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La prime au crime

Gilles Deguire, maire de l'arrondissement de Montréal-Nord

Robert Bourassa avait sa prime à l’urne. Cette prime ne coûtait rien aux contribuables, contrairement à la pratique de récompenser les politiciens opportunistes (comme le libéral Emmanuel Dubourg qui a choisi, en 2013 de passer par GO pendant sa transition de l’Assemblée nationale à la Chambre des communes) ou véreux, forcés de démissionner dans la disgrâce après l’éclatement d’un scandale les impliquant directement. De toute évidence, les intérêts de la classe politique priment sur ceux des citoyens, car cette pratique demeure bien ancrée à ce jour dans la loi qui régit les indemnités de toutes sortes versées à nos élus municipaux – peu importe les circonstances.

La semaine dernière, on a appris que l’ex-maire d’arrondissement de Montréal-Nord, Gilles Deguire, a joint le club sélect formé de personnages de la trempe de Frank Zampino (ex-président du conseil exécutif de la Ville de Montréal sous Gérald Tremblay, accusé de fraude, de complot pour fraude et d’abus de confiance), de Gilles Vaillancourt (ex-maire de Laval accusé de gangstérisme, de complet, de fraude et d’abus de confiance), de Michael Applebaum (ex-maire de Montréal [par intérim] faisant face à 14 chefs d’accusation pour complot, fraude, corruption et abus de confiance) et de Richard Marcotte (ex-maire de Mascouche, accusé lui aussi de fraude, de complot et d’abus de confiance).

Que peut bien avoir en commun Gilles Deguire avec toutes ces bonnes gens? Bien, lui aussi a décidé de passer à la caisse et de réclamer les 146 000 $ qui lui étaient « dus » en vertu de la Loi sur le traitement des élus municipaux.

On se rappellera que M. Deguire a démissionné de son poste de maire d’arrondissement en janvier dernier. Cette décision avait pris tout le monde par surprise, mais le maire de Montréal, Denis Coderre, avait alors affirmé qu’il [Deguire] avait « bien fait de démissionner ». Une semaine plus tard, Gilles Deguire était formellement accusé d’agression sexuelle et d’attouchements sur une personne mineure de moins de 16 ans. Une sortie plutôt disgracieuse pour un ex-policier au SPVM pendant 30 ans, ayant notamment travaillé comme enquêteur chargé du dossier des agressions sexuelles à Montréal-Nord…

Pour le contribuable, c’est une fois de plus carrément révoltant d’apprendre qu’après les cas Zampino, Vaillancourt, Applebaum, Marcotte et compagnie, la loi qui permet à des élus qui sont forcés de démissionner parce qu’ils ont été impliqués dans un scandale ou font face à des accusations criminelles n’a toujours pas été modifiée pour mettre un terme définitif à l’indécence. Au contraire : « En 2014, la Ville de Montréal a demandé au ministère des Affaires municipales d’apporter des modifications législatives pour empêcher l’octroi d’une allocation de transition lorsqu’un élu est déclaré coupable d’un acte punissable d’au moins deux ans d’emprisonnement. Mais Québec n’a jamais donné suite à cette demande, selon Gonzalo Nunez, du service des communications de la Ville de Montréal. » Allô? On se réveille à l’Assemblée nationale!

Pour le contribuable moyen, écrasé par un fardeau fiscal qui s’alourdit d’année en année, qui financent ces généreuses indemnités, c’est déjà assez dégoûtant de voir son argent servir à « récompenser » des politiciens incompétents et opportunistes (pensons à l’ignoble Yves Bolduc l’an dernier). Mais de là à récompenser un élu forcé de démissionner parce qu’il est formellement accusé d’un crime aussi ignoble que celui d’avoir agressé sexuellement une personne mineure, il y a bien une sacrée limite!

En effet, « par décence élémentaire, M. Deguire aurait dû refuser son indemnité de départ. » Mais encore, peut-on s’attendre à ce que quelqu’un qui aurait été capable d’un crime aussi odieux, selon les accusations auxquelles il fait face, ait une conscience? Bien sûr, notre système judiciaire repose sur la sacro-sainte présomption d’innocence, et M. Deguire est donc présumé innocent jusqu’à preuve hors de tout doute du contraire. Il reste que si le Directeur des poursuites criminelles et pénales a autorisé le dépôt d’accusations contre l’ex-maire d’arrondissement de Montréal-Nord, c’est qu’il existe une preuve jugée assez solide pour soutenir lesdites accusations devant un tribunal.

Le chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau, se dit prêt à colmater la brèche. Il n’est malheureusement pas au pouvoir et c’est donc à l’actuel premier ministre, Philippe Couillard, d’agir. Et il serait plus que temps qu’il agisse afin d’assurer que Gilles Deguire est la dernière personne au Québec à avoir bénéficié d’une prime au crime. Deguire est seul responsable des événements ayant mené à sa démission et il ne méritait aucunement que la société le récompense à hauteur de 146 000 $ en pareilles circonstances!

Sébastien St-François

Et si ça se passait à Montréal?

2015-03-19-12-36-42-DSCF6403Source : La Relève

Imaginez le tollé si Denis Coderre, après son élection à la mairie de Montréal en 2013, avait nommé un membre de l’organisation de son parti politique au poste de directeur général de la Ville (poste assorti d’une rémunération annuelle de 315 000 $). Pis encore, si ledit membre ne comptait aucune expérience en gestion municipale…

Pourtant, c’est exactement ce qui vient de se passer à Boucherville, ville de banlieue que plus d’un qualifie de « ville-dortoir » – loin des radars. En effet, la semaine dernière, on apprenait que le maire Jean Martel avait arrêté son choix sur Roger Maisonneuve pour remplacer Claude Caron, le directeur général parti à la retraite au terme d’une carrière longue de 40 ans à la Ville.

Mais qui est Roger Maisonneuve? Un avocat (comme le maire). Qui plus est, il a été le représentant officiel et l’agent officiel d’Option citoyens citoyennes, le parti politique du maire, de sa création en 2009 jusqu’au 2 novembre 2014. Un type qui avoue lui-même n’avoir aucune expérience du milieu municipal, ce qui ne l’empêchera pas de recevoir un salaire de près de 190 000 $ par année, en plus des généreux régimes d’avantages sociaux (ce qui inclut une allocation de voiture) et de retraite dont bénéficient les fonctionnaires municipaux.

Et tout cela sans qu’il y ait eu d’affichage de poste ou d’évaluation d’autres candidatures pour pourvoir au poste de premier fonctionnaire de la Ville!

Pour justifier son choix, notre maire a invoqué deux arguments principaux : il trouvait trop fastidieux le processus d’embauche à l’externe et il voulait quelqu’un « qui comprend bien sa démarche politique ». Le message est clair : le maire se cherchait un béni-oui-oui, quelqu’un qui n’oserait pas remettre en question ses choix politiques. Il faut savoir que peu de temps après l’élection de l’actuel maire, le directeur général de l’époque, Daniel McCraw (un homme très compétent et respecté dans le milieu) avait soudainement annoncé son départ à la retraite – lui qui s’était engagé publiquement à demeurer en fonctions au moins jusqu’à la fin du mandat 2009-2013. Quelques mois plus tard, il acceptait le poste de directeur général de la Ville de Mont-Saint-Hilaire.

Départ à la retraite ou congédiement déguisé? D’une façon ou d’une autre, son départ avait coûté aux contribuables bouchervillois un an de salaire plus cinq semaines de vacances…

Or, quelqu’un qui comprend la démarche politique actuelle du maire ne peut que constater que ce n’est pas ce qu’un maire compétent doit rechercher dans un candidat pour occuper le poste de DG. Le travail du directeur général d’une municipalité consiste à veiller à la gestion quotidienne de la ville. Le maire quant à lui dirige son conseil municipal et agit en tant que président du conseil d’administration qu’est un conseil municipal. Il doit y avoir une séparation nette et claire entre les deux fonctions, entre l’opérationnel et l’exécutif.

Depuis plusieurs années, je suis à même de constater comment l’absence d’opposition en politique agit comme une véritable gangrène en effritant la confiance des citoyens et en alimentant leur cynisme. À Boucherville, le maire Martel agit en véritable potentat depuis sa première élection au poste de premier magistrat en novembre 2009. Habitué, depuis, de diriger en roi et maître, il ne tolère aucune forme d’opposition – quelle qu’en soit la provenance. Combien de fois je l’ai vu rabrouer des citoyens-contribuables en pleine séance publique du conseil municipal à l’hôtel de ville quand ces derniers « osaient » critiquer ses décisions ou les remettre en question ou encore simplement lui poser des questions qui ne faisaient pas son affaire.

Lui qui s’était engagé à faire de la politique autrement, à être à l’écoute des citoyens agit comme un vieux monarque issu d’une ère révolue et traite presque avec mépris quiconque ose penser que sa façon de faire n’est peut-être pas dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la communauté qu’il a été élu pour représenter. Boucherville est devenue une communauté sectaire où quiconque ne louange pas le premier magistrat et ses décisions est rapidement taxé de « négatif » pour avoir osé soulever des questions ou exprimer une opinion autre.

L’absence d’opposition en politique nuit-elle à la démocratie? Je le crois fermement, car l’opposition fait partie intégrante de la démocratie. En son absence, le vide créé est rapidement comblé par des abus de tous genres. En jetant son dévolu sur son ancien agent officiel, Jean Martel démontre qu’il pense à ses intérêts avant ceux de ses concitoyens. Quant aux Bouchervillois, en plus de se retrouver avec un maire se croyant investi de tous les pouvoirs, ils devront accepter et s’habituer à un premier fonctionnaire ayant très peu d’expérience de la machine municipale et un fort penchant politique pour son patron – du moins jusqu’aux élections de 2017. Nous le paierons 190 000 $ par année + avantages pour qu’il fasse ses classes.

Comme citoyen, ça m’inquiète; comme contribuable, ça me dégoûte, le « club des p’tits amis », cette façon de faire de la politique dont les citoyens sont écœurés – et avec raison. D’une façon ou d’une autre, ça n’augure rien de bon pour l’avenir de Boucherville.

Sébastien St-François

Ces profiteurs de libéraux

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En bon libéral, le démissionnaire Yves Bolduc ne renoncera pas à l’indemnité de départ de quelque 155 000 $ que la loi lui permet de réclamer.

En août 2013, alors député libéral de Viau, Emmanuel Dubourg a annoncé sa démission comme député provincial pour se porter candidat du PLC à l’élection partielle fédérale dans la circonscription de Bourassa – partielle déclenchée suivant la décision de Denis Coderre de briguer la mairie de Montréal. Sans surprise, Dubourg fut élu, accédant du coup à une rémunération annuelle de plus de 160 000 $. Il a refusé pour autant de renoncer à une indemnité de départ d’un peu plus de 100 000 $ de Québec. M. Dubourg se fait bien discret depuis son élection comme député fédéral. Un grand parlementaire, quoi…

Plus récemment, en 2014, à la fois la péquiste Élaine Zakaïb et le caquiste Christian Dubé ont démissionné de leurs fonctions parlementaires en cours de mandat. Mme Zakaïb a quitté pour aller sauver la chaîne Jacob, tandis que M. Dubé a accepté un poste de vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Dans les deux cas, les démissionnaires ont eu le sens moral de renoncer à l’indemnité de départ que prévoit – malheureusement encore aujourd’hui – la loi encadrant le traitement des membres de l’Assemblée nationale.

Rappelons que Bernard Drainville, alors ministre responsable des Institutions démocratiques, avait déposé le projet de loi 33 qui visait à abolir ces indemnités de départ – sauf dans quelques situations bien définies. Ce sont les libéraux, alors dirigés par Philippe Couillard, qui ont fait obstruction à l’adoption de ce projet de loi. Le cynisme des contribuables demeure entier à cet égard.

Il est important de garder à l’esprit que M. Bolduc a démissionné de ses fonctions de ministre et de député. Il a démissionné parce que son incompétence (comme ministre de l’Éducation et comme politicien tout court) a fini par miner le peu de crédibilité qu’il lui restait depuis sa nomination en avril 2014, une nomination « par dépit » selon plusieurs acteurs du milieu de l’éducation entre autres.

Cependant, malgré son incompétence, c’est un homme intelligent et il savait fort bien que la saga des « fouilles à nu » avait été la goutte ayant fait déborder le vase de sa carrière politique. Qu’il se serve à nouveau dans le plat à biscuits est inacceptable et immoral, d’autant plus qu’il quitte un gouvernement qui prône l’austérité depuis son assermentation et qui « varge » à grands coups de hache dans à peu près tout ce qui bouge.

Philippe Couillard a beau avoir lancé un appel à son ex-ministre à être « plus sensible » au tollé soulevé par sa décision de réclamer son indemnité, mais il l’a néanmoins défendu dans le dossier de la prime de 215 000 $ qu’Yves Bolduc avait touchée comme médecin pendant son court séjour dans l’opposition (septembre 2012-avril 2014) grâce à un stratagème que ce dernier avait lui-même concocté alors qu’il était ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest.

Il est rare que je suis d’accord avec ce qui sort de la bouche des élus de Québec solidaire, mais le député Amir Khadir a raison : en empochant l’indemnité de départ de l’Assemblée nationale à laquelle il « a droit », Yves Bolduc rate totalement sa sortie et contribue à son tour à miner un peu plus la dignité de la fonction de parlementaire. Tant qu’à moi, il est à jamais tatoué de l’étiquette de « profiteur ».

Pour terminer, la « saga Yves Bolduc » nous révèle deux choses sur notre premier ministre. Premièrement, M. Couillard démontre un mépris certain à l’égard de nos institutions en ayant nommé M. Bolduc à un poste aussi important que celui de ministre de l’Éducation en guise de prix de consolation pour avoir nommé Gaétan Barrette à la santé. Les Québécois méritaient mieux qu’un ministre aussi incompétent pour veiller à l’encadrement de l’éducation de leurs enfants. Deuxièmement, le sens moral de M. Couillard n’est pas plus développé que celui de M. Bolduc, dont le passage en politique aura coûté cher aux contribuables québécois.

Ça doit être agréable d’être dans les officines libérales et d’être ainsi épargné de la vague d’austérité qui balaie le Québec et n’épargne pas grand monde sur son passage. Il est désolant que les libéraux ne comprennent toujours pas que les temps ont changé et que les indemnités de départ comme celle qu’empochera Yves Bolduc doivent être abolies une fois pour toutes. Le premier ministre Couillard martèle depuis des mois l’urgence d’assainir les finances publiques du Québec. Il serait plus que temps que les élus libéraux commencent à prêcher par l’exemple…

Sébastien St-François

Loyauté vacillante, cynisme montant

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D’aucuns diront qu’il ne se passe pas un mois en politique sans qu’un élu « vire capot » ou décide de quitter en plein mandat pour « relever de nouveaux défis ». Les exemples sont légion, et ce, à tous les niveaux de gouvernement. En voici quelques-uns assez récents :

En août 2013, Emmanuel Dubourg, alors député libéral à l’Assemblée nationale, a décidé en plein mandat de briguer les suffrages dans Bourassa sous la bannière du Parti libéral du Canada dans l’optique de succéder au démissionnaire Denis Coderre, aujourd’hui maire de Montréal. Ce faisant, il a refusé de renoncer à une allocation de transition évaluée à près de 100 000 $ alors qu’un salaire de plus de 160 000 $ l’attendait à Ottawa.

En août 2014, à peine quelques mois après avoir été réélu pour un deuxième mandat, Christian Dubé de la Coalition avenir Québec a annoncé qu’il quittait la vie politique pour devenir vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il est légitime de se demander pourquoi il n’y avait pas pensé avant de prendre l’engagement de solliciter un deuxième mandat à l’Assemblée nationale. Au moins, il a eu la décence de renoncer à son allocation de transition – contrairement au libéral Emmanuel Dubourg… Idem pour l’ancienne députée péquiste, Élaine Zakaïb, qui a démissionné en septembre dernier pour tenter de relancer le détaillant Jacob (aujourd’hui en faillite).

Sur la scène fédérale, il y a deux semaines, John Baird a fait l’annonce qu’il quittait la politique à quelque huit mois des prochaines élections générales. Ce fidèle allié du premier ministre Harper, ministre des Affaires étrangères et député de la circonscription d’Ottawa-Ouest–Nepean, a justifié sa décision par une profonde réflexion entamée à la suite de la mort de l’ancien ministre des Finances, Jim Flaherty, en avril 2014. Il est tout à fait légitime pour un politicien de vouloir faire autre chose que de la politique dans sa vie. Cependant, n’aurait-il pas pu attendre la fin de son mandat en cours? Il est à espérer qu’une élection partielle ne soit pas convoquée pour combler l’espace de quelques mois le poste laissé vacant par M. Baird. À titre comparatif, les citoyens de la circonscription de Verchères–Les Patriotes, « représentée » par la députée fantôme ou – comme elle se qualifie elle-même – la maman-députée Sana Hassainia, sont sans représentation réelle depuis des années…

La semaine dernière, la controversée députée jusqu’alors conservatrice, Eve Adams (fiancée à Dimitri Soudas, ancien homme de confiance de Stephen Harper), a quitté son parti avec fracas et annoncé qu’elle joignait les rangs du Parti libéral du Canada. Aux prochaines élections fédérales, elle tentera de battre l’actuel ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, dans la circonscription torontoise d’Eglinton-Lawrence. Souhaitons la meilleure des chances à cette transfuge qui de toute évidence juge que ses ambitions politiques personnelles ont préséance sur les intérêts des électeurs l’ayant élue sous la bannière conservatrice…

D’ailleurs, dans un billet intitulé « Une grave erreur », l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, ne manque pas de souligner le manque de jugement dont a fait preuve le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, en accueillant Mme Adams dans les rangs de son parti. M. Trudeau, qui avait jadis affirmé vouloir mettre un terme à la façon dépassée de faire de la politique (c.-à-d. la façon de faire de Stephen Harper), a fait exactement le contraire. De citer M. Pratte : « Par cette décision, M. Trudeau vient de démontrer que, comme son vis-à-vis conservateur, il est prêt à faire n’importe quoi pour gagner les élections. »

Enfin, c’est un secret de polichinelle que Gérard Deltell quittera prochainement la CAQ et l’Assemblée nationale pour faire le saut en politique fédérale avec les conservateurs de Stephen Harper.

De telles décisions opportunistes ou carriéristes ont un point en commun : elles minent la confiance de la population à l’égard des politiciens qu’elle élit pour la représenter – une confiance qui n’est pas très grande d’emblée. À l’Assemblée nationale, le député de Marie-Victorin et candidat à la direction du Parti québécois, Bernard Drainville, propose diverses mesures visant à rétablir le lien de confiance entre la population et la députation provinciale. Il voudrait notamment serrer la vis aux « vire-capot » et abolir certaines indemnités de départ.

C’est une idée qui devrait faire mouche et mérite d’être étudiée et évaluée de manière non partisane pour tous les niveaux de gouvernement. Les élus qui ne respectent pas leur engagement pour des raisons plus souvent qu’autrement purement opportunistes ou carriéristes devraient être sanctionnés pour leur geste plutôt que récompensés. Ce ne serait qu’un de nombreux moyens pouvant être pris pour tenter de freiner la montée en flèche du cynisme qui gangrène la confiance vacillante des électeurs à l’égard des processus démocratiques et des personnes qu’ils élisent pour veiller à la pérennité de ces processus et à leurs intérêts citoyens. Au-delà des lignes de parti, les élus ont un devoir fondamental de loyauté envers les électeurs à qui ils doivent leur job.

Sébastien St-François

L’UMQ, PKP et le PLQ

Par chance, les fêtes approchent et nos politiciens et élus de tous acabits nous laisseront tranquilles pendant quelques semaines d’ici peu. On dirait que chaque semaine qui passe apporte son lots d’incidents qui nourrissent le cynisme ambiant, et la semaine dernière n’a pas fait exception.

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L’hypocrisie de l’Union des municipalités du Québec
Quelle hypocrisie de la part de l’UMQ! Jeudi matin dernier, Paul Arcand relatait que l’UMQ a préparé une petite missive que les administrations municipales membres pourront inclure avec les prochains comptes de taxes acheminés aux contribuables pour les informer d’une autre hausse de taxes ou d’une autre réduction de services directement attribuable aux compressions de 300 M$ imposées par Québec pour 2015. Dans son « Écho de la présidence », la présidente de l’UMQ et mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, écrit ceci : « Ces compressions importantes feront évidemment très mal et entraîneront des sacrifices importants pour l’ensemble des municipalités au Québec. »

C’était pourtant écrit dans le ciel, contrairement aux affirmations des maires Denis Coderre et Régis Labeaume… Les commissions scolaires ont fait exactement de même en 2013 après que le gouvernement Marois avait éliminé le programme de péréquation mis en place par le gouvernement Charest.

Pourtant, le 5 novembre dernier, Mme Roy déclarait ceci : « Les membres de l’UMQ agissent de façon responsable face à l’état des finances publiques du Québec. Ils feront l’effort demandé, mais s’attendent à ce que ce soit la dernière fois. » C’est ça, agir de façon responsable et faire l’effort demandé? C’est accepter presque avec défaitisme un pacte fiscal imposé par Québec et se fier, pour 2016, à la parole d’un gouvernement qui ne respecte pas ses engagements? Encore une fois, c’est au contribuable qu’on refilera la facture.

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L’ambition de Pierre Karl Péladeau
Quelle surprise, jeudi dernier, quand PKP a annoncé devant un groupe d’étudiants de l’Université de Montréal qu’il sera candidat à la direction du Parti Québécois! Tout le Québec a été pris de court… Si Péladeau devient chef du PQ (au terme d’une course ou par couronnement) et du même coup chef de l’opposition, nous retournerons rapidement à la même vieille rengaine souverainiste-fédéraliste qui sclérose notre société depuis des lunes. Ce sera le perpétuel combat de coqs opposant le grand fédéraliste libéral Philippe Couillard et celui ayant affirmé que son unique objectif est de faire la souveraineté du Québec. Fort de son pouvoir économique, PKP veut maintenant le pouvoir politique pour réaliser son rêve.

Il est évident que plus d’un militant péquiste devra en avaler des couleuvres pour faire de PKP le prochain « sauveur de la cause ». Sur la base d’un sondage laissant voir que Péladeau pourrait battre Couillard aux élections de 2018, les péquistes jetteront leur dévolu sur le magnat des médias québécois dans l’unique espoir qu’il puisse leur décrocher un mandat majoritaire « la prochaine fois ». Mais il ne faut pas perdre de vue l’électeur moyen – souvent peu ou mal informé – que le prochain chef du PQ devra séduire pour tenter de réaliser son objectif politique.

Dans un texte d’opinion publié dans La Presse le 28 novembre dernier, Pierre Simard, professeur à l’ENAP, écrit ceci : « L’électeur moyen n’en a rien à cirer que PKP soit antisyndical une année et prosyndical l’année suivante; qu’il combatte Radio-Canada en janvier et qu’il se porte à sa défense en mai; qu’il dénigre le Bloc le samedi et en fasse l’éloge le lundi. L’électeur est un ignorant rationnel : il n’a ni le temps ni l’intérêt de décortiquer des prises de position aussi étranges. »

Il a parfaitement raison, et c’est là le danger. Plus d’une personne avec laquelle j’ai échangé ne croit pas en la possibilité que Pierre Karl Péladeau réussisse à décrocher un mandat majoritaire en 2018 s’il devient chef du PQ. Détrompons-nous : rien n’est impossible… Plus souvent qu’autrement, l’électeur moyen ne connaît pas grand-chose des enjeux politiques et vote pour une image. Par exemple, le phénomène « Justin » (Trudeau). La popularité d’un candidat ne s’explique plus par les idées qu’il prône et défend, mais réside plutôt en l’image qu’il projette dans des émissions de variétés et d’autres forums de showbiz. Péladeau peaufine son image pour amadouer le public depuis qu’il a fait le saut en politique. Et n’oublions jamais que les politiciens misent sur l’ignorance de « Joe Boîte à lunch » pour se faire élire…

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L’incohérence du Parti libéral du Québec
Bien sûr, au cours de la dernière semaine, nos bons libéraux ont fait leur part pour alimenter le cynisme des Québécois. D’abord, la prétendue réforme des commissions scolaires, dont Yves Bolduc n’est même pas capable de chiffrer les économies potentielles, est de plus en plus ouvertement contestée au sein même des rangs libéraux. Ensuite, la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, est partie à la chasse des « places fantômes » dans les CPE. Un projet de loi tellement mal ficelé, déconnecté et irréaliste que Québec doit reculer… Troisièmement, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a décidé de mettre de l’eau dans son vin après avoir défendu bec et ongle le projet de loi qu’il pilote…

En effet, après avoir tenu tête aux syndicats municipaux pendant des mois dans le dossier du projet de loi 3, le voilà à avoir négocié avec le PQ des modifications faisant notamment en sorte que les contribuables essuieront 55 % des déficits des régimes de retraite municipaux (plutôt que le partage plus équitable 50/50 initialement prévu). Le but premier de ce projet de loi décrié de toutes parts dans les rangs syndicaux et ayant mené au « grand dérangement » de mercredi dernier (un grand échec pour les syndicats, d’ailleurs) était de couper la poire en deux – au nom de l’équité – entre les employés municipaux et les contribuables qui paient leurs généreuses conditions de travail. Pourquoi avoir reculé alors que le gouvernement est majoritaire et que l’opinion publique était pour une fois favorable à un projet de loi libéral?

Nos politiciens se demandent pourquoi nous sommes rendus si cyniques et si peu confiants à leur égard. Ils n’ont pourtant qu’à se regarder aller pour comprendre pourquoi.

Sébastien St-François

Le même remède pour tous!

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D’entrée de jeu, je suis favorable au principe sur lequel repose le projet de loi 3 des libéraux. Ce projet de loi sera-t-il adopté dans sa forme actuelle ou dans une forme modifiée? Devant la grogne qu’il suscite dans les rangs municipaux, certaines modifications sont à prévoir, comme le laissait d’ailleurs entendre le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, lui-même au terme de la commission parlementaire tenue sur le sujet en août dernier. Mais le fait demeure : la situation des déficits actuariels de plus d’un régime de retraite municipal est intenable et ce n’est pas juste aux contribuables non bénéficiaires de ces régimes de payer la note. C’est sûr que lorsqu’on apprend que le maire de Montréal, Denis Coderre, reçoit une pension fédérale de près de 89 000 $ par année, très largement payée par les contribuables, ça enlève pas mal de crédibilité à ce porteur du message et ce n’est rien pour atténuer le mécontentement des syndiqués municipaux. Mais les régimes déficitaires ne seront pas capitalisés du jour au lendemain comme par magie pour autant…

Par ailleurs, le problème est loin de se limiter au secteur municipal. En effet, Cogeco Nouvelles nous apprenait la semaine dernière que plusieurs régimes de retraite provinciaux sont tout aussi mal en point, en commençant par ceux des députés de l’Assemblée nationale. Il est question d’un déficit totalisant 197 M$, soit 371 000 $ par participant à ces régimes (un total de 532 députés actifs ou retraités). Il faut savoir que nos députés provinciaux se sont votés deux régimes de retraite : un principal, auquel ils ne cotisent que 21 % et un complémentaire auquel ils ne cotisent pas un sou (autrement dit, il est financé à 100 % par les contribuables). Jusqu’à maintenant, les libéraux ne se montrent pas prêts à modifier quoi que ce soit les concernant et se réfugient derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, un comité qui siège à huis clos.

Mais la situation est encore pire pour d’autres régimes dont Québec est responsable. Par exemple, « chacun des 630 juges actifs ou retraités de la Cour du Québec ou de cours municipales endosse un déficit individuel de 854 000 $, puisque leur régime de retraite est déficitaire de 538 M$. » Du côté de la SQ, c’est tout aussi catastrophique : « les 10 751 membres actifs ou retraités du Régime de retraite des membres de la Sûreté du Québec traînent chacun un déficit individuel de 342 000 $. Leur régime de retraite est en déficit de 3,7 G$. » Source : Régimes de retraite : déficits énormes chez les juges et à la SQ

Il en résulte aujourd’hui que les obligations non capitalisées du gouvernement du Québec à l’endroit de ses retraités [actuels et futurs] totalisent quelque 76,7 G$, ce qui représente grosso modo le tiers de la dette de la province. Ça n’a aucun bon sens, et ces chiffres témoignent de l’incapacité chronique de nos gouvernements passés – rouges et bleus confondus – de gérer les deniers publics dans une optique de pérennité. En effet, pendant des décennies, nos élus se sont plutôt contentés d’administrer dans l’esprit d’acheter la paix sociale et syndicale. Mais là, le glas a sonné et l’heure est arrivée de passer à la caisse pour réparer ce gâchis – avant qu’il ne soit trop tard.

Vendredi dernier, Philippe Couillard a sonné l’alarme et qualifié de lamentable la situation actuelle des finances publiques. Selon lui, le gouvernement « dépense plus qu’il ne gagne ». J’aimerais rappeler à M. Couillard que le rôle d’un gouvernement n’est pas de « gagner » de l’argent… D’ajouter M. Couillard : « Le changement n’est jamais agréable. C’est toujours difficile, surtout quand on est touché par les réorganisations, mais tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. » Entièrement d’accord avec vous, M. Couillard, mais montrez l’exemple en commençant par faire le ménage dans votre propre chaumière! Sinon, comment pouvez-vous prétendre avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour imposer le projet de loi 3 cet automne? L’esprit de ce projet de loi doit être étendu à vos propres régimes de retraite et à tous les autres régimes provinciaux qui sont dans un état piteux, souvent pire même que celui des régimes municipaux que vous dénoncez!

La société québécoise est devant un mur, et ce mur ne disparaîtra pas par magie. Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse soutient que le grand test qui attend Philippe Couillard sera de surmonter le mur de résistance qui s’érige contre ses politiques d’austérité. Si Philippe Couillard échoue comme ce fut le cas de son prédécesseur (rappelez-vous la grande « réingénierie de l’État » promise par Jean Charest en 2003 mais jamais réalisée), il y a lieu de sérieusement s’inquiéter pour la suite des choses. Bien entendu, le fait que nous nous sommes fait collectivement voler littéralement des centaines de millions de dollars par les acteurs de la corruption et de la collusion au fil des années n’aide en rien. Mais soyons réalistes : nous ne reverrons pas un traître sou de cet argent qui nous a été volé entre autres par ceux qui sont actuellement en attente de leur procès criminel. Nul besoin de nommer des noms, tout le monde sait de qui on parle…

Si rien n’est fait, il est clair que ce seront éventuellement les créanciers qui sonneront la fin de la récréation. Le cas échéant, le remède fera drôlement plus mal et même les plus égoïstes parmi nous – qui ne pensent aucunement aux générations à suivre et veulent à tout prix conserver la totalité de leurs acquis souvent « négociés » sous la menace de perturbation et de violence – risquent fort d’en subir les contrecoups de leur vivant…

Sébastien St-François

L’immobilisme, une maladie chronique au Québec…

20131208-144255-gPhoto : Canoë.ca (Archives / Agence QMI)

L’actualité du mardi 10 décembre témoigne d’une maladie chronique dont le gratin politique à l’Assemblée nationale semble souffrir : l’immobilisme.

De plus en plus de chroniqueurs, dont notamment du côté de La Presse, invoquent le « mur » qui se dresse devant nous comme société. Nous le voyons poindre à l’horizon, mais nos dirigeants politiques manquent nettement la volonté, ou encore la capacité, d’en faire quoi que ce soit si on se fie à quelques nouvelles ayant défrayé la chronique cette semaine.

« Le mur des dépenses en santé » (Stéphanie Grammond)
Selon une étude du CIRANO, le système de santé accaparera près de 70 % du budget total de la province en 2030. 2030, c’est dans moins de vingt ans. En effet, l’étude démontre que les dépenses en santé bondiront de leur niveau actuel de 31 G$ pour atteindre 61 G$ en 2030, soit 13,5 % du PIB et 68,9 % du budget (contre 8,4 % du PIB et 42,9 % en 2013). Nous peinons déjà à soutenir ce système que je qualifie souvent de tiers-mondiste tellement il est criblé de graves lacunes. Pour financer le système d’ici 2030, selon Mme Grammond, il faudrait augmenter tous les impôts et toutes les taxes de 60 %, et la santé continuerait néanmoins à accaparer près des trois quarts du budget. Pis encore, c’est l’augmentation structurelle des coûts qui représente le principal problème, pas le vieillissement de la population. Qu’allons-nous faire? Personne au pouvoir ne semble en avoir la moindre idée…

De citer l’éditorialiste André Pratte :
« Pourtant, jusqu’à maintenant, ni les libéraux ni les péquistes n’ont eu la volonté d’attaquer le problème de front. Au contraire, ils ont eu tendance à accroître l’offre de services […] Le gouvernement Marois ajoute ainsi sa contribution à la grande illusion entretenue par nombre de politiciens au fil des ans, illusion voulant que les Québécois puissent obtenir de plus en plus de services publics sans sacrifier quelque chose. Cette illusion mène l’État québécois à un mur. Le mur est là, on le distingue de mieux en mieux. La collision se produira. Bientôt. »

« Le pétard mouillé » (Francis Vailles)
Plusieurs maires, dont Éric Forest de Rimouski, Régis Labeaume de Québec et Denis Coderre de Montréal, ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer à l’enjeu du déficit actuariel des régimes de retraite des employés municipaux – qui atteint 5 milliards de dollars à l’échelle de la province. Du moins, c’est ce qu’on pouvait penser. Selon le chroniqueur Francis Vailles, le plan de match des maires se limite à demander au gouvernement du Québec de légiférer, d’obliger les fonctionnaires municipaux à s’entendre avec leur employeur dans un délai de deux ans. Les villes réclament plus de pouvoirs pour forcer la négociation, étant donné que les syndicats représentant les fonctionnaires municipaux ont plus souvent qu’autrement tendance à s’asseoir sur leurs acquis et à refuser toute négociation. Les villes peuvent bien vouloir « assurer la pérennité des régimes à prestations déterminées, assurer l’équité intergénérationnelle, protéger les contribuables municipaux et convenir d’un effort équitable pour tous », ça risque de ne demeurer qu’un vœu pieux si Québec ne se met pas de la partie. Le ministre Sylvain Gaudreault et la première ministre Pauline Marois auront-ils le courage politique d’acquiescer à la demande des municipalités? Permettez-moi d’en douter…

« Une hausse de taxes de 2 % pour Longueuil » (Karim Benessaieh)
À Longueuil, la mairesse Saint-Hilaire passe à l’action, mais refile une fois de plus une hausse fiscale à ses contribuables. On apprend que la dette de la Ville de Longueuil accapare 11,5 % du budget, tandis que les dépenses liées aux régimes de retraite représentent 5,6 % de la facture (soit 21,2 M$ sur un budget total de 378,6 M$). Au 31 décembre 2010, le déficit actuariel de la Ville était estimé à 109 millions. Enfin, quant au service de police, il accapare la somme mirobolante de 68,1 M$ (18 % du budget). À Longueuil, on table notamment sur les revenus de nouvelles constructions (3,5 M$) et des droits de mutation immobilière (15 M$). Mais le scénario se répète… On alourdit le fardeau d’une population vieillissante, dont de plus en plus de membres vivent à revenu fixe, pour boucler le budget.

Mais soyons optimistes! Lundi soir dernier, Philippe Couillard a été élu à Outremont… par 55 % des quelque 20 % des électeurs de la circonscription qui sont sortis exercer leur droit de vote. M. Couillard sera donc à l’Assemblée nationale à compter du 11 février 2014 comme chef de l’Opposition. Verrons-nous enfin un début de fin de l’immobilisme chronique dont le Québec est affligé? Parions plutôt sur le déclenchement d’élections quelques semaines plus tard pour replonger la province dans une vague de promesses électorales, élire un nouveau gouvernement minoritaire et faire perdurer l’immobilisme qui nous fera bientôt foncer droit dans le fameux mur…

Pour conclure, il ne faudrait surtout pas oublier que le choc démographique au Québec commence dès l’an prochain. En effet, selon l’économiste Pierre Fortin, dès 2014, la population en âge de travailler commencera à diminuer et nous ne pourrons compter que sur une croissance annuelle moyenne de l’économie de 1,5 % ou moins d’ici 2020. Le Québec n’arrive déjà plus à payer ses comptes. Comment y parviendra-t-il dans 10, 20 ans d’ici?

Comme le veut le dicton, une image vaut mille mots… 783259-9-decembre-2013Caricature d’André-Philippe Côté, Le Soleil

Sébastien St-François

Tant que le bon peuple est là pour payer…

780890-4-decembre-2013Source : Caricature d’André-Philippe Côté, Le Soleil

Hier, je suis tombé sur un article fort intéressant dans le cahier Affaires de La Presse. Intitulé « Les salaires incroyables des fonctionnaires municipaux » et signé par le chroniqueur Francis Vailles, on y aborde le sujet « délicat » des conditions de travail des fonctionnaires municipaux.

On savait déjà que les fonctionnaires municipaux étaient mieux rémunérés que leurs homologues provinciaux. On apprend toutefois que l’écart entre ces deux catégories de travailleurs ne cesse de se creuser : de 22,7 % en 2008, il est passé à 29,6 % en 2010 et à 33,6 % en 2012. Aujourd’hui, l’écart atteint 37,9 %.

Par exemple, dans le cas d’une secrétaire de niveau 2, il en coûte à l’employeur provincial 32,64 $ l’heure, tandis qu’une municipalité consacre 46,05 $ (+41 %) l’heure à la rémunération d’une personne occupant un poste comparable. Selon M. Vailles, deux facteurs expliquent cet écart : les hausses salariales accordées par Québec sont plus modestes et les villes contribuent davantage au régime de retraite de leurs employés. Et on sait que les régimes de retraite des employés municipaux sont très, très avantageux si on les compare à ce dont disposeront une majorité de futurs retraités québécois à l’extérieur du cercle de la fonction publique.

Le chroniqueur Vailles a parfaitement raison lorsqu’il affirme ceci :

Je n’ai rien contre les employés compétents qui font de bons salaires ou même de très bons salaires. Ces écarts montrent toutefois qu’il y a carrément deux groupes de citoyens au Québec : ceux qui travaillent pour les municipalités ou les entreprises publiques et les autres. Le deuxième groupe a été touché par la crise et a dû faire des sacrifices, alors que ce n’est pas le cas du premier groupe, qui a continué de bénéficier de conditions en or, aux frais des contribuables.

Lorsque ce sont les contribuables qui paient de telles conditions de travail par le biais de leurs taxes, il faut se demander si le maintien d’un tel régime à deux vitesses peut être toléré dans une province qui se vante pourtant d’être plus social-démocrate et égalitaire que ses voisins. Pendant combien de temps encore allons-nous – ou pourrons-nous – maintenir ce régime à deux vitesses? Est-il normal que des municipalités doivent imposer à leurs contribuables des hausses de taxes juste pour renflouer les régimes de retraite de leurs employés, régimes aux prises avec des déficits actuariels qui ne cessent de gonfler pour différentes raisons? C’est pourtant déjà arrivé à plusieurs reprises, notamment dans les grandes villes du Québec.

Alors que la sécurité de la retraite du Québécois moyen subit sans cesse des pressions, est-il normal que ce groupe de travailleurs [les fonctionnaires municipaux] bénéficie toujours de conditions blindées sans qu’aucun élu puisse remettre en question un modèle d’une époque révolue? Je suis de ceux qui pensent que les conditions de travail des fonctionnaires doivent mieux refléter la réalité économique contemporaine et notre capacité de payer collective – qui ne cesse de s’amenuiser. Bien sûr, les fonctionnaires municipaux ont droit à un traitement juste et raisonnable, mais n’est-il pas devenu excessif au fil des années pendant que celui réservé à bon nombre de travailleurs s’est précarisé? Régis Labeaume et Denis Coderre réussiront-ils à mettre de l’ordre dans les régimes de traitement des employés de leurs villes respectives? Ça pourrait donner l’élan à une grande réorganisation des conditions de travail des fonctionnaires municipaux du Québec – réorganisation qui devient de plus en plus nécessaire.

Sébastien St-François

Le « stationnement politique »

20131125-212241-gPhoto : Archives / Agence QMI

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais de telles nominations partisanes ne font que nourrir mon grand cynisme envers la classe politique et ses « amis ».

Après la nomination de Nicolas Girard à la tête de l’AMT après sa défaite électorale en 2012, voilà maintenant que Denis Coderre s’apprête à annoncer la nomination de Philippe Schnobb à la présidence du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal.

Rappelons que M. Schnobb a été candidat de l’Équipe Denis Coderre dans le district Saint-Jacques, à Montréal, et qu’il a perdu par 36 voix contre Janine Krieber, candidate pour Projet Montréal et colistière de Richard Bergeron.

M. Schnobb remplacerait ainsi Michel Labrecque, en poste depuis janvier 2009, lui-même nommé après avoir été conseiller municipal pour l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal de novembre 2005 à novembre 2009.

J’appréciais le travail de journaliste de Philippe Schnobb, mais en quoi a-t-il les compétences nécessaires pour administrer la STM? À la lumière de tous les problèmes qui affligent le réseau de transport en commun (pannes, retards, etc.) et de l’importance accrue de ce réseau au cours des prochaines années compte tenu de l’état du pont Champlain, il me semble que la STM a besoin de quelqu’un ayant les connaissances nécessaires et ayant fait ses preuves dans le cadre d’un poste de premier dirigeant – ce qui n’est pas le cas de l’ex-journaliste Schnobb à ce que je sache.

De toute évidence, en politique, rien ne change et les politiciens d’expérience comme Denis Coderre ne font qu’entretenir le cynisme de la population en maintenant le « cercle des p’tits amis ». Encore une fois, je n’ai rien à dire contre Philippe Schnobb comme journaliste et je ne mets pas en doute ses intentions en se portant candidat aux dernières élections municipales, mais je doute qu’il ait les compétences nécessaires pour occuper le poste auquel on s’apprête à le nommer à un moment aussi crucial pour la STM.

Sébastien St-François