait-il le Parti québécois tout entier à la déroute? Il y a certainement lieu pour les militants péquistes d’y réfléchir sérieusement avant d’arrêter leur choix.

Pierre Karl Péladeau a fait le saut en politique pour réaliser une seule chose : faire l’indépendance du Québec. Que l’accession du Québec au rang de pays soit économiquement viable ou pas, il continuerait à dormir sur ses deux oreilles grâce à l’empire qu’il a hérité de son père et qu’il a fait fructifier plus d’une fois grâce à l’apport de fonds publics. Je ne suis pas membre du PQ et je ne participerai pas à l’élection du prochain chef péquiste. Il demeure que l’impression que me laisse Pierre Karl Péladeau est celle d’un homme qui cherche coûte que coûte à passer à l’histoire pour autre chose que d’avoir été l’héritier de son père.

Sébastien St-François

PKP : Et si ce n’était qu’une ruse?

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C’est un secret de polichinelle : Pierre Karl Péladeau sera de la course à la chefferie du PQ pour succéder à Pauline Marois – si course il y a. En fait, selon un récent sondage, à 53 %, il devancerait de loin d’autres prétendants au poste comme Bernard Drainville, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, dont les appuis varieraient entre 2 % et 7 % tout au plus.

Au cours des derniers jours, M. Péladeau a multiplié ses sorties dans les médias pour se positionner. Notamment, il se dit contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard et pour le maintien des programmes sociaux et se porte à la défense des plus vulnérables de la société. Il a beau se justifier en affirmant qu’il tient un discours en phase avec les valeurs que partagent les Québécois, ce virage à gauche est certes surprenant venant du « roi des lock-out » du Québec ayant jeté plus d’un travailleur québécois à la rue pendant son règne à la tête de l’empire Quebecor.

Il faut d’ailleurs se demander dans quelle mesure son discours est vraiment en phase avec la réalité du Québec. Lors de l’annonce de sa candidature au poste de député de Saint-Jérôme en avril dernier, son poing levé et sa déclaration farouchement souverainiste ont marqué le début de la descente aux enfers pour Mme Marois et sonné le glas de la carrière politique de cette dernière. Une nette majorité de Québécois n’en veulent pas d’un troisième référendum, du moins pas à ce moment-ci de leur histoire. Leurs priorités sont ailleurs. C’est d’ailleurs un constat dont ont pris acte certains prétendants plus modérés dans les rangs péquistes comme MM. Drainville et Lisée.

Pour ce qui est de l’austérité – ou de la réduction des dépenses publiques –, M. Péladeau vit sur une autre planète qu’il croit que nous puissions maintenir le cap… Juste pour atteindre l’équilibre budgétaire l’an prochain, l’État doit réduire ses dépenses de l’ordre de 3,2 G$. Juste pour l’an prochain… La ceinture devra également être serrée au cours des exercices à venir. La croissance économique et la croissance des emplois ne sont pas au rendez-vous. La semaine dernière, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a avoué que le Québec ratera sa cible en matière de création d’emplois pour 2014. Au net, il s’est perdu 21 000 emplois au Québec depuis le début de l’année, et la chute est marquée depuis le mois d’avril (l’arrivée au pouvoir des libéraux de Couillard).

Oui, le gouvernement libéral de Philippe Couillard fait preuve d’une grande maladresse depuis plusieurs semaines : ballons lancés tous azimuts dans les médias presque quotidiennement et acteurs plus ou moins crédibles pour défendre les compressions envisagées (Yves Bolduc en tête)… On peut même se demander si ce ne sont pas déjà les agences de notation et les créanciers qui tirent sur les ficelles en coulisses tellement le gouvernement semble faire preuve d’amateurisme dans sa grande précipitation pour réduire les dépenses étant donné que les revenus de l’État n’augmentent tout simplement pas pour différentes raisons.

Il faudrait donc que M. Péladeau nous explique comment il ferait concrètement pour rétablir la santé financière du Québec sans sabrer dans les généreux programmes sociaux qui lui sont si chers, mais que nous ne parvenons plus à financer sans nous enfoncer de plus en plus dans l’endettement et, ce faisant, sans hypothéquer davantage les futures générations de Québécois. Il accuse le gouvernement libéral de manquer de vision (je concède), mais il sera intéressant de connaître sa recette miracle pour sortir le Québec de son profond marasme si/une fois qu’il sera installé dans le fauteuil de chef de sa formation politique.

Ce texte a été rédigé avant que ne soient annoncées les règles du jeu de la prochaine course à la chefferie du Parti Québécois. Cependant, si on se fie à l’histoire de ce parti, tout indique que PKP en deviendra le prochain chef, car le PQ s’est toujours donné le chef qui partait en avance selon un article paru dans La Presse samedi dernier. Course ou couronnement? Voilà la question qui demeure, et j’imagine que nous connaîtrons la réponse sous peu.

PKP ne s’est pas lancé en politique pour être député. Il vise rien de moins que le poste de premier ministre. Pour ce faire, il doit d’abord se faire élire (ou couronner) chef du Parti Québécois. De ce que je connais du PQ, ses militants n’éliraient pas le « roi des lock-out ». Il est donc légitime de se demander si le soudain virage à gauche de M. Péladeau ne soit rien d’autre qu’une ruse pour amadouer la faction gauchiste du parti et accéder aisément au poste qu’il convoite. Si Pierre Karl Péladeau succède à Pauline Marois, il devra ensuite élaborer un programme à présenter aux électeurs en vue des élections de 2018. Là aussi, je le vois difficilement proposer un programme de droite comme celui du Parti conservateur du Québec s’il espère gagner la faveur – et le vote – des péquistes.

Pour terminer, je ne suis vraiment pas un partisan de Jean-François Lisée, mais il a raison sur un point. Si Pierre Karl Péladeau veut devenir chef du PQ et convoiter la fonction de premier ministre du Québec, il doit se départir de ses actions dans Quebecor, ce qu’il refuse de faire. Même lorsqu’on est multimilliardaire, on doit parfois faire des choix et on ne peut tout avoir. M. Péladeau devra choisir entre son ambition politique et le « legs de son père ». Et on peut se demander, s’il réussit à se faire élire premier ministre en 2018, s’il gérera le Québec comme il a géré son empire médiatique…

Sébastien St-François

Savoir lâcher prise

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J’écris ce texte en réaction à la chronique « Tenir tête » de Michèle Ouimet paru dans La Presse et La Presse+ du samedi 6 septembre dernier. « Printemps érable », « conflit étudiant », « grève étudiante », « carrés rouges » – peu importe le vocable utilisé pour y faire référence, cette manifestation bruyante et parfois violente demeure bien fraîche dans l’esprit des Québécois, et notamment des Montréalais qui voyaient leur ville se faire prendre en otage quotidiennement. Déjà que l’économie de la métropole était fragile (et demeure fragile à ce jour), l’idée d’être pris dans des bouchons de circulation monstres était assez pour en rebuter plus d’un de s’y rendre. Les commerçants du centre-ville en ont bavé un coup.

Les étudiants à l’origine de ce conflit ont le mérite d’avoir réussi à se faire entendre et d’avoir créé un mouvement qui s’est transformé – au fil des semaines et des mois – en espèce de bouillabaisse socioculturelle contre le gouvernement usé et corrompu de Jean Charest. Je me rappelle encore cette image de Pauline Marois dans la rue, chaudron à la main, ou de ces députés péquistes arborant fièrement leur carré rouge supposément en guise de solidarité avec les étudiants. Ils ont vu juste, ayant réussi, le 4 septembre 2012, à former un gouvernement minoritaire en bonne part grâce à la grogne populaire contre Charest et ses troupes que le mouvement étudiant avait réussi à susciter. On connaît la suite…

Mais qu’en est-il du nœud du problème, c’est-à-dire du financement des universités québécoises? Notre société doit-elle viser à ne former que des universitaires? Doit-on sacrifier la qualité de nos universités au nom de l’accessibilité universelle ou quasi universelle? Ce sont toutes des questions qui doivent peser dans la balance des choix de société que nous faisons.

Je suis titulaire d’un baccalauréat et d’un certificat universitaire. Je travaille dans le domaine pour lequel j’ai étudié et je gagne bien ma vie. Cependant, je connais plusieurs personnes issues de l’université qui n’ont pas réussi à se trouver du travail dans leur domaine d’études et ont dû se résigner à faire autre chose qui ne nécessitait pas une formation universitaire. Et un diplôme universitaire ne vous protège aucunement contre le chômage. Au contraire, bien des métiers affichent des taux de chômage inférieurs à ceux de certaines professions, alors qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines dits « techniques ».

Pendant bien des années, le Québec a dénigré les métiers au profit des emplois nécessitant une formation universitaire. À une certaine époque, les familles québécoises devaient compter un curé dans leur progéniture pour être considérées respectables. Ensuite un médecin, un avocat, un notaire, un comptable, un ingénieur… Aujourd’hui, on se trouve avec trop de professionnels dans certains domaines, des diplômés universitaires dans des domaines où les perspectives d’emploi sont très faibles sinon nulles et des pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers et certaines techniques. Plus d’une personne de métier gagne des revenus supérieurs à bien des professionnels. L’université, c’est bien, mais ce n’est pas pour tout le monde et ce n’est pas la panacée. Des médecins, des avocats, des ingénieurs incompétents, ça existe – même s’ils ont obtenu leur diplôme…

Pour revenir au conflit de 2012, ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est que la vaste majorité des étudiants ayant pris les rues d’assaut étaient des étudiants en sciences humaines dont les débouchés professionnels en fin de parcours scolaire étaient, sont ou seront limités. Les étudiants en médecine, en droit, etc. n’ont pas répondu à l’appel des « ogues » en devenir. Le conflit a semé la division au sein du grand public, mais il a aussi semé la division dans les rangs étudiants eux-mêmes. Il y a des étudiants qui ne voulaient rien savoir de ce conflit, j’en connais personnellement.

Deux ans plus tard, le problème du financement de nos universités demeure entier tant qu’à moi. Oui, une société moderne doit former des universitaires pour occuper les professions de demain, mais encore faut-il qu’elle ait les moyens de les former adéquatement afin qu’ils soient qualifiés dans un monde où la concurrence se livre de plus en plus à une échelle mondiale. Une population de huit millions de personnes ne peut former qu’un certain nombre d’avocats, d’ingénieurs, de comptables, de sociologues et d’historiens pour que ces personnes ainsi formées fassent une contribution utile pendant leur vie active. Le Québec a aussi besoin d’électriciens, de plombiers, de menuisiers, de cuisiniers, de techniciens et de technologues.

Une société forte est une société équilibrée. À mes yeux, une société où l’université est accessible à qui le veut parce que c’est l’État qui paie ou que les frais de scolarité sont maintenus artificiellement bas par des pressions sociales ou politiques ne prépare pas les bases d’une économie solide en veillant à la diversification des compétences de ses travailleurs.

Il y a toujours deux côtés à une médaille, mais de là à vouloir remercier Gabriel Nadeau-Dubois et les autres leaders étudiants d’avoir semé un tel chaos social et divisé à ce point les Québécois, je trouve ça un peu poussé. Un moment donné, il faut savoir lâcher prise et réaliser qu’on a rarement raison sur toute la ligne.

Sébastien St-François

Montrer l’exemple…

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J’ai l’impression qu’il ne se passe pas une semaine sans que la classe politique nous montre ce dont elle est capable en matière d’abus… Dans ce texte, je fais référence particulièrement à ce qu’on pourrait appeler l’« affaire Bolduc ».

En effet, on a appris récemment qu’Yves Bolduc, ancien ministre de la Santé sous Jean Charest et actuel ministre de l’Éducation sous Philippe Couillard, a empoché une généreuse « prime » de 215 000 $ pour prendre en charge une liste de patients, le temps qu’il était dans l’opposition. À peine 19 mois plus tard, il a dû laisser tomber ces patients : « […] Le premier ministre m’a demandé d’occuper les fonctions de ministre de l’Éducation et malheureusement je ne peux continuer la pratique médicale. » Pauvre M. Bolduc…

La nouvelle était sortie en octobre 2012 : un mois après la défaite de son parti, le Dr Bolduc retournait à la pratique de la médecine à temps partiel, affirmait-il. À Ottawa, on critique les sénateurs qui vaquent à d’autres occupations professionnelles tout en empochant un salaire annuel de près de 140 000 $. La même critique peut s’adresser aux membres de l’Assemblée nationale – et à tout élu – tant qu’à moi. Lorsqu’on choisit de se porter candidat à une élection et qu’on est élu, on ne devrait pas avoir le droit de piger dans plusieurs pots d’argent public. Dans la vie, il faut faire des choix…

Or Yves Bolduc s’est trouvé à tirer profit d’un programme qui est sa propre création (pendant ses années comme ministre de la Santé, soit de 2008 à 2012). De citer Réjean Hébert, ministre de la Santé dans le gouvernement minoritaire de Pauline Marois : « Il a profité d’une brèche qu’il connaissait bien dans le système. Je ne comprends pas comment, en travaillant à temps partiel, on peut inscrire 1 500 patients par année. […] »

Comme on pouvait s’y attendre, les bons docteurs Couillard et Barrette se sont portés à la défense de leur confrère… Les actuels premier ministre et ministre de la Santé ont affirmé qu’il n’y avait rien d’illégal dans ce qu’avait fait Yves Bolduc, qu’il avait suivi les règles en place. Il va sans dire que Bolduc n’a rien fait d’illégal : il a simplement profité d’un programme qu’il avait lui-même fait adopter lorsqu’il était ministre de la Santé. Mais est-ce moralement acceptable de piger dans autant de pots d’argent public et de persister à défendre l’indéfendable dans un contexte d’austérité imposé aux autres par les mêmes acteurs politiques?

Le dictionnaire Larousse propose la définition suivante du mot prime : « Somme d’argent ou don accordés à titre de récompense ou d’encouragement ». Pendant son séjour dans l’opposition, M. Bolduc a touché son salaire de député et un salaire de médecin. Était-il réellement nécessaire de lui verser une prime variant de 100 $ à 200 $ par patient pris en charge pour l’« encourager » à pratiquer une activité professionnelle qu’il avoue lui-même aimer pratiquer? Quel sens devons-nous donner à « prime » dans un tel contexte? S’agirait-il d’un néologisme?

Encore une fois, les Québécois ayant voulu du changement en votant pour le PLQ le printemps dernier seront fort probablement déçus lorsque viendra le moment de dresser le bilan du premier mandat du gouvernement Couillard. Jusqu’à maintenant, c’est pas mal le maintien du statu quo; les abus sur le dos des contribuables se perpétuent. Philippe Couillard peut bien préférer parler en termes de vérité et de réalité que d’austérité, il peut difficilement déroger à une prémisse fondamentale sans perdre des plumes sur le plan de la crédibilité : avant d’en demander encore plus aux Québécois, il doit mettre fin à de tels abus au lieu de les cautionner. Malheureusement, encore une fois, M. Couillard a préféré défendre un de ses partisans que défendre l’intérêt supérieur des Québécois. Pourtant, l’époque où on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre est révolue, si l’on se fie aux signaux lancés par nul autre que le premier ministre Couillard depuis son entrée en fonctions. Encore une fois, on semble être devant une situation « deux poids, deux mesures » qui avantage un membre du gouvernement.

Si Yves Bolduc aime tant pratiquer la médecine, rien ne lui empêche de démissionner de ses fonctions ministérielles et parlementaires et de reprendre sa pratique. Ce n’est pas comme s’il passera à l’histoire pour avoir été un grand ministre et parlementaire de toute façon… Quant au gouvernement, ses membres auraient intérêt à montrer l’exemple s’ils veulent avoir un tant soit peu de crédibilité au moment où ils laisseront tomber le couperet.

Comme électeur et contribuable, je ne demande rien de mieux qu’un gouvernement crédible qui prêche par l’exemple pour atténuer le cynisme qui m’habite depuis trop longtemps. Je ne peux pas me dire déçu de ce qui se passe, car je n’ai pas cru pour un instant que les choses changeraient sous Philippe Couillard. Mais il existe une expression en anglais dont ce dernier devrait s’inspirer : walk the talk!

Quant à Yves Bolduc, dont la crédibilité a été écorchée à plus d’une reprise depuis sa récente accession au conseil des ministres, invitons-le à repenser son refus de rembourser un traître sou de la généreuse prime qu’il a touchée. Mais soyons réalistes : son patron cautionne le tout, alors…

Sébastien St-François

La CEIC aura-t-elle été utile au bout du compte?

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Le Québec carbure à la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (la « Commission Charbonneau ») depuis maintenant plusieurs années. Nous avons traversé des élections municipales et deux élections provinciales générales depuis le début des travaux de la CEIC. Le visage politique du Québec a bien changé depuis novembre 2011. Jean Charest est parti, Pauline Marois aussi. De véritables piliers de la politique municipale ont été forcés de quitter dans la disgrâce. Pensons à Gérald Tremblay, qui ne savait rien de ce qui se tramait derrière son dos, et à Gilles Vaillancourt, qui fait aujourd’hui face à une kyrielle d’accusations criminelles, dont celle de gangstérisme. Ce dernier sera-t-il jugé par notre système judiciaire renommé pour son inefficacité ou aura-t-il le temps de mourir avant d’être jugé? C’est une question d’un tout autre ordre…

Cependant, 30 millions de dollars plus tard, où en sommes-nous? Denis Lessard de La Presse se penche sur cette question fort intéressante des limites de la Commission Charbonneau. Selon lui, la Commission a adopté un mode de fonctionnement bizarre et se trouve en quelque sorte à la remorque de l’actualité et des journalistes d’enquête.

L’ancien député de Saint-Jérôme, le caquiste Jacques Duchesneau, nous avait pourtant promis des révélations fracassantes concernant plusieurs ex-ministres, autant péquistes que libéraux, aux audiences de la Commission Charbonneau. Jusqu’à maintenant, on peut dire qu’à l’échelle provinciale du moins, aucun politicien n’a encore payé le gros prix après que son nom est sorti à la CEIC. Ça rappelle étrangement la Commission Gomery au fédéral. La juge Charbonneau a même choisi de suspendre les travaux publics le temps de la dernière campagne électorale – laissant ainsi les électeurs québécois dans le noir au moment même où ils devaient faire un choix et élire un nouveau gouvernement.

Nous avons vu parader toutes sortes de personnages et entendu toutes sortes de récits aux audiences publiques de la CEIC au fil des mois. Pensons aux liasses d’argent dans les chaussettes des mafieux, à la soupe chaude sur les chantiers de construction de la Côte Nord, à « Rambo » – débarqué à la Commission Charbonneau en février dernier – et accueilli en véritable héros de retour chez lui… Souvent, plus un « gros show de boucane » qu’autre chose…

Dans les deux dernières semaines, les attentes étaient élevées et deux anciens ministres des Transports ont enfin été appelés à témoigner : Guy Chevrette et Julie Boulet. Comme il fallait s’y attendre, M. Chevrette n’a absolument rien à se reprocher. Il m’avait l’air presque hautain à l’écran. Quant à Julie Boulet, ouf! Quel spectacle pathétique! Il faut se demander ce que Jean Charest avait vu en elle pour la nommer ministre (déléguée, puis en titre) des Transports. À se fier à son témoignage de la semaine dernière, elle ne connaissait pas grand-chose de son portefeuille et plusieurs l’ont comparé à un « rubber stamp ». J’ai hâte de voir pendant combien de temps encore elle fera partie du caucus libéral et combien de temps s’écoulera avant que son départ de la vie politique ne force la tenue d’une élection partielle dans Laviolette une fois que Philippe Couillard lui aura montré la porte du PLQ. Elle a eu l’air franchement pathétique devant les Québécois, en tout cas, tout comme son collègue Sam Hamad, le premier ministre de l’ère Charest à être sorti publiquement pour la « corriger » concernant l’objectif de financement de 100 000 $ par ministre fixé par les instances du PLQ à l’époque.

M. Hamad aurait pu se garder une petite gêne. Après tout, il a été vice-président principal pour la firme de génie Roche de 1998 à 2003. Or on a appris au cours des derniers jours que Roche aurait mis sur pied un stratagème où chaque année, tous ses vice-présidents faisaient des contributions politiques illégales remboursées par des bonis. Plus d’un doute plane à son égard tant qu’à moi et je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi M. Couillard l’a nommé à son conseil des ministres. Sam Hamad est loin d’avoir été un grand ministre dans le gouvernement Charest.

En vertu du décret 1119-2011 et conformément à l’article 1 de la Loi sur les commissions d’enquête, la CEIC a pour mandat d’examiner l’existence de stratagèmes, de dresser un portait des activités de collusion et de corruption dans l’industrie de la construction et de formuler des recommandations. Ce n’est pas un tribunal. Il faut toutefois espérer que ses travaux mènent à des corrections concrètes et que les acteurs politiques au cours des années concernées qui auraient des choses à se reprocher finissent par se faire épingler par la police. Sinon, à quoi aura servi tout cet exercice à part divertir le bon peuple québécois? Les commissaires doivent déposer leur rapport d’ici avril 2015, soit d’ici moins d’un an. Espérons que tout l’argent dépensé sur cette commission serve à quelque chose au bout du compte, car les Québécois se font flouer depuis des années et il est temps que ça cesse!

Sébastien St-François

Un PQ sans article 1?

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Depuis la raclée que l’électorat a servie au Parti québécois lundi soir dernier, on constate que la réflexion sur l’avenir du PQ est bel et bien entamée. Plusieurs langues se sont déliés et on a notamment appris au cours des derniers jours qu’il subsistait une profonde division entre les députés et candidats péquistes à propos du projet de charte de la laïcité jusqu’aux dernières jours de la campagne électorale.

Dans une entrevue accordée à Patrick Lagacé de La Presse, le député de Rosemont, Jean-François Lisée, affirme ceci : « Nous avons été emportés par un tsunami. Même si nous avions fait une campagne parfaite, nous aurions été emportés par ce tsunami. » M. Lisée avoue ainsi que le balayage libéral était inévitable et que la campagne du PQ a été un échec.

D’aucuns n’affirmeront que la campagne de Pauline Marois a commencé à dérailler le 8 mars, après l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau dans Saint-Jérôme. Ne faisant pas dans la dentelle, M. Péladeau a remis à l’avant-scène ce que Mme Marois et ses stratèges auraient tant voulu taire : le référendum, l’article 1 du programme péquiste, la raison d’être du Parti québécois.

Et c’est là tout le paradoxe de ce parti souverainiste, exposé au grand jour pendant cette dernière campagne électorale. Chaque élection, les Québécois sont confrontés à une formation politique légitime aux objectifs légitimes (qu’on soit en accord ou non avec le projet souverainiste, il demeure un projet légitime) qui nie sa propre raison d’être, qui tente de la balayer sous le tapis de peur de perdre ses élections. Sur le plan de la cohérence, on repassera et les péquistes ont payé le prix de leur incohérence le 7 avril. À moins qu’il ne modifie les fondements même de son programme, l’objectif premier du PQ est de faire du Québec un pays. L’électorat le sait et tenter de le duper en affirmant le contraire n’est pas une stratégie électorale gagnante.

L’autre option qui se présente au PQ est d’abandonner son article 1. Mais encore… Je vois difficilement comment cela pourrait arriver. Premièrement, ça ne passerait pas auprès des « purs et durs » qui en mènent encore large dans les rangs péquistes. Deuxièmement, sans l’article 1, une fois la base militante aliénée, quel serait l’argument de vente du « PQ 2.0 » auprès de l’électorat? En quoi se démarquerait-il sur l’échiquier politique? Le PQ est bien pris entre l’arbre et l’écorce, car nous sommes loin de la conjoncture dans laquelle fut fondé ce parti par René Lévesque en 1968.

Par contre, l’article 1 lui n’a pas évolué d’un iota et il est devenu un boulet pour le Parti québécois. Par ailleurs, l’objectif ultime du PQ est peut-être une idée dépassée (Lysiane Gagnon, La Presse, samedi 12 avril), incapable de susciter l’intérêt de la majorité vu l’évolution des priorités des Québécois et du portrait démographique du Québec au cours des décennies. De citer Mme Gagnon : « On voit mal quelle stratégie le PQ pourrait dorénavant utiliser pour amener la majorité à son option » (après avoir joué les cartes de l’infériorité linguistique et économique des Canadiens français, du nationalisme civique et plus récemment du nationalisme ethnique ou identitaire entre autres stratégies).

Contrairement à ce qu’affirment les péquistes, qui reprochent aux libéraux d’avoir sorti l’épouvantail référendaire pour semer la peur au sein de l’électorat (stratégie employée notamment par Gaétan Barrette auprès des communautés ethniques dans La Pinière), je penche plutôt du coté de l’éditorialiste André Pratte de La Presse. Les Québécois [la majorité] n’en voulaient pas d’un référendum et ils n’en voudront très probablement pas plus dans quatre ans. Les souverainistes sont vraiment pris entre l’arbre et l’écorce…

Il reste maintenant à voir qui deviendra le prochain chef du Parti québécois. Selon Denis Lessard de La Presse, le choix de Stéphane Bédard comme chef intérimaire donne une longueur d’avance à Pierre Karl Péladeau. M. Lessard avance même que Bernard Drainville et Jean-François Lisée doivent dès lors faire leur deuil de la chefferie. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette course à la chefferie, qui a d’ailleurs été officieusement lancée le soir de la cuisante défaite subie par Pauline Marois.

Si PKP devient chef du PQ (et c’est un scénario que je considère très crédible, cet homme-là n’ayant pas fait le saut en politique pour demeurer simple député), le parti sera appelé à prendre un sérieux virage à droite sur le plan idéologique et il ne sera pas question d’abandonner l’article 1. Le cas échéant, il restera alors à voir si Péladeau réussira mieux que ses prédécesseurs (ayant tous échoué) à vendre une option qui perd des plumes avec chaque campagne électorale qui se succède. Mais, au moins, sous PKP, le PQ se tiendrait debout et cesserait de jouer à l’hypocrite.

Pour ma part, j’espère assister de mon vivant à une campagne électorale orientée sur l’axe gauche-droite plutôt que la sempiternelle rhétorique fédéraliste-souverainiste. Dans la vie, il faut bien garder espoir, non?

Sébastien St-François