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Sessionem horribilis!

parti-liberal-du-quebecSource : Le Devoir

Bernard Landry, qui aimait s’adresser parfois au peuple en latin à l’époque où il occupait le poste de premier ministre du Québec, utiliserait peut-être ces mots pour qualifier les derniers mois sur la scène politique québécoise, marqués notamment par le départ soudain de Pierre Karl Péladeau, l’homme que M. Landry voyait comme celui qui donnerait enfin aux Québécois leur pays… Lire la suite

Deux victoires, une défaite, une montée, un retour et de l’enfantillage

150610_7q7oq_duceppe-beaulieu-couple_sn635Quelle semaine bizarre nous venons de vivre sur la scène politique! Je ne sais pas si le décès de Jacques Parizeau y est pour quelque chose (peut-être tire-t-il des ficelles de Là-haut), mais nous avons été témoins de plusieurs événements des plus étranges.

Commençons par les élections partielles du 8 juin dans les circonscriptions de Chauveau et de Jean-Talon. Bon, Jean-Talon est rouge depuis que la circonscription existe, mais on aurait pu croire que, après le passage d’Yves Bolduc comme député, les électeurs de cette circonscription aient voulu sanctionner le gouvernement, d’autant plus que Philippe Couillard avait choisi Sébastien Proulx, un vire-capot adéquiste converti à la cause libérale, pour y représenter les couleurs du parti. Eh bien, non, M. Proulx a réussi l’exploit réalisé par le transfuge Gaétan Barrette en 2012 et récolté près de 42 % des voix… D’aucuns se demanderaient si un cochon décoré d’une boucle rouge réussirait à se faire élire dans cette circonscription.

Dans Chauveau, ce fut toute une dégelée pour la candidate Jocelyne Cazin et la Coalition Avenir Québec. Gérard Deltell y avait remporté une majorité de plus de 10 000 voix en 2012 et représentait la circonscription depuis 2007. Un autre gain pour les libéraux, et ce, malgré la grogne populaire contre le PLQ et ses politiques dites d’austérité. Certains prétendent que l’actuelle conjoncture politique nous condamne à élire des gouvernements libéraux successifs pendant de longues années. D’autres invoquent un retour à la polarisation du vote entre fédéralistes et indépendantistes (retour prévisible depuis l’entrée en politique de Pierre Karl Péladeau et la sempiternelle tendance des libéraux à faire peur au monde en invoquant la menace référendaire pour gagner leurs élections). Pour ma part, j’éprouve de plus en plus de difficulté à justifier la pertinence de la formation de François Legault à l’Assemblée nationale. Serions-nous condamnés à la dualité politique dans la Belle Province?

D’ailleurs, toujours dans Chauveau, le Parti conservateur du Québec a quadruplé son nombre de votes. En effet, le parti d’Adrien Pouliot, qui se définit « à droite du centre », a progressé de 4 %, alors que la CAQ a perdu 18 % par rapport à la dernière élection générale. Pour de plus en plus d’électeurs, le mythe selon lequel la CAQ est un parti de droite est une fausseté. La CAQ de l’après ADQ est devenu un mélange de n’importe quoi qui tente de plus en plus péniblement de se faire une image auprès de l’électorat québécois et de se tailler une place dans le paysage politique de la province. Pour ma part, incapable de voter pour les péquistes ou les libéraux (je soutiens depuis longtemps que ces deux vieux partis ont fait leur temps), j’ai dû me rabattre sur la Coalition Avenir Québec parce que le PCQ ne présentait pas de candidat dans ma circonscription en septembre 2012 ou en avril 2014. Cependant, je me retrouve de plus en plus dans les idées véhiculées par Adrien Pouliot et de moins en moins dans le méli-mélo que nous sert François Legault. À se fier aux résultats exposés ci-dessus, je suis loin d’être le seul…

Passons maintenant au retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc Québécois, annoncé mercredi dernier. Probablement l’événement politique le plus surprenant de toute la semaine. Celui qui a dirigé la formation souverainiste de 1997 à 2011, année où il a été battu à plate couture, affirme maintenant qu’il veut participer à l’avenir dans un contexte qu’il qualifie de « nouveau cycle politique ». Disons-nous les vraies choses : il est de retour pour tenter de sauver le BQ de la disparition, sur la base d’un sondage (commandé par qui, on ne le sait pas) dont les résultats indiquaient que le parti était quasi condamné à être balayé du paysage politique sous la direction de Mario Beaulieu – un militant admirable et pugnace, pour citer Mathieu Bock-Côté. Il reste à voir si M. Duceppe remportera son pari le 19 octobre prochain. À entendre les vieux arguments qu’il ressort depuis l’annonce pour justifier la pertinence du Bloc en 2015, il a beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail devant lui…

Pour conclure, comment passer sous silence ces policiers de Montréal déguisés en clowns lors des funérailles d’État de M. Parizeau le mardi 9 juin? Je ne sais pas ce que ces « 100 watts » pensaient accomplir en portant leurs costumes loufoques pour cet événement solennel, mais tout ce qu’ils ont réussi à accomplir, c’est démontrer leur manque flagrant de jugement et leur mépris ainsi que ternir une fois de plus le blason de leur métier. D’ailleurs, il serait temps qu’ils en reviennent.

Après le saccage de l’hôtel de ville de Montréal en août 2014, auquel les policiers du SPVM avaient assisté sans intervenir au nom de la sacrosainte « solidarité syndicale », ces syndiqués responsables d’appliquer la loi et de veiller au maintien de l’ordre ont perdu la bataille de l’opinion publique. Le projet de loi 3 sur les régimes de retraite a été adopté en décembre dernier et c’est chose faite. Je ne comprends vraiment pas ce que les policiers du SPVM cherchent à accomplir maintenant, mais ça suffit les costumes de clowns! S’il faut adopter une loi pour mettre fin à cet enfantillage et ce mépris flagrant à l’égard de la population, bien qu’on le fasse au plus vite! Le cirque a assez duré!

Sébastien St-François

Quand les bottines suivent les babines…

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C’était devenu un secret de polichinelle depuis des semaines, voire des mois pour certains. Le député caquiste de Chauveau, Gérard Deltell, initialement élu sous la bannière de l’Action démocratique du Québec en 2008, tire sa révérence de la politique provinciale et tentera de se faire élire sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent en octobre prochain.

S’il réussit son pari, comme simple député fédéral, il gagnera deux fois plus qu’il gagnait à Québec, encore plus s’il est nommé ministre dans un gouvernement conservateur reconduit au pouvoir. Par contre, rien à l’heure actuelle ne lui garantit de remporter son pari (d’être élu dans Louis-Saint-Laurent ou de faire partie du prochain gouvernement).

La Coalition Avenir Québec perd du coup une autre pointure forte – rappelons le départ de Christian Dubé l’année dernière – et on peut certes se demander ce que réserve l’avenir à l’ex-ADQ qui peine à se tailler une place à l’Assemblée nationale, et ce, même si François Legault prétend y représenter la véritable opposition en cette période de tumulte pour les péquistes après leur déconfiture d’avril 2014… Depuis un bon moment, la relation entre MM. Legault et Deltell était tendue. Après la dernière élection générale, le chef de la CAQ a dépouillé M. Deltell de son titre de leader parlementaire au profit de François Bonnardel. C’est quand même Gérard Deltell qui avait piloté la fusion de l’ADQ ayant permis à la CAQ d’être représentée à l’Assemblée nationale.

Cette démission arrive un an jour pour jour après l’élection de l’actuel gouvernement dirigé par Philippe Couillard au terme du scrutin général du 7 avril 2014. Elle s’ajoute à une liste de démissions qui s’allonge depuis : Christian Dubé (CAQ, août 2014), Élaine Zakaïb (PQ, septembre 2014), Yves Bolduc (PLQ, février 2015)… Chaque démission se solde par l’obligation de tenir une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ pour les contribuables québécois. Une tendance encourageante se dessine néanmoins. Malgré qu’une loi abolissant les indemnités de départ auxquels les démissionnaires de l’Assemblée nationale ont toujours « droit » se fait encore attendre, tous les démissionnaires depuis la dernière élection générale – à l’exception du profiteur libéral Yves Bolduc – ont renoncé à leur prime.

Dans le cas de M. Deltell, on peut dire que les bottines ont suivi les babines. Il proposait l’élimination de ces primes indécentes (rappelons qu’un travailleur « ordinaire » n’a pas droit à l’assurance-emploi en cas de démission) depuis 2010. Et le démissionnaire caquiste est allé encore plus loin en annonçant qu’il renonçait à toucher sa rente de retraite avant l’âge de 65 ans. En tout et partout, il laisse ainsi plus de 400 000 $ sur la table – de quoi payer une partie des coûts de l’élection que son départ rend nécessaire.

S’agit-il de rien de plus qu’une manœuvre politique savamment concoctée pour impressionner la galerie? Bien que certains cyniques se fassent aller sur les réseaux sociaux, j’ai tendance à accorder le bénéfice du doute à M. Deltell. Le montant de près d’un demi-million de dollars – auquel il avait pleinement droit en vertu des règles actuelles que les libéraux ne semblent pas pressés de modifier – est de l’argent bien réel. À ce que je sache, M. Deltell n’est pas indépendant de fortune. D’avoir « mis sur la glace » (pour le citer) une telle rétribution est tout à son honneur et contribue à redonner un peu de dignité à une fonction trop souvent méprisée par ses titulaires démissionnaires. Outre celui d’Yves Bolduc, le nom d’Emmanuel Dubourg – un autre bon libéral – me vient spontanément à l’esprit, mais il y en a eu bien d’autres au fil des années, notamment plusieurs membres du gouvernement actuel qui avaient déjà claqué la porte à la politique.

Dans la foulée de l’« affaire Bolduc », le premier ministre Couillard a exprimé le souhait de mettre fin aux indemnités de départ versées aux députés qui quittent leurs fonctions. Il est plutôt mal placé, ayant lui-même touché une indemnité de quelque 125 000 $ après avoir quitté volontairement son poste de ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest. De plus, sous sa gouverne, le Parti libéral a rejeté d’emblée une motion à cet égard déposée en 2013 par Bernard Drainville, alors ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne dans le gouvernement minoritaire dirigé par Pauline Marois.

Le « souhait » du premier ministre Couillard doit devenir une priorité pour son gouvernement afin de mettre fin une fois pour toutes à ces abus qui se font aux frais des contribuables – plus souvent qu’autrement par des membres de la députation libérale. L’histoire nous démontre que rares sont les élus dont les bottines suivent les babines comme ce fut le cas de Gérard Deltell la semaine dernière.

Sébastien St-François

Loyauté vacillante, cynisme montant

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D’aucuns diront qu’il ne se passe pas un mois en politique sans qu’un élu « vire capot » ou décide de quitter en plein mandat pour « relever de nouveaux défis ». Les exemples sont légion, et ce, à tous les niveaux de gouvernement. En voici quelques-uns assez récents :

En août 2013, Emmanuel Dubourg, alors député libéral à l’Assemblée nationale, a décidé en plein mandat de briguer les suffrages dans Bourassa sous la bannière du Parti libéral du Canada dans l’optique de succéder au démissionnaire Denis Coderre, aujourd’hui maire de Montréal. Ce faisant, il a refusé de renoncer à une allocation de transition évaluée à près de 100 000 $ alors qu’un salaire de plus de 160 000 $ l’attendait à Ottawa.

En août 2014, à peine quelques mois après avoir été réélu pour un deuxième mandat, Christian Dubé de la Coalition avenir Québec a annoncé qu’il quittait la vie politique pour devenir vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il est légitime de se demander pourquoi il n’y avait pas pensé avant de prendre l’engagement de solliciter un deuxième mandat à l’Assemblée nationale. Au moins, il a eu la décence de renoncer à son allocation de transition – contrairement au libéral Emmanuel Dubourg… Idem pour l’ancienne députée péquiste, Élaine Zakaïb, qui a démissionné en septembre dernier pour tenter de relancer le détaillant Jacob (aujourd’hui en faillite).

Sur la scène fédérale, il y a deux semaines, John Baird a fait l’annonce qu’il quittait la politique à quelque huit mois des prochaines élections générales. Ce fidèle allié du premier ministre Harper, ministre des Affaires étrangères et député de la circonscription d’Ottawa-Ouest–Nepean, a justifié sa décision par une profonde réflexion entamée à la suite de la mort de l’ancien ministre des Finances, Jim Flaherty, en avril 2014. Il est tout à fait légitime pour un politicien de vouloir faire autre chose que de la politique dans sa vie. Cependant, n’aurait-il pas pu attendre la fin de son mandat en cours? Il est à espérer qu’une élection partielle ne soit pas convoquée pour combler l’espace de quelques mois le poste laissé vacant par M. Baird. À titre comparatif, les citoyens de la circonscription de Verchères–Les Patriotes, « représentée » par la députée fantôme ou – comme elle se qualifie elle-même – la maman-députée Sana Hassainia, sont sans représentation réelle depuis des années…

La semaine dernière, la controversée députée jusqu’alors conservatrice, Eve Adams (fiancée à Dimitri Soudas, ancien homme de confiance de Stephen Harper), a quitté son parti avec fracas et annoncé qu’elle joignait les rangs du Parti libéral du Canada. Aux prochaines élections fédérales, elle tentera de battre l’actuel ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, dans la circonscription torontoise d’Eglinton-Lawrence. Souhaitons la meilleure des chances à cette transfuge qui de toute évidence juge que ses ambitions politiques personnelles ont préséance sur les intérêts des électeurs l’ayant élue sous la bannière conservatrice…

D’ailleurs, dans un billet intitulé « Une grave erreur », l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, ne manque pas de souligner le manque de jugement dont a fait preuve le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, en accueillant Mme Adams dans les rangs de son parti. M. Trudeau, qui avait jadis affirmé vouloir mettre un terme à la façon dépassée de faire de la politique (c.-à-d. la façon de faire de Stephen Harper), a fait exactement le contraire. De citer M. Pratte : « Par cette décision, M. Trudeau vient de démontrer que, comme son vis-à-vis conservateur, il est prêt à faire n’importe quoi pour gagner les élections. »

Enfin, c’est un secret de polichinelle que Gérard Deltell quittera prochainement la CAQ et l’Assemblée nationale pour faire le saut en politique fédérale avec les conservateurs de Stephen Harper.

De telles décisions opportunistes ou carriéristes ont un point en commun : elles minent la confiance de la population à l’égard des politiciens qu’elle élit pour la représenter – une confiance qui n’est pas très grande d’emblée. À l’Assemblée nationale, le député de Marie-Victorin et candidat à la direction du Parti québécois, Bernard Drainville, propose diverses mesures visant à rétablir le lien de confiance entre la population et la députation provinciale. Il voudrait notamment serrer la vis aux « vire-capot » et abolir certaines indemnités de départ.

C’est une idée qui devrait faire mouche et mérite d’être étudiée et évaluée de manière non partisane pour tous les niveaux de gouvernement. Les élus qui ne respectent pas leur engagement pour des raisons plus souvent qu’autrement purement opportunistes ou carriéristes devraient être sanctionnés pour leur geste plutôt que récompensés. Ce ne serait qu’un de nombreux moyens pouvant être pris pour tenter de freiner la montée en flèche du cynisme qui gangrène la confiance vacillante des électeurs à l’égard des processus démocratiques et des personnes qu’ils élisent pour veiller à la pérennité de ces processus et à leurs intérêts citoyens. Au-delà des lignes de parti, les élus ont un devoir fondamental de loyauté envers les électeurs à qui ils doivent leur job.

Sébastien St-François

Quel avenir pour la CAQ?

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J’ai voté pour la Coalition Avenir Québec en 2012, puis en avril dernier. Ma circonscription est représentée par la députée caquiste Nathalie Roy depuis septembre 2012. Auparavant, je votais pour l’ADQ – exception faite de 2003, année où j’ai dû [malheureusement] voter pour Jean Charest parce qu’il était le seul chef de parti qui s’engageait à permettre aux municipalités fusionnées de force par le PQ de se défusionner. C’est une des seules fois dans ma vie d’électeur que j’ai voté libéral – après avoir dû me pincer le nez.

Je fais partie de ce groupe non négligeable d’électeurs qui jugent que ni le PLQ ni le PQ ne représentent une option viable ou crédible pour l’avenir du Québec. Ces deux vieux partis doivent se partager le blâme pour la situation pitoyable dans laquelle se trouvent les finances publiques du Québec aujourd’hui, car ce sont les deux seuls partis à avoir gouverné depuis la Révolution tranquille. Bien que la CAQ soit loin de représenter une solution à tous nos maux ou une option pouvant être qualifiée de révolutionnaire, elle apporte néanmoins un certain vent de fraîcheur et de nouvelles idées.

À la lumière des statistiques électorales, je suis loin d’être le seul à penser que les libéraux et les péquistes ne soient plus dignes de confiance. En effet, les résultats des élections générales au Québec depuis plusieurs années – 30,84 % pour l’ADQ en 2007, 16,37 % pour l’ADQ en 2008, 27,05 % pour la CAQ en 2012 et 23,05 % pour la CAQ en 2014 – indiquent que ce sont des centaines de milliers d’électeurs québécois qui ont tourné le dos aux promesses creuses et à l’éthique douteuse des deux vieux partis. L’option dont les bases ont été jetées par Mario Dumont est aujourd’hui loin de représenter une option marginale. Rappelons qu’aux dernières élections générales, si la campagne avait duré une semaine de plus, la CAQ aurait probablement dépassé le PQ et formé l’opposition officielle à l’issue du scrutin.

Vendredi dernier, la CAQ a toutefois perdu un gros morceau en la personne de Christian Dubé, député de Lévis et porte-parole en matière de finances. En entrevue sur les ondes du 98,5 FM avec Guy Simard vendredi midi dernier, M. Dubé a expliqué que le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, lui avait fait une offre qu’il ne pouvait pas refuser : la vice-présidence de la division Québec. On sent néanmoins au cours de l’entrevue un fond de frustration d’avoir été relégué au rang de député de deuxième opposition. Comme Jacques Duchesneau, qui a décidé de ne pas se représenter aux dernières élections parce qu’il se trouvait « menotté » dans l’opposition à l’Assemblée nationale, M. Dubé a avoué que les choses ne vont pas assez vite à son goût dans l’enceinte politique.

Il prétend qu’il pourra être plus utile à l’économie du Québec comme vice-président de la CDPQ que comme député du deuxième groupe d’opposition à Québec. Il a probablement raison, mais ses bons coups serviront dorénavant davantage au premier ministre libéral qu’au chef de la CAQ. Et je vois très mal Christian Dubé formuler des critiques acerbes en matière d’économie ou de finances publiques à l’endroit du gouvernement de Philippe Couillard maintenant qu’il est à l’emploi de la Caisse. Il devra nécessairement s’imposer un certain devoir de réserve à l’endroit de ses anciens adversaires politiques…

Bien qu’il renonce à son indemnité de départ (l’avoir acceptée aurait été carrément indécent étant donné la CAQ avait déposé un projet de loi – jamais adopté – pour interdire à un député qui quitte ses fonctions en cours de mandat de toucher une telle indemnité sauf s’il démissionne pour des raisons de santé), en quittant ses fonctions de député à peine quelques mois après avoir été élu, M. Dubé rend nécessaire la tenue d’une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ au trésor public. Malgré mon respect pour l’homme, je trouve déplorable la décision du politicien membre d’une formation politique qui prône un resserrement et une responsabilisation accrue de l’État. Il aurait pu réfléchir un peu plus longuement à son engagement politique avant de décider de se représenter en avril dernier.

Il sera maintenant intéressant de voir si François Legault réussit à recruter un candidat ou une candidate de la trempe de Christian Dubé pour tenter de conserver la circonscription de Lévis. Trouver un « candidat vedette » risque de ne pas être facile étant donné que la CAQ est vraisemblablement vouée à demeurer le deuxième parti d’opposition à l’Assemblée nationale jusqu’en octobre 2018…

Bien que la CAQ compte d’autres députés qui réussissent assez bien à s’imposer à l’Assemblée nationale (pensons à Éric Caire, François Bonnardel et Nathalie Roy, par exemple), la formation politique n’est pas à l’abri de la perte d’autres membres influents de sa députation. Par exemple, les rumeurs envoyant Gérard Deltell dans les rangs des conservateurs fédéraux en 2015 se font de plus en plus persistants. Si la CAQ continue à perdre de gros morceaux au cours des prochaines années, il faut se demander à quoi ressemblera la troisième voix à l’approche de la campagne électorale de 2018.

Je souhaite vivement que l’électorat québécois mette fin à la dualité PQ-PLQ qui est en bonne partie responsable de l’actuel marasme au Québec. Pour cela, ça prend une nouvelle voix assez forte et crédible pour remplacer les vieux partis. Dans l’immédiat, la CAQ personnifie cette nouvelle voix. Je trouverais très regrettable qu’elle soit incapable de prendre du galon ou qu’elle finisse par disparaître du paysage politique québécois. Il sera donc très intéressant d’observer le déroulement de l’éventuelle élection partielle dans Lévis.

Sébastien St-François

Le sempiternel combat de coqs…

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Vendredi dernier a pris fin la session parlementaire à Québec, à peine six semaines après qu’elle avait commencé. Il faut croire que nos parlementaires à l’Assemblée nationale sont fatigués après une campagne électorale ardue.

Philippe Couillard avait promis que les débats se dérouleraient de façon plus civilisée et respectueuse au Salon bleu sous son règne, mais force est de constater que cette enceinte a encore une fois été le théâtre du sempiternel combat de coqs qui caractérise la politique québécoise depuis des lunes.

Au cours des dernières semaines, le spectacle parlementaire a eu de quoi décourager plus d’un… Les libéraux ont pointé du doigt les péquistes à plus d’une reprise pour l’état critique des finances publiques alors que le PQ n’a formé le gouvernement que pendant 18 mois après neuf années de règne libérale… Par ailleurs, les péquistes ont reproché aux libéraux de ne rien faire pour renforcer l’économie de la province alors que ça ne fait que deux mois que le gouvernement Couillard est en poste. On se lance la balle et la Belle Province fait du surplace pendant ce temps…

C’est probablement François Legault de la Coalition Avenir Québec qui a dressé le bilan le plus près de la réalité de la session parlementaire qui prend fin. Premièrement, M. Legault juge que le PQ ne peut plus aspirer à gouverner. De citer le chroniqueur Vincent Marissal de La Presse : « […] les péquistes sont plus préoccupés en ce moment par l’avenir de leur propre parti que par l’avenir du Québec. » Il y a bien sûr un fond très partisan à une telle déclaration, la CAQ tentant de réaliser des gains auprès de l’électorat et de s’imposer comme la véritable opposition officielle. Il en demeure que le PQ a perdu beaucoup de crédibilité en matière économique au cours des dernières semaines, notamment depuis le dépôt du rapport du vérificateur général du Québec au début du mois. Il est vrai que le PQ a su se relever après avoir été relégué au statut de deuxième groupe d’opposition en 2007, après la cuisante défaite encaissée sous André Boisclair, mais les péquistes n’ont réussi à décrocher qu’un mandat minoritaire depuis ce temps et le résultat du scrutin en 2014 est pire encore que celui de 2007 pour les péquistes – même s’ils ont réussi à réchapper suffisamment de sièges pour former l’opposition officielle.

Deuxièmement, François Legault accorde une note de 5 sur 10 au nouveau gouvernement : « Je pense [qu’il mérite] 10 sur 10 sur les objectifs de contrôle des dépenses, mais 0 sur 10 sur la relance économique […] » (source : « Un sprint politique dans le rétroviseur »). Partisannerie à part, Philippe Couillard s’était engagé à ne pas alourdir le fardeau fiscal des contribuables québécois. Force est de constater que les Québécois se font à nouveau berner : nième hausse des taxes sur le tabac et l’alcool, maintien de la hausse de 4,3 % des tarifs d’hydroélectricité que les ménages québécois ont subie le 1er avril dernier, nouvelles hausses de taxes scolaires à venir parce que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, se dit « impuissant » devant les commissions scolaires (il faut d’ailleurs se demander ce que Couillard a vu en lui pour le nommer à la tête d’un ministère aussi important).

Au même titre que les éternels combats de coqs auxquels nous assistons dans l’enceinte parlementaire, il faut croire que les électeurs québécois aiment se faire raconter n’importe quoi en campagne électorale. Ça fonctionne. Pour preuve, ils ont récompensé les libéraux en leur accordant un mandat majoritaire (qu’ils ne méritaient pas selon plusieurs dont je suis du nombre), et ce, même s’il était évident que bien des promesses seraient rapidement reléguées aux oubliettes tellement elles ne tenaient pas compte de la réalité à laquelle est confronté l’État québécois aux prises avec de graves problèmes financiers structurels.

En préparation de la reprise des travaux à l’autonome, il reste à voir ce que réserve l’avenir pour la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre, Lise Thériault. Autant je trouvais qu’elle avait la tête de l’emploi lorsqu’elle dirigeait le ministère du Travail, autant sa prestation est inquiétante depuis les événements d’Orsainville. De citer le chroniqueur Yves Boisvert : « Pas sûr qu’elle ait le doigté pour manœuvrer dans l’univers très délicat des pénitenciers, de la police et de la justice, qui tous ont leurs codes et leurs susceptibilités légitimes. »

Un autre ministre qui sera à surveiller au cours de l’automne est Pierre Moreau, aux Affaires municipales. Comme on pouvait s’y attendre, les syndicats sont montés aux barricades immédiatement après l’annonce du dépôt d’un projet de loi pour forcer les municipalités et les syndicats à renégocier les dispositions des régimes et à les restructurer pour rétablir l’équilibre. Les syndicats crient au hold-up, et la table est mise pour un nouveau combat de coqs entre ces derniers et le gouvernement. Retour dans le passé… Confronté à une situation similaire, en 2003, Jean Charest avait préféré faire l’autruche que jouer au coq. Espérons que la « méthode Couillard » connaisse un aboutissement plus favorable aux contribuables, qui ne peuvent plus financer les généreux régimes de retraite publics sans perpétuer l’injustice sociale qui force de plus en plus de propriétaires – souvent sans régime de retraite autre que leurs propres économies et les prestations gouvernementales – à vendre leur maison, faute de moyens d’absorber les hausses annuelles de taxes décrétées notamment pour absorber des déficits actuariels de plus en plus intenables.

Sébastien St-François

Stupéfaction et surréalisme

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Comme des millions de mes concitoyens, j’ai été scotché à mon écran de téléviseur jusqu’à tard lundi soir pour prendre le pouls de l’humeur des électeurs et connaître la répartition des sièges au terme de l’exercice démocratique auquel Pauline Marois avait convié les Québécois. Quelle soirée surréaliste pour toutes les raisons que nous connaissons déjà! Victoire « éclatante » des libéraux après seulement 18 mois de purgatoire, défaite historique du PQ alors que les sondages d’avant-campagne plaçaient Mme Marois à la tête d’un gouvernement majoritaire, discours très maladroits et tout droit sortis d’une époque révolue prononcés par MM. Péladeau, Lisée et Drainville en attendant l’arrivée sur scène de la cheffe (démissionnaire)…

Je regarde les soirées électorales à la télé depuis belle lurette, mais cette dernière a revêtu un caractère surréel – même si les chiffres qui déferlaient dans le bas de l’écran peignaient un portrait clair de la décision de l’électorat. Et, depuis l’élection, tout le monde dans mon entourage se demande bien comment les libéraux ont réussi à décrocher cette majorité, car aucun n’a voté pour le PLQ. Stupéfaction…

Bien entendu, l’élection des libéraux à la tête d’un gouvernement majoritaire alors que la CEIC n’a pas encore terminé son mandat (il serait d’ailleurs temps qu’elle cesse de s’attarder à des niaiseries comme de la soupe chaude sur les chantiers de construction et s’attaque sans plus tarder au nœud du problème, soit au financement occulte des partis politiques de 1996 à 2011) me laisse perplexe, mais c’est la décision du peuple. N’en demeure que je crains un retour à l’arrogance libérale ayant caractérisé le règne de Jean Charest (à l’exception de son bref mandat minoritaire en 2007-2008). Entre l’incompétence péquiste et l’arrogance libérale, on a choisi le moins pire?

Dans les rangs péquistes, la dégelée est totale. Comme l’écrit le chroniqueur Michel David du Devoir dans un texte intitulé « Le long hiver », ce désaveu des Québécois pour le PQ après seulement 18 mois de pouvoir est stupéfiant. Pour citer M. David : « Les prochaines révélations de la commission Charbonneau feront peut-être regretter leur choix à certains, mais les résultats de l’élection indiquent clairement que la magouille est perçue comme un moindre mal par rapport à la souveraineté. » Constat qui est triste, mais qui s’impose à la lumière des résultats de lundi soir. Reconduire les libéraux au pouvoir, et ce, de façon majoritaire, me laisse encore stupéfait deux jours plus tard. Nous sommes vraiment mal pris, il faut croire. Pour ce qui est de la participation à ce scrutin, il est quand même étonnant que plus d’un électeur sur quatre (taux de participation : 71,56 %) a décidé de renoncer à son droit de critiquer quoi que ce soit jusqu’au 1er octobre 2018 (date des prochaines élections générales au Québec). Quatre ans, ça peut s’avérer long pour garder le silence, mais quand on ne vote pas, on est bien mal placé pour chialer par la suite…

Enfin, parlons de la nouvelle répartition des sièges à l’Assemblée nationale. Récoltant 41,50 % des voix, le PLQ a fait élire 70 députés (56 % des sièges). Quant au PQ et à la CAQ, ils ont conjointement obtenu la faveur d’environ 48 % de l’électorat. Pourtant, ces deux partis se partagent un total de seulement 52 sièges (41,6 %) En 2012, la CAQ avait obtenu à peine quelque 181 000 voix de moins que le PLQ. Pourtant, les libéraux ont raflé 50 sièges et les caquistes ont dû se contenter de 19 députés. Quelque chose ne tourne plus rond dans notre mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour. Un scrutin proportionnel aurait néanmoins résulté en un gouvernement libéral majoritaire, mais la représentation des partis à l’Assemblée nationale aurait alors mieux reflété la volonté populaire. La recherche d’un juste milieu s’impose?

En effet, la question du mode de scrutin devrait être abordée, mais ce n’est certainement pas un gouvernement libéral majoritaire qui voudra modifier les règles. En effet, les partis traditionnels ont tout intérêt à maintenir le statu quo à cet égard, comme nous le démontre d’ailleurs l’issue de chaque campagne électorale.

Sébastien St-François

Je me souviendrai

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« Je me souviens » est la devise du Québec; nous le savons tous, même s’il nous arrive parfois tout un chacun de ne pas nous souvenir de grand-chose. Par rapport à cette campagne qui arrive à sa fin, je me souviendrai de plusieurs choses.

Je me souviendrai d’une première ministre qui a déclenché cette élection, le 5 mars dernier, pour aucune raison autre que celle que les sondages d’alors laissaient poindre une possible majorité péquiste. Je me souviendrai de cette même première ministre qui, pensant sûrement faire le coup du siècle en présentant la candidature de Pierre Karl Péladeau, n’aurait jamais pu penser que c’est ce moment précis de sa campagne qui marquerait la descente aux enfers de son parti dans l’opinion publique…

Mais encore, souvenons-nous du passé récent. Souvenons-nous des mois ayant suivi l’accession de Pauline Marois à la chefferie du PQ. Les choses n’allaient pas très bien. La grogne était prise assez solidement dans les rangs péquistes et plus d’un député a décidé de claquer la porte (pensons notamment à Daniel Ratthé et à Jean-Martin Aussant) – convaincu que le PQ n’allait nulle part sous la gouverne de Pauline Marois. En rétrospective, Mme Marois doit sa victoire du 4 septembre 2012 principalement – voire uniquement – à l’impopularité de Jean Charest au terme de trois mandats comme premier ministre. Et encore, aux dernières élections générales, Pauline Marois n’a réussi à obtenir que 54 sièges, soit seulement quatre de plus que le PLQ, parti usé à la corde après neuf ans au pouvoir. C’est le fait qu’elle devenait du coup la première femme à occuper sa fonction qui en a fait une élection « historique ».

Pas plus tard qu’en juillet 2013, la popularité du PQ traînait à 24 % (le plus bas score depuis la fondation de ce parti par René Lévesque en 1968) et le taux de popularité de Pauline Marois elle-même n’était que de 16 %, derrière Philippe Couillard et François Legault. On était loin du « trèfle à quatre feuilles », pour citer Jean Lapierre. C’est là où le controversé projet de loi n° 60 au titre interminable (Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement) est entré en scène pour brouiller les cartes et semer la division dans la population. Le gain de popularité du PQ au cours de l’automne 2013 et du début de l’hiver 2014 s’explique en bonne part par le dépôt de ce projet de loi, mais les péquistes ont tellement joué la carte de la Charte pour mousser leur popularité qu’il ne restait plus de gaz pour alimenter cette création controversée du PQ rendu en campagne électorale. Autre échec pour Pauline Marois…

Maintenant, le dernier sondage Léger de cette campagne qui ne passera pas à l’histoire place le PLQ à 38 %, le PQ loin derrière à 29 %, la CAQ à 23 % et QS à 9 %. La soirée électorale risque d’être longue et personne n’est en mesure actuellement de statuer avec certitude si le prochain gouvernement sera majoritaire ou minoritaire ou encore quel parti formera l’opposition officielle. Actuellement, une seule chose est certaine : Pauline Marois perdra son pari électoral et ne sera plus cheffe du Parti Québécois. Les couteaux sont d’ailleurs déjà sortis depuis vendredi dernier…

Bien entendu, lundi soir, Philippe Couillard et les libéraux nous parleront d’une grande victoire pour le Québec et les Québécois, du retour aux vraies valeurs et aux vraies affaires. Pardon? Philippe Couillard devra sa victoire surtout à l’impopularité de Pauline Marois, à l’incompétence des stratégies péquistes et à son « habileté » à faire peur au monde avec le spectre d’un hypothétique référendum et à faire jouer la traditionnelle cassette libérale selon laquelle seuls les libéraux sont compétents pour s’occuper d’économie et de finances publiques. Pourtant, au cours de la dernière décennie, pendant que le Québec perdait des plumes et s’appauvrissait au sein de la fédération canadienne, ce sont les libéraux qui ont été au pouvoir pendant le gros de cette période…

J’ai bien hâte de voir quand la Commission Charbonneau reprendra ses travaux publics et abordera enfin l’épineuse question du financement occulte des partis politiques depuis 1996. Il demeure qu’un flou éthique plane toujours autour de Philippe Couillard et que 18 anciens ministres sous Jean Charest sont candidats dans l’équipe de M. Couillard. La CEIC nous réservera probablement un « bon spectacle » au cours des prochains mois, et si M. Couillard considère (avec raison) que les 33 jours de campagne ont été sales, la boue risque de voler encore plus après son accession au pouvoir.

Encore une fois, nous sortons d’une campagne électorale au cours de laquelle aucun des grands enjeux de notre société n’a été véritablement débattu et aucune réelle solution n’a été proposée aux problèmes qui hypothèquent notre avenir collectif. Encore une fois, au cours des quelque 30 derniers jours, péquistes et libéraux nous ont démontré qu’ils ne sont pas la solution à nos problèmes, mais qu’ils sont plutôt la cause de ceux-ci. Dans l’intérêt de la démocratie, souvenons-nous de cette élection et tirons-en collectivement des leçons afin de mieux nous préparer à la prochaine ronde.

Sébastien St-François

Mon vote en 30 points

Francois David, Francois Legault, Pauline Marois, Philippe Couillard
Bon, le jour J approche et il faut bien finir par se décider. Depuis le 5 mars dernier, je suis assidûment (peut-être trop assidûment) cette campagne électorale que Pauline Marois pourrait bien regretter d’avoir déclenchée.

En cours de campagne, j’ai écrit à plusieurs reprises sur le débat stérile dont nous tiennent captifs le Parti québécois et le Parti libéral du Québec, débat qui sclérose notre société et fait faire du surplace au Québec depuis des décennies. Le PLQ joue sur la peur (d’un référendum) pour gagner des voix, tandis que le PQ semble vouloir exploiter l’ignorance de certaines gens moins bien informés sur les enjeux sociaux pour réaliser des gains. Dans un cas comme dans l’autre, c’est prendre le monde pour des valises… Les Québécois méritent mieux que ça, et voici donc en 30 points les raisons pour lesquelles j’accorderai mon vote à ce que je considère comme représenter l’option « la moins pire ».

Je ne voterai pas pour le PQ de Pauline Marois pour les raisons suivantes :

  1. Je m’oppose à l’article 1 sur la souveraineté du PQ et je ne veux absolument rien savoir d’un troisième référendum.
  2. Pauline Marois a fait fi de sa propre loi sur les élections à date fixe uniquement dans l’optique partisane de décrocher une majorité de sièges à l’Assemblée nationale. Ce faisant, elle a agi en fonction de ses intérêts politiques personnels plutôt que des intérêts supérieurs du peuple québécois. Je n’ai pas envie de récompenser son geste électoraliste.
  3. Pauline Marois a manqué de respect envers les Québécois en les convoquant aux urnes pour ainsi s’esquiver de son obligation de s’expliquer en commission parlementaire sur l’histoire du « deal » avec la FTQ.
  4. Pauline Marois aurait déclenché des élections entre autres pour éviter que le PQ ne soit éclaboussé par la CEIC, selon Jacques Duchesneau. J’ai tendance à croire M. Duchesneau, et ce, même si le PQ l’a mis en demeure à la suite de sa déclaration.
  5. Pauline Marois dirige un « vieux parti » ayant contribué, au cours des quatre dernières décennies, à faire en sorte que le Québec se classe aujourd’hui à l’avant-dernier rang des provinces en termes de richesse, tout juste devant l’Île-du-Prince-Édouard.
  6. Pauline Marois dirige un parti politique auquel s’intéresse l’UPAC.
  7. Pauline Marois et son gouvernement ont créé un climat de grande instabilité économique au cours des 18 dernier mois.
  8. Pauline Marois s’est servie de son projet de charte sur la laïcité pour semer la division au sein de la population québécoise.
  9. Pauline Marois aurait considérablement alourdi le fardeau des Québécois qui contribuent déjà beaucoup à l’assiette fiscale si elle avait décroché une majorité en septembre 2012. Elle voulait notamment imposer une hausse d’impôt rétroactive.
  10. Pauline Marois n’a pas respecté une de ses promesses phares de la campagne électorale de 2012, soit celle d’abolir la taxe santé des libéraux, qu’elle qualifiait d’ignoble.

Je ne voterai pas pour le PLQ de Philippe Couillard pour les raisons suivantes :

  1. Philippe Couillard, comme Pauline Marois, dirige un « vieux parti » ayant contribué à l’appauvrissement collectif du Québec au fil des dernières décennies.
  2. Philippe Couillard laisse planer un flou sur ses liens avec le Dr Arthur Porter en refusant de répondre aux questions qui perdurent à cet égard. Son passé soulève beaucoup de questions sur son sens éthique.
  3. Philippe Couillard dirige un parti politique auquel s’intéresse l’UPAC au point d’avoir perquisitionné ses bureaux à plus d’une reprise.
  4. Philippe Couillard dirige le parti ayant voté à 11 reprises contre la création d’une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, soit la Commission Charbonneau. Et, maintenant, l’UPAC scrute à la loupe l’agenda de l’ancien premier ministre Charest.
  5. La Commission Charbonneau n’a pas encore fait toute la lumière sur le financement occulte du PLQ pendant les années Charest, et Philippe Couillard nous demande de confier le destin du Québec à son parti pour les quatre prochaines années.
  6. Philippe Couillard s’est négocié un job dans le privé alors qu’il était encore ministre de la Santé dans le gouvernement Charest – une pratique très questionnable ayant d’ailleurs mené à la « Clause Couillard » dans l’actuel Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale.
  7. Philippe Couillard présente dans son équipe de candidats 18 anciens ministres du gouvernement Charest et tente de nous faire croire que le ménage a été fait et que le PLQ s’est renouvelé.
  8. Philippe Couillard s’est dit à l’aise avec tout l’héritage du PLQ, incluant les années Charest sur lesquelles planent encore beaucoup de soupçons et de questions sans réponse.
  9. Avant le déclenchement des élections, Philippe Couillard a agi de manière bassement partisane en faisant de l’obstruction pour faire mourir au feuilleton le projet de loi sur l’aide médicale à mourir – un projet de loi qui faisait pourtant consensus à l’Assemblée nationale.
  10. Philippe Couillard préfère faire peur aux Québécois (référendum) que leur démontrer qu’il est capable de faire de la politique autrement : s’il est élu, il ne faut s’attendre à rien d’autre qu’un traditionnel gouvernement libéral – ce dont je ne veux pas.

Je compte voter pour la CAQ de François Legault pour les raisons suivantes :

  1. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui ose rompre un peu soit-il avec le statu quo responsable du présent marasme au Québec.
  2. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui reconnaît la présence du mur qui se dresse devant nous ainsi que l’urgence de donner préséance aux services plutôt qu’aux structures.
  3. François Legault est le seul des trois principaux chefs à compter une expérience concrète de gestion acquise dans le secteur privé, expérience qui s’avérerait fort utile au Québec en ce moment.
  4. François Legault est comptable agréé et reconnaît qu’on ne peut plus laisser aller le saccage qui consiste à continuer à utiliser « la carte de crédit de nos enfants » pour payer nos services actuels.
  5. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui reconnaît que le fardeau fiscal est trop élevé au Québec et veut s’y attaquer.
  6. François Legault est seul des trois principaux chefs qui reconnaît que la bureaucratie est trop lourde au Québec et s’engage à l’alléger.
  7. François Legault compte plusieurs candidats issus du milieu des affaires dans son équipe, contrairement au PQ et au PLQ qui ont choisi de faire le plein d’économistes (même Pierre Karl Péladeau reconnaît que les économistes ne créent pas d’emplois).
  8. François Legault incarne une voix nécessaire au Québec et les Québécois seraient perdants si cette voix n’était plus représentée à l’Assemblée nationale. En septembre 2012, près de 1,2 M d’électeurs ont voté pour la Coalition Avenir Québec.
  9. François Legault est le seul des trois principaux chefs qui propose une charte des municipalités pour s’attaquer aux déficits actuariels des régimes de retraite municipaux.
  10. François Legault est le seul à diriger un parti n’ayant jamais été au pouvoir, et il ne pourrait qu’apporter un brin de fraîcheur à la gouvernance de notre province.

Cette année, je m’inscris en faux contre le « vote stratégique » et je voterai selon ma conscience et en fonction des enjeux que je considère prioritaires. Je vous invite à faire de même. Et, en pleine Commission Charbonneau, aucun parti ne mérite un mandat majoritaire. Il reste encore trop de ménage à faire. Bon vote!

Sébastien St-François

Nous sommes encore loin de la politique 2.0!

Politique 2.0
Depuis quelque temps, un vent de panique semble souffler dans les rangs péquistes. Les sondages indiquent une baisse de popularité du PQ depuis qu’une nouvelle menace référendaire plane sur le Québec, et la campagne de Pauline Marois manque de plus en plus de structure et de cohérence. Voilà maintenant qu’elle demande à Philippe Couillard de s’excuser pour les années Charest. Mme Marois joue dorénavant une de ses dernières cartes, celle de l’intégrité, et attaque son adversaire libéral sur ce point, alors que c’est elle qui a déclenché ces élections, notamment – pourrait-on raisonnablement penser – pour ne pas avoir à témoigner en commission parlementaire sur le prétendu « deal » avec la FTQ avant que les Québécois ne se rendent aux urnes. C’est vraiment rendu n’importe quoi du côté des péquistes.

Cette campagne se déroule donc sur traditionnel fond d’intégrité et de référendum. Après la sortie de Linda Goupil vendredi dernier, affirmant qu’elle ne voulait pas d’un référendum et qu’elle ne se serait pas présentée candidate si elle l’avait su, voilà maintenant à la députée sortante de Champlain, Noëlla Champagne, de faire une sortie publique. Ce faisant, Mme Champagne a néanmoins précisé ce que sa chef entend par ceci : « Il n’y aura pas de référendum… [quelques secondes de silence] tant que les Québécois ne sont pas prêts. » De répondre Mme Champagne : « Elle [Mme Marois] n’a jamais dit qu’elle ne le ferait pas… mais ce n’est pas son premier choix. On n’a pas le goût de se lancer là-dedans pour perdre. »

Le 29 mars 2014 marque le 65e anniversaire de naissance de Pauline Marois. Elle a beaucoup plus d’années de vie politique derrière elle qu’elle n’en a devant elle. Celle qui est devenue la première femme dans l’histoire du Québec à occuper sa fonction milite pour la souveraineté depuis des décennies. Si elle réussit à décrocher une majorité (ce qui semblerait de moins en moins probable, mais non impossible), il est clair dans mon esprit qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour « préparer » les Québécois à un nouveau rendez-vous référendaire avant la fin de son mandat. Elle sait fort bien que le temps avance, et je suis convaincu qu’elle veut être celle qui réussira là où deux de ses prédécesseurs ont échoué.

Les Québécois qui n’en veulent pas d’un troisième référendum (64 % selon un récent sondage CROP) ont donc de bonnes raisons de « paniquer » si Pauline Marois réussit son pari risqué de décrocher un mandat majoritaire le 7 avril prochain. Elle maintient sa réponse floue pour ne pas s’aliéner les purs et durs ainsi que les pressés de son parti; si elle devait diriger un gouvernement majoritaire, ce seraient ces mêmes personnes qui exerceraient toutes les pressions possibles pour faire plier la première ministre et engager le Québec sur cette voie. Et l’Histoire nous enseigne que le chef du PQ est assis sur un siège éjectable si les purs et durs décident qu’il a fait son temps…

Par ailleurs, le « Bonhomme Sept Heures » référendaire, soit l’actuel chef du PLQ qui promettait un renouveau de son parti, affirme que le Québec aurait les moyens de devenir un pays. Il vient de perdre toute chance d’obtenir mon vote, car il démontre clairement que le PLQ n’a pas évolué d’un iota depuis avoir perdu le pouvoir au terme de neuf ans de règne. Philippe Couillard ne fait que jouer la même cassette que les chefs du PLQ se lèguent depuis des décennies. La dernière fois que j’ai voté pour un vieux parti, ce fut pour le PLQ en 2003. En 2014, comme en 2012, mon vote ira à la Coalition Avenir Québec. Non, la CAQ est loin d’être une option parfaite, mais ça vaut mieux à mes yeux que la « bouillis pour les chats » que nous servent les vieux partis depuis des décennies sans jamais régler les nombreux problèmes qui plombent le Québec depuis trop longtemps.

En 2014, c’est notre seule option pour tenter d’amorcer une « ère 2.0 » dont la politique québécoise aurait bien besoin. Nous devons nous sortir du marasme collectif dans lequel nous maintiennent péquistes et libéraux ex aequo!

Pour conclure, voici les propos (traduits) du chroniqueur Michael Den Tandt du National Post : Ce serait une sublime ironie si Pauline Marois – après avoir plongé le Québec en élections par opportunisme crasse, renié l’histoire de son parti en matière d’inclusion culturelle et recruté le célèbre milliardaire intraitable Pierre Karl Péladeau pour donner à son plan [économique] du muscle et de la crédibilité auprès de l’électeur moyen – devait perdre son pari. Il s’agirait d’un discrédit irréfutable de la croyance selon laquelle celui ou celle qui mène dans les sondages à l’aube d’une campagne électorale remportera à coup sûr son pari. Quand on joue avec le feu, il arrive qu’on se brûle…

Sébastien St-François