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Accoucher d’une Constitution québécoise, enjeu électoral wow!

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Nous ne sommes pas en démocratie véritable et effective. Nous avons une démocratie à construire au Québec.

C’est une question non partisane, au-delà des partis politiques, qui appartient à la souveraineté du peuple, qui est le véritable fondement de toute autorité et de toute juridiction sur son territoire. Tous les citoyens sont égaux et ont un droit égal à participer aux décisions collectives. Lire la suite

La prime au crime

Gilles Deguire, maire de l'arrondissement de Montréal-Nord

Robert Bourassa avait sa prime à l’urne. Cette prime ne coûtait rien aux contribuables, contrairement à la pratique de récompenser les politiciens opportunistes (comme le libéral Emmanuel Dubourg qui a choisi, en 2013 de passer par GO pendant sa transition de l’Assemblée nationale à la Chambre des communes) ou véreux, forcés de démissionner dans la disgrâce après l’éclatement d’un scandale les impliquant directement. De toute évidence, les intérêts de la classe politique priment sur ceux des citoyens, car cette pratique demeure bien ancrée à ce jour dans la loi qui régit les indemnités de toutes sortes versées à nos élus municipaux – peu importe les circonstances.

La semaine dernière, on a appris que l’ex-maire d’arrondissement de Montréal-Nord, Gilles Deguire, a joint le club sélect formé de personnages de la trempe de Frank Zampino (ex-président du conseil exécutif de la Ville de Montréal sous Gérald Tremblay, accusé de fraude, de complot pour fraude et d’abus de confiance), de Gilles Vaillancourt (ex-maire de Laval accusé de gangstérisme, de complet, de fraude et d’abus de confiance), de Michael Applebaum (ex-maire de Montréal [par intérim] faisant face à 14 chefs d’accusation pour complot, fraude, corruption et abus de confiance) et de Richard Marcotte (ex-maire de Mascouche, accusé lui aussi de fraude, de complot et d’abus de confiance).

Que peut bien avoir en commun Gilles Deguire avec toutes ces bonnes gens? Bien, lui aussi a décidé de passer à la caisse et de réclamer les 146 000 $ qui lui étaient « dus » en vertu de la Loi sur le traitement des élus municipaux.

On se rappellera que M. Deguire a démissionné de son poste de maire d’arrondissement en janvier dernier. Cette décision avait pris tout le monde par surprise, mais le maire de Montréal, Denis Coderre, avait alors affirmé qu’il [Deguire] avait « bien fait de démissionner ». Une semaine plus tard, Gilles Deguire était formellement accusé d’agression sexuelle et d’attouchements sur une personne mineure de moins de 16 ans. Une sortie plutôt disgracieuse pour un ex-policier au SPVM pendant 30 ans, ayant notamment travaillé comme enquêteur chargé du dossier des agressions sexuelles à Montréal-Nord…

Pour le contribuable, c’est une fois de plus carrément révoltant d’apprendre qu’après les cas Zampino, Vaillancourt, Applebaum, Marcotte et compagnie, la loi qui permet à des élus qui sont forcés de démissionner parce qu’ils ont été impliqués dans un scandale ou font face à des accusations criminelles n’a toujours pas été modifiée pour mettre un terme définitif à l’indécence. Au contraire : « En 2014, la Ville de Montréal a demandé au ministère des Affaires municipales d’apporter des modifications législatives pour empêcher l’octroi d’une allocation de transition lorsqu’un élu est déclaré coupable d’un acte punissable d’au moins deux ans d’emprisonnement. Mais Québec n’a jamais donné suite à cette demande, selon Gonzalo Nunez, du service des communications de la Ville de Montréal. » Allô? On se réveille à l’Assemblée nationale!

Pour le contribuable moyen, écrasé par un fardeau fiscal qui s’alourdit d’année en année, qui financent ces généreuses indemnités, c’est déjà assez dégoûtant de voir son argent servir à « récompenser » des politiciens incompétents et opportunistes (pensons à l’ignoble Yves Bolduc l’an dernier). Mais de là à récompenser un élu forcé de démissionner parce qu’il est formellement accusé d’un crime aussi ignoble que celui d’avoir agressé sexuellement une personne mineure, il y a bien une sacrée limite!

En effet, « par décence élémentaire, M. Deguire aurait dû refuser son indemnité de départ. » Mais encore, peut-on s’attendre à ce que quelqu’un qui aurait été capable d’un crime aussi odieux, selon les accusations auxquelles il fait face, ait une conscience? Bien sûr, notre système judiciaire repose sur la sacro-sainte présomption d’innocence, et M. Deguire est donc présumé innocent jusqu’à preuve hors de tout doute du contraire. Il reste que si le Directeur des poursuites criminelles et pénales a autorisé le dépôt d’accusations contre l’ex-maire d’arrondissement de Montréal-Nord, c’est qu’il existe une preuve jugée assez solide pour soutenir lesdites accusations devant un tribunal.

Le chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau, se dit prêt à colmater la brèche. Il n’est malheureusement pas au pouvoir et c’est donc à l’actuel premier ministre, Philippe Couillard, d’agir. Et il serait plus que temps qu’il agisse afin d’assurer que Gilles Deguire est la dernière personne au Québec à avoir bénéficié d’une prime au crime. Deguire est seul responsable des événements ayant mené à sa démission et il ne méritait aucunement que la société le récompense à hauteur de 146 000 $ en pareilles circonstances!

Sébastien St-François

Renoncera-t-il au reçu d’impôt?

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Ça ne doit pas aller très bien au sein du caucus du Parti libéral du Québec depuis quelque temps. Voilà qu’un quatrième député libéral démissionne en l’espace de 17 mois. En effet, mardi, le député de Beauce-Sud, Robert Dutil, élu pour la première fois en 1985 et député pendant 16 ans, a annoncé qu’il quittait la vie politique pour aller travailler dans le privé (pour Canam-ponts, entreprise dirigée par son fils). Ce faisant, il provoque la tenue d’une autre élection partielle à un coût de 500 000 $ à 600 000 $ pour les contribuables québécois – en pleine période dite d’austérité où nul autre que le premier ministre, Philippe Couillard, avoue enfin que ses compressions affectent les services à la population. Il était temps qu’il reconnaisse les impacts des mesures que son gouvernement impose partout depuis maintenant des mois.

Depuis la dernière élection générale, quatre députés libéraux ont quitté leurs fonctions et décidé, souvent odieusement, de toucher leur « prime de départ » : Yves Bolduc (à force de se mettre le pied dans la bouche et de démontrer son incompétence), Gilles Ouimet et Marguerite Blais (frustrés de ne pas être ministres) et maintenant Robert Dutil. Dans le cas de M. Dutil, il s’est engagé à faire don de sa prime de départ de 150 000 $ [!!!] à l’organisme sans but lucratif la Maison Catherine de Longpré, qui dispense des soins palliatifs dans la région Beauce-Etchemins. Un geste noble par rapport aux autres démissionnaires libéraux, mais renoncera-t-il au reçu d’impôt auquel ce don lui donnera droit pour autant?

La situation actuelle devient de plus en plus intenable pour Philippe Couillard, qui déchire sa chemise sur la place publique après chaque démission, mais semble tout faire pour maintenir le statu quo. Rappelons-nous que, dans la foulée de la démission d’Yves Bolduc, il a imploré son ministre démissionnaire [incompétent] de renoncer à sa prime. Ensuite, silence radio jusqu’aux prochaines démissions. Idem suivant la démission de M. Ouimet et de Mme Blais. Toujours rien… Pourtant, le Parti Québécois (dont la démissionnaire Élaine Zakaïb a renoncé à sa prime et le démissionnaire Marjolain Dufour a choisi de consulter le commissaire à l’éthique avant d’accepter la sienne), la Coalition Avenir Québec (dont les deux démissionnaires – Christian Dubé et Gérard Deltell – ont renoncé à leur prime) et Québec Solidaire sont prêts à adopter une loi interdisant le versement d’indemnités de transition aux députés qui démissionnent en cours de mandat autrement que pour des raisons de santé ou de famille jugés valables par le commissaire à l’éthique. Un projet de loi est pourtant prêt : Bernard Drainville s’en était chargé lorsqu’il était ministre des Institutions québécoises. Qui en a alors bloqué l’adoption sous le gouvernement Marois minoritaire? Le PLQ de Philippe Couillard…

M. Couillard, le bon peuple en a marre de vos tergiversations dans ce dossier. Par ailleurs, vous êtes bien mal placé ici, ayant vous-même touché votre prime au moment de quitter la vie politique en 2008 après vous être négocié un job lucratif dans le secteur privé alors que vous étiez ministre de la Santé. Vous prenez vraiment les Québécois pour des valises à ce point? Il est grand-temps d’agir. Vous avez perdu assez de temps à cet égard depuis votre élection!

« Le premier ministre Philippe Couillard se dit prêt à déposer un projet de loi pour éliminer les allocations de transition pour les élus démissionnaires. Toutefois, ce texte devra également traiter des autres dispositions contenues dans le rapport indépendant de l’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé, qui propose également des hausses de salaires pour les députés. » Monsieur Couillard, vous manquez de dignité pour être premier ministre et vous riez de ceux que vous appauvrissez depuis votre entrée en fonctions. Vous sabrez partout – sauf dans le sacro-saint rang de la classe politique, qui appauvrit le Québec. Bien difficile de respecter un premier ministre et le gouvernement qui dirige en pareilles circonstances. Je me demande même si Amir Khadir a raison de considérer que l’élection du gouvernement que vous dirigez doit être annulée. Bref, j’ai de plus en plus honte d’être Québécois. Le Québec sombre de plus en plus au fil des gouvernements libéraux et péquistes qui se succèdent depuis un demi-siècle et votre gouvernement suit pitoyablement dans la même veine!

Et si on faisait payer au parti du démissionnaire le coût de la tenue de l’élection partielle qu’il provoque? Après tout, quelqu’un qui démissionne en cours de mandat – qu’il a sollicité et que le peuple lui a accordé – pour des raisons opportunistes ou carriéristes ne devrait-il pas être tenu responsable des coûts que sa décision engendre? Le « simple travailleur » qui démissionne n’a même pas droit à l’assurance-emploi, à laquelle il cotise pourtant… Mais encore, jamais Philippe Couillard ne prendra une telle mesure. L’austérité, c’est pour les autres, c’est pour le bon peuple.

De toute évidence, il est là pour ses propres intérêts et non pour les intérêts des Québécois, qui ont été suffisamment nombreux à se laisser duper par ses promesses électorales pour lui permettre de régner en roi et maître sur la neuvième province la plus pauvre au pays jusqu’en 2018. Va-t-il falloir que les Québécois se révoltent comme les carrés rouges l’ont fait en 2012 pour que, enfin, leur gouvernement cesse d’abuser d’eux et se mettent à leur service? Dans l’immédiat, il faudrait minimalement que les électeurs qui seront appelés à voter dans une partielle prochainement envoient un message clair à nos bons libéraux et élisent un candidat autre que libéral pour les représenter jusqu’à la fin du mandat en cours!

Sébastien St-François

La ministre Charbonneau a besoin de cours d’appoint, et ça presse!

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On se demande parfois comment certaines gens ont réussi à accéder aux fonctions qu’ils occupent. On a eu un bel exemple de ceci la semaine dernière, en la personne de Francine Charbonneau, ministre de la Famille dans le gouvernement Couillard.

En effet, un court message publié sur Facebook par la ministre à sa collègue démissionnaire, Marguerite Blais, a fait couler beaucoup d’encre et suscité moult réactions. Ce court message d’à peine une centaine de mots était truffée d’une quinzaine de fautes – pour la plupart concernant des règles de français de base.

De citer Tania Longpré, sur son blogue du Journal de Montréal : « Qu’est-ce que vous envoyez comme message? Vous êtes censée valoriser l’éducation, mais vous ne savez pas conjuguer le verbe avoir au présent de l’indicatif! » Il est en de même pour la plupart des erreurs ponctuant le triste texte de la ministre Charbonneau : « j’en prendrez soins », « tout ces aînés », etc. Au moins, elle n’a pas oublié l’accent circonflexe sur le i dans aînés…

Pour moi, la défense de la langue française n’a rien de politique. Ce n’est pas la chasse gardée du Parti Québécois, c’est une responsabilité fondamentale du gouvernement du Québec, peu importe sa couleur. C’est une question de survie culturelle et de fierté, celle d’un peuple minoritaire sur un continent vastement anglophone qui dit se battre pour la sauvegarde de sa langue depuis des décennies.

Je suis traducteur agréé et chargé de cours en traduction juridique pour l’Université du Québec à Trois-Rivières. En début de carrière, j’ai enseigné le français (et l’anglais) au secondaire général et professionnel pendant environ cinq ans. Je suis le fils d’un père francophone et d’une mère anglophone. Après des études primaires en anglais, j’ai fait mon entrée dans un collège privé de réputation très enviable sur la Rive-Sud de Montréal. Apprendre – et surtout maîtriser – le français n’a pas été une tâche facile pour moi. Je me souviens encore de ma première secondaire : j’écrivais mon français au son et je « coulais » presque tous mes cours parce que je peinais à bien comprendre la matière livrée en français par mes enseignants. J’ai persévéré et fait mes cinq années d’études secondaires à ce collège privé. La vie a fait en sorte que je gagne ma vie comme langagier professionnel.

Pour un peuple qui se dit fier de sa langue et prêt à la défendre à tout prix, le Québec fait parfois pitié sur le plan linguistique. Nous sommes témoins d’un nivellement vers le bas qui se poursuit depuis trop longtemps. Il en résulte que, aujourd’hui, nombre de diplômés universitaires – toutes professions confondues – ne savent pas écrire correctement. Dans les médias sociaux, la langue française est malmenée et se résume souvent à un jargon incompréhensible constitué d’abréviations de toutes sortes et d’émoticônes. Même à l’Assemblée nationale, le français est loin d’être valorisée et maîtrisée par tous ses membres. Pensons à l’ancien ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui s’exprimait parfois péniblement dans la langue de Molière, et l’actuel chef de l’opposition, Pierre Karl Péladeau, qui utilise parfois un niveau de langage laissant à désirer.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait ceci à dire en réaction au message controversé de sa ministre de la Famille sur Facebook : « Il ne faut pas être condescendant ou paternaliste. On n’a pas tous eu les mêmes occasions de se perfectionner et d’avoir une orthographe idéale ». Dans le cas de Francine Charbonneau, on est très loin d’une orthographe idéale. C’est carrément honteux et inacceptable venant d’une ministre d’un gouvernement qui dit accorder de l’importance à la défense du français et qui a été présidente de la Commission scolaire des Mille-Îles de 2002 à 2008. Un bel exemple pour nos enfants à qui on tente d’inculquer l’importance capitale de savoir s’exprimer correctement en français au Québec.

Alors que le ministre de l’Éducation, François Blais, veut resserrer les exigences applicables aux futurs enseignants, n’y aurait-il pas lieu de resserrer les exigences applicables à celles et ceux qui sont invités à former le conseil des ministres du seul gouvernement de langue française en Amérique du Nord?

À cet égard, la déclaration de notre premier ministre est fort inquiétante. Le Québec ne réussira jamais à protéger la langue française – et surtout la qualité de la langue parlée et écrite – sur son territoire en acceptant de niveler vers le bas et de pardonner l’impardonnable…

Sébastien St-François

Pour une austérité équitable

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Que les péquistes ou les libéraux forment le gouvernement, les Québécois peuvent miser sans crainte sur une constante : la flopée de nominations partisanes qui suivent l’élection d’un nouveau gouvernement à l’Assemblée nationale. Ces nominations partisanes à la tête de sociétés d’État ou d’agences gouvernementales de toutes sortes servent à remercier pour « services rendus » des candidats battus, d’ex-élus et d’autres amis du pouvoir.

Peu après son élection comme première ministre en 2012, Pauline Marois avait nommé entre autres Nicolas Girard (battu aux élections) à la tête de l’Agence métropolitaine de transport (AMT) et l’ex-député/ministre Sylvain Simard à la présidence du conseil d’administration de la Société des alcools du Québec (SAQ) – délogeant du coup respectivement Joël Gauthier et Norman Hébert Jr., tous deux d’allégeance libérale. À l’époque, le PLQ avait décrié ces nominations bien que les libéraux n’aient aucune leçon à donner en la matière. Rappelons que les années Charest ont été marquées par plus de 500 nominations partisanes.

C’est maintenant au tour des libéraux de se prêter au jeu. En effet, nous avons appris au cours des derniers jours que Nicolas Girard a été remercié et sera remplacé par Paul Côté, ancien dirigeant de VIA Rail. M. Girard passera à la caisse et aura droit à quelque 100 000 $ pour sa transition. Quant à Sylvain Simard, il sera remplacé par Johanne Brunet, professeure aux HEC, deux ans et demi avant la fin de son mandat de cinq ans. Lui aussi recevra sûrement une indemnité aux frais des contribuables.

M. Couillard, je m’adresse à vous. Loin de moi de vous demander de mettre fin aux nominations partisanes. Je sais très bien que cette pratique est profondément ancrée dans les gènes du Parti libéral du Québec, comme elle l’est autant dans ceux du Parti Québécois. Vos deux partis s’échangent le pouvoir depuis des décennies et, lors de chaque changement de gouvernement, les contribuables québécois assistent – impuissants – à la distribution de ces cadeaux politiques.

Cependant, il y a un problème. Vous coupez partout et dans tout depuis votre arrivée au pouvoir. Le fardeau du contribuable moyen augmente sous votre règne, tandis que l’État réduit son panier de services essentiels (notamment en éducation). Je n’ai rien contre le dégraissage de l’État québécois, mais les principes d’équité les plus fondamentaux doivent être appliqués dans une société qui se targue d’être parmi les plus justes et progressistes sur la planète.

Or, depuis avril 2014, vous n’avez fait aucun ménage dans vos propres rangs – celui des élus, des ex-élus et des amis de la classe politique. Permettez-moi de vous rappeler que nous – peuple québécois – sommes toujours en attente de la proposition de votre collègue et bon ami Jean-Marc Fournier pour régler le problème des fonds de pension des députés de l’Assemblée nationale – déficitaires de près de 200 M$…

En cette ère dite d’austérité entamée sous votre gouverne, le moment est plus que venu de sabrer dans le buffet des allocations de transition pour que la classe politique commence à montrer l’exemple et gagne peut-être un peu en crédibilité auprès de l’électorat (s’il n’est pas déjà trop tard). Qu’elles soient d’allégeance péquiste ou libérale, les personnes qui sont nommées à la tête de sociétés d’État ou d’organismes gouvernementaux savent fort bien qu’elles doivent leur nomination au fait qu’elles sont « du bon bord du pouvoir ». Elles savent aussi qu’elles sont assises sur un siège éjectable et peuvent perdre leur emploi à tout moment pour des raisons de pure partisanerie politique.

M. Couillard, vous demandez à la population de se prendre en main et de vivre collectivement selon ses moyens. Très bien. Mais qu’en est-il des amis que vous nommez à ces postes déjà très bien rémunérés? Ne devraient-ils pas aussi se responsabiliser et ne plus avoir droit de se goinfrer au buffet des fonds publics? Quelqu’un dont le poste dépend du parti au pouvoir devrait être considéré comme un contractuel et rémunéré en conséquence. Il n’y a pas lieu de lui verser une allocation dans les six chiffres lorsqu’on le congédie parce qu’il n’est pas de la bonne couleur politique. Vous deviez y voir après le tollé provoqué par le départ de votre ministre Yves Bolduc, ce profiteur qui ne s’est pas gêné pour passer à la caisse au moment de quitter votre gouvernement de son propre gré et moins d’un an après avoir été réélu député de Jean-Talon.

Vous avez laissé passer la tempête… Rien n’a changé depuis, mais le temps vous est venu d’agir et vous avez le pouvoir d’agir – si le courage politique est au rendez-vous. Allez-vous modifier les règles afin de mettre fin – une fois pour toutes – à cette pratique partisane que financent contre leur gré les contribuables du Québec qui se font siphonner des milliards de dollars de leur argent durement gagné chaque année par le fisc? Suis-je le seul à juger cette pratique inacceptable de la part d’un gouvernement ayant pris des décisions (non annoncées pendant la dernière campagne électorale en passant) qui ont pour résultat que ce sont toujours les mêmes membres de la société qui sont mis à contribution dans ce grand ménage que vous avez imposé au sein de l’État québécois? De grâce, assumez vos responsabilités de premier ministre!

Sébastien St-François

PKP remporte sa mise. Ensuite?

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Voilà, c’est fait. Ayant récolté 57,6 % des votes au premier tour marquant la fin d’une course qui a semblé interminable, Pierre Karl Péladeau est devenu le huitième chef à diriger le parti fondé en 1968 par René Lévesque dans l’espoir de faire du Québec un pays… Jean-Marc Fournier pourra continuer de jouer sa cassette du « Parti Québecor », Sam Hamad pourra continuer de sortir des âneries comme « ce qui est important pour nous, c’est l’économie et l’emploi », Philippe Couillard pourra ressortir le spectre d’un troisième référendum en 2018 pour se faire reconduire au pouvoir… La guéguerre que se livrent les souverainistes et les fédéralistes n’est pas près de cesser de paralyser la Belle Province.

En effet, les libéraux doivent jubiler à l’idée d’avoir le baron québécois des médias comme chef de l’Opposition officielle pendant les trois prochaines années. Quant aux caquistes de François Legault, ils ne l’avoueront jamais, mais le PQ de PKP pourrait leur faire mal en 2018. L’élection de PKP pourrait même s’avérer salutaire pour Québec solidaire, car plus d’un péquiste ayant voté pour Martine Ouellet ou Alexandre Cloutier risque de ne plus se retrouver dans le parti du huitième chef. On peut même se demander si Bernard Drainville en a encore pour longtemps comme député du PQ. Il avait la mine extrêmement basse au Centre des congrès de Québec vendredi soir dernier. Certains diront qu’il avait l’air d’un homme démoli.

Je ne suis pas péquiste, mais l’avoir été, j’aurais été de ceux ayant espéré un deuxième tour et mon choix se serait arrêté sur Cloutier. Le plus jeune (mais néanmoins plus expérimenté en matière parlementaire) des candidats à la chefferie du PQ a malgré tout réussi un score fort honorable, avec 29,2 % des suffrages exprimés. Il est d’ailleurs étonnant que seulement 72,9 % des membres ayant droit de vote ont exercé ce droit. Je me serais attendu à un taux de participation plus élevé vu l’importance de l’enjeu pour les péquistes. Il ne faut pas perdre de vue que le PQ a connu le pire résultat électoral de son histoire en avril 2014.

Mais le destin a voulu que les membres du PQ choisissent PKP. Les « purs et durs » en quête d’un pays depuis des décennies ont passé outre à l’éléphant dans la pièce et décidé que c’est PKP qui est le plus apte à assouvir leur soif indépendantiste. De déclarer le nouveau chef : « Vous m’avez donné un mandat fort et clair : faire du Québec un pays. » M. Péladeau devrait garder à l’esprit que ce mandat lui a été donné par un peu moins de 30 000 Québécois (71 000 membres x 72,9 % x 57,6 %). Il lui reste encore un travail colossal à abattre pour obtenir de l’électorat québécois le mandat qu’il prétend avoir obtenu (de scinder le Québec de la fédération canadienne).

Nonobstant le mandat dont il se croit investi, Pierre Karl Péladeau – et le PQ – a maintenant un problème bien réel et ce problème devra être réglé rapidement. Le « cas de PKP » sera examiné en commission parlementaire à compter du 26 mai. Il y a fort à parier que les libéraux tentent d’en faire une espèce de tribunal politique pour « régler le cas de Péladeau ». Le risque d’un débat bassement partisan qui dérape est donc bel et bien présent, mais la question de fond demeure néanmoins d’une importance capitale pour l’ensemble de la population québécoise et le fonctionnement de notre système parlementaire.

Pierre Karl Péladeau peut-il occuper le poste de chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale tout en demeurant l’actionnaire de contrôle de Québecor? M. Péladeau a beau s’engager à placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Cela est la norme. Cependant, peut-il interdire à son fiduciaire de vendre ses actions alors qu’il ne doit avoir aucun droit de regard sur les décisions de ce dernier? Voilà la véritable question.

Il y a quelque chose de résolument surréaliste de voir les péquistes défendre l’actuelle situation alors qu’ils s’étaient acharnés sur le cas du ministre libéral David Whissell pour une simple compagnie d’asphalte. D’affirmer Stéphane Bergeron, le leader parlementaire du PQ à l’époque : « La perception du public vis-à-vis cette situation va être négative, et ils vont conclure qu’il y a un problème. Ça va soulever des questions. Ça en soulève. » Aujourd’hui, il est question d’un géant médiatique ayant des tentacules déployées partout au Québec et tout baignerait dans l’huile… J’avoue y perdre mon latin!

Par ailleurs, on apprenait récemment du président du conseil d’administration de Québecor, l’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney, que M. Péladeau continuait d’exercer un rôle conseil « de temps à autre » auprès de l’entreprise qu’il contrôle. À la lumière de la victoire de vendredi soir dernier, cette situation devient d’autant plus préoccupante.

Pierre Karl Péladeau a remporté son pari. Il est devenu chef du Parti Québécois et vise maintenant rien de moins que le poste de premier ministre du Québec pour réaliser son rêve et celui des indépendantistes purs et durs. Qu’on apprécie l’homme ou non, c’est son droit le plus fondamental de tenter sa chance. Cependant, étant donné l’objectif qu’il s’est fixé, il doit se départir de ses actions dans Québecor ou, au minimum, renoncer à son droit de regard sur ces actions. Il ne peut plus avoir le beurre et l’argent du beurre.

Sébastien St-François

Loyauté vacillante, cynisme montant

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D’aucuns diront qu’il ne se passe pas un mois en politique sans qu’un élu « vire capot » ou décide de quitter en plein mandat pour « relever de nouveaux défis ». Les exemples sont légion, et ce, à tous les niveaux de gouvernement. En voici quelques-uns assez récents :

En août 2013, Emmanuel Dubourg, alors député libéral à l’Assemblée nationale, a décidé en plein mandat de briguer les suffrages dans Bourassa sous la bannière du Parti libéral du Canada dans l’optique de succéder au démissionnaire Denis Coderre, aujourd’hui maire de Montréal. Ce faisant, il a refusé de renoncer à une allocation de transition évaluée à près de 100 000 $ alors qu’un salaire de plus de 160 000 $ l’attendait à Ottawa.

En août 2014, à peine quelques mois après avoir été réélu pour un deuxième mandat, Christian Dubé de la Coalition avenir Québec a annoncé qu’il quittait la vie politique pour devenir vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il est légitime de se demander pourquoi il n’y avait pas pensé avant de prendre l’engagement de solliciter un deuxième mandat à l’Assemblée nationale. Au moins, il a eu la décence de renoncer à son allocation de transition – contrairement au libéral Emmanuel Dubourg… Idem pour l’ancienne députée péquiste, Élaine Zakaïb, qui a démissionné en septembre dernier pour tenter de relancer le détaillant Jacob (aujourd’hui en faillite).

Sur la scène fédérale, il y a deux semaines, John Baird a fait l’annonce qu’il quittait la politique à quelque huit mois des prochaines élections générales. Ce fidèle allié du premier ministre Harper, ministre des Affaires étrangères et député de la circonscription d’Ottawa-Ouest–Nepean, a justifié sa décision par une profonde réflexion entamée à la suite de la mort de l’ancien ministre des Finances, Jim Flaherty, en avril 2014. Il est tout à fait légitime pour un politicien de vouloir faire autre chose que de la politique dans sa vie. Cependant, n’aurait-il pas pu attendre la fin de son mandat en cours? Il est à espérer qu’une élection partielle ne soit pas convoquée pour combler l’espace de quelques mois le poste laissé vacant par M. Baird. À titre comparatif, les citoyens de la circonscription de Verchères–Les Patriotes, « représentée » par la députée fantôme ou – comme elle se qualifie elle-même – la maman-députée Sana Hassainia, sont sans représentation réelle depuis des années…

La semaine dernière, la controversée députée jusqu’alors conservatrice, Eve Adams (fiancée à Dimitri Soudas, ancien homme de confiance de Stephen Harper), a quitté son parti avec fracas et annoncé qu’elle joignait les rangs du Parti libéral du Canada. Aux prochaines élections fédérales, elle tentera de battre l’actuel ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, dans la circonscription torontoise d’Eglinton-Lawrence. Souhaitons la meilleure des chances à cette transfuge qui de toute évidence juge que ses ambitions politiques personnelles ont préséance sur les intérêts des électeurs l’ayant élue sous la bannière conservatrice…

D’ailleurs, dans un billet intitulé « Une grave erreur », l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, ne manque pas de souligner le manque de jugement dont a fait preuve le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, en accueillant Mme Adams dans les rangs de son parti. M. Trudeau, qui avait jadis affirmé vouloir mettre un terme à la façon dépassée de faire de la politique (c.-à-d. la façon de faire de Stephen Harper), a fait exactement le contraire. De citer M. Pratte : « Par cette décision, M. Trudeau vient de démontrer que, comme son vis-à-vis conservateur, il est prêt à faire n’importe quoi pour gagner les élections. »

Enfin, c’est un secret de polichinelle que Gérard Deltell quittera prochainement la CAQ et l’Assemblée nationale pour faire le saut en politique fédérale avec les conservateurs de Stephen Harper.

De telles décisions opportunistes ou carriéristes ont un point en commun : elles minent la confiance de la population à l’égard des politiciens qu’elle élit pour la représenter – une confiance qui n’est pas très grande d’emblée. À l’Assemblée nationale, le député de Marie-Victorin et candidat à la direction du Parti québécois, Bernard Drainville, propose diverses mesures visant à rétablir le lien de confiance entre la population et la députation provinciale. Il voudrait notamment serrer la vis aux « vire-capot » et abolir certaines indemnités de départ.

C’est une idée qui devrait faire mouche et mérite d’être étudiée et évaluée de manière non partisane pour tous les niveaux de gouvernement. Les élus qui ne respectent pas leur engagement pour des raisons plus souvent qu’autrement purement opportunistes ou carriéristes devraient être sanctionnés pour leur geste plutôt que récompensés. Ce ne serait qu’un de nombreux moyens pouvant être pris pour tenter de freiner la montée en flèche du cynisme qui gangrène la confiance vacillante des électeurs à l’égard des processus démocratiques et des personnes qu’ils élisent pour veiller à la pérennité de ces processus et à leurs intérêts citoyens. Au-delà des lignes de parti, les élus ont un devoir fondamental de loyauté envers les électeurs à qui ils doivent leur job.

Sébastien St-François

PKP et la déroute péquiste

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Pour l’observateur que je suis, il y a quelque chose de fascinant dans cette course à la chefferie du PQ qui a officiellement pris son envol la semaine dernière. Depuis un sondage Léger-Le Devoir mené en novembre dernier, indiquant qu’un Parti québécois dirigé par Pierre Karl Péladeau devancerait les libéraux dans les intentions de vote, une majorité de militants péquistes continuent à appuyer quasi aveuglément celui qui est pourtant à bien des égards aux antipodes de ce que le PQ représente depuis sa fondation.

D’ailleurs, lors du conseil général de samedi dernier, les attaques se sont multipliées contre celui que Pierre Céré compare à « Citizen Kane », c’est-à-dire à un baron des médias avec des ambitions politiques illustré dans ce classique de 1941. M. Céré est allé même jusqu’à affirmer qu’il s’était fait dire de taire ses critiques pour ne pas écorcher celui [PKP] que plusieurs perçoivent comme un sauveur.

D’aucuns diront que Pierre Karl Péladeau est le mieux placé pour permettre aux purs et durs de la ligue du vieux poêle souverainiste – Bernard Landry en tête – de voir naître le pays du Québec avant de rendre leur dernier souffle. Homme d’affaires aguerri aux yeux de certains, souverainiste convaincu et convaincant selon d’autres, M. Péladeau se présente comme le seul capable de donner un pays aux Québécois. Fort de sa notoriété, il en fait d’ailleurs son unique motivation politique.

Pourtant, depuis ses débuts sur la scène politique, Pierre Karl Péladeau s’avère un politicien plutôt médiocre. Il n’est pas un très bon orateur, il semble incapable d’exprimer une position claire sur divers enjeux – ses réponses se résumant souvent à qu’il faudrait en discuter, y penser, y réfléchir – et il a récemment fait l’objet d’un blâme du Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale pour être intervenu comme député en faveur de son entreprise.

Il est légitime de se demander qui serait Pierre Karl Péladeau aujourd’hui n’eût été du legs de son père. Dans PKP dans tous ses états, un livre à paraître cette semaine, Pierre Dubuc du SPQ Libre cherche à défaire le mythe du self-made man qui entoure Péladeau. L’auteur affirme : « Dans toutes ces circonstances, PKP a mis ses intérêts personnels au-dessus, voire à l’encontre des intérêts québécois, sous le fallacieux prétexte que ce qui est bon pour Québecor est bon pour le Québec. » Il est vrai que M. Péladeau a toujours su utiliser les rouages de l’État à son avantage. Pensons à l’acquisition de Vidéotron (aujourd’hui la vache à lait de Québecor) et, plus récemment, au financement public accordé à la construction du nouvel amphithéâtre de Québec. Certains lui prêtent maintenant l’intention de vouloir « acheter » le Parti québécois pour le mettre au service de ses ambitions personnelles. Prétention fondée ou pure lubie?

De surcroît, PKP traîne comme un boulet une nette apparence de conflit d’intérêts en ayant à ce jour la mainmise sur le conseil d’administration de Québecor. Chose certaine, avec PKP à sa tête, le PQ prêterait le flanc à une salve d’attaques de toutes parts dans l’arène politique. Aujourd’hui, la ligne est très mince entre un conflit d’intérêt apparent et un conflit d’intérêt réel. Et rien ne laisse entrevoir le jour où M. Péladeau acceptera de vendre ses intérêts dans l’empire médiatique qu’est devenu Québecor. Au contraire, il persiste à vouloir le beurre et l’argent du beurre.

Une autre curiosité est le net écart entre les appuis populaires à Pierre Karl Péladeau et ses appuis officiels au sein de la députation, qui se font plutôt rares : Pascal Bérubé (Matane-Matapédia), Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles), Harold Lebel (Rimouski), Maka Kotto (Bourget) et Dave Turcotte (Saint-Jean) – un illustre inconnu. Curieux que celui qui jouit d’une si forte avance dans les sondages ne recueille pas plus d’appuis auprès de ses collègues.

Malgré que Jean-François Lisée a concédé la victoire à M. Péladeau au moment de se retirer de la course, il me semble que les autres aspirants chefs reflètent plus fidèlement ce qu’est le Parti québécois que le « roi des lock-out ». Alexandre Cloutier est certes le mieux placé pour incarner le renouveau. Bernard Drainville est le meilleur tribun du lot. Quant à Martine Ouellet, c’est une femme très appréciée par la base péquiste et une militante convaincue depuis près de trois décennies. Et les trois sont résolument plus à gauche que le meneur, qui tente aujourd’hui de faire croire à l’électorat qu’il épouse les valeurs de la social-démocratie.

Il sera intéressant de voir si un mouvement « N’importe qui sauf PKP » s’organise au cours des prochaines semaines pour freiner les ardeurs de celui qui semble en bonne position de tout rafler. Pauline Marois pensait sûrement avoir réalisé le coup du siècle en présentant son candidat Péladeau dans Saint-Jérôme en mars 2014. Or c’est ultimement ce candidat et son poing indépendantiste levé qui ont mené à la déroute de la campagne électorale de Mme Marois. Une fois installé dans le fauteuil de chef, PKP mènerait-il le Parti québécois tout entier à la déroute? Il y a certainement lieu pour les militants péquistes d’y réfléchir sérieusement avant d’arrêter leur choix.

Pierre Karl Péladeau a fait le saut en politique pour réaliser une seule chose : faire l’indépendance du Québec. Que l’accession du Québec au rang de pays soit économiquement viable ou pas, il continuerait à dormir sur ses deux oreilles grâce à l’empire qu’il a hérité de son père et qu’il a fait fructifier plus d’une fois grâce à l’apport de fonds publics. Je ne suis pas membre du PQ et je ne participerai pas à l’élection du prochain chef péquiste. Il demeure que l’impression que me laisse Pierre Karl Péladeau est celle d’un homme qui cherche coûte que coûte à passer à l’histoire pour autre chose que d’avoir été l’héritier de son père.

Sébastien St-François

PKP : Et si ce n’était qu’une ruse?

PKP
C’est un secret de polichinelle : Pierre Karl Péladeau sera de la course à la chefferie du PQ pour succéder à Pauline Marois – si course il y a. En fait, selon un récent sondage, à 53 %, il devancerait de loin d’autres prétendants au poste comme Bernard Drainville, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, dont les appuis varieraient entre 2 % et 7 % tout au plus.

Au cours des derniers jours, M. Péladeau a multiplié ses sorties dans les médias pour se positionner. Notamment, il se dit contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard et pour le maintien des programmes sociaux et se porte à la défense des plus vulnérables de la société. Il a beau se justifier en affirmant qu’il tient un discours en phase avec les valeurs que partagent les Québécois, ce virage à gauche est certes surprenant venant du « roi des lock-out » du Québec ayant jeté plus d’un travailleur québécois à la rue pendant son règne à la tête de l’empire Quebecor.

Il faut d’ailleurs se demander dans quelle mesure son discours est vraiment en phase avec la réalité du Québec. Lors de l’annonce de sa candidature au poste de député de Saint-Jérôme en avril dernier, son poing levé et sa déclaration farouchement souverainiste ont marqué le début de la descente aux enfers pour Mme Marois et sonné le glas de la carrière politique de cette dernière. Une nette majorité de Québécois n’en veulent pas d’un troisième référendum, du moins pas à ce moment-ci de leur histoire. Leurs priorités sont ailleurs. C’est d’ailleurs un constat dont ont pris acte certains prétendants plus modérés dans les rangs péquistes comme MM. Drainville et Lisée.

Pour ce qui est de l’austérité – ou de la réduction des dépenses publiques –, M. Péladeau vit sur une autre planète qu’il croit que nous puissions maintenir le cap… Juste pour atteindre l’équilibre budgétaire l’an prochain, l’État doit réduire ses dépenses de l’ordre de 3,2 G$. Juste pour l’an prochain… La ceinture devra également être serrée au cours des exercices à venir. La croissance économique et la croissance des emplois ne sont pas au rendez-vous. La semaine dernière, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a avoué que le Québec ratera sa cible en matière de création d’emplois pour 2014. Au net, il s’est perdu 21 000 emplois au Québec depuis le début de l’année, et la chute est marquée depuis le mois d’avril (l’arrivée au pouvoir des libéraux de Couillard).

Oui, le gouvernement libéral de Philippe Couillard fait preuve d’une grande maladresse depuis plusieurs semaines : ballons lancés tous azimuts dans les médias presque quotidiennement et acteurs plus ou moins crédibles pour défendre les compressions envisagées (Yves Bolduc en tête)… On peut même se demander si ce ne sont pas déjà les agences de notation et les créanciers qui tirent sur les ficelles en coulisses tellement le gouvernement semble faire preuve d’amateurisme dans sa grande précipitation pour réduire les dépenses étant donné que les revenus de l’État n’augmentent tout simplement pas pour différentes raisons.

Il faudrait donc que M. Péladeau nous explique comment il ferait concrètement pour rétablir la santé financière du Québec sans sabrer dans les généreux programmes sociaux qui lui sont si chers, mais que nous ne parvenons plus à financer sans nous enfoncer de plus en plus dans l’endettement et, ce faisant, sans hypothéquer davantage les futures générations de Québécois. Il accuse le gouvernement libéral de manquer de vision (je concède), mais il sera intéressant de connaître sa recette miracle pour sortir le Québec de son profond marasme si/une fois qu’il sera installé dans le fauteuil de chef de sa formation politique.

Ce texte a été rédigé avant que ne soient annoncées les règles du jeu de la prochaine course à la chefferie du Parti Québécois. Cependant, si on se fie à l’histoire de ce parti, tout indique que PKP en deviendra le prochain chef, car le PQ s’est toujours donné le chef qui partait en avance selon un article paru dans La Presse samedi dernier. Course ou couronnement? Voilà la question qui demeure, et j’imagine que nous connaîtrons la réponse sous peu.

PKP ne s’est pas lancé en politique pour être député. Il vise rien de moins que le poste de premier ministre. Pour ce faire, il doit d’abord se faire élire (ou couronner) chef du Parti Québécois. De ce que je connais du PQ, ses militants n’éliraient pas le « roi des lock-out ». Il est donc légitime de se demander si le soudain virage à gauche de M. Péladeau ne soit rien d’autre qu’une ruse pour amadouer la faction gauchiste du parti et accéder aisément au poste qu’il convoite. Si Pierre Karl Péladeau succède à Pauline Marois, il devra ensuite élaborer un programme à présenter aux électeurs en vue des élections de 2018. Là aussi, je le vois difficilement proposer un programme de droite comme celui du Parti conservateur du Québec s’il espère gagner la faveur – et le vote – des péquistes.

Pour terminer, je ne suis vraiment pas un partisan de Jean-François Lisée, mais il a raison sur un point. Si Pierre Karl Péladeau veut devenir chef du PQ et convoiter la fonction de premier ministre du Québec, il doit se départir de ses actions dans Quebecor, ce qu’il refuse de faire. Même lorsqu’on est multimilliardaire, on doit parfois faire des choix et on ne peut tout avoir. M. Péladeau devra choisir entre son ambition politique et le « legs de son père ». Et on peut se demander, s’il réussit à se faire élire premier ministre en 2018, s’il gérera le Québec comme il a géré son empire médiatique…

Sébastien St-François

Un PQ sans article 1?

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Depuis la raclée que l’électorat a servie au Parti québécois lundi soir dernier, on constate que la réflexion sur l’avenir du PQ est bel et bien entamée. Plusieurs langues se sont déliés et on a notamment appris au cours des derniers jours qu’il subsistait une profonde division entre les députés et candidats péquistes à propos du projet de charte de la laïcité jusqu’aux dernières jours de la campagne électorale.

Dans une entrevue accordée à Patrick Lagacé de La Presse, le député de Rosemont, Jean-François Lisée, affirme ceci : « Nous avons été emportés par un tsunami. Même si nous avions fait une campagne parfaite, nous aurions été emportés par ce tsunami. » M. Lisée avoue ainsi que le balayage libéral était inévitable et que la campagne du PQ a été un échec.

D’aucuns n’affirmeront que la campagne de Pauline Marois a commencé à dérailler le 8 mars, après l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau dans Saint-Jérôme. Ne faisant pas dans la dentelle, M. Péladeau a remis à l’avant-scène ce que Mme Marois et ses stratèges auraient tant voulu taire : le référendum, l’article 1 du programme péquiste, la raison d’être du Parti québécois.

Et c’est là tout le paradoxe de ce parti souverainiste, exposé au grand jour pendant cette dernière campagne électorale. Chaque élection, les Québécois sont confrontés à une formation politique légitime aux objectifs légitimes (qu’on soit en accord ou non avec le projet souverainiste, il demeure un projet légitime) qui nie sa propre raison d’être, qui tente de la balayer sous le tapis de peur de perdre ses élections. Sur le plan de la cohérence, on repassera et les péquistes ont payé le prix de leur incohérence le 7 avril. À moins qu’il ne modifie les fondements même de son programme, l’objectif premier du PQ est de faire du Québec un pays. L’électorat le sait et tenter de le duper en affirmant le contraire n’est pas une stratégie électorale gagnante.

L’autre option qui se présente au PQ est d’abandonner son article 1. Mais encore… Je vois difficilement comment cela pourrait arriver. Premièrement, ça ne passerait pas auprès des « purs et durs » qui en mènent encore large dans les rangs péquistes. Deuxièmement, sans l’article 1, une fois la base militante aliénée, quel serait l’argument de vente du « PQ 2.0 » auprès de l’électorat? En quoi se démarquerait-il sur l’échiquier politique? Le PQ est bien pris entre l’arbre et l’écorce, car nous sommes loin de la conjoncture dans laquelle fut fondé ce parti par René Lévesque en 1968.

Par contre, l’article 1 lui n’a pas évolué d’un iota et il est devenu un boulet pour le Parti québécois. Par ailleurs, l’objectif ultime du PQ est peut-être une idée dépassée (Lysiane Gagnon, La Presse, samedi 12 avril), incapable de susciter l’intérêt de la majorité vu l’évolution des priorités des Québécois et du portrait démographique du Québec au cours des décennies. De citer Mme Gagnon : « On voit mal quelle stratégie le PQ pourrait dorénavant utiliser pour amener la majorité à son option » (après avoir joué les cartes de l’infériorité linguistique et économique des Canadiens français, du nationalisme civique et plus récemment du nationalisme ethnique ou identitaire entre autres stratégies).

Contrairement à ce qu’affirment les péquistes, qui reprochent aux libéraux d’avoir sorti l’épouvantail référendaire pour semer la peur au sein de l’électorat (stratégie employée notamment par Gaétan Barrette auprès des communautés ethniques dans La Pinière), je penche plutôt du coté de l’éditorialiste André Pratte de La Presse. Les Québécois [la majorité] n’en voulaient pas d’un référendum et ils n’en voudront très probablement pas plus dans quatre ans. Les souverainistes sont vraiment pris entre l’arbre et l’écorce…

Il reste maintenant à voir qui deviendra le prochain chef du Parti québécois. Selon Denis Lessard de La Presse, le choix de Stéphane Bédard comme chef intérimaire donne une longueur d’avance à Pierre Karl Péladeau. M. Lessard avance même que Bernard Drainville et Jean-François Lisée doivent dès lors faire leur deuil de la chefferie. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette course à la chefferie, qui a d’ailleurs été officieusement lancée le soir de la cuisante défaite subie par Pauline Marois.

Si PKP devient chef du PQ (et c’est un scénario que je considère très crédible, cet homme-là n’ayant pas fait le saut en politique pour demeurer simple député), le parti sera appelé à prendre un sérieux virage à droite sur le plan idéologique et il ne sera pas question d’abandonner l’article 1. Le cas échéant, il restera alors à voir si Péladeau réussira mieux que ses prédécesseurs (ayant tous échoué) à vendre une option qui perd des plumes avec chaque campagne électorale qui se succède. Mais, au moins, sous PKP, le PQ se tiendrait debout et cesserait de jouer à l’hypocrite.

Pour ma part, j’espère assister de mon vivant à une campagne électorale orientée sur l’axe gauche-droite plutôt que la sempiternelle rhétorique fédéraliste-souverainiste. Dans la vie, il faut bien garder espoir, non?

Sébastien St-François