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La réalité derrière l’image

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Le 6 janvier dernier, La Presse+ titrait en une « Le dossier qu’il n’a pas vu venir ». Il y est question des conséquences que le vieillissement de la population aura inévitablement sur les finances publiques au pays. Et la réalité est insensible à l’image que nos politiciens et leurs stratèges choisissent soigneusement de nous présenter en campagne électorale pour se faire élire. Selon les prévisions démographiques, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait passer de 15 % aujourd’hui à 24 % dans vingt ans (2035). Donc, de moins en moins de personnes actives sur le marché du travail devront financer les services publics par le biais des impôts, taxes et droits qu’elles paient, alors que le nombre de personnes âgées – qui statistiquement requièrent plus de services et coûtent donc plus cher à l’État – enregistrera un bond important.

Déjà, on prévoit que Québec devra trouver 800 milliards de dollars d’ici 2064 pour amortir l’impact du vieillissement de la population sur le financement des programmes sociaux. 800 milliards de dollars, c’est près de quatre fois l’actuelle dette de la province! Pour mettre cet effort en perspective, rappelons-nous les compressions imposées par le gouvernement de Philippe Couillard depuis 2014 simplement pour atteindre l’équilibre budgétaire l’année prochaine (si ce que les libéraux provinciaux nous racontent est la vérité) et les perturbations sociales ayant résulté de ces compressions. Maintenant, pensons à comment l’État québécois réussira à dégager 800 milliards sur 50 ans dans un contexte de vieillissement de la population où la population active est en décroissance et alors que la province traîne déjà une dette qui s’approche dangereusement des 300 milliards de dollars. La dette provinciale par contribuable s’établit aujourd’hui à près de 70 000 $. Elle sera de combien dans 5, 10, 20 ans? Tout laisse entrevoir de douloureuses années à venir pour le sacrosaint modèle québécois et ceux qui le défendent bec et ongle.

Il est vrai que les retombées liées au vieillissement de la population canadienne n’ont pas été abordées durant la dernière campagne électorale fédérale, qui a pourtant été la plus longue dans l’histoire moderne du pays (78 jours). On a beaucoup parlé de niqab, de marijuana, de la vente de « Jeeps » à l’Arabie Saoudite, de l’usure du gouvernement Harper, des réfugiés syriens et des plans des différents prétendants au poste de premier ministre (rappelons-nous combien de fois Justin Trudeau a affirmé sur toutes les tribunes qu’il avait « un plan »).

Il est donc très étonnant, et inquiétant, d’apprendre que celui qui a réussi à se faire élire à la tête du pays le 19 octobre dernier n’a pas vu venir le dossier du vieillissement de la population, un dossier qui sera inévitablement lourd de conséquences sur la croissance future de l’économie canadienne et sur la pérennité des services publics au pays. Justin Trudeau s’est fait élire en promettant notamment de faire des déficits au cours des prochaines années pour tirer profit des faibles taux d’intérêt et investir davantage dans les infrastructures. Dans son cadre financier, le retour à l’équilibre budgétaire était prévu en 2019-2020. Or ce cadre financier ne tient déjà plus la route et il est déjà établi que les déficits seront plus élevés au cours des prochaines années que prévu/promis par les libéraux.

Si les libéraux de Justin Trudeau n’ont pas tenu compte de l’incidence du vieillissement de la population lorsqu’ils ont monté leur cadre financier, il faut espérer qu’ils ne pensent pas que l’argent tombe du ciel. Il y a des limites à utiliser la carte de crédit pour payer l’épicerie et ça ne règle en rien le nœud du problème : au cours des prochaines décennies, il y aura de moins en moins de contribuables et de plus en plus de besoins, notamment à l’échelle des provinces (pensons simplement à la santé, qui accapare déjà le tiers du budget déposé par Québec chaque année, près de 50 % si on y greffe tous les services sociaux).

La lune de miel est terminée. Il est temps pour Justin Trudeau de lâcher les selfies et d’arrêter de se prendre pour une vedette et de plutôt se mettre à exercer les fonctions auxquelles il a été élu : celles de premier ministre du Canada. Et il y a fort à parier que le Canada de Justin Trudeau n’ait rien à voir avec la belle image qu’il a présentée à la population en campagne électorale pour se faire élire au poste qu’il occupe maintenant. Car, au-delà de l’image, il y a la réalité, et elle est implacable.

Sébastien St-François

Avant de pouvoir continuer, il faut d’abord commencer…

actualites_-_sympatico_-_ca_1300_732_50_s_c1_center_center_0_0_1Après la multiplication d’annonces de décisions se soldant par d’importantes ponctions que subiront les Québécois en 2015, le taux des « très insatisfaits » à l’égard du gouvernement Couillard atteint maintenant 30 %, selon le dernier sondage Léger-Le Devoir. Ce pourcentage n’a cessé d’augmenter au cours de l’automne qui se termine.

C’est un fait bien documenté : les gouvernements imposent toujours leurs mesures les plus susceptibles de susciter la grogne populaire en début de mandat. L’électorat ayant tendance à avoir la mémoire courte, nos dirigeants politiques se disent que le bon peuple a le temps d’oublier avant qu’il ne soit convoqué de nouveau aux urnes. Et, dans la pratique, ils ont raison la plupart du temps…

Vendredi dernier, l’animateur Benoit Dutrizac s’est entretenu avec Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor. M. Coiteux nous assure que les efforts se poursuivront en 2015 pour ce qui est des nombreux autres dossiers problématiques sur le plan des finances publiques. J’aimerais bien pouvoir le croire. Malgré ma méfiance par rapport aux libéraux lorsqu’il est question de finances publiques, s’il y a un membre de ce gouvernement qui tient un discours relativement cohérent depuis son entrée sur la scène politique, c’est bien M. Coiteux. Il tenait le même discours lorsqu’il était professeur aux HEC.

Il reste à voir ce que le gouvernement libéral nous annoncera en 2015. Cependant, à ce jour, le constat est le suivant : le gouvernement libéral provincial aura alourdi le fardeau fiscal du Québécois moyen et récupéré la totalité des mesures d’allègement annoncées plus tôt cet automne par le gouvernement fédéral. Au net, les Québécois figureront parmi les seuls Canadiens à ne bénéficier aucunement des « cadeaux électoralistes » de Stephen Harper.

Pendant ce temps, le premier ministre Philippe Couillard tient à nous rassurer : « La population du Québec va continuer à s’enrichir ». Euh? Est-ce que j’en ai manqué un bout? Pour continuer à s’enrichir, il faudrait que le Québec commence d’abord par s’enrichir… Mais c’est loin d’être le cas; au contraire, le Québec et les Québécois s’appauvrissent. En effet, on apprenait récemment que le pouvoir d’achat des Québécois avait enregistré son premier recul depuis 1996. Sur le plan collectif, la province de Québec (la neuvième province la moins riche sur dix, devant l’Île-du-Prince-Édouard) recevra la somme record de 9,5 milliards de dollars en péréquation du gouvernement fédéral en 2015-2016.

Par conséquent, avant même d’essayer de nous faire croire que nous sommes en mesure de continuer à nous enrichir, le premier ministre devrait plutôt faire preuve d’une bonne dose de réalisme. La pléthore de mesures annoncées au cours de l’automne ne vise qu’à permettre à la province d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016. C’est tout… Le gouvernement n’a toujours rien fait pour s’attaquer, par exemple, à la dette – dette qui dépasse les 270 G$ et augmente de 25 M$ par jour selon le Compteur de la dette québécoise. Voilà un problème récurrent de taille que nous devons en bonne partie à Jean Charest, le prédécesseur libéral de Philippe Couillard. Que fera le gouvernement à cet égard? Puiser encore et encore dans les poches du contribuable, qui n’en a plus à donner sans mettre en péril son propre équilibre budgétaire?

Malgré les assurances que le premier ministre veut bien nous donner en cette fin d’année, force est de constater que le Québec est encore très loin de redevenir une province prospère et que les générations futures payeront encore très longtemps les abus des dernières décennies. C’est la triste réalité de ce qu’est devenu le Québec au fil des gouvernements péquistes et libéraux s’étant succédés depuis la Révolution tranquille.

Malgré toute cette morosité dans laquelle baigne le Québec, c’est aussi le moment des réjouissances dans la Belle Province, alors souhaitons-nous de joyeuses fêtes! Profitons-en pour décrocher un peu, car la réalité nous rattrapera et reprendra l’avant-scène assez vite au retour du traditionnel congé de fin d’année. Souhaitons-nous une année 2015 moins austère et plus optimiste que fut 2014!

Sébastien St-François

Même moule cassé, même bon peuple dupé

Photos_Communiques_V2Source : plq.org

On dit que six mois en politique, c’est une éternité. C’est vrai… Le 7 avril 2014 est bien loin dans mon esprit, le gouvernement Marois, encore plus. Mais alors? Le Québec a-t-il réellement progressé au cours des six derniers mois? En campagne électorale le printemps dernier, Philippe Couillard et ses sbires nous promettaient mer et monde. Par exemple, la création de 250 000 emplois sur cinq ans. Or, dans les faits, l’« effet libéral » en matière de création d’emplois se fait toujours attendre. Il s’est perdu 30 100 emplois à temps plein en octobre, ce qui porte le bilan depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir à -82 000 emplois. Alors que le taux de chômage a baissé dans le ROC et s’établit maintenant à 6,5 %, il a progressé de 0,1 % et se chiffre dorénavant à 7,7 % au Québec.

Dans son obsession à court terme d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (tout indique que ce sont déjà les agences de notation qui dirigent le Québec et que Philippe Couillard n’est qu’une vulgaire marionnette à leur commande…), le gouvernement libéral – ne voulant/pouvant pas hausser directement le fardeau des familles québécoises – s’apprête à confier à d’autres acteurs sociaux l’odieuse mission d’en soutirer encore plus des poches de celles et ceux qui n’en ont plus à donner sans compromettre leur propre équilibre budgétaire – souvent très précaire. Pensons notamment aux 300 M$ en compressions imposées aux municipalités pour 2015 (préparez-vous à une autre hausse de votre compte de taxes municipales) et à la modulation des tarifs de services de garde (alors que l’impôt qui finance le gros de ce système est déjà modulé en fonction du revenu) à compter du 1er avril prochain.

Mais qu’en est-il du long terme? La réduction de la dette provinciale (qui a monté en flèche sous le règne de Jean Charest), le ménage dans les régimes de retraite relevant directement de Québec (déficit accumulé de 77 G$), une refonte en profondeur du système des commissions scolaires pour diriger un maximum d’argent vers les services directs aux élèves (que des engagements vagues de notre bon ministre de l’Éducation, le controversé [pour rester poli] Yves Bolduc)? Rien. Jusqu’à maintenant, le grand ménage promis par Philippe Couillard semble se limiter à la bonne vieille recette que libéraux et péquistes utilisent depuis des lunes : pelleter ailleurs, puis le CONtribuable assumera la facture sous une forme ou une autre. Très décevant, mais prévisible en réélisant un « bon gouvernement libéral »…

De toute évidence, le bon vieux moule que les premiers ministres se lèguent depuis des décennies a trouvé preneur en avril dernier. Les Québécois se sont fait promettre un gouvernement Couillard 1.0 – résolu à remettre de l’ordre dans l’État québécois – et ils ont mordu massivement à l’hameçon, dans leur désir de se débarrasser d’un gouvernement péquiste qui n’allait nulle part. Tout indique que les Québécois ont encore une fois été dupés par un « vieux » parti et ses promesses creuses. En effet, ce qui nous gouverne depuis avril dernier n’est rien d’autre qu’un gouvernement Charest 2.0. Manquant le courage politique nécessaire pour effectuer de réelles coupes dans l’État tentaculaire sans cesse grandissant et envahissant dans la Belle Province, le gouvernement Couillard se contente de répéter la recette du gouvernement Charest des années 2003 à 2012 : on alourdit le fardeau fiscal de la masse en passant par la porte d’en arrière… On confie à d’autres intervenants (municipalités, CPE, sociétés d’État comme Hydro-Québec) l’odieuse tâche d’en puiser encore plus dans nos poches.

Je n’ai pas voté pour le candidat libéral dans ma circonscription aux dernières élections. Je suis néanmoins pris à vivre avec la décision de la majorité jusqu’en 2018. Ainsi va la démocratie. Mais, de toute évidence, le moule est cassé. Que les péquistes ou les libéraux soient aux commandes de la province, le Québec s’appauvrit d’année en année, tout comme les Québécois à force de se faire ponctionner le porte-monnaie par un État qui leur en demande toujours plus sans leur donner une qualité de services à laquelle ils sont en droit de s’attendre pour leur argent.

C’est bien plate à dire, mais le Québec et les Québécois continueront à s’appauvrir tant et aussi longtemps que les vieux partis s’échangeront le pouvoir. Et le PQ et le PLQ nous montrent de quel bois ils se chauffent et des résultats dont ils sont capables depuis des décennies. Peu importe qui est à la tête de ces partis aux idéologies d’une époque révolue, le résultat est le même : la province continue à sombrer dans la dèche et les réels problèmes ne se règlent pas. Au contraire, ils s’empirent, car on continue de les pelleter dans la cour des générations qui nous suivront : finances publiques, santé, éducation, justice… Pendant combien de temps encore pouvons-nous réellement confier le pouvoir à des acteurs politiques qui s’entêtent à faire usage d’un moule qui est caduque? Pis encore, d’élection en élection, une majorité suffisante continue à fonder tous ses espoirs dans l’un ou l’autre de ces vieux partis.

Les prochaines élections n’auront pas lieu avant 2018. En ayant recours une fois de plus à la duperie, le PLQ s’est confortablement installé au pouvoir pour un mandat de quatre ans et demi. Ce mandat est très mal parti si les Québécois pensaient avoir élu un parti qui ferait enfin le grand ménage nécessaire pour tenter d’éviter « le mur » ou – du moins – le heurter moins violemment. Tout indique que nous aurons plutôt droit à une facture fiscale encore plus lourde et que les vrais problèmes demeureront entiers à la fin du mandat en cours.

Les libéraux nous démontrent encore une fois que, tant que nous nous contenterons du vieux moule que les gouvernements qui se succèdent utilisent depuis maintenant trop longtemps, la recette sera la même : le Québécois moyen paiera de plus en plus cher pour les services publics, le Québec demeurera lourdement endetté et pauvre, et les générations qui nous succéderont – nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants – ne l’auront pas facile, hypothéquées leur vie durant en raison des choix et du manque de courage politique des deux partis qui s’échangent le pouvoir depuis la Révolution tranquille.

En 2018, ça nous prend un nouveau moule, de nouveaux acteurs politiques et une nouvelle vision de ce qu’est l’État si nous voulons avoir une chance de sauver ce qui reste du Québec. Surtout, il faudra qu’une majorité d’électeurs se rendent compte que le vieux moule usé ne fonctionne plus et que les vieux partis ont échoué à rompre avec la tradition ayant mené à la situation actuelle…

Sébastien St-François

L’art de lancer des ballons…

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À peine élue pour former un gouvernement majoritaire (et donc « régner » sur le Québec jusqu’en octobre 2018 au moins), l’équipe de Philippe Couillard est déjà passée maître dans l’art de lancer des ballons – ce à quoi les libéraux nous avaient habitués pendant les années de l’ère Charest.

Le nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, déposera le budget de la province pour l’exercice 2014-2015 le mercredi 4 juin prochain. Dès les premiers jours suivant l’élection, le gouvernement Couillard a mis la table : il cherchait à trouver 3,7 G$ dès cette année et promettait le retour à l’équilibre budgétaire dès 2015-2016. On le sait, le Québec est cassé comme un clou. Celles et ceux qui suivent l’évolution de la conjoncture depuis des années n’ont pas tombé de leur chaise en entendant le nouveau premier ministre invoquer l’urgence d’agir pour assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre au pays.

Mais un problème de taille perdure. Dans sa chronique du mercredi 28 mai, simplement intitulé « Le mur », Alain Dubuc de La Presse met le doigt sur le bobo, comme on dit : « Il suffit de donner l’impression qu’on va toucher au modèle québécois pour provoquer une levée de boucliers. » C’est bien vrai… Toutes les grandes centrales syndicales ont déjà commencé à se faire entendre et leurs présidents ont rencontré le premier ministre il y a quelques semaines. Aujourd’hui, après de grands discours sur la « rigueur budgétaire » (Philippe Couillard n’aime pas parler d’austérité), le gouvernement ne cesse de lancer des ballons, invoquant de possibles ou probables hausses ici et là. Pour une nième fois, on semble vouloir prendre la voie facile de puiser dans les poches des contribuables pour colmater des brèches ici et là. Venant d’un parti qui voulait s’occuper des vraies affaires en campagne électorale, ce serait à la fois décourageant et inacceptable…

Prenons l’exemple de trois importants portefeuilles du gouvernement et des ministres nommés pour les piloter.

1. Éducation (Yves Bolduc) : L’homme que je surnomme « La Cassette ». Il ne m’a pas impressionné comme ministre de la Santé de Jean Charest; il ne m’impressionne guère plus comme ministre de l’Éducation de Philippe Couillard. Il maîtrise à merveille la langue de bois, l’art d’utiliser du verbiage pour n’absolument rien dire. À peine arrivé en poste, le voilà à nous préparer à une nouvelle hausse des taxes scolaires pour 2014-2015. Mercredi dernier, M. Bolduc a été interviewé par Paul Arcand. Écoutez l’entrevue et jugez par vous-même : http://www.985fm.ca/lecteur/audio/yves-bolduc-ministre-de-l-education-du-loisir-et-225883.mp3. Une vraie cassette…

2. Santé (Gaétan Barrette) : On le sait, notre système de santé est sclérosé : trop de bureaucrates, pas assez de services directs aux patients, délais indécents et parfois même médicalement inacceptables. Déjà, la santé accapare 43 % du budget du Québec et les coûts en santé sont appelés à augmenter de 5,2 % annuellement alors que – selon les prévisions – la croissance économique moyenne se chiffrera à 1,6 % par an au cours des 20 prochaines années. La nouvelle présidente de la FMSQ qualifie de théâtre les techniques de négociation du nouveau ministre de la Santé. Elle ne semble aucunement prendre au sérieux celui qu’elle qualifie de « personnage », celui même qui avait obtenu du gouvernement les généreuses augmentations pour les médecins spécialistes qui posent aujourd’hui un problème budgétaire. Ça tient presque du vaudeville alors que la cabane brûle!

3. Finances (Carlos Leitao) : Après avoir avancé en avril que certains programmes sociaux pourraient être éliminés, M. Leitao – pourtant classé deuxième parmi les meilleurs économistes au monde par Bloomberg News – ne trouve rien de mieux à nous annoncer à quelques jours du dépôt de son premier budget qu’un trou de 3,1 G$ pour 2014-2015. C’est ça, le mieux que peut faire le trio économique d’enfer de Philippe Couillard?

On nous répète qu’il faut donner la chance au coureur. Le nouveau gouvernement déposera son premier budget dans quelques jours. Cependant, depuis plus d’une semaine, ce gouvernement lance beaucoup de ballons et ça n’augure rien de bon pour les contribuables que nous sommes. On ne cesse de nous lancer l’idée de hausser tels droits, telles contributions ou telles taxes. Jamais on ne prend l’engagement ferme de revenir sur des hausses exagérées du passé récent (Hydro-Québec, commissions scolaires, etc.) ou de procéder sans plus tarder à un véritable dégraissage de l’appareil étatique. On préfère tout pelleter dans la cour des contribuables sans jamais s’attaquer aux véritables problèmes. Mais l’heure est grave, car le contribuable manque d’air et étouffe sous un fardeau qui ne cesse de s’alourdir d’année en année, de budget en budget… Il ne peut en faire plus!

La vraie solution à nos problèmes consiste à faire preuve d’une grande dose de courage politique et d’oser « toucher au modèle québécois » pour le réformer en profondeur, voire de fond en comble. Ce modèle est le fruit d’une époque révolue. Le Québec dépense trop et ses structures sont trop imposantes et tentaculaires. Collectivement, nous vivons carrément au-dessus de nos moyens! Notre gouvernement doit en prendre acte et être prêt à agir – quitte à ce que ça fasse mal et que ça nuise à ses chances de réélection dans quelques années. Je suis de moins en moins convaincu que le gouvernement Couillard fera ce que le gouvernement Charest n’a pas eu le courage de faire en neuf ans… Monsieur le Premier ministre, cessez de lancer des ballons et agissez!

Sébastien St-François

Cassé comme un clou…

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Ayoye! Comme plusieurs, je m’attendais de la part du ministre des Finances péquiste, Nicolas Marceau, un budget à saveur électoraliste, rempli de « candies et de nananes ». Il faut croire que ce n’était pas possible pour le ministre. Comme l’écrivait le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse vendredi dernier, le ministre Marceau a tenté de ne pas déplaire à l’électorat, quitte à ne pas être en mesure de lui plaire.

Mais encore, ce budget déposé le 20 février dernier est plutôt un non-budget : il n’est pas assorti de crédits budgétaires et ne constitue rien de plus qu’un prétexte permettant à Pauline Marois de déclencher des élections en mars. C’était presque tordant (mais tout aussi pathétique) d’entendre Véronique Hivon, ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, affirmer à Benoit Dutrizac vendredi dernier que la priorité au retour de la relâche parlementaire serait le débat sur ce budget en vue de son adoption. Or ce budget ne sera jamais vraiment débattu et certainement pas adopté…

Pour le Parti Québécois, c’est un budget austère qui démontre sans l’ombre d’un doute que Québec est cassé comme un clou. Même le PQ n’a pas eu le choix que d’annoncer une hausse des frais de garderie, qui seraient majorés à 8 $ par jour, puis à 9 $ par jour. Pis encore, peu importe qui entre le PQ ou le PLQ formait le gouvernement actuellement, le constat serait le même : le Québec est pauvre et n’a plus les moyens de ses généreux programmes sociaux.

Dans son budget, Nicolas Marceau table sur une réduction annuelle des dépenses de l’ordre de 2 % juste pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (on ne parle pas de notre dette astronomique). Le problème est que les dépenses en santé augmenteront de 3 % annuellement d’ici là. Il faudra donc réduire le budget de la plupart des autres ministères (exception faite, par exemple, de l’éducation) de 1 % par année au cours des prochaines années. Et tout cela dans un contexte de croissance économique anémique (1,9 % versus 2,3 % pour le reste du Canada).

La semaine dernière, le vérificateur général du Québec, Michel Samson, a qualifié de trop optimiste la prévision du retour au déficit zéro en 2015-2016. Bref, le gouvernement ne dispose d’aucune marge de manœuvre et continue à nous endetter collectivement. Selon les prévisions, notre dette brute au 31 mars 2016 atteindra 209,9 G$, soit 53,4 % du PIB. Et, pour mettre la cerise sur le sundae, nous avons l’agence de notation Fitch qui nous souffle dans le cou. On ne peut pas dire que ça va bien…

Malgré tout, Pauline Marois plongera le Québec en élections d’ici quelques semaines et tentera de nous faire croire qu’elle est la mieux placée pour nous sortir du pétrin. Elle qui est en politique depuis des lunes, elle qui a occupé pratiquement tous les principaux ministères et connaît très bien l’appareil gouvernemental, elle qui est devenue la première femme à occuper sa fonction dans l’histoire du Québec pour ensuite démarrer son mandat non pas sur les chapeaux de roues, mais plutôt contrainte à reculer à plus d’une reprise. Elle n’aura pas ma confiance, pas plus que les libéraux d’ailleurs. Philippe Couillard a beau clamer que le Parti libéral du Québec est le parti de l’économie, son prédécesseur a endetté le Québec en neuf ans comme nul autre premier ministre avant lui. Et l’état des finances publiques est bien pire encore aujourd’hui qu’il l’était en 2003, première année du gouvernement dirigé par Jean Charest. Quant à la Coalition Avenir Québec, elle est incapable de s’imposer sur l’échiquier politique et de faire passer son message. Mais encore, François Legault, un ancien péquiste, est-il le chef le plus crédible pour personnifier le renouveau dont le Québec a cruellement besoin?

Je dois avouer que le programme du Parti conservateur du Québec en matière de finances publiques m’interpelle, car le constat est plus réaliste et – surtout – beaucoup moins timide que celui des autres. On dit les choses comme elles sont. Mais les Québécois sont-ils prêts à prendre un grand virage à droite en matière d’économie et de finances publiques? S’ils continuent à pelleter les problèmes par en avant, tôt ou tard, les chiffres finiront par les rattraper – et le coup de barre sera d’autant plus violent et douloureux.

Au moins, nous avons l’heure juste. De l’aveu même du parti prêt à convoquer les Québécois aux urnes, nous sommes cassés comme des clous. On fait quoi maintenant?

Sébastien St-François