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Encore des mois à subir l’entrave majeure sur la 132 Ouest!

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Selon ce communiqué publié sur Québec 511, les automobilistes qui empruntent notamment la 132 Ouest quotidiennement en semaine ne sont pas au bout de leurs peines. Les travaux d’aménagement de la « superbe » piste cyclable en bordure du fleuve – qui devaient être enfin terminés en août – se prolongeront jusqu’au 6 novembre prochain!

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Pas de taxation sans représentation

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À l’image de ce qu’est devenue Montréal, l’agglomération de Longueuil est un monstre bureaucratique qui coûte de plus en plus cher à faire rouler (334,5 M$ en 2015), mais qui ne fournit pas à ses citoyens des services à la hauteur de ce à quoi ils sont en droit de s’attendre.

Là où j’habite (Boucherville, une des quatre villes dites liées à Longueuil), notre appartenance forcée à l’agglomération nous coûte cette année la rondelette somme de 47,5 M$, en hausse de 2,7 % par rapport à 2014. Juste au chapitre de la sécurité publique (police et pompiers), ça nous coûte tout près de 20 M$ par année – et nous n’en avons nettement pas pour notre argent à cet égard. Par exemple, cela fait plus d’une décennie que les Bouchervillois attendent la construction d’une deuxième caserne de pompiers sur le territoire afin que le schéma de couverture de risques en sécurité incendie soit respecté (dix pompiers sur les lieux d’un incendie – où qu’il soit – en dix minutes). Bref, nous payons et payons, mais les services pour lesquels nous payons ne sont pas nécessairement au rendez-vous.

C’est une situation que trois des quatre maires des villes liées de l’agglomération de Longueuil ont dénoncé en décembre dernier. Ils estiment que les villes liées auraient versé, sur une période de sept ans, 40 M$ en trop à l’agglomération. Le dossier se trouve maintenant devant les tribunaux. Faisant cavalier seul, le maire de Boucherville, Jean Martel, a plutôt affirmé que tout fonctionnait très bien à l’agglomération. D’ailleurs, depuis qu’il est en poste (novembre 2009), il vote systématiquement en faveur de tout ce que dépose la mairesse Caroline St-Hilaire. C’est à se demander si cette dernière ne prend pas le vote de Boucherville pour acquis aujourd’hui.

Il s’avère que le torchon brûle au sein de l’agglomération. Non seulement Caroline St-Hilaire doit-elle composer avec trois maires mécontents (ceux de Brossard, de Saint-Bruno-de-Montarville et de Saint-Lambert), mais ses relations avec le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, sont très tendues depuis le dépôt du budget 2015 de la Ville de Longueuil (taxes résidentielles en hausse de 3,9 %, soit près de deux fois l’inflation) et l’engagement pris par le ministre de rembourser les contribuables longueuillois via les impôts de 2015.

Également, au cours des derniers jours, grâce à la connivence entre la mairesse de Longueuil et le maire de Boucherville, Paul Leduc, maire de Brossard, a été évincé de son poste au conseil d’administration de la Communauté métropolitaine de Montréal. Surprise! C’est Jean Martel, maire de Boucherville, qui le remplacera à ce poste…

Il existe un principe en démocratie qui remonte à la Révolution américaine des années 1750 : « no taxation without representation » (pas de taxation sans représentation). En échange de leur contribution forcée à l’agglomération de Longueuil, les contribuables bouchervillois sont en droit de s’attendre à ce leur maire – leur représentant auprès de l’agglomération – défende leurs intérêts et non ceux de la mairesse St-Hilaire. À l’heure actuelle, comme Bouchervillois, j’ai l’impression que ce sont les maires des trois autres villes liées qui prennent mes intérêts comme contribuable de l’agglomération plus au sérieux que le maire de la ville que j’habite. Ce n’est pas normal… Au nom du principe susnommé, il serait grand temps que Jean Martel cesse d’être le pantin de Caroline St-Hilaire et reconnaisse qu’il existe un véritable problème de gouvernance au sein de l’agglomération de Longueuil. Un problème qui coûte très cher chaque année à ses concitoyens, au même titre que les citoyens des trois autres villes liées…

Sébastien St-François

Monde municipal : une refonte en profondeur s’impose

B4rUnj3IQAA-UYN.jpg largeSource : tvrs.ca

Le diable est aux vaches dans le monde municipal. Après avoir soulevé l’ire des syndiqués municipaux en faisant adopter son projet de loi 3 sur les régimes de retraite, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, s’est attiré les foudres des élus municipaux la semaine dernière en fustigeant publiquement la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, et le maire de Laval, Marc Demers. Le ministre juge les hausses de taxes décrétées par ces derniers exagérées et menace les fautifs de sanctions. Qui a raison, qui a tort? Il est difficile d’imputer l’entièreté du blâme à l’une ou l’autre des parties, mais une chose est certaine : c’est toujours le contribuable qui finit par payer… Dans ce texte, je vais me concentrer sur la situation de l’agglomération de Longueuil étant donné que j’y habite. Cependant, mes commentaires s’appliquent à la grandeur du Québec.

Dans ce débat, il faut garder à l’esprit une prémisse de base : les employés municipaux sont les fonctionnaires les mieux payés au Québec. En fait, ils gagnent près de 40 % de plus que leurs homologues provinciaux. Ce sont les contribuables qui font les frais de ces conditions de travail extrêmement généreuses. Par exemple, à Boucherville – municipalité de 42 000 âmes que j’habite depuis 1977 –, le directeur général de la Ville reçoit des émoluments et avantages sociaux qui frôlent, voire dépassent, les 200 000 $ – sans parler du régime de retraite doré qui l’attend quand il tirera sa révérence. Raisonnable pour ce que certains qualifieront de « ville dortoir »? La masse salariale des municipalités est très élevé. Viennent ensuite les projets de toutes sortes qui sont chers à nos élus. Toujours à Boucherville, c’est par millions que l’argent des contribuables se dépense sur des projets très accessoires dans le contexte actuel. Et, dans le cas de ma ville, ces projets sont souvent payés au comptant afin de museler les citoyens contestataires. Il faut savoir qu’en vertu de la Loi sur les cités et villes, les élus peuvent dépenser les surplus comme bon leur semble sans que les citoyens puissent s’y opposer. Est-ce normal dans un système qui se veut et se dit démocratique?

Pendant ce temps, le déficit d’entretien de nos infrastructures publiques se creuse d’année en année. Chez nous, le service du génie prône la réfection complète (conduites d’aqueduc et d’égout, fondation et chaussée) d’un minimum de cinq kilomètres de rues annuellement. Or, d’après les chiffres que j’ai obtenus de la direction du greffe de la Ville de Boucherville, sur une période de six ans (de 2009 à 2014 inclusivement), très exactement 14,678 kilomètres ont été refaits. Ce déficit de 15,322 kilomètres s’ajoute à celui d’environ 40 kilomètres qui existait au début de 2009. Quand on sait combien coûte la réfection complète d’un mètre linéaire de rue, c’est une facture totalisant des dizaines de millions de dollars qui se monte sous nos pieds. Et le cas de Boucherville est loin d’être un cas d’espèce; l’ensemble des municipalités du Québec accusent un déficit à ce chapitre.

Vient ensuite la situation de l’agglomération de Longueuil. En 2016, ce monstre bureaucratique « fêtera » ses dix années d’existence. Cette structure qu’est l’agglomération coûte de plus en plus cher aux contribuables qui la financent. Pour 2015, son budget s’établit à 334,5 M$, en hausse de 1,9 % par rapport à 2014. Cette nouvelle hausse s’ajoute à des hausses annuelles souvent supérieures à l’inflation depuis 2006. Pour Boucherville, cela se traduit par une quote-part de 47,5 M$, en hausse de 2,9 % par rapport à 2014.

Jeudi dernier, trois des quatre maires des villes liées à Longueuil (Boucherville, Brossard, Saint-Bruno et Saint-Lambert) ont fait une sortie publique pour dénoncer le manque de transparence dont ils se jugent victimes. Ces trois maires, dont Martin Murray de Saint-Bruno qui est comptable de formation, avancent que le partage des dépenses mixtes entre la ville centre (Longueuil) et les villes liées serait illégal et aurait coûté aux contribuables de ces dernières 40 M$ en sept ans. Si je reviens à l’exemple de Boucherville, alors que nous ne représentons qu’environ 10 % de la population de l’agglomération, la quote-part que nous devons verser annuellement aux coffres de l’agglo a souvent dépassé les 15 %. C’est ça, l’équité en matière de fiscalité municipale?

Étonnamment, le maire de Boucherville, Jean Martel, a décidé d’aller à l’encontre de ses trois homologues et a plutôt permis l’adoption du budget 2015 de l’agglomération. Pour justifier sa décision de se ranger une fois de plus derrière Longueuil, il invoque que l’agglomération fonctionne et permet de belles réalisations, comme les Jeux du Québec. Oui, elle fonctionne, mais à quel prix? En prenant le parti de la mairesse St-Hilaire, j’en conclus donc que Jean Martel ne reconnaît pas l’iniquité dont ses concitoyens sont victimes et juge parfaitement normal que les contribuables de Boucherville essuient des hausses de leur fardeau fiscal imputables au fonctionnement de l’agglomération de Longueuil qui sont plus souvent qu’autrement supérieures à l’inflation. Je trouve cela bien désolant venant d’un maire qui dit prôner une « taxation limitée et responsable » depuis qu’il est en poste. Quant on sait que la quote-part représente annuellement environ 45 % du montant (après impôt) que les contribuables doivent payer en taxes municipales à la Ville, on est en droit de s’attendre à ce que le maire prenne le parti des citoyens dont il est censé défendre les intérêts plutôt que celui d’une mairesse somme toute assez dépensière.

Alors, entre le ministre Pierre Moreau et la mairesse St-Hilaire, qui croire? Certes, Mme St-Hilaire a parfaitement raison lorsqu’elle déclare que les élus municipaux ont la légitimité démocratique de gérer leur ville et que c’est aux citoyens qu’ils représentent de juger de leur rendement. Par contre, M. Moreau a tout autant raison d’affirmer que les municipalités disposent d’une évaluation foncière qui augmente, qu’elles dégagent des surplus (parfois énormes) et que la croissance de leurs dépenses augmente – tout comme leur assiette fiscale. Pour le contribuable, ce débat aboutit plus souvent qu’autrement au même résultat : un compte de taxes qui ne cesse d’augmenter et qui représente un fardeau de plus en plus lourd.

Une chose demeure certaine. Comme ce fut le cas avec les commissions scolaires en 2013 sous le gouvernement Marois, peu importe qui remporte ce bras de fer politique entre Québec et les municipalités, c’est au contribuable municipal qu’on refilera une fois de plus la note. Et c’est pour cette raison qu’une refonte en profondeur du fonctionnement et des priorités de nos municipalités s’impose. Il est temps de faire le ménage et d’arrêter de pelleter dans la cour des contribuables.

Sébastien St-François

Rendez-vous référendaire à Boucherville

NCAB_RAPPORT_140708_Images_35__vue_sur_els_2_bassins_Web__2014117152024Source : boucherville.ca

Le lundi 10 novembre, un total de 902 personnes se sont déplacées à l’hôtel de ville pour signer un registre afin de manifester à l’administration municipale leur opposition à un règlement d’emprunt de 34 M$ pour financer un futur complexe aquatique. En vertu de la loi, il fallait 804 signatures pour bloquer ledit règlement d’emprunt.

C’est la deuxième fois depuis l’entrée en fonctions du maire Jean Martel en 2009 que des citoyens se mobilisent pour bloquer un règlement d’emprunt. En effet, en mars 2012, 1047 citoyens s’étaient mobilisés pour bloquer un règlement d’emprunt beaucoup moins élevé concernant l’aménagement d’une piste cyclable entre Boucherville et Saint-Bruno. Dans ce dossier, on connaît la suite. Plus tôt cette année, le maire est revenu à la charge avec le même projet de piste cyclable – cette fois décidant de faire fi de la démocratie en puisant dans les surplus de la Ville pour financer le projet au comptant et ainsi museler toute opposition possible de la part des citoyens. Ainsi est faite la Loi sur les cités et villes, censée protéger les citoyens des municipalités du Québec… J’avais écrit au ministre de l’époque, Sylvain Gaudreault, mais je n’avais eu droit qu’à un accusé de réception laconique en guise de réponse aux doléances exprimées dans ma lettre.

Dans le cas du complexe aquatique, la Ville ne dispose évidemment pas des liquidités nécessaires pour financer le projet au comptant. Donc, le soir même que le résultat de la signature de registre a été connu, le maire a annoncé que son projet fera l’objet d’un référendum en janvier ou février 2015.

Les citoyens ayant signé le registre ont voulu envoyer un message au conseil municipal, mais il y a lieu d’interpréter ce message correctement. Rares sont les Bouchervillois qui ne reconnaissent pas la vétusté de nos installations aquatiques et personne (à ma connaissance) ayant signé le registre ne s’oppose à la mise à niveau de ces installations qui ont vieilli au fil des ans. Là où ça accroche pour les signataires du registre, c’est au niveau du coût du projet proposé par l’administration municipale : 34 M$, c’est sans précédent, et ça ne tient pas compte des inévitables dépassements de coûts qu’on observe dans la vaste majorité des projets publics entrepris ici comme ailleurs. À Boucherville, pensons à des exemples récents comme le Cercle social Pierre-Boucher et le Centre d’arts. Dans un cas comme dans l’autre, le budget initialement annoncé n’a pas été respecté.

Le maire nous explique que nous devons agir rapidement pour ne pas perdre les quelque 10 M$ en subventions octroyées au projet. Il avance que le projet ne coûtera pas 34 M$, mais 24 M$. Il affirme également ceci, rapporté la semaine dernière par le journal La Seigneurie : « On a réussi à baisser la dette afin de se dégager une marge de manœuvre et être capable de réaliser le projet en limitant l’impact sur les comptes de taxes. »

À mon avis, un tel raisonnement ne tient pas la route pour deux raisons. Premièrement, qu’en est-il des autres priorités actuelles et futures de la municipalité? Pensons notamment aux travaux de réfection (voirie et réseau d’égouts). En 2009, notre déficit à cet égard atteignait quelque 40 kilomètres. Depuis 2009, selon le Palmarès des municipalités des HEC Montréal, la croissance annuelle moyenne des dépenses à ces chapitres a baissé de quelque 30 % dans le cas de Boucherville. Cela m’indique que le déficit se creuse depuis cinq ans. Quand on sait combien coûte la réfection complète (surface + souterrain) d’un kilomètre de voirie, nous en avons pour des dizaines de millions de dollars en dépenses prévisibles au cours des prochaines années – juste pour rattraper le retard accusé depuis le début du millénaire. Sachant cela, avons-nous vraiment les moyens de nous payer le complexe aquatique mis de l’avant par Jean Martel?

Deuxièmement, ce n’est pas parce que nous bénéficierions de subventions totalisant environ 10 M$ que nous avons les moyens de ce projet et que le coût définitif du projet se limitera à 34 M$ (24 M$ après subventions). C’est comme si vous aviez des travaux majeurs à faire effectuer sur votre maison. Votre budget est serré et vous devez également remplacer votre voiture. Vous n’en avez pas les moyens, mais vous vous laissez tenter par l’offre d’un vendeur de voitures de luxe, qui vous propose une réduction du prix de quelques milliers de dollars pour vous convaincre à signer… Est-il pour autant responsable de succomber à la tentation si la décision est mise en contexte?

Sur le plan démocratique, la signature du registre aura l’avantage de permettre la tenue d’un débat éclairé sur la question, et le fardeau de la preuve revient maintenant au conseil municipal. En effet, les membres du conseil municipal doivent nous donner toute l’information nécessaire afin que nous puissions nous prononcer sur leur projet en toute connaissance de cause. Les citoyens ont besoin d’obtenir les réponses à toutes leurs questions afin d’être en mesure de prendre une décision éclairée sur le bien-fondé d’investir autant d’argent dans un seul projet.

Quelques questions me viennent spontanément à l’esprit :

  1. En quoi ce projet (comprenons-nous bien, pas une mise à niveau de la piscine, mais le projet de 34 M$+ actuellement proposé par l’administration) est-il absolument nécessaire pour la population de Boucherville? Pourquoi un projet plus modeste et moins coûteux n’a-t-il pas été envisagé?
  2. En quoi ce projet est-il prioritaire et s’il allait de l’avant, quelle serait l’incidence sur la capacité de la Ville à financer adéquatement d’autres travaux prioritaires sans alourdir indûment le fardeau fiscal des contribuables?
  3. En quoi ce projet serait-il rentable pour Boucherville et sa population? Autrement dit, en avons-nous vraiment les moyens et quelle serait l’incidence (chiffrée) sur nos comptes de taxes futurs? L’information vague fournie par le maire à ce propos ne me satisfait pas.

Ce sera donc un dossier à suivre de près au cours des semaines et des mois à venir, et tout un chacun doit s’assurer d’avoir en main toute l’information pertinente et nécessaire pour prendre la décision la plus judicieuse qui soit en tenant compte de notre capacité de payer collective et des autres priorités de notre municipalité. Deux choix sont possibles : on accepte le grandiose projet qui nous est proposé ou on demande au conseil municipal de refaire ses devoirs et de nous revenir avec un nouveau projet plus modeste et donc d’une facture plus raisonnable.

Sébastien St-François

Quand on fait l’autruche…

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Quand on fait l’autruche, on ne voit pas la réalité autour de soi, mais la réalité ne devient pas moins implacable pour autant. Le jour où on se sort la tête du sable, BAM! Ça risque de faire encore plus mal…

C’est la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui le Québec (l’État) et les Québécois (les contribuables). À quelques heures du dépôt du budget 2014-2015 mercredi dernier, Carlos Leitao (que j’ai appris se prononce « Laytown » en portugais) a qualifié la situation du Québec de « sérieuse » et le gouvernement Couillard impose dès cette année un début de régime minceur dans l’espoir de commencer à assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre sur dix – avant qu’il ne soit trop tard… Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec, la dette nette du Québec atteint maintenant plus de 54 % du PIB (par rapport à 50 % il y a à peine deux ans) comparativement à environ 44 % en Ontario et à quelque 33 % du PIB pour l’ensemble des provinces canadiennes.

Le Québec est donc plus lourdement endetté que le reste du Canada et continue à s’endetter à un rythme insoutenable. Qu’on soit un particulier, une entreprise ou un État, si on persiste à vivre au-dessus de ses moyens et, ce faisant, à se cacher la tête dans le sable, la réalité finit par prendre le dessus et on frappe un mur. Le Québec semble avoir frappé son mur…

C’était pourtant écrit dans le ciel : le Québec n’a pas les moyens de ses ambitions depuis des années, mais les gouvernements qui se sont succédé ont longtemps préféré jouer le jeu des déficits-surprises. On gouverne trop souvent pour se faire réélire, non pour faire ce qui doit être fait dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la population – que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral. Pourquoi donner un portrait juste et franc aux électeurs quand ce n’est pas ce qu’ils souhaitent voir ou entendre? Aussi bien donc les berner et leur faire croire que tout va bien.

Les abus et la mauvaise gouvernance du passé nous rattrapent maintenant en 2014. Selon le vérificateur général du Québec, Michel Samson, si rien n’est fait, l’État québécois se dirige vers un déficit de 5,6 G$ pour 2014-2015. Nous sommes loin des 1,75 G$ de Nicolas Marceau ou même des 3,1 G$ avancés récemment par le nouveau ministre libéral des Finances. Et n’oublions pas que la population active est maintenant en décroissance dans la Belle Province : moins de travailleurs, moins de « payeurs de taxes » pour financer la machine…

Comme le titrait jeudi dernier le chroniqueur Francis Vailles de La Presse, devant l’état lamentable des finances publiques, a-t-on vraiment le choix? Malgré toutes les compressions et tous les gels déjà budgétés pour 2014-2015, l’exercice en cours se soldera par un déficit de 2,35 G$ et, pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016, il faudrait couper 4 G$ de plus que cette année. Plusieurs se demandent si les chiffres avancés par le gouvernement peuvent tenir la route. Québec veut limiter la hausse des dépenses à 1,8 % cette année et à 0,7 % l’an prochain. Du jamais vu, du moins depuis belle lurette, les dépenses gouvernementales ayant plutôt tendance à croître d’au moins 5 % année après année. Ce n’est pas pour rien que les agences de notation ont l’État québécois à l’œil.

C’est d’ailleurs inquiétant d’apprendre que les agences de notation ont déjà commencé à dicter certaines commandes budgétaires au gouvernement. En effet, selon le chroniqueur Jean Lapierre, si les 1,5 G$ promis en investissements additionnels en infrastructures (15 G$ sur 10 ans) par Philippe Couillard en campagne électorale ne figurent pas au budget déposé la semaine dernière, c’est que les agences auraient menacé Québec d’une décote, considérant notre dette déjà trop élevée. Nous commençons donc à ne plus être entièrement maîtres de nos choix, et Dieu sait que nos infrastructures sont en piètre état. Des choix très douloureux poignent à l’horizon… Pis encore, tout ce qui nous arrive maintenant était prévisible depuis un bon moment.

Le Québec et les Québécois ont trop longtemps fait l’autruche, se faisant croire que l’État providence se portait bien, que la pérennité du modèle québécois de la Révolution tranquille était assurée et que nous pouvions continuer à nous endetter ad vitam aeternam… Bien, la réalité nous rattrape maintenant. L’heure des choix douloureux est arrivée et – qu’on aime le terme ou pas – l’austérité devient notre nouvelle réalité. Si nous ne trouvons pas le courage nécessaire pour faire ce qui doit être fait, ce seront les agences de notation qui nous dicteront leurs choix (c’est déjà commencé), et les conséquences seront d’autant plus douloureuses.

Ce qui doit être fait urgemment maintenant aurait dû être fait il y a dix ans. Mais, en 2003, Jean Charest a préféré garder sa tête dans le sable que mettre en branle la « réingénierie de l’État » qu’il avait pourtant promise pour se faire élire. Dix ans plus tard, l’autruche se sort enfin la tête du sable et elle n’aime pas ce qu’elle voit autour d’elle. Mais il ne faudrait surtout pas qu’elle se replonge tête première dans son petit monde où tout va pour le mieux…

Sébastien St-François

L’art de lancer des ballons…

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À peine élue pour former un gouvernement majoritaire (et donc « régner » sur le Québec jusqu’en octobre 2018 au moins), l’équipe de Philippe Couillard est déjà passée maître dans l’art de lancer des ballons – ce à quoi les libéraux nous avaient habitués pendant les années de l’ère Charest.

Le nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, déposera le budget de la province pour l’exercice 2014-2015 le mercredi 4 juin prochain. Dès les premiers jours suivant l’élection, le gouvernement Couillard a mis la table : il cherchait à trouver 3,7 G$ dès cette année et promettait le retour à l’équilibre budgétaire dès 2015-2016. On le sait, le Québec est cassé comme un clou. Celles et ceux qui suivent l’évolution de la conjoncture depuis des années n’ont pas tombé de leur chaise en entendant le nouveau premier ministre invoquer l’urgence d’agir pour assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre au pays.

Mais un problème de taille perdure. Dans sa chronique du mercredi 28 mai, simplement intitulé « Le mur », Alain Dubuc de La Presse met le doigt sur le bobo, comme on dit : « Il suffit de donner l’impression qu’on va toucher au modèle québécois pour provoquer une levée de boucliers. » C’est bien vrai… Toutes les grandes centrales syndicales ont déjà commencé à se faire entendre et leurs présidents ont rencontré le premier ministre il y a quelques semaines. Aujourd’hui, après de grands discours sur la « rigueur budgétaire » (Philippe Couillard n’aime pas parler d’austérité), le gouvernement ne cesse de lancer des ballons, invoquant de possibles ou probables hausses ici et là. Pour une nième fois, on semble vouloir prendre la voie facile de puiser dans les poches des contribuables pour colmater des brèches ici et là. Venant d’un parti qui voulait s’occuper des vraies affaires en campagne électorale, ce serait à la fois décourageant et inacceptable…

Prenons l’exemple de trois importants portefeuilles du gouvernement et des ministres nommés pour les piloter.

1. Éducation (Yves Bolduc) : L’homme que je surnomme « La Cassette ». Il ne m’a pas impressionné comme ministre de la Santé de Jean Charest; il ne m’impressionne guère plus comme ministre de l’Éducation de Philippe Couillard. Il maîtrise à merveille la langue de bois, l’art d’utiliser du verbiage pour n’absolument rien dire. À peine arrivé en poste, le voilà à nous préparer à une nouvelle hausse des taxes scolaires pour 2014-2015. Mercredi dernier, M. Bolduc a été interviewé par Paul Arcand. Écoutez l’entrevue et jugez par vous-même : http://www.985fm.ca/lecteur/audio/yves-bolduc-ministre-de-l-education-du-loisir-et-225883.mp3. Une vraie cassette…

2. Santé (Gaétan Barrette) : On le sait, notre système de santé est sclérosé : trop de bureaucrates, pas assez de services directs aux patients, délais indécents et parfois même médicalement inacceptables. Déjà, la santé accapare 43 % du budget du Québec et les coûts en santé sont appelés à augmenter de 5,2 % annuellement alors que – selon les prévisions – la croissance économique moyenne se chiffrera à 1,6 % par an au cours des 20 prochaines années. La nouvelle présidente de la FMSQ qualifie de théâtre les techniques de négociation du nouveau ministre de la Santé. Elle ne semble aucunement prendre au sérieux celui qu’elle qualifie de « personnage », celui même qui avait obtenu du gouvernement les généreuses augmentations pour les médecins spécialistes qui posent aujourd’hui un problème budgétaire. Ça tient presque du vaudeville alors que la cabane brûle!

3. Finances (Carlos Leitao) : Après avoir avancé en avril que certains programmes sociaux pourraient être éliminés, M. Leitao – pourtant classé deuxième parmi les meilleurs économistes au monde par Bloomberg News – ne trouve rien de mieux à nous annoncer à quelques jours du dépôt de son premier budget qu’un trou de 3,1 G$ pour 2014-2015. C’est ça, le mieux que peut faire le trio économique d’enfer de Philippe Couillard?

On nous répète qu’il faut donner la chance au coureur. Le nouveau gouvernement déposera son premier budget dans quelques jours. Cependant, depuis plus d’une semaine, ce gouvernement lance beaucoup de ballons et ça n’augure rien de bon pour les contribuables que nous sommes. On ne cesse de nous lancer l’idée de hausser tels droits, telles contributions ou telles taxes. Jamais on ne prend l’engagement ferme de revenir sur des hausses exagérées du passé récent (Hydro-Québec, commissions scolaires, etc.) ou de procéder sans plus tarder à un véritable dégraissage de l’appareil étatique. On préfère tout pelleter dans la cour des contribuables sans jamais s’attaquer aux véritables problèmes. Mais l’heure est grave, car le contribuable manque d’air et étouffe sous un fardeau qui ne cesse de s’alourdir d’année en année, de budget en budget… Il ne peut en faire plus!

La vraie solution à nos problèmes consiste à faire preuve d’une grande dose de courage politique et d’oser « toucher au modèle québécois » pour le réformer en profondeur, voire de fond en comble. Ce modèle est le fruit d’une époque révolue. Le Québec dépense trop et ses structures sont trop imposantes et tentaculaires. Collectivement, nous vivons carrément au-dessus de nos moyens! Notre gouvernement doit en prendre acte et être prêt à agir – quitte à ce que ça fasse mal et que ça nuise à ses chances de réélection dans quelques années. Je suis de moins en moins convaincu que le gouvernement Couillard fera ce que le gouvernement Charest n’a pas eu le courage de faire en neuf ans… Monsieur le Premier ministre, cessez de lancer des ballons et agissez!

Sébastien St-François

Cassé comme un clou…

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Ayoye! Comme plusieurs, je m’attendais de la part du ministre des Finances péquiste, Nicolas Marceau, un budget à saveur électoraliste, rempli de « candies et de nananes ». Il faut croire que ce n’était pas possible pour le ministre. Comme l’écrivait le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse vendredi dernier, le ministre Marceau a tenté de ne pas déplaire à l’électorat, quitte à ne pas être en mesure de lui plaire.

Mais encore, ce budget déposé le 20 février dernier est plutôt un non-budget : il n’est pas assorti de crédits budgétaires et ne constitue rien de plus qu’un prétexte permettant à Pauline Marois de déclencher des élections en mars. C’était presque tordant (mais tout aussi pathétique) d’entendre Véronique Hivon, ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, affirmer à Benoit Dutrizac vendredi dernier que la priorité au retour de la relâche parlementaire serait le débat sur ce budget en vue de son adoption. Or ce budget ne sera jamais vraiment débattu et certainement pas adopté…

Pour le Parti Québécois, c’est un budget austère qui démontre sans l’ombre d’un doute que Québec est cassé comme un clou. Même le PQ n’a pas eu le choix que d’annoncer une hausse des frais de garderie, qui seraient majorés à 8 $ par jour, puis à 9 $ par jour. Pis encore, peu importe qui entre le PQ ou le PLQ formait le gouvernement actuellement, le constat serait le même : le Québec est pauvre et n’a plus les moyens de ses généreux programmes sociaux.

Dans son budget, Nicolas Marceau table sur une réduction annuelle des dépenses de l’ordre de 2 % juste pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (on ne parle pas de notre dette astronomique). Le problème est que les dépenses en santé augmenteront de 3 % annuellement d’ici là. Il faudra donc réduire le budget de la plupart des autres ministères (exception faite, par exemple, de l’éducation) de 1 % par année au cours des prochaines années. Et tout cela dans un contexte de croissance économique anémique (1,9 % versus 2,3 % pour le reste du Canada).

La semaine dernière, le vérificateur général du Québec, Michel Samson, a qualifié de trop optimiste la prévision du retour au déficit zéro en 2015-2016. Bref, le gouvernement ne dispose d’aucune marge de manœuvre et continue à nous endetter collectivement. Selon les prévisions, notre dette brute au 31 mars 2016 atteindra 209,9 G$, soit 53,4 % du PIB. Et, pour mettre la cerise sur le sundae, nous avons l’agence de notation Fitch qui nous souffle dans le cou. On ne peut pas dire que ça va bien…

Malgré tout, Pauline Marois plongera le Québec en élections d’ici quelques semaines et tentera de nous faire croire qu’elle est la mieux placée pour nous sortir du pétrin. Elle qui est en politique depuis des lunes, elle qui a occupé pratiquement tous les principaux ministères et connaît très bien l’appareil gouvernemental, elle qui est devenue la première femme à occuper sa fonction dans l’histoire du Québec pour ensuite démarrer son mandat non pas sur les chapeaux de roues, mais plutôt contrainte à reculer à plus d’une reprise. Elle n’aura pas ma confiance, pas plus que les libéraux d’ailleurs. Philippe Couillard a beau clamer que le Parti libéral du Québec est le parti de l’économie, son prédécesseur a endetté le Québec en neuf ans comme nul autre premier ministre avant lui. Et l’état des finances publiques est bien pire encore aujourd’hui qu’il l’était en 2003, première année du gouvernement dirigé par Jean Charest. Quant à la Coalition Avenir Québec, elle est incapable de s’imposer sur l’échiquier politique et de faire passer son message. Mais encore, François Legault, un ancien péquiste, est-il le chef le plus crédible pour personnifier le renouveau dont le Québec a cruellement besoin?

Je dois avouer que le programme du Parti conservateur du Québec en matière de finances publiques m’interpelle, car le constat est plus réaliste et – surtout – beaucoup moins timide que celui des autres. On dit les choses comme elles sont. Mais les Québécois sont-ils prêts à prendre un grand virage à droite en matière d’économie et de finances publiques? S’ils continuent à pelleter les problèmes par en avant, tôt ou tard, les chiffres finiront par les rattraper – et le coup de barre sera d’autant plus violent et douloureux.

Au moins, nous avons l’heure juste. De l’aveu même du parti prêt à convoquer les Québécois aux urnes, nous sommes cassés comme des clous. On fait quoi maintenant?

Sébastien St-François

Budget 2014 : continuité d’une part, hausses de l’autre et quelques surprises entre tout cela

annonce_budget_groupe_17dec2014_mediasSource : boucherville.ca

Le 17 décembre, le conseil municipal de la Ville de Boucherville a déposé et adopté le budget 2014 ainsi que le programme triennal d’immobilisations (PTI) pour 2014-2015-2016. Peu de surprises de ce côté : gel de la taxation résidentielle (hausse de 1,5 % pour les secteurs commercial et industriel), remboursement de la dette par anticipation (8,1 M$ prévus), affectation d’un montant de 34 M$ pour le projet de centre aquatique. Il en résulte un budget d’un peu plus de 106 M$, soit sensiblement le même niveau qu’en 2013.

Le budget dissimule toutefois une surprise de taille : en 2014, seulement deux rues seront refaites sur le territoire de Boucherville, soit Jean-Baptiste-Jobin (2 M$) et Des Ateliers (2,5 M$). C’est inquiétant, quand on sait que le déficit d’entretien se creuse d’année en année (le service du génie préconise la réfection d’au moins 5 000 mètres linéaires par année, ce que nous n’atteignons pas depuis longtemps) et que la réfection d’un mètre linéaire coûte quelque 4 000-5 000 $. Nous en avons pour des dizaines de millions de dollars juste en rattrapage. Et attendre qu’un bris survienne et nécessite des travaux urgents coûte beaucoup plus cher qu’effectuer des travaux planifiés…

Réduire la dette, c’est bien, mais pas si ça devient une obsession au point de fragiliser encore plus une infrastructure déjà très vieillissante. Remplacer des tuyaux souterrains et repaver des rues, ce n’est pas très « glamour » pour un politicien, mais c’est une nécessité absolue. Plus on accuse du retard, plus les éventuelles surprises risquent d’être douloureuses… et coûteuses.

Du côté de l’agglomération de Longueuil, le portrait est moins rose. En 2014, notre quote-part à l’agglo totalisera 47,4 M$, soit quelque 45 % de notre budget total. Lors de la présentation budgétaire, le maire Jean Martel a affirmé que le budget de l’agglomération était en hausse de 4,74 % par rapport à 2013 et que la quote-part perçue de Boucherville était majorée de 3,11 % par rapport à l’an dernier. C’est nettement plus que l’inflation et, de toute évidence, l’agglomération peine à contenir ses dépenses.

Juste à Boucherville, le service de sécurité publique (policiers et pompiers) nous coûtera la rondelette somme de 19 407 501 $ en 2014, soit 42 % de nos dépenses d’agglomération. Et, bien que le PTI 2014-2015-2016 de l’agglomération de Longueuil fasse état d’une affectation de 7,56 M$ pour la « construction d’une nouvelle caserne d’incendie dans la ville de Boucherville » (c’était le cas l’an dernier), pas un mot du maire ou de son collègue aux finances, Dominic Lévesque, quant à cette caserne – promise publiquement en décembre 2012 pour décembre 2013 dans le plus grand enthousiasme… Les Bouchervillois ont toutes les raisons de s’inquiéter du mutisme de leurs élus quant à ce dossier de sécurité publique. Depuis la contestation de la mise en réserve du terrain recommandé par le maire Martel pour la construction de cette caserne, c’est le silence radio. NOS ÉLUS ONT-ILS UN PLAN B? De toute évidence, NON.

À part Varennes (qui dégage un surplus monstre de 12,9 M$ en 2013) et Boucherville, la plupart des autres municipalités de la Rive-Sud imposent des hausses de taxes oscillant entre 2 % et 3 % à leurs contribuables. Nous pouvons donc nous compter parmi les « chanceux ». Cependant, il en demeure que les Bouchervillois doivent continuer à s’inquiéter du déficit d’entretien des infrastructures qui se creuse et de la caserne de pompiers qui se fait toujours attendre et dont l’absence compromet la sécurité-incendie sur la majeure partie du territoire (le fameux « 10 en 10 » ne peut être garanti ou atteint sur la quasi-totalité du territoire sans cette 2e caserne).

Sébastien St-François

P.-S. : La présentation budgétaire 2014 de la Ville de Boucherville peut être consultée à l’adresse http://boucherville.ca/cgi-bin/index.cgi?page=residants0_1_0

 

Budget 2013 : manque de transparence et de respect envers les citoyens et les contribuables

Le budget 2013 de la Ville de Boucherville a été présenté lundi soir. L’administration Martel a annoncé en grande pompe un gel de taxes pour 2013. Elle va même jusqu’à affirmer qu’il s’agit du premier gel décrété depuis 2006. Je me permettrai un commentaire à cet égard. En 2006, année où Boucherville est redevenue une ville après quatre années de fusion forcée, il restait environ 700 000 $ dans les coffres et les travaux de réfection des infrastructures avaient été paralysés pendant autant d’années. Il aurait été irresponsable, voire impossible, de décréter un gel des taxes pendant les années 2006-2009, où tout était à refaire après une fusion s’étant avérée désastreuse pour les finances de Boucherville. Aujourd’hui, après plusieurs années de plantureux surplus, annoncer un gel de taxes relève davantage de l’électoralisme que d’un exploit quelconque. Il me semble évident que nous sommes surtaxés depuis quelques années en préparation de ce budget à saveur électoraliste.

Taxation : un gel qui dissimule une hausse

Depuis l’arrivée de Jean Martel à l’hôtel de ville, nous avons subi des hausses de près de 4 % (2010), de près de 2 % (2011) et de 1 % (2012). En parallèle, la Ville dégage des surplus budgétaires qui montent en flèche depuis quelques années : 2,9 M$ (2009), 4,9 M$ (2010) et 6,8 M$ (2011). Pour 2012, on nous annonce déjà un surplus de plus de 4,1 M$; à titre comparatif, le surplus « annoncé » pour 2011 avait été de l’ordre de 3,6 M$ et la Ville a fini par dégager près du double. Une simple règle de trois laisserait donc présager un surplus réel de plus de 7,5 M$ pour 2012. En clair, en combinant les hausses annuelles que nous subissons et les montants que la Ville perçoit en trop d’année en année, le fardeau fiscal des contribuables bouchervillois a subi une augmentation réelle qui se situe entre 7 % et 8 % annuellement, et ce, depuis quelques années (à lire : La « taxation limitée et responsable » de l’administration Martel alourdit excessivement le fardeau fiscal des contribuables bouchervillois).

Donc, en apparence, les Bouchervillois auront droit à un certain répit l’an prochain. Cette manœuvre était prévisible : Jean Martel est un politicien des plus traditionnels à bien des égards et cherche à se faire réélire en novembre prochain. Cependant, ce « gel » dissimule en fait une légère hausse de 0,8 %, attribuable à la réduction de 1,9 % de la quote-part que nous verserons à l’agglomération de Longueuil en 2013 (45,972 M$) par rapport à 2012 (46,845 M$). Où iront les 873 000 $ que nous payerons en moins l’an prochain à l’agglomération? Certainement pas dans les poches des contribuables bouchervillois… J’ai posé la question hier soir, mais je n’ai pas eu droit à une réponse claire et transparente de la part de Dominic Lévesque, conseiller responsable du budget.

Comme on pouvait s’y attendre, le taux de taxation résidentielle par 100 $ d’évaluation baisse en 2013, étant donné que le nouveau rôle d’évaluation (2013-2014-2015) fait bondir la valeur du parc immobilier résidentiel de 18,5 %, soit de 4,4 G$ à 5,2 G$. D’un taux de 0,7762 $ en 2012, nous passerons à un taux de 0,6475 $ en 2013. Cependant, si l’administration Martel avait fait le choix de refiler aux Bouchervillois la baisse de quote-part pour 2013 (au lieu de s’en servir à une fin qui demeure inconnue), elle aurait plutôt fixé le taux de taxation à 0,6425 $ par 100 $ d’évaluation. Vous allez me dire que ce n’est pas énorme, mais lorsqu’on se targue d’être transparents et d’appliquer une « taxation limitée et responsable », annoncer un gel qui dissimule une hausse – si minime soit-elle –, ça nuit à la crédibilité de ceux qui se vantent d’appliquer la plus grande transparence à leur gestion des fonds publics…

Le calcul est fort simple. Si on soustrait du compte moyen de 2874 $ qui figure dans la présentation budgétaire la taxe d’eau (158 $) et la taxe de déchets (298 $), on arrive à 2418 $. Au taux de 0,7762 $ (2012), on arrive à une évaluation foncière de 311 517 $. En 2013, la valeur d’évaluation foncière utilisée est 373 400 $ (+20 %). Au taux de 0,6475 $, on arrive bien à 2418 $. Cependant, si le -0,8 % attribuable à la baisse de la quote-part avait été appliqué à ce compte, le montant perçu en impôt foncier se serait chiffré à 2399 $ : 2399 $ / 3734 = 0,6425 $ par 100 $ d’évaluation…

Maintenant, les 873 000 $ épargnés par la Ville en quote-part, où seront-ils affectés? Aucune idée, bien que j’aie posé la question. Ce qu’on sait, c’est que nos dépenses d’agglomération baissent, que l’indice des prix à consommation pour la période d’octobre 2011 à octobre 2012 s’est établi à 1,8 %, mais que les dépenses locales passeront de 57,398 M$ (2012) à 60,150 M$, ce qui représente une hausse – bien supérieure à l’inflation – de 4,8 %. Et ce n’est pas une accélération marquée des travaux de réfection de nos infrastructures routières et souterraines qui explique cette hausse marquée des dépenses locales… Au contraire, à ce chapitre, le déficit d’entretien continuera de se creuser.

Remboursement de la dette : une « erreur » répétée à plusieurs reprises

Encore le 30 octobre dernier, le conseiller Dominic Lévesque affirmait sur les ondes du FM 103,3 que près de 8 M$ avaient été remboursés par anticipation sur la dette en 2012. Pendant sa présentation du budget hier soir, il a encore affirmé que 8 M$ avaient été affectés au remboursement de la dette par anticipation en 2012. En réalité, comme en fait foi un courriel que j’ai reçu du directeur des finances et trésorier, M. Gaston Perron, ce ne sont que 2,62 M$ – dont 0,551 M$ provenant de soldes disponibles sur des règlements d’emprunt (donc, de l’argent emprunté pour rembourser de l’argent emprunté) – qui ont été remboursés par anticipation en 2012. Cette donnée de 2,62 M$ figure d’ailleurs dans le PowerPoint de la présentation budgétaire.

Nous sommes donc encore loin de la réalisation de l’engagement pris par l’administration Martel d’« appliquer le surplus enregistré en 2011 sur la dette » (La Relève, 1er mai 2012). Difficile pour le citoyen de voir juste dans cette mer de chiffres… Encore une fois, j’ai posé la question à savoir si ce sont 8 M$ ou 2,62 M$ qui ont été remboursés par anticipation en 2012. Après plusieurs tergiversations de la part du responsable des finances, j’ai enfin eu la confirmation que ce sont 8 M$ au total, dont 2,62 M$ par anticipation.

Maintenant, on nous annonce un remboursement par anticipation de la dette de l’ordre de 6,822 M$ en 2013. Cependant, ce qu’il faut comprendre est que ce ne sera pas entièrement « de l’argent neuf », puisque l’engagement pris en 2012 n’a été que partiellement respecté en 2012. Encore faut-il qu’un nombre suffisant de fenêtres s’ouvrent en 2013 pour appliquer 6,822 M$ en remboursements par anticipation. Les citoyens doivent redoubler de vigilance à cet égard, car il est très facile pour les élus de lancer toutes sortes de chiffres en espérant ne pas se faire poser de questions par la suite.

En conclusion, je m’attendais à un budget électoraliste pour 2013, mais je ne m’attendais pas à une autre hausse de taxes dissimulée derrière un gel qui n’en est pas un. Par ailleurs, je me serais attendu à une présentation plus transparente des données concernant le remboursement de la dette et – surtout – à des réponses plus claires et plus directes à mes questions visant à obtenir l’heure juste sur cet important volet des finances publiques. Ne serait-ce que sur les plans de la transparence et du respect du citoyen, ce budget en est un autre que je qualifie de décevant et qui démontre éloquemment que nous sommes surtaxés depuis quelques années à des fins électorales. Pendant ce temps, nos rues et notre souterrain ne sont pas réparés au rythme où ils devraient l’être pour éviter que tout se mette à craquer et à couler un jour.

Sébastien St-François

Dans un prochain billet, je commenterai d’autres aspects du budget 2013 ainsi que le plan triennal d’immobilisations (PTI) pour 2013-2014-2015.

Budget 2012 de Boucherville : faits saillants

  1. Budget de 104,2 M$ pour 2012 (c. 101,5 M$ en 2011, +2,7 %)
  2. Quote-part versée à l’agglomération : 45,7 M$ (c. 44,8 M$ en 2011), ce qui représente une proportion de 15,86 %
  3. Augmentation moyenne du compte de taxes de 1 % (2847 $ pour une maison moyenne évaluée à 308 000 $ c. 2796 $ pour une maison moyenne évaluée à 305 100 $ en 2011)
  4. Croissance des dépenses de 3,3 % (supérieure à l’inflation)
  5. Plan triennal d’immobilisations (PTI) : 32,6 M$ (2012), 42,2 M$ (2013), 43,9 M$ (2014)
  6. Montant alloué au service de la dette : 15,3 M$ en 2012 (dette totale estimée à 120,4 M$) contre 16,1 M$ pour une dette de 117,9 M$ en 2011
  7. Projets et équipements payés comptant : 3,7 M$

Consultez la présentation budgétaire 2012 en cliquant sur ce lien.