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Goinfré à bloc

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Je feuilletais le cahier Affaires de La Presse du jeudi 16 juillet lorsque je suis tombé sur un visage familier, celui de Thierry Vandal, dans un avis de nomination de la Banque royale du Canada. On y apprend que M. Vandal, PDG d’Hydro-Québec de 2005 au 1er mai 2015 (date de son « départ à la retraite ») vient d’être nommé au conseil d’administration de la RBC. On y apprend aussi qu’il est président du CA de BioFuelNet Canada et qu’il siège à ceux de Veresen inc. (depuis mai dernier), de HEC Montréal et de l’Université McGill.

Que M. Vandal siège à des conseils d’administration, je n’ai aucun problème avec cela. Nous vivons dans un pays en apparence libre et quiconque a le droit fondamental de monnayer ses services. (Il va sans dire que les membres de conseil d’administration des grandes entreprises et institutions financières sont rémunérés en échange de leurs services.) Là où j’ai un problème, c’est qu’un candidat « prestigieux » comme Thierry Vandal risque fort bien de cumuler des nominations à des CA contre rémunération alors qu’il bénéficie – grâce à la société québécoise – d’un parachute doré, et ce, jusqu’à la vie de ses jours.

« Âgé de 54 ans, M. Vandal pourra toucher, dès l’an prochain s’il le désire, le faramineux montant de 452 402 $ par année en rente de retraite et ce montant sera pleinement indexé chaque année jusqu’à mort s’ensuive! À un taux d’indexation anticipé moyen de 2,1 %, en 2040 (s’il est encore vivant), sa rente annuelle pourrait atteindre 760 621 $ par an. »

Pis encore, rien n’indique que notre bon ex-PDG d’Hydro-Québec – qui s’est contenté grosso modo à livrer les commandes gouvernementales pendant ses dix années en poste – ne renoncera à un traître sou du généreux contrat que lui avait concédé le bon gouvernement libéral de Jean Charest. On dira qu’un contrat est un contrat. Mais en ce contexte d’austérité – où on gratte les fonds de tiroirs –, il y a quelque chose de profondément indécent dans cette situation pour le commun des mortels au Québec.

Le jour même, j’apprenais que le gouvernement Couillard suspend les activités du Centre de développement pédagogique (pour la formation générale en science et technologie) pour un an. Une autre coupure dans le réseau de l’éducation – déjà mal en point… Mais pas question de toucher à Thierry Vandal. Après tout, un contrat, c’t un contrat…

M. Vandal, bon été. Profitez bien de que ce vous avez « mérité » du gouvernement Charest pour services rendus. J’espère, au minimum, que vous aurez la décence d’être très généreux envers les organismes de bienfaisance du Québec qui ont cruellement besoin d’aide. Vous devez au moins cela à la société qui vous accordé, contre son gré et grâce aux dirigeants qui veillent à son bien, le parachute doré qui vous gardera bien ouaté contre l’austérité jusqu’à votre dernier souffle…

Sébastien St-François

Hydro-Québec doit être remis au service des Québécois

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« La nationalisation de l’électricité est nécessaire, pour l’épanouissement des Canadiens français comme nation, pour le développement économique de la province; elle est une entreprise rentable à brève échéance… »
Ces paroles, ce sont ceux de feu René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles dans le gouvernement de Jean Lesage. La nationalisation de l’électricité était son cheval de bataille. Il avait raison de vouloir nationaliser l’électricité; Hydro-Québec est devenue une fierté des Québécois et une société très, très rentable pour l’État québécois. Mais force est de constater que son étoile pâlit depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, c’en est une véritable vache à lait qui verse à son actionnaire (le gouvernement du Québec) des milliards de dollars annuellement. Hydro-Québec est sans l’ombre d’un doute la société d’État la plus rentable pour le gouvernement. Bien plus que Loto-Québec ou la SAQ. Cependant, il y a une différence fondamentale entre Hydro-Québec, d’une part, et Loto-Québec et la SAQ, d’autre part. Les billets de loterie et l’alcool ne sont pas des biens essentiels (nonobstant les problèmes de jeu compulsif et d’alcoolisme avec lesquels certains membres de la société sont aux prises). À ma connaissance, l’électricité est un bien essentiel. Il suffit d’une panne de courant pour s’en rendre rapidement compte… Sans électricité, notre société dite moderne cesse de fonctionner.

Mais Hydro-Québec répond à des commandes politiques. Pendant la campagne électorale de 2012, Jean Charest avait défendu Gentilly-2 bec et ongle, alors que les libéraux n’avaient aucune intention de garder la centrale nucléaire ouverte. Il voulait simplement ne pas se mettre à dos les électeurs de la région pendant la campagne électorale. Peu après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois a sonné le glas de Gentilly-2. Par conséquent, une turbine payée 79 M$ par notre argent a été vendue à la ferraille pour un montant dérisoire de 75 000 $. Une perte nette de tout près de 79 M$ pour les Québécois… Au total, la décision des libéraux de maintenir la centrale nucléaire en vie à des fins politiques nous a coûté près de 1 milliard.

Il y a ensuite les investissements qu’Hydro-Québec fait dans l’énergie éolienne, qu’elle revend à perte. Encore une fois, c’est une commande politique, le premier ministre voulant faire belle figure en matière de création d’emplois dans les régions – sur le dos de tous ceux qui reçoivent une facture d’Hydro-Québec chaque mois… Les chefs de parti et de gouvernement instrumentalisent donc Hydro-Québec à des fins politiques et c’est nous – la clientèle prise en otage par ce monopole – qui en faisons les frais.

C’est un fait connu que les employés d’Hydro-Québec sont parmi les mieux traités au Québec sur les plans de la rémunération et des avantages sociaux. De plus, ils ont droit à un régime de retraite à prestations déterminées et leur rente de retraite sera pleinement indexée jusqu’à la fin de leurs jours. Dans le cas du PDG démissionnaire Thierry Vandal, son parachute doré est carrément scandaleux en cette supposée ère d’austérité. Qui paie pour tout cela? Encore une fois, les clients d’Hydro-Québec qui subissent depuis plusieurs années des hausses de tarifs supérieures à l’inflation.

Pour ajouter aux abus, le député péquiste de Marie-Victorin, Bernard Drainville, avançait récemment qu’Hydro-Québec continue de facturer des frais de relève de 23 $ par année à ses clients même si leur résidence est munie d’un compteur intelligent, ce qui représenterait un montant de 67 M$ par année pour les 2,9 millions de clients qui ont déjà un compteur intelligent. J’en suis de ce nombre.

Vient ensuite le taux d’intérêt que charge Hydro-Québec à ses clients en défaut de paiement : 14,4 %, soit 2,4 fois plus que le taux d’intérêt de 6 % chargé par Revenu Québec sur les créances d’impôts impayés. Un taux nettement exagéré alors que le taux directeur de la Banque du Canada s’établit à 0,75 % et qu’il est actuellement possible de souscrire une hypothèque sur cinq ans à un taux fixe de moins de 3 %… Pis encore, le ministre responsable d’Hydro-Québec, Pierre Arcand, a avoué ne pas être au courant de ce « problème ». Il a promis de « […] faire part à Hydro-Québec de ce dont me parle le député de Marie-Victorin et nous allons certainement corriger, s’il y a lieu, la situation. » C’est rassurant…

Dans ce même dossier, ce « grand » ministre a formulé un commentaire tellement insignifiant qu’il faut se demander s’il ne nous prend pas pour des valises ou encore s’il n’est tout simplement pas incompétent « à la Bolduc ». En bon libéral, il a sorti la carte PKP et affirmé que Vidéotron chargeait un taux d’intérêt plus élevé à ses clients défaillants qu’Hydro-Québec en plus de facturer l’utilisation du service à l’avance, ce que la société d’État ne fait pas. Euh… Monsieur le Ministre, c’est parce que : primo, Vidéotron est une entreprise privée; secundo, Vidéotron ne vend pas un service essentiel et ne tient pas sa clientèle en otage, contrairement à Hydro-Québec… Vraiment, comme commentaire insignifiant et méprisant à l’égard de la clientèle prisonnière de cette société d’État, c’est dur à battre…

Hydro-Québec ressemble de plus en plus à un monstre à dompter, un monstre d’une opacité déconcertante qui est en train d’appauvrir le Québécois moyen. Il est plus que temps que la société d’État soit tenue de rendre des comptes à l’ensemble de la population du Québec et non seulement à son actionnaire, le gouvernement du Québec. Quelqu’un quelque part semble avoir oublié que le gouvernement du Québec n’est pas le patron de la population québécoise. Cette dernière représente plutôt sa raison d’être…

Sébastien St-François

Abri perpétuel contre l’austérité pour Thierry Vandal

Thierry Vandal
Rappelons que l’actuel président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal – un bon militant libéral nommé à ses fonctions en 2005 par le gouvernement de Jean Charest –, a annoncé il y a quelque temps qu’il quittait volontairement son poste à la fin du mois d’avril après dix ans à la tête de la société d’État qui est devenue une véritable vache à lait pour le gouvernement du Québec au cours des dernières années.

En partant, M. Vandal aura droit, après le 1er mai prochain, à une très généreuse indemnité de départ de plus de 560 000 $ alors qu’il quitte – rappelons-le – volontairement : on ne le met pas à la porte. Pis encore, la semaine dernière, les médias nous révélaient un régime de retraite qui dépasse tellement l’entendement que c’en est scandaleux – surtout en cette ère d’austérité que nous impose le successeur libéral de Jean Charest, Philippe Couillard.

Âgé de 54 ans, M. Vandal pourra toucher, dès l’an prochain s’il le désire, le faramineux montant de 452 402 $ par année en rente de retraite et ce montant sera pleinement indexé chaque année jusqu’à mort s’ensuive! À un taux d’indexation anticipé moyen de 2,1 %, en 2040 (s’il est encore vivant), sa rente annuelle pourrait atteindre 760 621 $ par an. Et ce pactole lui est « dû » après seulement dix ans de service! Mais encore, en vertu de son contrat de travail, chaque année travaillée par M. Vandal au cours des dix dernières années en a compté pour deux. Rien de trop bon pour un chum!

Être membre de l’actuel gouvernement libéral, qui vient tout juste de déposer son deuxième budget d’austérité après une vague de coupures, de compressions et de hausses de tarifs de toutes sortes, je serais extrêmement gêné de me présenter devant mes commettants en ce moment. Mais, bon, il faut croire que la gêne n’est pas une valeur fortement ancrée au sein de cette formation politique entachée plus d’une fois par des scandales et des soupçons de toutes sortes au fil des ans.

Pierre Arcand, le ministre des Ressources naturelles et ministre responsable d’Hydro-Québec, a tenté de consoler le bon peuple en affirmant que les conditions d’embauche du nouveau président d’Hydro-Québec seraient réévaluées « dans la rigueur nécessaire qu’il faut ». (Est-ce juste moi ou plusieurs ministres dans ce gouvernement maîtrisent péniblement le français?)

Ce disant, pas question de toucher au parachute doré consenti à Thierry Vandal. Au contraire, le ministre Arcand l’a défendu en invoquant qu’Hydro-Québec compte 20 000 employés et des actifs de plus de 74 milliards de dollars. Pour lui, « il est normal que ses dirigeants aient des conditions qui soient quand même attrayantes ». Il a également défendu l’extrêmement généreux régime de retraite dont bénéficiera M. Vandal jusqu’à la fin de ses jours. Voilà ce qu’en pensent celles et ceux qui s’attaquent à la classe moyenne depuis qu’ils ont repris le pouvoir en septembre 2012 après un (trop) court séjour de 18 mois dans l’opposition. De toute évidence, M. Arcand et moi-même ne vivons pas sur la même planète, peut-être même pas dans la même galaxie.

En effet, je m’inscris totalement en faux contre cet argument. Si les Québécois doivent offrir de telles conditions pour trouver quelqu’un qui accepte de diriger une société d’État (pas les États-Unis d’Amérique), on a un méchant problème…

De toute évidence, les Québécois ne peuvent compter sur leur gouvernement pour remettre les pendules à l’heure. Il reste à voir si Thierry Vandal a une conscience sociale et morale… Mais je ne parierais pas trop là-dessus pour qu’il renonce partiellement à ses avantages nettement exagérés. Un contrat est un contrat, n’est-ce pas?

Il en demeure que M. Thierry Vandal sera bien protégé contre une quelconque austérité – et ce, à nos frais – jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle. Comme dirait l’autre des Têtes à claques, « c’est-tu pas wonderful ça! »

Par ailleurs, le budget 2015-2016 déposé jeudi dernier par le ministre des Finances, Carlos Leitao, prévoit une hausse éventuelle du taux d’imposition de ma PME de l’ordre de près de 50 %. Bravo! Continuons d’en soutirer toujours plus des mêmes contribuables, mais il ne faut surtout pas toucher aux amis du bon Parti libéral ou à leurs parachutes dorés payés par ces mêmes contribuables qui sont écrasés par le fardeau fiscal le plus lourd en Amérique du Nord. Force est de constater que le gouvernement de Philippe Couillard n’a pas plus de crédibilité en cette matière que celui qu’a dirigé Jean Charest pendant neuf ans.

M. Vandal, profitez bien de votre retraite dorée à nos frais pendant que nous continuons de passer à la caisse de l’État pour vous la payer!

Sébastien St-François

Printemps érable, prise II?

Thousands of demonstrators march against tuition hikes marking 100 days of protest in  downtown Montreal
La semaine dernière, on apprenait que plus de 30 000 étudiants seront en grève pendant deux semaines. Après le « printemps érable » de 2012, les mandarins de l’ASSÉ et leurs sbires cette fois-ci partent en guerre contre l’austérité et les hydrocarbures. D’ailleurs, les étudiants veulent qualifier cette perturbation à venir de « grève sociale » plutôt que de « grève étudiante ». Un peu comme Philippe Couillard refuse de parler d’austérité, préférant parler de vérité. Appelons un chat un chat!

D’aucuns diront « n’importe quoi, l’important est de se donner une cause pour foutre le trouble ». Fidèles à leurs habitudes, les mouvements étudiants refusent d’ailleurs de fournir leur itinéraire comme leur oblige le règlement P-6 de Montréal – règlement auquel d’autres groupes de manifestants, incluant des syndicats, se plient. Tout laisse donc croire que la métropole sera à nouveau prise d’assaut et paralysée – au grand damne des commerçants qui en arrachent de plus en plus à gagner leur vie dans cette ville qui, à bien des égards, donne l’impression d’une ville qui se meurt…

À l’instar des manifestants étudiants, je suis loin d’être un adepte du gouvernement Couillard, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas voté en septembre 2012. Le choix d’une majorité de Québécois aux dernières élections générales ne me plaît donc aucunement. Il y a des jours où juste voir le visage ou entendre la voix du premier ministre ou de plusieurs de ses ministres « recyclés » de l’ère Charest m’agresse. Comme bien d’autres Québécois, j’en ai marre des hausses supérieures à l’inflation des tarifs d’Hydro-Québec commandées par un gouvernement trop hypocrite pour subventionner ses projets de création d’emplois en région autrement. Voir Hydro-Québec vendre l’énergie éolienne à perte aux frais de consommateurs prisonniers de ce monopole me pue au nez. Et je pourrais continuer cette liste de doléances ad vitam aeternam…

Cependant, nous vivons en démocratie. En démocratie, on s’exprime au moment d’une élection et, si on perd son vote, on doit se plier à la volonté de la majorité jusqu’à la prochaine fois. Cela ne veut pas dire qu’on perd son droit de parole, mais cela ne donne pas pour autant le droit de « foutre le bordel ». Oui, le gouvernement Couillard pue à plein nez; non, ce gouvernement ne mérite probablement pas d’être au pouvoir, encore moins d’être majoritaire. Mais c’est le gouvernement en place pour plusieurs années encore après avoir été démocratiquement élu par le peuple.

Pour ma part, je dis NON à un deuxième printemps érable! Les étudiants ont droit à leur opinion, mais ils n’ont pas le droit de paralyser le centre-ville de Montréal et de faire souffrir des travailleurs qui essaient déjà de peine et de misère de gagner leur vie dans un contexte économique très difficile, comme ils ont si brillamment « réussi » au printemps 2012.

Il est à espérer que nos divers élus et niveaux de gouvernement prennent leurs responsabilités en 2015 pour empêcher que cela se produise. Et voilà un premier test pour le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, dont on a vanté les mérites à la suite de sa nomination.

Sébastien St-François

Même moule cassé, même bon peuple dupé

Photos_Communiques_V2Source : plq.org

On dit que six mois en politique, c’est une éternité. C’est vrai… Le 7 avril 2014 est bien loin dans mon esprit, le gouvernement Marois, encore plus. Mais alors? Le Québec a-t-il réellement progressé au cours des six derniers mois? En campagne électorale le printemps dernier, Philippe Couillard et ses sbires nous promettaient mer et monde. Par exemple, la création de 250 000 emplois sur cinq ans. Or, dans les faits, l’« effet libéral » en matière de création d’emplois se fait toujours attendre. Il s’est perdu 30 100 emplois à temps plein en octobre, ce qui porte le bilan depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir à -82 000 emplois. Alors que le taux de chômage a baissé dans le ROC et s’établit maintenant à 6,5 %, il a progressé de 0,1 % et se chiffre dorénavant à 7,7 % au Québec.

Dans son obsession à court terme d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (tout indique que ce sont déjà les agences de notation qui dirigent le Québec et que Philippe Couillard n’est qu’une vulgaire marionnette à leur commande…), le gouvernement libéral – ne voulant/pouvant pas hausser directement le fardeau des familles québécoises – s’apprête à confier à d’autres acteurs sociaux l’odieuse mission d’en soutirer encore plus des poches de celles et ceux qui n’en ont plus à donner sans compromettre leur propre équilibre budgétaire – souvent très précaire. Pensons notamment aux 300 M$ en compressions imposées aux municipalités pour 2015 (préparez-vous à une autre hausse de votre compte de taxes municipales) et à la modulation des tarifs de services de garde (alors que l’impôt qui finance le gros de ce système est déjà modulé en fonction du revenu) à compter du 1er avril prochain.

Mais qu’en est-il du long terme? La réduction de la dette provinciale (qui a monté en flèche sous le règne de Jean Charest), le ménage dans les régimes de retraite relevant directement de Québec (déficit accumulé de 77 G$), une refonte en profondeur du système des commissions scolaires pour diriger un maximum d’argent vers les services directs aux élèves (que des engagements vagues de notre bon ministre de l’Éducation, le controversé [pour rester poli] Yves Bolduc)? Rien. Jusqu’à maintenant, le grand ménage promis par Philippe Couillard semble se limiter à la bonne vieille recette que libéraux et péquistes utilisent depuis des lunes : pelleter ailleurs, puis le CONtribuable assumera la facture sous une forme ou une autre. Très décevant, mais prévisible en réélisant un « bon gouvernement libéral »…

De toute évidence, le bon vieux moule que les premiers ministres se lèguent depuis des décennies a trouvé preneur en avril dernier. Les Québécois se sont fait promettre un gouvernement Couillard 1.0 – résolu à remettre de l’ordre dans l’État québécois – et ils ont mordu massivement à l’hameçon, dans leur désir de se débarrasser d’un gouvernement péquiste qui n’allait nulle part. Tout indique que les Québécois ont encore une fois été dupés par un « vieux » parti et ses promesses creuses. En effet, ce qui nous gouverne depuis avril dernier n’est rien d’autre qu’un gouvernement Charest 2.0. Manquant le courage politique nécessaire pour effectuer de réelles coupes dans l’État tentaculaire sans cesse grandissant et envahissant dans la Belle Province, le gouvernement Couillard se contente de répéter la recette du gouvernement Charest des années 2003 à 2012 : on alourdit le fardeau fiscal de la masse en passant par la porte d’en arrière… On confie à d’autres intervenants (municipalités, CPE, sociétés d’État comme Hydro-Québec) l’odieuse tâche d’en puiser encore plus dans nos poches.

Je n’ai pas voté pour le candidat libéral dans ma circonscription aux dernières élections. Je suis néanmoins pris à vivre avec la décision de la majorité jusqu’en 2018. Ainsi va la démocratie. Mais, de toute évidence, le moule est cassé. Que les péquistes ou les libéraux soient aux commandes de la province, le Québec s’appauvrit d’année en année, tout comme les Québécois à force de se faire ponctionner le porte-monnaie par un État qui leur en demande toujours plus sans leur donner une qualité de services à laquelle ils sont en droit de s’attendre pour leur argent.

C’est bien plate à dire, mais le Québec et les Québécois continueront à s’appauvrir tant et aussi longtemps que les vieux partis s’échangeront le pouvoir. Et le PQ et le PLQ nous montrent de quel bois ils se chauffent et des résultats dont ils sont capables depuis des décennies. Peu importe qui est à la tête de ces partis aux idéologies d’une époque révolue, le résultat est le même : la province continue à sombrer dans la dèche et les réels problèmes ne se règlent pas. Au contraire, ils s’empirent, car on continue de les pelleter dans la cour des générations qui nous suivront : finances publiques, santé, éducation, justice… Pendant combien de temps encore pouvons-nous réellement confier le pouvoir à des acteurs politiques qui s’entêtent à faire usage d’un moule qui est caduque? Pis encore, d’élection en élection, une majorité suffisante continue à fonder tous ses espoirs dans l’un ou l’autre de ces vieux partis.

Les prochaines élections n’auront pas lieu avant 2018. En ayant recours une fois de plus à la duperie, le PLQ s’est confortablement installé au pouvoir pour un mandat de quatre ans et demi. Ce mandat est très mal parti si les Québécois pensaient avoir élu un parti qui ferait enfin le grand ménage nécessaire pour tenter d’éviter « le mur » ou – du moins – le heurter moins violemment. Tout indique que nous aurons plutôt droit à une facture fiscale encore plus lourde et que les vrais problèmes demeureront entiers à la fin du mandat en cours.

Les libéraux nous démontrent encore une fois que, tant que nous nous contenterons du vieux moule que les gouvernements qui se succèdent utilisent depuis maintenant trop longtemps, la recette sera la même : le Québécois moyen paiera de plus en plus cher pour les services publics, le Québec demeurera lourdement endetté et pauvre, et les générations qui nous succéderont – nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants – ne l’auront pas facile, hypothéquées leur vie durant en raison des choix et du manque de courage politique des deux partis qui s’échangent le pouvoir depuis la Révolution tranquille.

En 2018, ça nous prend un nouveau moule, de nouveaux acteurs politiques et une nouvelle vision de ce qu’est l’État si nous voulons avoir une chance de sauver ce qui reste du Québec. Surtout, il faudra qu’une majorité d’électeurs se rendent compte que le vieux moule usé ne fonctionne plus et que les vieux partis ont échoué à rompre avec la tradition ayant mené à la situation actuelle…

Sébastien St-François

L’art de lancer des ballons…

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À peine élue pour former un gouvernement majoritaire (et donc « régner » sur le Québec jusqu’en octobre 2018 au moins), l’équipe de Philippe Couillard est déjà passée maître dans l’art de lancer des ballons – ce à quoi les libéraux nous avaient habitués pendant les années de l’ère Charest.

Le nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, déposera le budget de la province pour l’exercice 2014-2015 le mercredi 4 juin prochain. Dès les premiers jours suivant l’élection, le gouvernement Couillard a mis la table : il cherchait à trouver 3,7 G$ dès cette année et promettait le retour à l’équilibre budgétaire dès 2015-2016. On le sait, le Québec est cassé comme un clou. Celles et ceux qui suivent l’évolution de la conjoncture depuis des années n’ont pas tombé de leur chaise en entendant le nouveau premier ministre invoquer l’urgence d’agir pour assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre au pays.

Mais un problème de taille perdure. Dans sa chronique du mercredi 28 mai, simplement intitulé « Le mur », Alain Dubuc de La Presse met le doigt sur le bobo, comme on dit : « Il suffit de donner l’impression qu’on va toucher au modèle québécois pour provoquer une levée de boucliers. » C’est bien vrai… Toutes les grandes centrales syndicales ont déjà commencé à se faire entendre et leurs présidents ont rencontré le premier ministre il y a quelques semaines. Aujourd’hui, après de grands discours sur la « rigueur budgétaire » (Philippe Couillard n’aime pas parler d’austérité), le gouvernement ne cesse de lancer des ballons, invoquant de possibles ou probables hausses ici et là. Pour une nième fois, on semble vouloir prendre la voie facile de puiser dans les poches des contribuables pour colmater des brèches ici et là. Venant d’un parti qui voulait s’occuper des vraies affaires en campagne électorale, ce serait à la fois décourageant et inacceptable…

Prenons l’exemple de trois importants portefeuilles du gouvernement et des ministres nommés pour les piloter.

1. Éducation (Yves Bolduc) : L’homme que je surnomme « La Cassette ». Il ne m’a pas impressionné comme ministre de la Santé de Jean Charest; il ne m’impressionne guère plus comme ministre de l’Éducation de Philippe Couillard. Il maîtrise à merveille la langue de bois, l’art d’utiliser du verbiage pour n’absolument rien dire. À peine arrivé en poste, le voilà à nous préparer à une nouvelle hausse des taxes scolaires pour 2014-2015. Mercredi dernier, M. Bolduc a été interviewé par Paul Arcand. Écoutez l’entrevue et jugez par vous-même : http://www.985fm.ca/lecteur/audio/yves-bolduc-ministre-de-l-education-du-loisir-et-225883.mp3. Une vraie cassette…

2. Santé (Gaétan Barrette) : On le sait, notre système de santé est sclérosé : trop de bureaucrates, pas assez de services directs aux patients, délais indécents et parfois même médicalement inacceptables. Déjà, la santé accapare 43 % du budget du Québec et les coûts en santé sont appelés à augmenter de 5,2 % annuellement alors que – selon les prévisions – la croissance économique moyenne se chiffrera à 1,6 % par an au cours des 20 prochaines années. La nouvelle présidente de la FMSQ qualifie de théâtre les techniques de négociation du nouveau ministre de la Santé. Elle ne semble aucunement prendre au sérieux celui qu’elle qualifie de « personnage », celui même qui avait obtenu du gouvernement les généreuses augmentations pour les médecins spécialistes qui posent aujourd’hui un problème budgétaire. Ça tient presque du vaudeville alors que la cabane brûle!

3. Finances (Carlos Leitao) : Après avoir avancé en avril que certains programmes sociaux pourraient être éliminés, M. Leitao – pourtant classé deuxième parmi les meilleurs économistes au monde par Bloomberg News – ne trouve rien de mieux à nous annoncer à quelques jours du dépôt de son premier budget qu’un trou de 3,1 G$ pour 2014-2015. C’est ça, le mieux que peut faire le trio économique d’enfer de Philippe Couillard?

On nous répète qu’il faut donner la chance au coureur. Le nouveau gouvernement déposera son premier budget dans quelques jours. Cependant, depuis plus d’une semaine, ce gouvernement lance beaucoup de ballons et ça n’augure rien de bon pour les contribuables que nous sommes. On ne cesse de nous lancer l’idée de hausser tels droits, telles contributions ou telles taxes. Jamais on ne prend l’engagement ferme de revenir sur des hausses exagérées du passé récent (Hydro-Québec, commissions scolaires, etc.) ou de procéder sans plus tarder à un véritable dégraissage de l’appareil étatique. On préfère tout pelleter dans la cour des contribuables sans jamais s’attaquer aux véritables problèmes. Mais l’heure est grave, car le contribuable manque d’air et étouffe sous un fardeau qui ne cesse de s’alourdir d’année en année, de budget en budget… Il ne peut en faire plus!

La vraie solution à nos problèmes consiste à faire preuve d’une grande dose de courage politique et d’oser « toucher au modèle québécois » pour le réformer en profondeur, voire de fond en comble. Ce modèle est le fruit d’une époque révolue. Le Québec dépense trop et ses structures sont trop imposantes et tentaculaires. Collectivement, nous vivons carrément au-dessus de nos moyens! Notre gouvernement doit en prendre acte et être prêt à agir – quitte à ce que ça fasse mal et que ça nuise à ses chances de réélection dans quelques années. Je suis de moins en moins convaincu que le gouvernement Couillard fera ce que le gouvernement Charest n’a pas eu le courage de faire en neuf ans… Monsieur le Premier ministre, cessez de lancer des ballons et agissez!

Sébastien St-François

Le remède de cheval

ministresAprès plusieurs jours d’attente à la suite des élections du 7 avril dernier, nous voilà enfin avec un nouveau gouvernement dûment assermenté. En effet, Philippe Couillard a enfin présenté son conseil des ministres au peuple québécois mercredi dernier : de nouveaux visages (Jacques Daoust, Martin Coiteux, Carlos Leitao, Gaétan Barrette, David Heurtel, Hélène David, etc.) et plusieurs ministres de l’ère Charest de retour (Jean-Marc Fournier, Christine St-Pierre, Lise Thériault, Pierre Moreau, Yves Bolduc, Sam Hamad, etc.). La tâche qui attend le gouvernement Couillard est colossale…

Depuis des années, on nous met en garde contre le « mur » qui se dresse devant nous. Ce mur, c’est celui de nos finances publiques, de notre rythme de vie collectif qui dépasse nettement nos moyens collectifs, et ce, malgré le fait que nous figurons parmi les États où le fardeau fiscal des contribuables est le plus élevé. Le modèle socioéconomique d’une époque révolue (l’État providence) a clairement fait son temps et nous courons à notre perte si nous nous entêtons à le maintenir. Déjà, ça fait plus d’une décennie qu’un début de sérieuse remise en question du modèle aurait dû être entamé. Vous vous rappelez la « réingénierie de l’État » que promettait Jean Charest avant que toutes les grandes centrales syndicales ne débarquent devant les portes de l’Assemblée nationale à l’automne 2003? Nous avons perdu dix ans depuis…

Aujourd’hui, en 2014, la situation est d’autant plus critique. Dans son budget (non adopté) déposé en février dernier, Nicolas Marceau annonçait un déficit de l’ordre de 2,5 G$ pour l’exercice qui se termine le 31 mars 2015. Or le déficit prévu est maintenant de 3,1 G$ pour 2014-2015 si le statu quo est maintenu. Maintenant premier ministre, Philippe Couillard cherche un milliard de compressions dès cette année. C’est un peu ironique, car c’est le chef de parti dont les promesses électorales étaient les plus coûteuses il y a quelques semaines à peine. La réalité de la précarité financière du Québec est toutefois implacable, même pour un premier ministre nouvellement élu. De citer le chroniqueur Vincent Marissal de La Presse : « Les vraies affaires, c’est que le Québec est dans la dèche et doit trouver trois milliards. »

La situation est si précaire que certains experts soutiennent que nous devrons nous résigner à privatiser certaines de nos sociétés d’État comme Hydro-Québec et la SAQ. Vendredi dernier, Mario Dumont, chroniqueur au 98,5 FM, a expliqué la situation en termes très clairs. Les récessions sont cycliques. Pendant les années de prospérité économique, les gouvernements doivent tenter de dégager des surplus et de les appliquer au remboursement de leur dette. Ils se préparent ainsi aux années plus difficiles au cours desquelles ils devront à nouveau emprunter davantage et se réendetter.

Le Québec ne s’est jamais relevé de la crise de 2008. Jean Charest pouvait bien clamer haut et fort que le Québec s’en était mieux sorti que ses voisins, mais la province a néanmoins payé un prix dans le processus. Nous nous sommes lourdement endettés et le risque de déficits structurels (c’est-à-dire que l’État ne réussit plus à boucler son budget annuel et vit donc sur la carte de crédit d’année en année) est maintenant bien réel au Québec. Philippe Couillard affirme pleinement reconnaître la précarité de nos finances publiques et se dit déterminé à agir. Il faut espérer qu’il réussisse là où ses prédécesseurs ont échoué ou ont manqué de courage.

Le « trio économique » du nouveau gouvernement libéral – formé de Carlos Leitao (ministre des Finances), de Jacques Daoust (ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations) et de Martin Coiteux (président du Conseil du Trésor) – donne lieu d’espérer qu’un début de véritable ménage commence à être fait au cours des quatre prochaines années. Ce sont de nouveaux venus en politique, et ils ont certainement des compétences qui bénéficieront à l’État si on leur permet de faire ce qui doit être fait. M. Leitao me semble une personne très lucide et réaliste : il doute déjà de la probabilité que le Québec dégage des surplus en 2015-2016 et reconnaît ouvertement que des programmes sociaux pourraient devoir être éliminés.

La situation actuelle est d’autant plus désolante à la lumière des milliards de dollars en deniers publics qui nous ont été volés dans tous les stratagèmes de corruption et de collusion des dernières décennies. Des milliards qui devaient être investis dans le mieux-être collectif ont plutôt abouti dans les sales poches de bandits dont bon nombre n’en paieront probablement jamais le prix…

Bref, le moment est venu de faire les choses autrement, de remplacer l’actuel modèle sacro-saint qui craque de partout et de vivre selon nos moyens (collectifs). Si nous persistons à ne rien faire, ce seront les agences de notation qui nous « remettrons à notre place » et nous imposerons un modèle socioéconomique correspondant à ce que nous sommes réellement en mesure de nous payer. Il suffit que les taux d’intérêt dont bénéfice l’État québécois augmentent de quelques points de pourcentage, et ce sera des milliards de moins dont disposera le gouvernement du Québec pour investir dans le Québec et les Québécois. L’heure du remède de cheval a sonné!

Sébastien St-François

Nous ne sommes pas des valises

822501-pauline-marois-accueilli-comme-bonnePhoto : La Presse Canadienne

Nous vivons une campagne électorale depuis le 5 mars dernier parce que le lieutenant-gouverneur du Québec, Pierre Duchesne, a choisi de ne pas jouer son rôle constitutionnel – exactement comme en 2008, lorsque Jean Charest avait invoqué le besoin d’avoir « les deux mains sur le volant » pour demander à ce même lieutenant-gouverneur de dissoudre le Parlement. Pourtant, le rôle constitutionnel du lieutenant-gouverneur – en théorie le fonctionnaire exécutif en chef de la province et représentant légitime de l’autorité au Québec (en pratique, rien de plus qu’un vestige) – est on ne peut plus clair : « Étant le gardien de la légitimité et incarnant, de ce fait, la continuité de l’État, le lieutenant-gouverneur doit faire preuve d’une impartialité absolue et s’imposer un devoir de réserve. Il doit également se tenir au courant des préoccupations des Québécois et de l’activité du gouvernement du Québec. »

Si M. Duchesne s’était tenu au courant des préoccupations des Québécois, il aurait su que les Québécois n’en voulaient pas de cette élection, déclenchée par Pauline Marois pour des motifs purement électoralistes, et ce, en dépit de la Loi modifiant la Loi électorale afin de prévoir des élections à date fixe votée à l’unanimité par les membres de l’Assemblée nationale pas plus tard qu’en juin 2013 après avoir été pilotée par Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques (en lesquelles les Québécois sont de moins en moins nombreux à croire si l’on se fie aux échanges enflammés sur les réseaux sociaux depuis le déclenchement de cette campagne).

Le Québec vit donc au rythme d’une campagne électorale sans réel enjeu en raison de la complaisance du lieutenant-gouverneur et de la manipulation d’une loi de toute évidence inutile. Pourtant, l’Angleterre – le berceau même de la monarchie et du système parlementaire qu’est le nôtre –, a réussi à promulguer une loi similaire qui fonctionne. Même en situation de gouvernement minoritaire, la dissolution de la chambre exige un vote majoritaire aux deux tiers (434 sièges sur 650). Donc, d’un point de vue démocratique, les Britanniques sont rendus à des années-lumière du cirque que nous réserve encore aujourd’hui l’Assemblée nationale.

Cette élection, qui nous coûtera 88 M$ collectivement (on dit que la démocratie n’a pas de prix, mais encore…), commence par son lot de mauvaises nouvelles pour les Québécois : la Régie de l’énergie autorise Hydro-Québec à hausser ses tarifs résidentiels de 4,3 % à compter du 1er avril prochain, il s’est perdu 26 000 emplois au Québec en février et le taux de chômage a augmenté de 0,3 % le mois dernier (pour s’établir à 7,8 %) alors qu’il est demeuré stable dans le reste du Canada (à 7,0 %). De surcroît, l’agence de notation Bloomberg parle de taux d’intérêt plus élevés pour le Québec si le PQ accède à un gouvernement majoritaire.

Pauline Marois peut bien prendre l’avertissement à la blague, mais il demeure que la situation au Québec est plutôt grave. Grave à un point tel que, dans son budget « bidon » pour 2014-2015 déposé il y a quelques semaines, le ministre des Finances Nicolas Marceau misait notamment sur une hausse des tarifs d’Hydro de 5,8 % pour réussir à atteindre l’équilibre budgétaire… dans deux ans. Maintenant que la hausse sera de « seulement » 4,3 %, son montage financier ne tient plus. Nos finances publiques sont dans un état extrêmement précaire, et Mme Marois fait preuve d’une grande irresponsabilité en prenant les mauvaises nouvelles économiques et l’alourdissement du fardeau des Québécois à la légère en pleine campagne électorale alors qu’elle sollicite la confiance des électeurs pour, dit-elle, mettre fin à l’obstruction des partis d’opposition (former un gouvernement majoritaire).

Prenons l’exemple de sa réaction à la hausse décrétée par la Régie de l’énergie. Mme Marois a souligné l’« aspect positif pour les consommateurs qui vont payer moins pour leur énergie que ce que souhaitait Hydro-Québec [5,8 %] ». C’est rire du monde quand on sait que c’est le gouvernement qui passe ses commandes à la société d’État et non le contraire…

Quant aux deux autres principaux partis, la valse des promesses électorales bat déjà son plein. Par exemple, Philippe Couillard « fait miroiter » (pour citer les médias) la création de 250 000 emplois sur cinq ans et des investissements de 7 milliards de dollars dans une stratégie maritime. Du côté de la CAQ, de moins en moins populaire auprès de l’électorat si l’on se fie aux derniers sondages, François Legault promet de réduire notre fardeau fiscal de 1 000 $ par famille d’ici quatre ans, d’abolir la taxe santé, d’abolir les taxes scolaires et d’atteindre l’équilibre budgétaire dès cette année.

Bien sûr, le PQ ne demeure pas en reste. Rappelons-nous que la première ministre sortante a pris soin de saupoudrer sur le Québec des milliards de dollars en promesses de toutes sortes avant de nous plonger en campagne électorale. Mme Marois n’a pas les moyens de respecter une promesse électorale ferme faite en 2012 (abolition de la taxe santé des libéraux), mais lorsque vient le temps de faire de nouvelles promesses, ce n’est pas l’argent qui semble manquer…

Bref, nos politiciens nous prennent encore aujourd’hui pour des valises. Les vieux partis continuent à user de stratégiques politiques des ères de Duplessis et de Bourassa alors que nous sommes en 2014 et que le Québec est au bord d’un précipice financier. Refusons d’être traités comme des naïfs et ne soyons pas dupes. Nous méritons mieux, mais c’est à nous d’exiger mieux cette fois-ci, car nous devrons tous vivre avec la décision qui sera prise le 7 avril prochain.

Sébastien St-François

M. Martel en vedette dans le cahier Auto de La Presse

Source : André Pichette, La Presse

Article de Sébastien Templier, paru dans le cahier Auto de La Presse du lundi 24 janvier

Maire et pilote d’essai. Depuis le 22 décembre dernier, Jean Martel assume ces deux fonctions. Le premier magistrat de la Ville de Boucherville est l’un des cinq premiers utilisateurs quotidiens de l’iMiev de Mitsubishi, voiture électrique qui sera évaluée au cours des trois prochaines années par Hydro-Québec. Premières impressions.

Deux sentiments traversent l’esprit du maire de Boucherville chaque fois qu’il monte dans son iMiev. « Je suis toujours impressionné par l’absence de bruit et de vibration au démarrage, et j’ai un sentiment de fierté de conduire une voiture qui n’émet pas de CO2 et qui utilise l’électricité produite au Québec. »

Celui qui a eu «le coup de foudre» pour cette expérimentation menée sur son territoire juge la conduite de l’iMiev « très agréable, silencieuse ».

« L’accélération est très impressionnante pour une microvoiture », dit-il. Son comportement est similaire à celui d’une voiture à essence. Après avoir passé une nuit dehors à -20 ºC, elle démarre au quart de tour. Aucune différence non plus pendant les premiers mètres ou kilomètres parcourus.

La plus grande surprise est venue de la fameuse recharge de la batterie de la voiture. « Moins longue que ce que l’on m’avait dit. » Jean Martel a constaté un temps de recharge complète de 5h20 à partir d’une prise de 220 volts, à une température approximative de -10 ºC, au lieu des six à huit heures annoncées. « Le soir, je mets la voiture sur la charge, dit-il. Je suis chez moi et pas dans un Couche-Tard à me faire offrir un 6/49. »

Comme les quatre autres « cobayes », M. Martel bénéficie d’une borne de recharge dans son garage. Précision importante : son garage est une « ancienne écurie qui sert de laboratoire expérimental pour un véhicule high-tech, sourit-il. Mon garage n’est pas chauffé, il y fait la même température que dehors ». Installée en 35 minutes (la pose peut aller jusqu’à trois ou quatre heures, selon le lieu et l’installation électrique de la maison), la borne n’a montré aucun signe de diminution de son efficacité par temps froid.

Pour cette expérience, l’électricité utilisée pour la recharge à domicile est payée par l’utilisateur (M. Martel dans ce cas-ci). Celle utilisée par les deux bornes à l’hôtel de ville est payée par la Ville.

Est-ce une contrainte de recharger régulièrement et d’y penser? « Je n’y vois pas d’inconvénient, il faut changer ses réflexes. Cela demande plus de planification », répond Jean Martel.

Inconvénient ou avantage pour le test, Jean Martel se déplace beaucoup, mais pas sur de très grandes distances. « Je travaille à cinq minutes à pied de la maison. On ne peut pas vraiment tester l’impact du chauffage mis au maximum. »

Résultat, son constat est clair mais sans surprise à l’égard d’une voiture électrique de ce genre : « En raison de son autonomie (120 km, NDLR), elle ne pourrait pas satisfaire à mes besoins si j’allais à Québec, par exemple. L’inconvénient réside dans son autonomie et son temps de recharge. C’est très bien pour les déplacements intramunicipaux ou en ville, mais pas pour le Québécois moyen. Tout le monde ne peut pas avoir ce véhicule-là. Son avenir réside dans la batterie. »

Tout est dit. Ou presque. À la technologie de progresser.