Archives du mot-clé Ontario

La Formule E du PLQ?

actualites_-_sympatico_-_ca_1300_732_50_s_c1_center_center_0_0_1

Retour à l’automne 2017 et à la campagne électorale municipale à Montréal. À mesure que la campagne avançait, le maire sortant, Denis Coderre, s’embourbait de plus en plus, principalement dans le controversé dossier de la Formule E. Ayant choisi de cacher les vrais chiffres aux Montréalais et de défendre coûte que coûte sa décision d’accueillir cet événement dans les rues de Montréal, il a fini par mordre la poussière au profit de Valérie Plante. Mme Plante incarnait [alors] la franchise et la fraîcheur, tandis que Coderre était dépeint comme un personnage hautain et arrogant ainsi qu’un « vieux politicien ». On a fini par apprendre plus tôt ce mois-ci que l’édition 2017 de la Formule E laisse la Ville de Montréal avec un déficit de 13,6 millions de dollars. De toute évidence, la Formule E n’a pas été le grand succès qu’a prétendu Denis Coderre jusqu’à la toute fin. Lire la suite

Justin Trudeau et le Canada 3.0

11460256Le 19 octobre dernier, Justin Trudeau a réalisé un véritable tour de force en réussissant à se faire élire à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire. Même si le PLC n’a récolté que 39,5 % du vote populaire, grâce à notre désuet système majoritaire uninominal à un tour – qu’il s’est engagé à réformer –, Trudeau a fait élire plus de 180 députés à la Chambre des communes. Pourtant, au début de l’interminable campagne électorale qui a connu son aboutissement la semaine dernière et pendant de longues semaines par la suite, Trudeau et ses troupes traînaient loin derrière en troisième place dans les intentions de vote.

Pendant la campagne, Trudeau a multiplié les déclarations maladroites (surtout en français), a défendu une position sur le controversé niqab qui ne tenait pas la route en invoquant un « droit religieux » et s’est engagé à adopter le modèle keynésien pendant au moins trois ans pour stimuler l’économie. Déjà, les déficits qu’il a annoncés en campagne pourraient être gonflés de 5 G$ en raison de différents facteurs, selon le chroniqueur économique de La Presse, Francis Vailles.

Rappelons que Stephen Harper avait décidé de jouer sur le cynisme des électeurs et de leur faire vivre une campagne électorale longue de 78 jours – du jamais vu dans l’histoire moderne du Canada – dans l’espoir d’user son « jeune » rival, qu’il dépeignait comme irresponsable, comme pas prêt à gouverner, comme un « p’tit gars en culottes courtes ». De toute évidence, le sentiment anti-Harper était si fort au pays qu’il a eu raison de celui qui était de plus en plus honni par l’électorat après une décennie de règne opaque et idéologique. Autant l’effet « Anyone but Pauline » a permis à Philippe Couillard de décrocher une majorité au Québec en 2014, autant le phénomène « N’importe qui sauf Harper » a permis à Trudeau de réaliser son tour de force à mesure que le vote néo-démocrate s’effritait.

Depuis, c’est la véritable lune de miel et, à lire certains commentateurs, Justin Trudeau est devenu la septième merveille du monde. On louange le jeune chef sur toutes les tribunes, on compare le couple Grégoire-Trudeau aux Kennedy, la vie est soudainement devenue belle au Canada après neuf ans d’austérité conservatrice et tous les espoirs sont à nouveau permis.

Justin Trudeau a mon âge, à un peu plus de 18 mois près. Je devrais donc me réjouir de voir enfin un membre de la génération X accéder aux plus hautes fonctions de l’État canadien. Une partie de moi s’en réjouit, même si je n’ai pas voté libéral le 19 octobre. Cependant, au-delà de l’image, il y a la dure réalité, celle de gouverner, celle de prendre des décisions difficiles, celle d’agir dans l’intérêt supérieur du Canada, celle de rebâtir l’unité dans un pays ayant été considérablement divisé pendant les années de Stephen Harper. Et c’est là où des doutes persistent dans mon esprit quant aux quatre prochaines années, une fois que la lune de miel sera terminée et que le véritable travail commencera.

Personnellement, je vais juger le travail de Justin Trudeau en fonction de trois grands axes : sa capacité de bien s’entourer, sa capacité de prendre des décisions réfléchies et sa capacité de faire passer les intérêts de la nation canadienne avant ceux du Parti libéral du Canada.

1. Bien s’entourer
Justin Trudeau dévoilera la composition de son conseil des ministres le 4 novembre prochain. Nommer un conseil des ministres est un casse-tête pour tout premier ministre. Trudeau s’est engagé envers la parité hommes-femmes et doit de surcroît tenir compte de la représentation régionale, comme ses troupes ont balayé l’Atlantique, remporté 40 sièges au Québec, 80 en Ontario, etc. Or, quand je vois le nom de Mélanie Joly parmi les députés ministrables, permettez-moi de me poser des questions. Mme Joly a beau avoir terminé deuxième dans la course à la mairie de Montréal en 2013 et avoir réussi à se faire élire dans Ahuntic-Cartierville, elle demeure une néophyte en politique et a encore ses preuves à faire avant d’être ministrable, selon moi. Aussi, l’affaire Dan Gagnier qui a éclaté dans les derniers jours de la campagne et qui aurait pu faire beaucoup de tort à la campagne libérale nous démontre qu’il reste encore plus d’une personne aux pratiques douteuses dans l’entourage libéral. Sur le plan de l’éthique, Justin Trudeau et ses députés ne disposent d’aucune marge de manœuvre si le but est réellement de faire de la politique autrement.

2. Réfléchir avant d’agir
Justin Trudeau ne sera assermenté que le 4 novembre et demeure donc premier ministre désigné jusqu’à cette date. Néanmoins, dans son premier entretien téléphonique avec le président américain, Barack Obama, il a déjà annoncé que les frappes canadiennes contre l’État islamique cesseront. Ce faisant, non seulement il risque de nuire aux relations avec le premier allié du Canada, mais aussi il viole la doctrine de la responsabilité de protéger que son parti avait pourtant ratifiée. L’État islamique n’est pas un ennemi comme les autres et l’Occident est arrivé à la conclusion que tous les efforts doivent être déployés pour anéantir ce groupe déjà coupable de moult crimes abominables contre l’humanité. Autre exemple, dans le dossier des chasseurs F-35, son engagement de mettre fin au contrat signé par les conservateurs pourrait produire le même résultat que celui de Jean Chrétien, en 1993, concernant l’achat d’hélicoptères – soit finir par nous coûter encore plus cher. Un contrat, quel qu’en soit l’objet, ne se déchire pas sans conséquences…

3. Courage d’innover
Je ne citerai qu’un exemple à ce chapitre, celui de l’engagement de Justin Trudeau de réformer le système électoral. En effet, le premier ministre désigné s’était engagé en juin dernier à mettre fin au système uninominal à un tour dans les 18 premiers mois de son mandat. On verra bien… Si le scrutin du 19 octobre s’était déroulé en mode proportionnel, les libéraux auraient été minoritaires. Trudeau n’est pas le premier chef de parti à avoir pris un tel engagement électoral; cependant, une fois confortablement installés au pouvoir, les partis traditionnels finissent souvent par gouverner en vue de leur réélection et tout engagement en matière de réforme électorale prend rapidement le bord. S’il tient cet engagement, il aura fait preuve d’une volonté manifeste de faire de la politique autrement et d’assumer le risque politique qui vient avec…

Bref, la lune de miel durera encore un certain temps, puis ce sera le temps de s’attaquer aux vraies affaires. Les libéraux feront face à une opposition conservatrice forte et aguerrie à la Chambre des communes et leurs gestes seront scrutés à la loupe par la population canadienne et la communauté internationale. Nous aurons même le TrudeauMètre pour nous aider à juger son travail. En octobre 2019, les Canadiens retourneront aux urnes et Justin Trudeau ne pourra plus se contenter de surfer sur son image pour se faire réélire; il aura alors un bilan à défendre.

Au-delà l’image, il y a les gestes. Justin Trudeau a réussi à incarner le changement et le renouveau auprès d’une partie suffisante de l’électorat canadien pour dérocher une confortable majorité. Son défi consiste maintenant à faire la démonstration qu’il a les moyens de ses nombreuses ambitions pour faire du Canada « le plus meilleur pays au monde » version 3.0.

Sébastien St-François

Ma boussole électorale virera-t-elle au vert?

imageSource : La Seigneurie

Je suis une personne politisée qui suit l’actualité politique quotidiennement, qui est au courant des enjeux et qui considère que tout électeur admissible a le devoir d’exercer son droit de vote. Je vais donc me rendre dans l’isoloir le 19 octobre prochain, mais je ne me suis jamais senti autant orphelin politique qu’en cette campagne électorale. Habituellement, ma boussole m’indique la voie à suivre assez tôt dans une campagne, mais, cette fois-ci, ce n’est pas le cas. J’en suis à espérer que quelque chose d’« éclairant » se produise au cours des prochains jours pour que je puisse faire un choix avec lequel je pourrai vivre comme électeur par la suite.

J’ai beau faire et refaire le tour de ce que les partis nous proposent, je n’arrive pas à me faire une idée sur l’option qui serait la moins dommageable pour notre pays, même si tout indique que le prochain gouvernement fédéral sera minoritaire, aucun des prétendants n’ayant réussi à se démarquer suffisamment pour décrocher la majorité si convoitée.

Parti conservateur du Canada
J’ai voté pour les conservateurs en 2006 (dégoûté par les libéraux dans la foulée du scandale des commandites) et en 2008. Mais ça fait maintenant presque dix ans que Stephen Harper est en poste. Le pouvoir l’a usé, sa gouvernance est opaque et déconnectée à bien des égards et il est rendu beaucoup trop idéologique pour continuer à diriger le Canada. Au fil des années, il a fait preuve de mépris à l’égard de plusieurs de nos institutions démocratiques qu’il a pourtant le devoir de défendre et a concentré trop de pouvoirs au « PMO » (son bureau). Quand c’est rendu que des décisions dans un dossier humanitaire comme celui de l’accueil de réfugiés syriens se prennent au bureau du premier ministre et sont instrumentalisées à des fins électorales, il y a un problème dans la baraque. Malgré mon penchant conservateur en matière de finances publiques et d’économie, ce parti a besoin d’un nouveau chef pour que je m’y intéresse à nouveau. Un autre mandat comme celui qui se termine, non merci…

Nouveau Parti démocratique
Je n’ai jamais voté NPD, ni même en 2011 – année où la vague orange ayant déferlé sur le Québec a permis au NPD d’accéder à l’opposition officielle pour la première fois de son histoire. Je ne voterai pas pour « Angry Tom » en 2015. Bon nombre de députés néo-démocrates québécois sont demeurés muets comme des carpes au cours des quatre dernières années ou n’ont carrément pas fait leur travail, comme la tristement « célèbre » députée fantôme Sana Hassainia qui a eu la sage idée de tirer sa révérence. Maintenant, on apprend que Tom Mulcair refuserait toute idée de coalition avec le Bloc Québécois, alors que le NPD est devenue l’opposition officielle en 2011 grâce en bonne partie aux nombreux souverainistes qui ont décidé de déserter le Bloc.

Belle façon de mépriser les Québécois à quelques jours du scrutin pour tenter de gagner des votes dans le Canada anglais… Après avoir donné à Stephen Harper un coup de pouce dans les intentions de vote au Québec (dossier du niqab), le voilà maintenant à servir un cadeau sur un plateau d’argent à Gilles Duceppe. Pas sûr que M. Mulcair demeure chef du parti orange passé le 19 octobre. Il semble avoir perdu de vue l’importance du vote québécois pour son parti à la dernière élection fédérale et ça lui coûtera probablement très cher dans quelques jours.

Parti libéral du Canada
La Presse et le Toronto Star ont beau avoir encensé Justin Trudeau, ce dernier n’aura pas mon vote. Oui, il a gagné en maturité et en confiance depuis avoir été élu chef de son parti en 2013, mais je ne pense pas qu’il soit assez mûr pour diriger les destinées du Canada. L’homme de théâtre a su montrer à la population canadienne qu’il est capable d’apprendre ses lignes et combien de fois l’avons-nous entendu affirmer pendant la campagne qu’il a un plan. Mais sa recette n’a rien de novateur : il propose de stimuler l’économie à coups de déficits et de taxer encore plus les « méchants riches ». Le fait que Trudeau a l’appui sans réserve de la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, n’a rien pour inspirer confiance. L’économie ontarienne se porte plutôt mal sous les libéraux de cette province.

Enfin, la position du PLC sur le niqab (oui, un détail, mais un détail qui dérange) ne tient pas la route : Trudeau invoque la défense du droit à la liberté religieuse alors que le niqab n’a rien de religieux. C’est un objet culturel qui symbolise la domination de l’homme sur la femme. Je n’ai pas envie d’un premier ministre qui invoque de faux prétextes pour défendre ce qui est indéfendable aux yeux d’une majorité de Canadiens. Sans mentionner qu’il défend aussi le droit à la citoyenneté de personnes reconnues coupables de terrorisme.

Bloc Québécois
Je ne suis pas souverainiste, je n’ai jamais voté pour le Parti Québécois ou le Bloc Québécois. Qu’est-ce qui pourrait bien me convaincre de voter BQ en 2015, surtout que le « parti de Mario Beaulieu » n’a eu aucune meilleure idée que de recycler son ancien chef, Gilles Duceppe, battu à plate couture dans son fief de Laurier–Sainte-Marie en 2011? Lucien Bouchard avait affirmé que « Notre succès [du Bloc Québécois] se mesurera à la brièveté de notre mandat ». Force est de constater que c’est un échec lamentable plus de 20 ans plus tard. Depuis plusieurs semaines, les sondages accordent deux sièges au Bloc Québécois. Aussi bien disparaître du paysage une fois pour toutes.

Il me reste donc le parti d’Elizabeth May. Aucune chance que les Verts décrochent le pouvoir ou même ma circonscription, où le candidat – Jici Lauzon – est pourtant connu. Il en demeure que je trouve désolant de ne pas être en mesure – à quelques jours du vote et au terme de la plus longue campagne électorale de l’histoire moderne du Canada – d’accorder ma confiance au parti qui souhaite conserver le pouvoir ou à l’un des deux autres qui y aspirent (bien que je pense que les carottes soient cuites pour Mulcair). Par conséquent, si la tendance se maintient, je risque de voter vert pour la première fois de ma vie d’électeur, à défaut d’avoir été convaincu par les trois principales formations fédérales que leur plate-forme est la meilleure pour le Canada.

Sébastien St-François

Une bonne idée, le fractionnement du revenu?

859223
Promesse maîtresse des conservateurs fédéraux en 2011, la possibilité pour les couples ayant des enfants âgés de moins de 18 ans de fractionner leur revenu deviendra probablement une réalité l’an prochain. En effet, il est attendu que le gouvernement Harper intègre cette mesure d’allègement fiscal dans son budget préélectoral du printemps prochain puisque l’équilibre budgétaire aura été atteint. Ottawa prévoit même dégager un surplus de 6,4 milliards de dollars en 2015. Mais avons-nous collectivement les moyens de nous permettre une telle mesure?

Le fractionnement du revenu permettrait aux couples de réduire leur facture d’impôt en transférant jusqu’à 50 000 $ du conjoint au revenu plus élevé au conjoint au revenu plus modeste (donc imposé à un taux moins élevé). Les conservateurs ont autorisé le fractionnement du revenu de pension en 2007, et cette mesure coûte annuellement au bas mot quelque 1,2 milliard de dollars au gouvernement fédéral en pertes de recettes fiscales et environ 500 millions de dollars aux provinces. À l’heure actuelle, 70 % des personnes âgées ne tirent aucun bénéfice du fractionnement du revenu de pension, tandis que les 10 % d’aînés qui touchent les revenus les plus élevés ont droit à un avantage moyen de 820 $ par année.

Il est estimé qu’étendre le fractionnement du revenu aux familles ayant des enfants âgés de moins de 18 ans réduirait les recettes gouvernementales de l’ordre de 3 milliards de dollars de plus par année à l’échelle fédérale et de 1,9 milliard de dollars par année au niveau des provinces. Et le coût de cette mesure augmentera au fil du temps. Même le regretté Jim Flaherty, que plus d’un qualifie d’un des meilleurs ministres des Finances qu’a produit le Canada, songeait à reculer sur cette mesure controversée – ou plutôt à tenter de convaincre Stephen Harper de reculer – peu avant sa démission le printemps dernier. Ce n’est pas rien.

Selon des études, dont une menée par l’Institut C.D. Howe, le fractionnement du revenu familial aurait pour effet d’enrichir les riches et créerait des iniquités entre les régions du Canada. Ce sont surtout les provinces fortement conservatrices de l’Alberta et de la Saskatchewan qui en sortiraient gagnantes. Ça ressemble en tous points à une promesse électoraliste conçue pour plaire à la base conservatrice.

Je ne suis pas un « gauchiste » lorsqu’il est question des finances publiques. Dans le spectre politique, je me définis plutôt comme quelqu’un de centre-droite sur le plan économique et fiscal. Je figure parmi les contribuables qui pourraient bénéficier de cette nouvelle mesure fiscale et, pourtant, je ne suis pas favorable à son adoption. Pourquoi? Certainement pas parce que je ne souhaite pas réduire ma facture d’impôt qui s’avère salée année après année. Mais je pense à mes enfants et privilégie donc une fiscalité responsable et un financement adéquat des missions essentielles de tout État que sont la santé et l’éducation, par exemple.

Ce sont des compétences provinciales-territoriales, me direz-vous. C’est vrai. Cependant, alors qu’Ottawa se prépare à dégager d’importants surplus pendant les années à venir, plusieurs provinces – dont le Québec et la jadis puissante Ontario – peinent à boucler leurs budgets respectifs. En Ontario, le déficit atteint 12,5 G$. Et on sait à quel point les finances publiques sont dans un état pitoyable dans la Belle Province. À une époque où la plupart des gouvernements provinciaux doivent sabrer dans leurs dépenses et subissent des pressions fiscales particulières, il ne fait aucun sens de dépenser des milliards sur un programme qui ne bénéficierait qu’à une très faible minorité de familles canadiennes.

Si le gouvernement fédéral dispose de milliards dont il ne sait quoi faire, il y a d’autres programmes nationaux qui seraient beaucoup plus avantageux pour un plus grand nombre de familles canadiennes : l’assurance-médicaments, les services de garde à l’enfance et les soins aux aînés pour n’en nommer que trois. C’est sans parler du vieillissement de la population et des intenses pressions qui seront exercées sur les systèmes de santé au pays au cours des années et des décennies à venir.

Cette carte maîtresse de Stephen Harper a toutes les apparences d’une promesse conçue sur mesure pour plaire aux conservateurs de l’Ouest et coûterait de l’argent aux provinces, dont plusieurs font face à d’énormes défis fiscaux qu’elles sont pas près de relever. En sa qualité de premier ministre du Canada, Stephen Harper doit prendre des décisions fiscales responsables dans l’intérêt supérieur de la population canadienne et de l’ensemble des provinces et des territoires qui forment ce pays. Permettre le fractionnement du revenu des familles n’est pas compatible avec cette responsabilité et les imminents surplus fédéraux pourraient être utilisés à bien meilleur escient.

Sébastien St-François

Schopenhauer, sors de ce corps!

Arthur_Schopenhauer_1
Il y a un peu plus d’une semaine, le quotidien La Presse posait une question fort simple à ses lecteurs : Où serons-nous dans 10 ans? Les réponses publiées sont loin de témoigner d’un optimisme à tout rompre : « Un Québec pauvre, trilingue et surendetté », « Triste avenir », « Toujours dans le même bourbier », etc. En fait, aucune des réponses des lecteurs publiées par La Presse dans son numéro du samedi 26 avril ne laisse entrevoir le moindre optimisme quant aux perspectives d’un Québec socialement meilleur et plus prospère d’ici dix ans.

Le résultat de cet exercice mené par La Presse est d’autant plus étonnant que les Québécois viennent tout juste de se donner un nouveau gouvernement, confortablement majoritaire de surcroît. Malgré cela, le niveau de pessimisme demeure élevé – tout comme le cynisme omniprésent qui continue de ronger notre tissu sociétal tel un cancer. Les Québécois semblent résignés à accepter un sort médiocre et ne croient aucunement en la capacité ou la volonté des personnes qu’ils élisent d’améliorer les choses. Ça va de mal en pis pour notre démocratie!

Sommes-nous trop pessimistes, voire défaitistes, ou avons-nous raison de nous sentir collectivement dépassés et impuissants? Il faut dire que l’actualité n’aide pas à nous remonter le moral. Par exemple, au cours de la dernière semaine, nous apprenions que le PQ n’avait aucun avis juridique sur la validité constitutionnelle de son projet de charte. Un enjeu de société aussi important et divisant, et les péquistes nous ont menti en pleine face! De quoi inspirer confiance. Également cette dernière semaine, le ministre fédéral des Finances, Joe Olivier, s’est dit inquiet de l’état des finances des provinces. Le Québec a un trou budgétaire estimé à 3,1 G$ à combler s’il veut atteindre l’équilibre au terme de l’exercice en cours, tandis que l’Ontario – jadis le berceau économique du pays – vient de déposer un budget annonçant un gigantesque déficit de l’ordre de 12,5 G$. Ce budget ne sera pas adopté de toute façon, la première ministre sortante, Kathleen Wynne, étant à la tête d’un gouvernement minoritaire et ayant opté pour la même stratégie risquée que Pauline Marois, soit d’invoquer l’impasse budgétaire pour plonger sa province en élections.

Sur la scène fédérale, le portrait n’est guère plus réjouissant. L’heure de l’austérité a sonné, et le ménage commence à se faire à grands coups de hache. Depuis la crise financière de 2008, le Canada s’est lourdement endetté et les plantureux surplus dégagés pendant les années du ministre des Finances libéral Paul Martin ont été effacés par les déficits annuels cumulés depuis l’arrivée au pouvoir de Stephen Harper. L’heure est à nouveau venue de « balancer les livres ». Il en demeure que le gouvernement conservateur en place est là depuis 2006, et il montre des signes de plus en plus évidents de fatigue et d’usure du pouvoir. Stephen Harper laisse de plus en plus transparaître son idéologie et cache de moins en moins qu’il est une personne très rancunière et revancharde. Sa plus récente sortie contre la Cour suprême, dans laquelle il fustige la juge en chef Beverly McLachlin, a de quoi laisser perplexe dans un système où le mur érigé entre le judiciaire et le politique est fondamental. Or le premier ministre canadien semble déterminé à s’attaquer à cette division des pouvoirs pourtant essentielle au bon fonctionnement de notre société. Que la critique provienne d’Élections Canada ou de la Cour suprême – deux instances qui existent pour prévenir et corriger les abus de procédure et de pouvoir –, M. Harper ne la tolère pas, comme si le pays lui appartenait et qu’il était rendu au-dessus des lois et de la constitution.

Collectivement, nous semblons en pleine dérive – sur le plan financier autant qu’idéologique – et je me demande quel électrochoc il nous faut pour réussir à nous sortir de notre marasme et à préparer un avenir meilleur pour nos enfants. Je suis de la génération X – celle qu’on qualifie parfois de sacrifiée – et suis père d’un enfant de six ans. Dans dix ans, en 2024, il aura 16 ans et sera à l’âge où il devra commencer à envisager un choix de carrière. Comme tout parent, je souhaite le meilleur avenir possible pour mon enfant et j’essaie de demeurer confiant à l’égard des perspectives qui s’offriront alors à lui. Bien que ce ne soit pas toujours facile, un fait demeure néanmoins : la ligne entre réalisme et pessimisme est très mince. Être réaliste, c’est prendre acte de la situation telle qu’elle est et tenter de trouver des solutions; être pessimiste, c’est baisser les bras et se dire que la vie humaine est une perpétuelle douleur (doctrine de Schopenhauer).

Sébastien St-François