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Loco Locass avait raison

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La chanson Libérez-nous des libéraux du groupe de rap québécois Loco Locass, composée au lendemain des élections québécoises du 14 avril 2003 (s’étant soldées par l’élection majoritaire du PLQ dirigé par Jean Charest) demeure tout aussi pertinente 13 ans plus tard, en 2016, et ce, autant à Québec qu’à Ottawa. Lire la suite

Et si Angélil avait été premier ministre?

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Le Québec a perdu un de ses grands bâtisseurs la semaine dernière en la personne de René Angélil, dont la contribution au monde culturel a aidé à propulser le Québec sur la scène mondiale. Cet homme avait une vision, il avait un plan et il a su les mettre en œuvre de main de maître pour faire de Céline Dion la première vedette au rayonnement véritablement planétaire de l’histoire du Québec. Que l’on apprécie ou non l’œuvre musical de la diva québécoise, on ne peut nier son succès et l’efficacité redoutable de l’architecte derrière ce succès.

On peut se demander en quoi le Québec d’aujourd’hui serait différent – et très fort probablement pour le mieux – si quelqu’un de la trempe d’Angélil en avait pris les commandes au moment où la province aurait justement eu besoin d’un politicien visionnaire plutôt que carriériste. Or, depuis le début du millénaire, force est de constater que les personnes ayant accédé à la plus haute fonction au sein de l’État québécois n’avaient pas cette qualité, car ils étaient justement des politiciens de carrière : Bernard Landry (premier ministre désigné ayant pris la relève de Lucien Bouchard à la tête du dernier gouvernement péquiste majoritaire qui, depuis, joue très bien son rôle de belle-mère), Jean Charest (premier ministre responsable de l’explosion de notre dette provinciale qui est loin d’avoir laissé la province en meilleur état à son départ), Pauline Marois (première femme à diriger le Québec, oui, mais rapidement chassée du pouvoir par l’électorat québécois tellement son gouvernement était incohérent et manquait de vision) et maintenant Philippe Couillard – monsieur « Austérité à deux vitesses » qui sabre dans les services aux citoyens et fait des victimes sur le terrain (pensons au cas tout récent du centre Mélaric pour toxicomanes), sans pour autant mettre fin au gaspillage éhonté de fonds publics ailleurs et à plus grande échelle, par exemple dans le dossier du Fonds vert, financé par les taxes environnementales les plus élevées en Amérique du Nord depuis des années sous le prétexte fallacieux de lutter contre les changements climatiques. (Et dire que Québec envisage maintenant la possibilité d’imposer de nouvelles taxes « vertes » aux citoyens déjà les plus taxés sur le continent. Depuis trop longtemps, la vision québécoise semble se résumer à taxer et taxer encore sans pour autant que les problèmes se règlent…)

Comme l’affirmait Alain Dubuc dans La Presse samedi dernier (« Le gouvernement qui n’apprenait pas »), un gouvernement qui se lance dans une vaste opération de redressement budgétaire, comme l’a fait celui de M. Couillard, devrait se doter de mécanismes pour réagir rapidement quand le plan de match connaît des ratés, qu’il fait des victimes innocentes ou qu’il a des effets contraires aux objectifs. Mais, pour cela, ça prend un plan, une vision et une réelle volonté d’agir pour sortir le Québec de sa situation peu envieuse. Pour cela, il faut aussi cesser de gouverner en fonction de son objectif personnel de se faire réélire.

Ce n’est pas le fruit du hasard si aujourd’hui le Québec se classe au neuvième rang des provinces en termes de richesse et recevra, en 2016, plus de 50 % de la péréquation fédérale. Non, c’est le résultat d’une gouvernance au gré des circonstances, axé sur le court terme et des objectifs politiques plutôt que sociétaux, l’œuvre de politiciens davantage préoccupés par leur maintien en poste que par l’assainissement réel et durable de l’État québécois. Et c’est une tendance lourde depuis des décennies. Pendant ce temps, les Québécois font les frais de réformes de toutes sortes, souvent mal réfléchies et pilotées par des ministres aux compétences nébuleuses (au sein de l’actuel conseil des ministres de Philippe Couillard, je pense notamment à François Blais à l’Éducation, à David Heurtel à l’Environnement et à Francine Charbonneau à la Famille – tous trois des ministres médiocres dans la gestion des portefeuilles dont ils sont respectivement responsables), mais la situation globale ne s’améliore pas pour autant et le Québec continue à tourner en rond, voire à s’enfoncer.

Transposez les talents de René Angélil dans un acteur de l’arène politique et imaginez un instant ce à quoi pourrait ressembler le Québec d’aujourd’hui si une vision comparable à celle qu’avait Angélil pour sa protégée avait été mise au service de l’État québécois : des objectifs bien précis à atteindre et un plan réfléchi et bien ficelé pour y arriver. Est-ce rêver en couleur? Probablement, mais il demeure que le Québec a cruellement besoin d’un visionnaire pour en prendre les rênes et le sortir de son marasme. Et Philippe Couillard n’est pas ce visionnaire.

Sébastien St-François

Recette parfaite pour affaiblir le Québec de demain

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Je suis père d’un garçon de 7 ans (en 2e année du primaire) ainsi que beau-père de deux garçons de 10 ans (en 5e année du primaire) et de 14 ans (en 2e année du secondaire). L’état du réseau public de l’éducation m’interpelle donc au même titre qu’il interpelle l’ensemble des parents québécois ayant des enfants d’âge scolaire. Or, il y a lieu de s’interroger sur les réelles intentions du gouvernement Couillard qui semble considérer l’éducation comme rien de plus qu’un vilain cahier de charges. En effet, assistons-nous à un saccage de l’éducation publique dans la Belle Province et le gouvernement libéral cherche-t-il sournoisement à pousser les Québécois vers le privé, comme il le fait de façon tout aussi sournoise en santé? Il y a certainement lieu de se poser des questions vu l’état actuel des lieux.

Pourtant, Philippe Couillard est un homme très instruit et devrait comprendre l’importance capitale de l’éducation pour une société qui se dit moderne et ouverte sur le monde. Aurait-il perdu de vue que la prospérité future d’une société quelle qu’elle soit passe nécessairement par une éducation accessible, universelle et de qualité? Est-il conscient qu’asphyxier le système chargé de former la main-d’œuvre de demain n’augure rien de bon pour une province qui figure déjà en queue de peloton sur les plans de la richesse et de la prospérité, qui doit déjà composer avec les défis qu’impose le vieillissement de sa population et qui produit déjà un lot alarmant de décrocheurs année après année, particulièrement parmi les garçons?

Il y a quelques jours, j’ai reçu par courriel une missive du conseil d’établissement de l’école (publique) que fréquente mon fils. Le titre choisi – L’école gratuite, mais à quel prix? – est certes alarmiste, mais il en demeure qu’on nous annonce une réduction de 20 % du budget de fonctionnement de l’école pour 2015-2016 et que toute coupure dorénavant imposée à la commission scolaire se répercutera directement sur les services aux élèves. Toujours selon cette lettre, les frais administratifs de cette commission scolaire (des Patriotes) figurent parmi les plus bas au Québec. Curieusement, mon compte de taxes scolaires ne cesse d’augmenter d’année en année… Quelque chose ne fonctionne pas dans l’équation.

Je suis généralement satisfait de la qualité des services dont bénéficie mon fils à cette école publique. Jusqu’à présent, il réussit bien. Mais j’ai la « chance » d’avoir les moyens d’inscrire mon garçon au privé si jamais les choses tournent mal. Je me mets à la place des parents qui n’ont pas les moyens de payer une éducation privée à leurs enfants ou dont les enfants éprouvent des troubles d’apprentissage pour lesquels ils ne reçoivent pas les services appropriés. Ces parents et leur progéniture sont pris en otage par un système (gouvernement et commissions scolaires) qui est en train de perdre de vue que l’éducation représente une mission fondamentale de l’État et que le Québec a fait le choix d’assurer une éducation publique de qualité à l’ensemble de ses citoyens en devenir pour justement se sortir de la Grande Noirceur.

À l’école que fréquente mon beau-fils de 10 ans, les compressions ont eu un effet ridicule : les techniciennes du service de garde ne chauffent plus les plats des enfants au dîner, car il n’y a plus de micro-ondes dans les classes! L’école, dit-elle, n’a plus les moyens et les frais de garde ont pourtant augmenté considérablement cette année. Quant à notre plus vieux, qui doit reprendre sa 2e secondaire, il fut mal catégorisé par l’école il y a deux ans et n’a donc pas eu accès aux services prévus pour les enfants atteints d’un TDAH. Par conséquent, il a échoué la majorité de ses cours, après avoir réussi sa 1re secondaire de justesse.

À l’autre extrémité du parcours scolaire, la situation n’est guère plus reluisante dans les universités du Québec. De citer Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, « On a des diplômes “made in Québec”, mais bientôt “good for Québec only” ». Les carrés rouges ont bien pu obtenir gain de cause sur le gouvernement Charest en 2012, mais – pour citer le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse – « l’université québécoise perd du terrain à la vitesse grand V » depuis. Avec des droits de scolarité se chiffrant à 47 % de la moyenne canadienne, nous sommes en train de creuser l’écart qui nous sépare du ROC en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Nos universités sont sous-financées depuis des années, et les nouvelles compressions imposées au réseau universitaire ne feront qu’accroître cet écart et miner davantage notre capacité collective de nous tailler une place dans une économie mondiale où règne une concurrence féroce. Par ailleurs, encore aujourd’hui, l’État trouve les moyens de verser des salaires faramineux aux rectrices et recteurs chargés de la gestion des universités québécoises. Trouvez l’erreur…

À quoi donc ressemblera le Québec de demain dans l’économie du savoir qu’est la nôtre et celle de nos voisins? Des élèves du primaire et du secondaire instruits à moitié, des finissants universitaires titulaires d’un diplôme qui « ne vaut pas grand-chose » par rapport aux diplômes décernés ailleurs sur la planète… Au rythme où vont les choses, le Québec suit la recette parfaite pour créer une société de demain affaiblie et encore plus isolée dans le monde industrialisé.

Je n’ai pas une optique « gauchiste » lorsqu’il est question d’assainir et de bien gérer les fonds publics. Un grand ménage dans les finances publiques du Québec s’impose à bien des égards, car la situation actuelle est intenable à long terme, voire à moyen terme. Mais, en matière d’éducation, le gouvernement Couillard fait fausse route. L’éducation ne doit pas être vue comme une dépense, mais comme un investissement. Un investissement dans l’avenir d’un peuple qui aspire à améliorer son sort plutôt qu’à s’appauvrir. Il y a donc lieu que les Québécois cessent d’être insouciants et exigent que l’État s’acquitte adéquatement de l’une de ses missions fondamentales. En matière d’éducation, le Québec ressemble de plus en plus à un pays du Tiers-Monde et les impacts que l’actuelle asphyxie du réseau public aura sur son avenir collectif ne pardonneront pas. Enfin, à quoi bon un gouvernement qui se décharge progressivement de ses missions fondamentales?

Sébastien St-François

La ministre Charbonneau a besoin de cours d’appoint, et ça presse!

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On se demande parfois comment certaines gens ont réussi à accéder aux fonctions qu’ils occupent. On a eu un bel exemple de ceci la semaine dernière, en la personne de Francine Charbonneau, ministre de la Famille dans le gouvernement Couillard.

En effet, un court message publié sur Facebook par la ministre à sa collègue démissionnaire, Marguerite Blais, a fait couler beaucoup d’encre et suscité moult réactions. Ce court message d’à peine une centaine de mots était truffée d’une quinzaine de fautes – pour la plupart concernant des règles de français de base.

De citer Tania Longpré, sur son blogue du Journal de Montréal : « Qu’est-ce que vous envoyez comme message? Vous êtes censée valoriser l’éducation, mais vous ne savez pas conjuguer le verbe avoir au présent de l’indicatif! » Il est en de même pour la plupart des erreurs ponctuant le triste texte de la ministre Charbonneau : « j’en prendrez soins », « tout ces aînés », etc. Au moins, elle n’a pas oublié l’accent circonflexe sur le i dans aînés…

Pour moi, la défense de la langue française n’a rien de politique. Ce n’est pas la chasse gardée du Parti Québécois, c’est une responsabilité fondamentale du gouvernement du Québec, peu importe sa couleur. C’est une question de survie culturelle et de fierté, celle d’un peuple minoritaire sur un continent vastement anglophone qui dit se battre pour la sauvegarde de sa langue depuis des décennies.

Je suis traducteur agréé et chargé de cours en traduction juridique pour l’Université du Québec à Trois-Rivières. En début de carrière, j’ai enseigné le français (et l’anglais) au secondaire général et professionnel pendant environ cinq ans. Je suis le fils d’un père francophone et d’une mère anglophone. Après des études primaires en anglais, j’ai fait mon entrée dans un collège privé de réputation très enviable sur la Rive-Sud de Montréal. Apprendre – et surtout maîtriser – le français n’a pas été une tâche facile pour moi. Je me souviens encore de ma première secondaire : j’écrivais mon français au son et je « coulais » presque tous mes cours parce que je peinais à bien comprendre la matière livrée en français par mes enseignants. J’ai persévéré et fait mes cinq années d’études secondaires à ce collège privé. La vie a fait en sorte que je gagne ma vie comme langagier professionnel.

Pour un peuple qui se dit fier de sa langue et prêt à la défendre à tout prix, le Québec fait parfois pitié sur le plan linguistique. Nous sommes témoins d’un nivellement vers le bas qui se poursuit depuis trop longtemps. Il en résulte que, aujourd’hui, nombre de diplômés universitaires – toutes professions confondues – ne savent pas écrire correctement. Dans les médias sociaux, la langue française est malmenée et se résume souvent à un jargon incompréhensible constitué d’abréviations de toutes sortes et d’émoticônes. Même à l’Assemblée nationale, le français est loin d’être valorisée et maîtrisée par tous ses membres. Pensons à l’ancien ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui s’exprimait parfois péniblement dans la langue de Molière, et l’actuel chef de l’opposition, Pierre Karl Péladeau, qui utilise parfois un niveau de langage laissant à désirer.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait ceci à dire en réaction au message controversé de sa ministre de la Famille sur Facebook : « Il ne faut pas être condescendant ou paternaliste. On n’a pas tous eu les mêmes occasions de se perfectionner et d’avoir une orthographe idéale ». Dans le cas de Francine Charbonneau, on est très loin d’une orthographe idéale. C’est carrément honteux et inacceptable venant d’une ministre d’un gouvernement qui dit accorder de l’importance à la défense du français et qui a été présidente de la Commission scolaire des Mille-Îles de 2002 à 2008. Un bel exemple pour nos enfants à qui on tente d’inculquer l’importance capitale de savoir s’exprimer correctement en français au Québec.

Alors que le ministre de l’Éducation, François Blais, veut resserrer les exigences applicables aux futurs enseignants, n’y aurait-il pas lieu de resserrer les exigences applicables à celles et ceux qui sont invités à former le conseil des ministres du seul gouvernement de langue française en Amérique du Nord?

À cet égard, la déclaration de notre premier ministre est fort inquiétante. Le Québec ne réussira jamais à protéger la langue française – et surtout la qualité de la langue parlée et écrite – sur son territoire en acceptant de niveler vers le bas et de pardonner l’impardonnable…

Sébastien St-François

Goinfré à bloc

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Je feuilletais le cahier Affaires de La Presse du jeudi 16 juillet lorsque je suis tombé sur un visage familier, celui de Thierry Vandal, dans un avis de nomination de la Banque royale du Canada. On y apprend que M. Vandal, PDG d’Hydro-Québec de 2005 au 1er mai 2015 (date de son « départ à la retraite ») vient d’être nommé au conseil d’administration de la RBC. On y apprend aussi qu’il est président du CA de BioFuelNet Canada et qu’il siège à ceux de Veresen inc. (depuis mai dernier), de HEC Montréal et de l’Université McGill.

Que M. Vandal siège à des conseils d’administration, je n’ai aucun problème avec cela. Nous vivons dans un pays en apparence libre et quiconque a le droit fondamental de monnayer ses services. (Il va sans dire que les membres de conseil d’administration des grandes entreprises et institutions financières sont rémunérés en échange de leurs services.) Là où j’ai un problème, c’est qu’un candidat « prestigieux » comme Thierry Vandal risque fort bien de cumuler des nominations à des CA contre rémunération alors qu’il bénéficie – grâce à la société québécoise – d’un parachute doré, et ce, jusqu’à la vie de ses jours.

« Âgé de 54 ans, M. Vandal pourra toucher, dès l’an prochain s’il le désire, le faramineux montant de 452 402 $ par année en rente de retraite et ce montant sera pleinement indexé chaque année jusqu’à mort s’ensuive! À un taux d’indexation anticipé moyen de 2,1 %, en 2040 (s’il est encore vivant), sa rente annuelle pourrait atteindre 760 621 $ par an. »

Pis encore, rien n’indique que notre bon ex-PDG d’Hydro-Québec – qui s’est contenté grosso modo à livrer les commandes gouvernementales pendant ses dix années en poste – ne renoncera à un traître sou du généreux contrat que lui avait concédé le bon gouvernement libéral de Jean Charest. On dira qu’un contrat est un contrat. Mais en ce contexte d’austérité – où on gratte les fonds de tiroirs –, il y a quelque chose de profondément indécent dans cette situation pour le commun des mortels au Québec.

Le jour même, j’apprenais que le gouvernement Couillard suspend les activités du Centre de développement pédagogique (pour la formation générale en science et technologie) pour un an. Une autre coupure dans le réseau de l’éducation – déjà mal en point… Mais pas question de toucher à Thierry Vandal. Après tout, un contrat, c’t un contrat…

M. Vandal, bon été. Profitez bien de que ce vous avez « mérité » du gouvernement Charest pour services rendus. J’espère, au minimum, que vous aurez la décence d’être très généreux envers les organismes de bienfaisance du Québec qui ont cruellement besoin d’aide. Vous devez au moins cela à la société qui vous accordé, contre son gré et grâce aux dirigeants qui veillent à son bien, le parachute doré qui vous gardera bien ouaté contre l’austérité jusqu’à votre dernier souffle…

Sébastien St-François

Printemps érable, prise II?

Thousands of demonstrators march against tuition hikes marking 100 days of protest in  downtown Montreal
La semaine dernière, on apprenait que plus de 30 000 étudiants seront en grève pendant deux semaines. Après le « printemps érable » de 2012, les mandarins de l’ASSÉ et leurs sbires cette fois-ci partent en guerre contre l’austérité et les hydrocarbures. D’ailleurs, les étudiants veulent qualifier cette perturbation à venir de « grève sociale » plutôt que de « grève étudiante ». Un peu comme Philippe Couillard refuse de parler d’austérité, préférant parler de vérité. Appelons un chat un chat!

D’aucuns diront « n’importe quoi, l’important est de se donner une cause pour foutre le trouble ». Fidèles à leurs habitudes, les mouvements étudiants refusent d’ailleurs de fournir leur itinéraire comme leur oblige le règlement P-6 de Montréal – règlement auquel d’autres groupes de manifestants, incluant des syndicats, se plient. Tout laisse donc croire que la métropole sera à nouveau prise d’assaut et paralysée – au grand damne des commerçants qui en arrachent de plus en plus à gagner leur vie dans cette ville qui, à bien des égards, donne l’impression d’une ville qui se meurt…

À l’instar des manifestants étudiants, je suis loin d’être un adepte du gouvernement Couillard, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas voté en septembre 2012. Le choix d’une majorité de Québécois aux dernières élections générales ne me plaît donc aucunement. Il y a des jours où juste voir le visage ou entendre la voix du premier ministre ou de plusieurs de ses ministres « recyclés » de l’ère Charest m’agresse. Comme bien d’autres Québécois, j’en ai marre des hausses supérieures à l’inflation des tarifs d’Hydro-Québec commandées par un gouvernement trop hypocrite pour subventionner ses projets de création d’emplois en région autrement. Voir Hydro-Québec vendre l’énergie éolienne à perte aux frais de consommateurs prisonniers de ce monopole me pue au nez. Et je pourrais continuer cette liste de doléances ad vitam aeternam…

Cependant, nous vivons en démocratie. En démocratie, on s’exprime au moment d’une élection et, si on perd son vote, on doit se plier à la volonté de la majorité jusqu’à la prochaine fois. Cela ne veut pas dire qu’on perd son droit de parole, mais cela ne donne pas pour autant le droit de « foutre le bordel ». Oui, le gouvernement Couillard pue à plein nez; non, ce gouvernement ne mérite probablement pas d’être au pouvoir, encore moins d’être majoritaire. Mais c’est le gouvernement en place pour plusieurs années encore après avoir été démocratiquement élu par le peuple.

Pour ma part, je dis NON à un deuxième printemps érable! Les étudiants ont droit à leur opinion, mais ils n’ont pas le droit de paralyser le centre-ville de Montréal et de faire souffrir des travailleurs qui essaient déjà de peine et de misère de gagner leur vie dans un contexte économique très difficile, comme ils ont si brillamment « réussi » au printemps 2012.

Il est à espérer que nos divers élus et niveaux de gouvernement prennent leurs responsabilités en 2015 pour empêcher que cela se produise. Et voilà un premier test pour le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, dont on a vanté les mérites à la suite de sa nomination.

Sébastien St-François

Intimidation et justice à deux vitesses?

Après Bolduc, Barrette?

Gaetan Barrette
C’est la parole de l’un contre la parole des autres. Bien avant qu’il ait été élu et siège à l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé s’est bâti une réputation de véritable bouldozeur que personne ni rien n’arrête. Il vient manifestement de connaître sa première pierre d’achoppement politique dans le dossier du CHUM.

M. Barrette a beau invoquer des « chicanes de docteurs » pour expliquer la démission du directeur général du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, Jacques Turgeon, (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/03/05/003-demission-chum.shtml), suivie de celle du président du conseil d’administration, Jean-Claude Deschênes, (http://quebec.huffingtonpost.ca/2015/03/06/voyez-la-lettre-de-demission-du-president-du-ca-du-chum_n_6817662.html), sur le plan politique, ça sent très mauvais. Ni M. Turgeon (http://www.985fm.ca/lecteur/audio/jacques-turgeon-directeur-general-demissionnaire-262317.mp3) ni M. Deschênes (http://www.985fm.ca/lecteur/audio/le-president-du-ca-du-chum-demissionne-a-son-tour.-262405.mp3) ne se sont gênés pour dénoncer sur les ondes de Paul Arcand et de Benoit Dutrizac respectivement l’intimidation et l’ingérence politique du Dr Barrette ayant mené à leur décision de claquer la porte – sans réclamer d’indemnité de départ au passage, ce qui à ajoute à leur crédibilité selon moi.

M. Barrette a beau invoquer des « chicanes de docteurs » pour expliquer la démission du directeur général du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, Jacques Turgeon, suivie de celle du président du conseil d’administration, Jean-Claude Deschênes, sur le plan politique, ça sent très mauvais. Ni M. Turgeon ni M. Deschênes ne se sont gênés pour dénoncer sur les ondes de Paul Arcand et de Benoit Dutrizac respectivement l’intimidation et l’ingérence politique du Dr Barrette ayant mené à leur décision de claquer la porte – sans réclamer d’indemnité de départ au passage, ce qui à ajoute à leur crédibilité selon moi.

Les deux démissionnaires comptent de longs états de service au sein du réseau de la santé et sont reconnus pour leur intégrité inébranlable. Par ailleurs, Gaétan Barrette sème la zizanie dans le réseau depuis son entrée en politique active, ses projets de loi ont été décriés par moult acteurs du réseau et il a la réputation bien ancrée de quelqu’un qui ne fait pas dans la dentelle. Personnellement, j’ai plus tendance à croire la version des démissionnaires – qui n’avaient rien à gagner et tout à perdre en démissionnant – que celle du ministre, qui marche maintenant sur des œufs, qui cherchait à reconduire un ami (le Dr Patrick Harris) dans ses fonctions et dont le dossier représente une première prise contre lui sur le plan politique… Comme il fallait s’y attendre, les partis d’opposition ont réclamé la démission du ministre Barrette.

Le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que son ministre de la Santé avait toute sa confiance et que c’est la personne dont le Québec avait besoin pour remettre le réseau de la santé au travail au bénéfice des patients. Mais encore, Philippe Couillard n’avait-il pas réitéré sa confiance à l’égard de son ancien ministre de l’Éducation et « ami », Yves Bolduc, à plusieurs reprises avant que la situation ne devienne intolérable et que M. Bolduc ne cède à une pression politique devenue insoutenable?

Rappelons que les libéraux, alors dans l’opposition, avaient réclamé la démission du ministre de l’Environnement, Daniel Breton, pour ingérence dans le fonctionnement du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE).

Le TAQ dort-il au gaz?

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C’est passé un peu sous le radar la semaine dernière, mais la nouvelle demeure néanmoins inquiétante. En effet, on apprenait que l’ex-présidente du Tribunal administratif du Québec (TAQ), Hélène de Kovachich, pourra reprendre ses fonctions d’ici quelques semaines sans pour autant avoir à rembourser un traître sou des quelque 213 500 $ qu’elle a dépensé en fonds publics dans un litige privé l’opposant à son ex-mari.

Patrice Garant, professeur associé à la Faculté de droit de l’Université Laval et véritable sommité en matière de droit administratif, est catégorique : cette affaire entache gravement la crédibilité du TAQ, le plus important tribunal administratif au Québec. Mme de Kovachich avait fait l’objet d’un blâme du vérificateur général du Québec et avait été suspendue sans solde pour une période de six mois. Avouons que ce n’est pas tous les jours qu’un membre de la magistrature écope d’une telle sanction au Québec. Au contraire, c’est plutôt exceptionnel.

Manifestement, Mme de Kovachich s’est placée en situation de conflit d’intérêts, ce qu’avait d’ailleurs conclu le Conseil de la justice administrative avant de recommander sa suspension à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. La justice serait impitoyable envers quiconque parmi nous utiliserait illégitimement des fonds publics à de telles fins personnelles. Déjà que le système de justice au Québec n’a pas très bonne réputation, cette affaire qui sent le poisson pourri à plein nez n’a rien pour donner ou redonner confiance aux justiciables de notre société…

Mme de Kovachich est l’actuelle conjointe de l’ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson, 20e au Palmarès du pouvoir : les 25 qui dirigent le Québec et conseiller informel du premier ministre actuel.

Sébastien St-François

J’aimerais bien vous croire, mais…

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« Le chemin qui reste à faire ne sera pas fait par les citoyens. Il sera fait par le gouvernement dans son périmètre de dépenses. » M. Couillard, j’aimerais bien vous croire, mais vous n’êtes pas crédible. Comment puis-je croire quelqu’un qui s’était engagé formellement en campagne électorale à ne pas hausser les tarifs de garderie plus que l’inflation, après avoir décrié la hausse à 9 $ prévue par le PQ, pour ensuite annoncer que ces tarifs seront dorénavant modulés jusqu’à hauteur de 20 $ par jour? Votre promesse pouvait bien ne pas tenir la route, mais vous avez néanmoins choisi de la faire. Qu’on se dise les vraies choses. Vous avez remporté votre pari électoral en bon libéral, c’est-à-dire en dupant l’électorat – comme votre prédécesseur libéral, Jean Charest, a réussi à faire à plus d’une reprise pendant son règne. « Ensemble on s’occupe des vraies affaires » était votre slogan électoral. Pourquoi alors n’avez-vous pas choisi la voie de la franchise au lieu de raconter n’importe quoi pendant les élections du printemps dernier? Parce que c’est ainsi qu’on gagne des élections, me direz-vous probablement…

À l’instar de plusieurs de mes concitoyens qui en ont marre de financer contre leur gré cet État tentaculaire qu’est le nôtre, je reconnais d’emblée que le gouvernement du Québec doit faire le ménage, mais il doit aussi le faire dans ses propres rangs, dans ses propres structures, dans ses propres programmes. Tout ce que vous avez fait jusqu’à maintenant, c’est pelleter dans la cour des contribuables, des contribuables qui figurent déjà parmi les plus lourdement imposés et taxés de toutes parts sur le continent. C’est ainsi que vous comptez stimuler notre économie qui tourne au ralenti, en étouffant encore un peu plus cette classe moyenne dont vous prétendez défendre les intérêts?

En véritable vautour, vous vous êtes vite accaparé toute la marge de manœuvre récemment accordée aux familles canadiennes par le Plan d’action économique du gouvernement fédéral. Lorsque j’entends la publicité du gouvernement fédéral vantant que les familles auront dorénavant plus d’argent dans leurs poches, je ne peux m’empêcher de penser « Sauf au Québec… ». Vous avez même l’odieux d’aller gruger dans l’une des très rares baisses de tarifs dont les Québécois devaient bénéficier dès 2016 en haussant la taxe sur l’assurance-automobile alors que la SAAQ a récemment annoncé une baisse de la prime d’assurance-automobile attribuable à l’amélioration considérable du bilan routier au cours des dernières années…

Pendant ce temps, les abus de fonds publics se perpétuent. Juste au cours de la dernière semaine, nous avons appris que la subvention pour le transport d’élèves coûterait 1 M$ en trop et que d’anciens hauts dirigeants de l’Université Laval ont droit à un traitement très généreux bien après qu’ils sont retournés enseigner dans les salles de classe. D’ailleurs, est-il normal qu’un recteur d’université gagne considérablement plus que le premier ministre du Québec pour administrer une université? Ce ne sont que deux petits exemples, M. Couillard, dans une mer de dépenses abusives dont les contribuables font encore les frais alors que vous osez alourdir le fardeau fiscal de familles québécoises qui peinent déjà à boucler leurs fins de mois. En cette fin de session parlementaire, la Coalition avenir Québec chiffre à 1300 $ par année le fardeau de vos mesures d’austérité. François Legault avait raison : mal de bloc pour les Québécois depuis l’élection d’un gouvernement libéral…

Je sais que vous refusez de parler d’austérité, M. Couillard, mais lorsque vous choisissez de piger dans les poches des contribuables pour assainir votre situation budgétaire, vous faites preuve d’austérité, car vos actions se soldent par moins de revenu disponible pour le commun des mortels. Vous qui avez promis de faire les choses différemment, vous faites exactement comme celle et ceux qui vous ont précédé.

Aussi, que dire de certains des ministres que vous avez nommés au début de votre mandat? Je pense d’emblée à votre ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui ne connaît visiblement rien du ministère important qu’il est censé diriger. Un ministère aussi important que celui de l’Éducation (deuxième poste budgétaire en importance après celui de la Santé) ne devrait pas être un prix de consolation pour remercier un fidèle lieutenant d’avoir accepté de céder sa place à l’opportuniste Gaétan Barrette. Que vous l’avez nommé à ce poste en premier lieu était surprenant; qu’il soit toujours en poste est carrément scandaleux et met en question votre jugement politique. Notre système d’éducation et nos enfants ne méritent-ils pas mieux que M. Bolduc, un homme qui n’a visiblement pas les compétences nécessaires pour être ministre de l’Éducation?

Vous avez beau former un gouvernement majoritaire confortablement aux commandes pour encore plusieurs années, vous perdez rapidement des plumes et de la crédibilité aux yeux de bien des Québécois. Vous-même avez profité du système lorsque vous avez touché votre prime de départ en quittant votre poste de ministre de la Santé alors qu’un emploi bien rémunéré – que vous avez négocié « pendant les heures de bureau – vous attendait dans le privé. Même constat dans le cas de votre fidèle compagnon d’armes, Jean-Marc Fournier, lorsqu’il a quitté en plein mandat pour aller travailler pour SNC Lavalin. Que dire du Dr Bolduc et de sa prime de 215 000 $ comme médecin dans l’opposition… Oui, tout cela était et demeure légal en vertu des lois votées par les parlementaires (souvent pour les parlementaires), mais qu’en est-il de la moralité de telles primes à la lumière des circonstances dans chaque cas et de ce vous imposez maintenant aux Québécois? Deux poids deux mesures, encore une fois…

Ensuite, vous vous attendez à ce que le bon peuple vous regarde aller sans broncher, sans se sentir floué et sans tomber dans le piège d’un cynisme rampant, qui agit tel un cancer sur la crédibilité de nos institutions publiques et de leurs acteurs politiques? Faites amende honorable, prêchez par l’exemple, faites le ménage dans vos propres rangs et peut-être que je serai en mesure de vous croire lorsque vous affirmez que tout ce que vous faites depuis votre entrée en fonctions a pour but de redresser les finances publiques de façon durable pour le mieux-être de mes enfants (et de mes petits-enfants, si j’ai le bonheur d’en avoir un jour). Jusqu’à maintenant, vous échouez le test de la crédibilité…

Sébastien St-François

Même moule cassé, même bon peuple dupé

Photos_Communiques_V2Source : plq.org

On dit que six mois en politique, c’est une éternité. C’est vrai… Le 7 avril 2014 est bien loin dans mon esprit, le gouvernement Marois, encore plus. Mais alors? Le Québec a-t-il réellement progressé au cours des six derniers mois? En campagne électorale le printemps dernier, Philippe Couillard et ses sbires nous promettaient mer et monde. Par exemple, la création de 250 000 emplois sur cinq ans. Or, dans les faits, l’« effet libéral » en matière de création d’emplois se fait toujours attendre. Il s’est perdu 30 100 emplois à temps plein en octobre, ce qui porte le bilan depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir à -82 000 emplois. Alors que le taux de chômage a baissé dans le ROC et s’établit maintenant à 6,5 %, il a progressé de 0,1 % et se chiffre dorénavant à 7,7 % au Québec.

Dans son obsession à court terme d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (tout indique que ce sont déjà les agences de notation qui dirigent le Québec et que Philippe Couillard n’est qu’une vulgaire marionnette à leur commande…), le gouvernement libéral – ne voulant/pouvant pas hausser directement le fardeau des familles québécoises – s’apprête à confier à d’autres acteurs sociaux l’odieuse mission d’en soutirer encore plus des poches de celles et ceux qui n’en ont plus à donner sans compromettre leur propre équilibre budgétaire – souvent très précaire. Pensons notamment aux 300 M$ en compressions imposées aux municipalités pour 2015 (préparez-vous à une autre hausse de votre compte de taxes municipales) et à la modulation des tarifs de services de garde (alors que l’impôt qui finance le gros de ce système est déjà modulé en fonction du revenu) à compter du 1er avril prochain.

Mais qu’en est-il du long terme? La réduction de la dette provinciale (qui a monté en flèche sous le règne de Jean Charest), le ménage dans les régimes de retraite relevant directement de Québec (déficit accumulé de 77 G$), une refonte en profondeur du système des commissions scolaires pour diriger un maximum d’argent vers les services directs aux élèves (que des engagements vagues de notre bon ministre de l’Éducation, le controversé [pour rester poli] Yves Bolduc)? Rien. Jusqu’à maintenant, le grand ménage promis par Philippe Couillard semble se limiter à la bonne vieille recette que libéraux et péquistes utilisent depuis des lunes : pelleter ailleurs, puis le CONtribuable assumera la facture sous une forme ou une autre. Très décevant, mais prévisible en réélisant un « bon gouvernement libéral »…

De toute évidence, le bon vieux moule que les premiers ministres se lèguent depuis des décennies a trouvé preneur en avril dernier. Les Québécois se sont fait promettre un gouvernement Couillard 1.0 – résolu à remettre de l’ordre dans l’État québécois – et ils ont mordu massivement à l’hameçon, dans leur désir de se débarrasser d’un gouvernement péquiste qui n’allait nulle part. Tout indique que les Québécois ont encore une fois été dupés par un « vieux » parti et ses promesses creuses. En effet, ce qui nous gouverne depuis avril dernier n’est rien d’autre qu’un gouvernement Charest 2.0. Manquant le courage politique nécessaire pour effectuer de réelles coupes dans l’État tentaculaire sans cesse grandissant et envahissant dans la Belle Province, le gouvernement Couillard se contente de répéter la recette du gouvernement Charest des années 2003 à 2012 : on alourdit le fardeau fiscal de la masse en passant par la porte d’en arrière… On confie à d’autres intervenants (municipalités, CPE, sociétés d’État comme Hydro-Québec) l’odieuse tâche d’en puiser encore plus dans nos poches.

Je n’ai pas voté pour le candidat libéral dans ma circonscription aux dernières élections. Je suis néanmoins pris à vivre avec la décision de la majorité jusqu’en 2018. Ainsi va la démocratie. Mais, de toute évidence, le moule est cassé. Que les péquistes ou les libéraux soient aux commandes de la province, le Québec s’appauvrit d’année en année, tout comme les Québécois à force de se faire ponctionner le porte-monnaie par un État qui leur en demande toujours plus sans leur donner une qualité de services à laquelle ils sont en droit de s’attendre pour leur argent.

C’est bien plate à dire, mais le Québec et les Québécois continueront à s’appauvrir tant et aussi longtemps que les vieux partis s’échangeront le pouvoir. Et le PQ et le PLQ nous montrent de quel bois ils se chauffent et des résultats dont ils sont capables depuis des décennies. Peu importe qui est à la tête de ces partis aux idéologies d’une époque révolue, le résultat est le même : la province continue à sombrer dans la dèche et les réels problèmes ne se règlent pas. Au contraire, ils s’empirent, car on continue de les pelleter dans la cour des générations qui nous suivront : finances publiques, santé, éducation, justice… Pendant combien de temps encore pouvons-nous réellement confier le pouvoir à des acteurs politiques qui s’entêtent à faire usage d’un moule qui est caduque? Pis encore, d’élection en élection, une majorité suffisante continue à fonder tous ses espoirs dans l’un ou l’autre de ces vieux partis.

Les prochaines élections n’auront pas lieu avant 2018. En ayant recours une fois de plus à la duperie, le PLQ s’est confortablement installé au pouvoir pour un mandat de quatre ans et demi. Ce mandat est très mal parti si les Québécois pensaient avoir élu un parti qui ferait enfin le grand ménage nécessaire pour tenter d’éviter « le mur » ou – du moins – le heurter moins violemment. Tout indique que nous aurons plutôt droit à une facture fiscale encore plus lourde et que les vrais problèmes demeureront entiers à la fin du mandat en cours.

Les libéraux nous démontrent encore une fois que, tant que nous nous contenterons du vieux moule que les gouvernements qui se succèdent utilisent depuis maintenant trop longtemps, la recette sera la même : le Québécois moyen paiera de plus en plus cher pour les services publics, le Québec demeurera lourdement endetté et pauvre, et les générations qui nous succéderont – nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants – ne l’auront pas facile, hypothéquées leur vie durant en raison des choix et du manque de courage politique des deux partis qui s’échangent le pouvoir depuis la Révolution tranquille.

En 2018, ça nous prend un nouveau moule, de nouveaux acteurs politiques et une nouvelle vision de ce qu’est l’État si nous voulons avoir une chance de sauver ce qui reste du Québec. Surtout, il faudra qu’une majorité d’électeurs se rendent compte que le vieux moule usé ne fonctionne plus et que les vieux partis ont échoué à rompre avec la tradition ayant mené à la situation actuelle…

Sébastien St-François

La méthode Bolduc

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Lorsqu’il était ministre de la Santé dans le gouvernement Charest, Yves Bolduc s’était inspiré de la « méthode Toyota » et avait promis rien de moins qu’une révolution dans le réseau de la santé. Force est de constater son échec, car il n’a pas révolutionné grand-chose le temps qu’il a dirigé un des plus gros et importants ministères de la province (pas plus que son prédécesseur, Philippe Couillard, d’ailleurs). Maintenant à l’Éducation, M. Bolduc s’improvise pédagogue et prône une réduction des achats de livres par les commissions scolaires dans le cadre d’un effort de réduction des dépenses. Avons-nous droit maintenant à la méthode Bolduc en éducation?

J’ai failli m’étouffer sur ma gorgée de café vendredi matin dernier en prenant connaissance de l’actualité du jour. Selon l’actuel ministre de l’Éducation, les écoles ont assez de livres et il ne voit aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de nouveaux livres pour leurs bibliothèques afin de réduire leurs dépenses. Pardon?

Ce même Yves Bolduc affirmait, en juin dernier, qu’il s’attendait à des hausses « limitées et raisonnables » des comptes de taxes scolaires, les commissions scolaires étant privées de péréquation et les valeurs foncières étant à nouveau à la hausse. C’est bien parti… Sur la Rive-Sud de Montréal, la Commission scolaire Marie-Victorin vient d’annoncer une hausse de 9 % (soit quatre fois supérieure à l’inflation) et, malgré cette hausse, elle projette un déficit de 5 M$ au terme du prochain exercice. Rappelons-nous que les hausses qui nous seront imposées cette année s’ajoutent à celles – souvent salées – que les contribuables scolaires ont dû encaisser l’an dernier, après que le gouvernement Marois avait imposé d’importantes compressions au réseau des commissions scolaires et abrogé le régime de péréquation mis en place par les libéraux de Jean Charest. S’en était suivi un genre de vaudeville où les péquistes à l’Assemblée nationale se disaient outrés que les commissions scolaires refilent la facture aux contribuables au lieu de faire le ménage au sein de leur réseau. Là aussi, j’avais failli m’étouffer sur ma gorgée de café. De véritables comédiens, nos politiciens!

Revenons à notre cher ministre de l’Éducation… Il faut lui donner ceci : il a le don de faire parler de lui. Après la saga des primes qu’il avait touchées comme médecin alors qu’il siégeait dans l’opposition – saga ayant défrayé la chronique pendant la majeure partie de l’été tellement l’attitude désinvolte du ministre devant l’inacceptable avait choqué l’opposition et une bonne tranche de la population –, le voilà maintenant à faire une autre démonstration éloquente de son incompétence à s’occuper du portefeuille auquel son chef l’a nommé en mai dernier.

L’éducation figure parmi les quelques missions prioritaires dans lesquelles doit investir notre État, un État qui a la fâcheuse habitude de s’ingérer dans tout ce qui bouge. Un peuple peu ou mal scolarisé ne peut être concurrentiel dans l’économie mondiale moderne axée en bonne mesure sur le savoir. Étonnant que Bolduc, un médecin, ne semble pas le reconnaître. Dans la vie, la lecture est une compétence fondamentale et il est essentiel de développer le goût de la lecture chez les enfants dès le plus jeune âge possible. N’importe quel expert en pédagogie vous le dira. Allant à contresens, M. Bolduc affirme qu’il y a suffisamment de livres dans les écoles…

« Quelque part, lorsqu’il y a une restriction budgétaire, il y a des gens qui vont faire moins d’argent. » Cette déclaration d’Yves Bolduc, tirée de l’article du Devoir de vendredi dernier, résume bien le personnage. Venant d’un type qui s’est placé au centre d’une controverse majeure après que les médias eurent découvert qu’il avait encaissé une prime de 215 000 $ pendant qu’il était député dans l’opposition pour prendre en charge une liste de 1 500 patients, c’est franchement honteux…

Le problème du réseau scolaire est le même qui afflige le réseau de la santé depuis de trop nombreuses années : trop de bureaucratie, trop de cadres, trop de paperasse, trop de structures, trop de niveaux d’intervention, trop de politique. Le problème ne réside aucunement en le nombre de livres sur les tablettes des bibliothèques de la province. La mission première du réseau de l’éducation est d’éduquer et de développer chez les jeunes les compétences essentielles dont ils auront besoin pour contribuer activement à la société une fois rendus à l’âge adulte. La lecture s’inscrit dans ces compétences essentielles.

Comme contribuable franchement écœuré de voir son fardeau fiscal s’alourdir continuellement et père d’un enfant de 6 ans qui commence sa première année, je suis indigné de cette dernière déclaration du ministre censé veiller à la qualité de l’éducation offerte aux jeunes Québécois et elle me donne une raison de plus de réitérer qu’il doit quitter le conseil des ministres sans plus tarder. Yves Bolduc n’a pas la vision nécessaire pour diriger ce ministère névralgique de l’État québécois.

Bien franchement, je ne sais pas quel genre de deal peut bien exister entre Philippe Couillard et Yves Bolduc, mais la nomination et le maintien en poste de ce dernier témoignent d’un grave manque de jugement de la part du premier ministre du Québec. Entre la complaisance démontrée par des policiers n’ont pas fait leur job lors de la manifestation des gros bras à l’hôtel de ville de Montréal lundi soir dernier, Yves Francoeur (président de la Fraternité des policiers de Montréal) qui menace à son tour les Québécois de « perturbations sociales » et cette plus récente frasque d’Yves Bolduc, les Québécois n’ont pas manqué de quoi s’indigner au cours de la dernière semaine. Mais une chose demeure certaine : un ministre de l’Éducation doit faire la promotion du développement du savoir. Yves Bolduc aurait pu suggérer aux cadres des commissions scolaires de plutôt couper dans leurs nombreux congrès, colloques et voyages de toutes sortes, car les services directs aux élèves font déjà cruellement défaut dans plus d’une école.

Au cours des dernières semaines, plusieurs personnes se sont portées à la défense d’Yves Bolduc vantant ses qualités comme médecin. Ce n’est pas ce dont il est question ici : dans l’arène politique, M. Bolduc manque de compétences comme ministre et de jugement comme élu. Le Québec et les jeunes Québécois méritent mieux. Qu’il retourne à la médecine, où sa contribution sera plus utile à notre société.

Sébastien St-François