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Et si Angélil avait été premier ministre?

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Le Québec a perdu un de ses grands bâtisseurs la semaine dernière en la personne de René Angélil, dont la contribution au monde culturel a aidé à propulser le Québec sur la scène mondiale. Cet homme avait une vision, il avait un plan et il a su les mettre en œuvre de main de maître pour faire de Céline Dion la première vedette au rayonnement véritablement planétaire de l’histoire du Québec. Que l’on apprécie ou non l’œuvre musical de la diva québécoise, on ne peut nier son succès et l’efficacité redoutable de l’architecte derrière ce succès.

On peut se demander en quoi le Québec d’aujourd’hui serait différent – et très fort probablement pour le mieux – si quelqu’un de la trempe d’Angélil en avait pris les commandes au moment où la province aurait justement eu besoin d’un politicien visionnaire plutôt que carriériste. Or, depuis le début du millénaire, force est de constater que les personnes ayant accédé à la plus haute fonction au sein de l’État québécois n’avaient pas cette qualité, car ils étaient justement des politiciens de carrière : Bernard Landry (premier ministre désigné ayant pris la relève de Lucien Bouchard à la tête du dernier gouvernement péquiste majoritaire qui, depuis, joue très bien son rôle de belle-mère), Jean Charest (premier ministre responsable de l’explosion de notre dette provinciale qui est loin d’avoir laissé la province en meilleur état à son départ), Pauline Marois (première femme à diriger le Québec, oui, mais rapidement chassée du pouvoir par l’électorat québécois tellement son gouvernement était incohérent et manquait de vision) et maintenant Philippe Couillard – monsieur « Austérité à deux vitesses » qui sabre dans les services aux citoyens et fait des victimes sur le terrain (pensons au cas tout récent du centre Mélaric pour toxicomanes), sans pour autant mettre fin au gaspillage éhonté de fonds publics ailleurs et à plus grande échelle, par exemple dans le dossier du Fonds vert, financé par les taxes environnementales les plus élevées en Amérique du Nord depuis des années sous le prétexte fallacieux de lutter contre les changements climatiques. (Et dire que Québec envisage maintenant la possibilité d’imposer de nouvelles taxes « vertes » aux citoyens déjà les plus taxés sur le continent. Depuis trop longtemps, la vision québécoise semble se résumer à taxer et taxer encore sans pour autant que les problèmes se règlent…)

Comme l’affirmait Alain Dubuc dans La Presse samedi dernier (« Le gouvernement qui n’apprenait pas »), un gouvernement qui se lance dans une vaste opération de redressement budgétaire, comme l’a fait celui de M. Couillard, devrait se doter de mécanismes pour réagir rapidement quand le plan de match connaît des ratés, qu’il fait des victimes innocentes ou qu’il a des effets contraires aux objectifs. Mais, pour cela, ça prend un plan, une vision et une réelle volonté d’agir pour sortir le Québec de sa situation peu envieuse. Pour cela, il faut aussi cesser de gouverner en fonction de son objectif personnel de se faire réélire.

Ce n’est pas le fruit du hasard si aujourd’hui le Québec se classe au neuvième rang des provinces en termes de richesse et recevra, en 2016, plus de 50 % de la péréquation fédérale. Non, c’est le résultat d’une gouvernance au gré des circonstances, axé sur le court terme et des objectifs politiques plutôt que sociétaux, l’œuvre de politiciens davantage préoccupés par leur maintien en poste que par l’assainissement réel et durable de l’État québécois. Et c’est une tendance lourde depuis des décennies. Pendant ce temps, les Québécois font les frais de réformes de toutes sortes, souvent mal réfléchies et pilotées par des ministres aux compétences nébuleuses (au sein de l’actuel conseil des ministres de Philippe Couillard, je pense notamment à François Blais à l’Éducation, à David Heurtel à l’Environnement et à Francine Charbonneau à la Famille – tous trois des ministres médiocres dans la gestion des portefeuilles dont ils sont respectivement responsables), mais la situation globale ne s’améliore pas pour autant et le Québec continue à tourner en rond, voire à s’enfoncer.

Transposez les talents de René Angélil dans un acteur de l’arène politique et imaginez un instant ce à quoi pourrait ressembler le Québec d’aujourd’hui si une vision comparable à celle qu’avait Angélil pour sa protégée avait été mise au service de l’État québécois : des objectifs bien précis à atteindre et un plan réfléchi et bien ficelé pour y arriver. Est-ce rêver en couleur? Probablement, mais il demeure que le Québec a cruellement besoin d’un visionnaire pour en prendre les rênes et le sortir de son marasme. Et Philippe Couillard n’est pas ce visionnaire.

Sébastien St-François

Crédibilité en péril!

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Il appert qu’au fil des semaines, depuis quelques mois, Philippe Couillard et le gouvernement qu’il dirige manquent de plus en plus de crédibilité pour appliquer les vastes mesures d’austérité qu’ils s’apprêtent à mettre en place. C’est rendu que pratiquement pas une seule journée passe sans l’annonce de mesures envisagées (compressions dans les universités, coupes dans le RQAP, modulation des tarifs de garderie selon le revenu, etc.). Chaque fois, s’ensuit une levée de boucliers au sein d’un groupe ou d’un autre de la société. Il faut couper, mais personne ne veut se faire couper dans sa cour. Coupez ailleurs, mais pas chez nous…

À mon avis, deux facteurs expliquent cette baisse de crédibilité qui mine l’autorité morale du gouvernement pour faire passer ses mesures d’austérité.

Premièrement, il y a cette culture de primes qui perdure au sein de l’État québécois. Par exemple, nous avons appris la semaine dernière que l’ex-déléguée à Mexico, Christiane Pelchat, a reçu une prime de 95 000 $ après avoir quitté volontairement ses fonctions pour accepter un poste en Afrique. 95 000 $, c’est une goutte d’eau dans le seau du budget du Québec, vous allez dire. C’est vrai, mais le principe demeure. Si c’est rendu que nous devons envisager des compressions dans la santé, l’éducation, etc., comment se fait-il que nous avons encore les moyens de verser des primes à celles et ceux qui quittent volontairement leurs fonctions dans l’appareil gouvernemental? Réaction de Philippe Couillard : Il estime que les délégués sont des contractuels embauchés par le gouvernement et devraient recevoir une prime même lorsqu’ils quittent leur poste volontairement. Pas fort…

Comme ce n’est pas fort qu’il se soit porté à la défense de son collègue médecin et ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, après que les médias eurent dévoilé qu’il avait empoché une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de suivre 1 500 patients, patients qu’il a ensuite dû larguer lorsqu’il est redevenu ministre. Ce que M. Couillard a initialement qualifié de « tempête dans un verre d’eau » continue à le hanter à ce jour. L’opposition continue à réclamer la démission de M. Bolduc et, la semaine dernière, le chroniqueur Gilbert Lavoie du quotidien Le Soleil a à son tour sommé M. Bolduc de quitter le cabinet ministériel pour des raisons qui semblent évidentes pour tous, sauf le principal intéressé et son patron politique. Nonobstant son incompétence en matière d’éducation, Yves Bolduc est devenu un boulet dans un gouvernement qui demande au peuple québécois de se serrer la ceinture une fois de plus, mais le premier ministre le garde en poste et continue à défendre le geste indéfendable de son ministre.

Deuxièmement, il y a la situation des régimes de retraite qui relèvent directement de Québec (juges, Sûreté du Québec, etc.), dont celle des régimes de retraite des parlementaires eux-mêmes qui accusent un déficit frôlant les 200 millions de dollars. Alors que le gouvernement veut assainir les régimes de retraite municipaux en imposant son projet de loi 3, il ne semble aucunement prêt à faire le ménage dans ses propres régimes ou dans les autres régimes provinciaux qui sont drôlement plus déficitaires que ceux des municipalités!

Encore une fois, c’est la politique de deux poids deux mesures. Pour ne pas mettre en péril sa crédibilité et son autorité morale – deux conditions fondamentales en démocratie même s’il est majoritaire –, le gouvernement devra absolument appliquer le principe enchâssé dans son projet de loi (participation 50/50 aux déficits accumulés et aux cotisations futures) à l’ensemble des régimes de retraite publics, y compris aux siens. Sinon, comment peut-il être crédible et comment le projet de loi 3 peut-il être reconnu comme équitable et respecté sans s’attendre à une levée de boucliers de la part des syndiqués municipaux?

Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse a écrit un excellent billet la semaine dernière intitulé « Les arbres et la forêt ». De citer M. Dubuc : « On ne s’en sortira pas si on continue de regarder les arbres un à un, au lieu de regarder la forêt. […] Ces mesures n’ont de sens que lorsque l’on tient compte de la situation d’ensemble, un déficit structurel qui ne s’en va pas, une dette qui augmentera, et une situation de crise qui sera bien pire dans quelques années que celle que nous vivons actuellement si nous ne faisons rien maintenant. » Il a raison. Nous n’avons plus le luxe de pelleter par en avant si nous voulons assainir les finances de l’État québécois et tenter tant bien que mal d’assurer la pérennité de nos services publics essentiels. Nous ne pouvons nous permettre une autre « réingénierie de l’État » ratée comme celle de Jean Charest en 2003.

Cependant, si le gouvernement Couillard est pour avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour procéder au grand ménage, il va absolument falloir qu’il montre l’exemple – et le temps presse. Il ne peut imposer ses mesures d’austérité au Québec sans les imposer dans ses propres rangs à Québec. M. Couillard doit comprendre que la forêt que décrit Alain Dubuc comprend aussi l’Assemblée nationale et tout ce qui y gravite autour…

Sébastien St-François

Le même remède pour tous!

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D’entrée de jeu, je suis favorable au principe sur lequel repose le projet de loi 3 des libéraux. Ce projet de loi sera-t-il adopté dans sa forme actuelle ou dans une forme modifiée? Devant la grogne qu’il suscite dans les rangs municipaux, certaines modifications sont à prévoir, comme le laissait d’ailleurs entendre le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, lui-même au terme de la commission parlementaire tenue sur le sujet en août dernier. Mais le fait demeure : la situation des déficits actuariels de plus d’un régime de retraite municipal est intenable et ce n’est pas juste aux contribuables non bénéficiaires de ces régimes de payer la note. C’est sûr que lorsqu’on apprend que le maire de Montréal, Denis Coderre, reçoit une pension fédérale de près de 89 000 $ par année, très largement payée par les contribuables, ça enlève pas mal de crédibilité à ce porteur du message et ce n’est rien pour atténuer le mécontentement des syndiqués municipaux. Mais les régimes déficitaires ne seront pas capitalisés du jour au lendemain comme par magie pour autant…

Par ailleurs, le problème est loin de se limiter au secteur municipal. En effet, Cogeco Nouvelles nous apprenait la semaine dernière que plusieurs régimes de retraite provinciaux sont tout aussi mal en point, en commençant par ceux des députés de l’Assemblée nationale. Il est question d’un déficit totalisant 197 M$, soit 371 000 $ par participant à ces régimes (un total de 532 députés actifs ou retraités). Il faut savoir que nos députés provinciaux se sont votés deux régimes de retraite : un principal, auquel ils ne cotisent que 21 % et un complémentaire auquel ils ne cotisent pas un sou (autrement dit, il est financé à 100 % par les contribuables). Jusqu’à maintenant, les libéraux ne se montrent pas prêts à modifier quoi que ce soit les concernant et se réfugient derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, un comité qui siège à huis clos.

Mais la situation est encore pire pour d’autres régimes dont Québec est responsable. Par exemple, « chacun des 630 juges actifs ou retraités de la Cour du Québec ou de cours municipales endosse un déficit individuel de 854 000 $, puisque leur régime de retraite est déficitaire de 538 M$. » Du côté de la SQ, c’est tout aussi catastrophique : « les 10 751 membres actifs ou retraités du Régime de retraite des membres de la Sûreté du Québec traînent chacun un déficit individuel de 342 000 $. Leur régime de retraite est en déficit de 3,7 G$. » Source : Régimes de retraite : déficits énormes chez les juges et à la SQ

Il en résulte aujourd’hui que les obligations non capitalisées du gouvernement du Québec à l’endroit de ses retraités [actuels et futurs] totalisent quelque 76,7 G$, ce qui représente grosso modo le tiers de la dette de la province. Ça n’a aucun bon sens, et ces chiffres témoignent de l’incapacité chronique de nos gouvernements passés – rouges et bleus confondus – de gérer les deniers publics dans une optique de pérennité. En effet, pendant des décennies, nos élus se sont plutôt contentés d’administrer dans l’esprit d’acheter la paix sociale et syndicale. Mais là, le glas a sonné et l’heure est arrivée de passer à la caisse pour réparer ce gâchis – avant qu’il ne soit trop tard.

Vendredi dernier, Philippe Couillard a sonné l’alarme et qualifié de lamentable la situation actuelle des finances publiques. Selon lui, le gouvernement « dépense plus qu’il ne gagne ». J’aimerais rappeler à M. Couillard que le rôle d’un gouvernement n’est pas de « gagner » de l’argent… D’ajouter M. Couillard : « Le changement n’est jamais agréable. C’est toujours difficile, surtout quand on est touché par les réorganisations, mais tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. » Entièrement d’accord avec vous, M. Couillard, mais montrez l’exemple en commençant par faire le ménage dans votre propre chaumière! Sinon, comment pouvez-vous prétendre avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour imposer le projet de loi 3 cet automne? L’esprit de ce projet de loi doit être étendu à vos propres régimes de retraite et à tous les autres régimes provinciaux qui sont dans un état piteux, souvent pire même que celui des régimes municipaux que vous dénoncez!

La société québécoise est devant un mur, et ce mur ne disparaîtra pas par magie. Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse soutient que le grand test qui attend Philippe Couillard sera de surmonter le mur de résistance qui s’érige contre ses politiques d’austérité. Si Philippe Couillard échoue comme ce fut le cas de son prédécesseur (rappelez-vous la grande « réingénierie de l’État » promise par Jean Charest en 2003 mais jamais réalisée), il y a lieu de sérieusement s’inquiéter pour la suite des choses. Bien entendu, le fait que nous nous sommes fait collectivement voler littéralement des centaines de millions de dollars par les acteurs de la corruption et de la collusion au fil des années n’aide en rien. Mais soyons réalistes : nous ne reverrons pas un traître sou de cet argent qui nous a été volé entre autres par ceux qui sont actuellement en attente de leur procès criminel. Nul besoin de nommer des noms, tout le monde sait de qui on parle…

Si rien n’est fait, il est clair que ce seront éventuellement les créanciers qui sonneront la fin de la récréation. Le cas échéant, le remède fera drôlement plus mal et même les plus égoïstes parmi nous – qui ne pensent aucunement aux générations à suivre et veulent à tout prix conserver la totalité de leurs acquis souvent « négociés » sous la menace de perturbation et de violence – risquent fort d’en subir les contrecoups de leur vivant…

Sébastien St-François

L’art de lancer des ballons…

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À peine élue pour former un gouvernement majoritaire (et donc « régner » sur le Québec jusqu’en octobre 2018 au moins), l’équipe de Philippe Couillard est déjà passée maître dans l’art de lancer des ballons – ce à quoi les libéraux nous avaient habitués pendant les années de l’ère Charest.

Le nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, déposera le budget de la province pour l’exercice 2014-2015 le mercredi 4 juin prochain. Dès les premiers jours suivant l’élection, le gouvernement Couillard a mis la table : il cherchait à trouver 3,7 G$ dès cette année et promettait le retour à l’équilibre budgétaire dès 2015-2016. On le sait, le Québec est cassé comme un clou. Celles et ceux qui suivent l’évolution de la conjoncture depuis des années n’ont pas tombé de leur chaise en entendant le nouveau premier ministre invoquer l’urgence d’agir pour assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre au pays.

Mais un problème de taille perdure. Dans sa chronique du mercredi 28 mai, simplement intitulé « Le mur », Alain Dubuc de La Presse met le doigt sur le bobo, comme on dit : « Il suffit de donner l’impression qu’on va toucher au modèle québécois pour provoquer une levée de boucliers. » C’est bien vrai… Toutes les grandes centrales syndicales ont déjà commencé à se faire entendre et leurs présidents ont rencontré le premier ministre il y a quelques semaines. Aujourd’hui, après de grands discours sur la « rigueur budgétaire » (Philippe Couillard n’aime pas parler d’austérité), le gouvernement ne cesse de lancer des ballons, invoquant de possibles ou probables hausses ici et là. Pour une nième fois, on semble vouloir prendre la voie facile de puiser dans les poches des contribuables pour colmater des brèches ici et là. Venant d’un parti qui voulait s’occuper des vraies affaires en campagne électorale, ce serait à la fois décourageant et inacceptable…

Prenons l’exemple de trois importants portefeuilles du gouvernement et des ministres nommés pour les piloter.

1. Éducation (Yves Bolduc) : L’homme que je surnomme « La Cassette ». Il ne m’a pas impressionné comme ministre de la Santé de Jean Charest; il ne m’impressionne guère plus comme ministre de l’Éducation de Philippe Couillard. Il maîtrise à merveille la langue de bois, l’art d’utiliser du verbiage pour n’absolument rien dire. À peine arrivé en poste, le voilà à nous préparer à une nouvelle hausse des taxes scolaires pour 2014-2015. Mercredi dernier, M. Bolduc a été interviewé par Paul Arcand. Écoutez l’entrevue et jugez par vous-même : http://www.985fm.ca/lecteur/audio/yves-bolduc-ministre-de-l-education-du-loisir-et-225883.mp3. Une vraie cassette…

2. Santé (Gaétan Barrette) : On le sait, notre système de santé est sclérosé : trop de bureaucrates, pas assez de services directs aux patients, délais indécents et parfois même médicalement inacceptables. Déjà, la santé accapare 43 % du budget du Québec et les coûts en santé sont appelés à augmenter de 5,2 % annuellement alors que – selon les prévisions – la croissance économique moyenne se chiffrera à 1,6 % par an au cours des 20 prochaines années. La nouvelle présidente de la FMSQ qualifie de théâtre les techniques de négociation du nouveau ministre de la Santé. Elle ne semble aucunement prendre au sérieux celui qu’elle qualifie de « personnage », celui même qui avait obtenu du gouvernement les généreuses augmentations pour les médecins spécialistes qui posent aujourd’hui un problème budgétaire. Ça tient presque du vaudeville alors que la cabane brûle!

3. Finances (Carlos Leitao) : Après avoir avancé en avril que certains programmes sociaux pourraient être éliminés, M. Leitao – pourtant classé deuxième parmi les meilleurs économistes au monde par Bloomberg News – ne trouve rien de mieux à nous annoncer à quelques jours du dépôt de son premier budget qu’un trou de 3,1 G$ pour 2014-2015. C’est ça, le mieux que peut faire le trio économique d’enfer de Philippe Couillard?

On nous répète qu’il faut donner la chance au coureur. Le nouveau gouvernement déposera son premier budget dans quelques jours. Cependant, depuis plus d’une semaine, ce gouvernement lance beaucoup de ballons et ça n’augure rien de bon pour les contribuables que nous sommes. On ne cesse de nous lancer l’idée de hausser tels droits, telles contributions ou telles taxes. Jamais on ne prend l’engagement ferme de revenir sur des hausses exagérées du passé récent (Hydro-Québec, commissions scolaires, etc.) ou de procéder sans plus tarder à un véritable dégraissage de l’appareil étatique. On préfère tout pelleter dans la cour des contribuables sans jamais s’attaquer aux véritables problèmes. Mais l’heure est grave, car le contribuable manque d’air et étouffe sous un fardeau qui ne cesse de s’alourdir d’année en année, de budget en budget… Il ne peut en faire plus!

La vraie solution à nos problèmes consiste à faire preuve d’une grande dose de courage politique et d’oser « toucher au modèle québécois » pour le réformer en profondeur, voire de fond en comble. Ce modèle est le fruit d’une époque révolue. Le Québec dépense trop et ses structures sont trop imposantes et tentaculaires. Collectivement, nous vivons carrément au-dessus de nos moyens! Notre gouvernement doit en prendre acte et être prêt à agir – quitte à ce que ça fasse mal et que ça nuise à ses chances de réélection dans quelques années. Je suis de moins en moins convaincu que le gouvernement Couillard fera ce que le gouvernement Charest n’a pas eu le courage de faire en neuf ans… Monsieur le Premier ministre, cessez de lancer des ballons et agissez!

Sébastien St-François

Et si nous débattions des priorités?

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C’est incroyable comment une seule personne, en l’occurrence Pierre Karl Péladeau, peut changer toute la dynamique d’une campagne électorale. On se rappellera qu’à l’annonce officielle de sa candidature, le dimanche 9 mars dernier, M. Péladeau – brandissant le poing – a affirmé haut et fort qu’il sautait dans l’arène politique pour faire du Québec un pays, pour réaliser la souveraineté. Son objectif a le mérite d’être clair.

En fait, il ne faut pas « blâmer » uniquement PKP pour ce changement de cap dans la campagne en cours, car les journalistes ont vite fait de sauter sur l’occasion pour assaillir M. Péladeau de questions sur ses intentions chaque fois qu’ils en avaient l’occasion. À un point tel que Pauline Marois a décidé, jeudi dernier, de remettre les points sur les i et les barres sur les t en rappelant aux journalistes que nous étions en campagne électorale et non en campagne référendaire.

Aussi, comme il fallait s’y attendre, les libéraux ont bondi sur l’occasion pour ressortir leur cassette et brandir devant l’électorat la menace d’un troisième référendum si le PQ est reporté au pouvoir – majoritaire et avec Pierre Karl Péladeau à bord du navire cette fois. Disons que nous avons un aperçu de l’allure que pourrait avoir une campagne référendaire version 3.0.

De toute évidence, les stratèges péquistes n’avaient pas prévu le coup, car il a fallu plusieurs jours après l’annonce en grande pompe à Saint-Jérôme avant que Mme Marois ne tente de rajuster le tir. Mais le dommage est probablement fait… Philippe Couillard veut gagner et risque de jouer cette carte référendaire jusqu’au jour J. Une conclusion est évidente : cette déclaration indépendantiste de M. Péladeau a eu pour effet de polariser une bonne partie de l’électorat entre les « rouges » et les « bleus » et de nous ramener dans la bonne vieille dynamique stérile qui, au fil des décennies, a mené le Québec à la position peu enviable qu’il occupe aujourd’hui – de neuvième province la plus pauvre sur dix au sein de la fédération canadienne.

Pendant ce temps, c’est la Coalition Avenir Québec de François Legault qui écope. En effet, un sondage réalisé la semaine dernière dans la région de la Capitale nationale place la CAQ à 19 %, loin derrière les libéraux (39 %) et les péquistes (32 %). Un sondage Léger Marketing mené la semaine dernière pour le compte du Devoir et du Globe and Mail place la formation de François Legault à 14 %. Pourtant, le Grand Québec est depuis plusieurs années un terreau fertile pour la « troisième voix » (incarnée par l’ADQ, puis la CAQ). Il est clair que l’électorat est en train de se polariser et que la CAQ – un parti sans noyau dur de partisans – se vide au profit des péquistes et des libéraux.

Pourtant, ce ne sont pas les « vrais enjeux » qui manquent pour le Québec et les Québécois. Santé, éducation, finances publiques, économie, confiance des citoyens en le système judiciaire et les institutions publiques, état des infrastructures… La liste est longue. Et certains faits en disent long sur l’état de la situation dans la Belle Province. En voici trois :

1. Selon l’Indice québécois d’équité entre les générations du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, l’endettement public par habitant a doublé depuis 1986 et un gouffre économique géant guette la jeune génération. Qui s’échangent le pouvoir depuis 1986? Le PQ et le PLQ. Ce sont donc ces deux vieux partis qui ont mené le Québec à un tel niveau d’endettement et nous nous apprêtons collectivement à confier les rênes du pouvoir une fois de plus à l’un d’eux.

2. Un graphique de la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus donne littéralement des frissons dans le dos tellement la réalité qu’il présente est implacable. Alors que nous étions environ 8 travailleurs pour 1 retraité en 1971, nous sommes rendus à environ 4 travailleurs pour 1 retraité aujourd’hui et ce ratio sera réduit à environ 2 travailleurs pour 1 retraité d’ici 2030. Ces chiffres sont connus depuis longtemps. Pourtant, aucun gouvernement au pouvoir ne juge bon ou n’a le courage politique nécessaire pour faire le ménage et adapter la taille de l’État à notre capacité de payer collective. La réalité est bien là, devant nous, tout comme l’impasse. Comment pouvons-nous continuer à vivre au-dessus de nos moyens alors que nous sommes de moins en moins nombreux à payer la note? Les chiffres ne s’additionnent tout simplement pas!

3. Le chroniqueur de La Presse, Alain Dubuc, est revenu vendredi dernier sur la perte de 25 500 emplois au Québec en février. Là aussi, quelque chose ne tourne pas rond. Je le cite : « Les gouvernements ne créent pas les emplois, mais ils contribuent indirectement à la situation. Le fait que l’emploi, après avoir explosé à l’automne 2012, a plafonné et baissé tout au cours de 2013 ne peut pas être que le fruit du hasard. Ce n’est pas arrivé ailleurs au Canada. Et c’est arrivé quelques mois après l’arrivée au pouvoir du PQ. Assez pour y voir une partie de l’explication, quoiqu’il y a évidemment d’autres facteurs. » Oui, il y sûrement d’autres facteurs, mais le gouvernement sortant y est pour beaucoup. Les investisseurs détestent l’incertitude. Or le gouvernement Marois a créé un grand sentiment d’incertitude dès son arrivée au pouvoir à l’automne 2012. Et il se crée des emplois partout ailleurs au Canada…

Bref, Pierre Karl Péladeau a décidé de faire le saut en politique active pour réaliser son rêve souverainiste. Le problème est que la réalité de ce milliardaire québécois est bien différente de celle de la nôtre, nous qui sommes beaucoup moins nantis que lui. Il n’a pas à se soucier de son avenir financier ou de celui de ses enfants. Ce n’est pas le cas pour le commun des mortels qui tente d’avancer et d’améliorer son sort et celui de sa progéniture dans cette province appauvrie. Et, malheureusement, les défis auxquels nous faisons face collectivement sont tels que ce n’est pas en nous isolant du Canada – dont nous sommes dépendants du régime de péréquation depuis des années – que nous pourrons envisager un avenir meilleur.

Avant de vouloir voler de nos propres ailes, nous devrions faire du ménage dans notre cabane et nous attaquer aux véritables enjeux qui mettent en péril notre prospérité future. Voilà ce qu’aurait dû comprendre Pierre Karl Péladeau avant de faire sa déclaration référendaire qui a eu pour effet de replonger les électeurs dans la polarisation d’une époque révolue.

Sébastien St-François

Cassé comme un clou…

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Ayoye! Comme plusieurs, je m’attendais de la part du ministre des Finances péquiste, Nicolas Marceau, un budget à saveur électoraliste, rempli de « candies et de nananes ». Il faut croire que ce n’était pas possible pour le ministre. Comme l’écrivait le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse vendredi dernier, le ministre Marceau a tenté de ne pas déplaire à l’électorat, quitte à ne pas être en mesure de lui plaire.

Mais encore, ce budget déposé le 20 février dernier est plutôt un non-budget : il n’est pas assorti de crédits budgétaires et ne constitue rien de plus qu’un prétexte permettant à Pauline Marois de déclencher des élections en mars. C’était presque tordant (mais tout aussi pathétique) d’entendre Véronique Hivon, ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, affirmer à Benoit Dutrizac vendredi dernier que la priorité au retour de la relâche parlementaire serait le débat sur ce budget en vue de son adoption. Or ce budget ne sera jamais vraiment débattu et certainement pas adopté…

Pour le Parti Québécois, c’est un budget austère qui démontre sans l’ombre d’un doute que Québec est cassé comme un clou. Même le PQ n’a pas eu le choix que d’annoncer une hausse des frais de garderie, qui seraient majorés à 8 $ par jour, puis à 9 $ par jour. Pis encore, peu importe qui entre le PQ ou le PLQ formait le gouvernement actuellement, le constat serait le même : le Québec est pauvre et n’a plus les moyens de ses généreux programmes sociaux.

Dans son budget, Nicolas Marceau table sur une réduction annuelle des dépenses de l’ordre de 2 % juste pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (on ne parle pas de notre dette astronomique). Le problème est que les dépenses en santé augmenteront de 3 % annuellement d’ici là. Il faudra donc réduire le budget de la plupart des autres ministères (exception faite, par exemple, de l’éducation) de 1 % par année au cours des prochaines années. Et tout cela dans un contexte de croissance économique anémique (1,9 % versus 2,3 % pour le reste du Canada).

La semaine dernière, le vérificateur général du Québec, Michel Samson, a qualifié de trop optimiste la prévision du retour au déficit zéro en 2015-2016. Bref, le gouvernement ne dispose d’aucune marge de manœuvre et continue à nous endetter collectivement. Selon les prévisions, notre dette brute au 31 mars 2016 atteindra 209,9 G$, soit 53,4 % du PIB. Et, pour mettre la cerise sur le sundae, nous avons l’agence de notation Fitch qui nous souffle dans le cou. On ne peut pas dire que ça va bien…

Malgré tout, Pauline Marois plongera le Québec en élections d’ici quelques semaines et tentera de nous faire croire qu’elle est la mieux placée pour nous sortir du pétrin. Elle qui est en politique depuis des lunes, elle qui a occupé pratiquement tous les principaux ministères et connaît très bien l’appareil gouvernemental, elle qui est devenue la première femme à occuper sa fonction dans l’histoire du Québec pour ensuite démarrer son mandat non pas sur les chapeaux de roues, mais plutôt contrainte à reculer à plus d’une reprise. Elle n’aura pas ma confiance, pas plus que les libéraux d’ailleurs. Philippe Couillard a beau clamer que le Parti libéral du Québec est le parti de l’économie, son prédécesseur a endetté le Québec en neuf ans comme nul autre premier ministre avant lui. Et l’état des finances publiques est bien pire encore aujourd’hui qu’il l’était en 2003, première année du gouvernement dirigé par Jean Charest. Quant à la Coalition Avenir Québec, elle est incapable de s’imposer sur l’échiquier politique et de faire passer son message. Mais encore, François Legault, un ancien péquiste, est-il le chef le plus crédible pour personnifier le renouveau dont le Québec a cruellement besoin?

Je dois avouer que le programme du Parti conservateur du Québec en matière de finances publiques m’interpelle, car le constat est plus réaliste et – surtout – beaucoup moins timide que celui des autres. On dit les choses comme elles sont. Mais les Québécois sont-ils prêts à prendre un grand virage à droite en matière d’économie et de finances publiques? S’ils continuent à pelleter les problèmes par en avant, tôt ou tard, les chiffres finiront par les rattraper – et le coup de barre sera d’autant plus violent et douloureux.

Au moins, nous avons l’heure juste. De l’aveu même du parti prêt à convoquer les Québécois aux urnes, nous sommes cassés comme des clous. On fait quoi maintenant?

Sébastien St-François

Un livre blanc pour un Québec dans le rouge

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En préparation de sa campagne électorale, Pauline Marois s’engage maintenant à déposer un livre blanc sur l’avenir du Québec si elle est réélue (majoritaire). Une chose est sûre : si le Parti Québécois forme le prochain gouvernement et s’il est majoritaire de surcroît, cet engagement sera tenu. Des ministres de la trempe de Jean-François Lisée et de Bernard Drainville y veilleront sûrement…

Mme Marois annonce donc timidement ses couleurs; elle souhaite replonger la province en mode référendaire. Après avoir fait campagne principalement sur sa charte des valeurs québécoises afin de rafler un nombre suffisant de comtés dans les régions ainsi que le 450 pour décrocher sa majorité, elle mettra ses pions en place pour provoquer à nouveau le sempiternel débat dont une majorité de ses concitoyens ne veulent plus entendre parler : faire du Québec un pays… L’Assemblée nationale ne parvient pourtant pas à gérer adéquatement la province de Québec. Imaginez le désastre si le Québec devenait un pays…

Car il y a un chiffre bien réel qu’on ne peut balayer sous le tapis : 16,3 milliards. En effet, le vendredi 7 février dernier, le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse intitulait son billet « Le chiffre qui tue ». En 2012, 16,3 G$ a été le montant de dépassement de l’ensemble des dépenses du gouvernement fédéral au Québec par rapport aux recettes perçues par le fédéral dans la province. Ottawa a perçu 44,5 G$ des contribuables québécois, mais a dépensé 60,8 G$ dans la province (en salaires, biens et services, paiements aux personnes [pensions, etc.], intérêts sur la dette et transferts au gouvernement du Québec).

Et Mme Marois veut maintenant nous proposer – à nouveau – de faire du Québec un pays? Sans l’apport du fédéral en 2012, nous aurions été 16,3 milliards de dollars de plus dans le rouge! L’argument invoqué dans le passé par les péquistes, à savoir que les Québécois seraient plus riches « s’ils arrêtaient d’envoyer leur argent à Ottawa », ne tient évidemment plus la route, car le Québec n’est plus une province riche depuis longtemps. Au contraire, le Québec s’enlise depuis des décennies et se classe aujourd’hui parmi les plus pauvres – et les plus dépendantes – de la fédération! Mais nous avons beaucoup de programmes sociaux… Comme l’écrit M. Dubuc : « Comment, avec un niveau de vie plus faible, le Québec réussit-il à avoir un filet de sécurité sociale plus complet qu’ailleurs au Canada? Ce miracle québécois s’explique par notre dette plus élevée, nos impôts plus élevés, mais aussi par ce coup de pouce fédéral. »

Pour conclure, la crainte est bien réelle. Si le PQ est réélu – majoritaire cette fois –, le développement de la province tout entière – déjà compromis depuis des années – le sera d’autant plus, car l’attention des élus péquistes – MM. Lisée et Drainville en tête – sera tellement mobilisée par le livre blanc de l’actuelle première ministre que bien d’autres dossiers plus prioritaires risquent de prendre le chemin de la « filière 13 ». Il ne faut absolument pas que Pauline Marois remporte le pari qu’elle est sur le point de faire. Le Québec et les Québécois méritent mieux qu’un livre blanc qui ne fera que les plonger un peu plus dans le rouge…

Sébastien St-François

Où s’en va-t-on au juste?

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La semaine qui se termine en aura été une difficile pour les Québécois qui suivent un tant soit peu l’actualité économique et politique. On peut bien continuer à se garder la tête dans le sable, la réalité est en train de nous rattraper à la vitesse grand V… Nous sommes dans la dèche!

Dans sa chronique de lundi dernier, Alain Dubuc de La Presse est revenu à la charge avec un titre déjà utilisé à plus d’une reprise par d’autres chroniqueurs : « Le mur ». Il y est question des prévisions présentées par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke au terme d’un exercice auquel ont participé entre autres les économistes Luc Godbout et Pierre Fortin. Le portrait qu’on nous dresse n’a rien de réjouissant.

Ensuite, mercredi, nous avons appris que le Québec vit au-dessus de ses moyens selon une étude réalisée par le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal. Le constat est clair. Depuis des décennies, le Québec (l’État) et les Québécois consomment plus qu’ils ne produisent. Conséquence : un endettement chronique et un net recul par rapport aux autres provinces canadiennes et aux États américains. La conclusion est alarmante : « Ce bilan révèle que le Québec n’a plus les moyens de ses ambitions. Seule une réduction de ses charges fiscales pourrait freiner l’étouffement dont souffre son développement. Et si cet État souhaite maintenir son niveau de dépenses publiques actuel, un recours plus grand à la tarification des services publics semble devenir incontournable. »

Jeudi, c’était au tour du ministre fédéral Denis Lebel de lancer un cri du cœur. Le Québec doit mettre fin à sa dépendance de la péréquation. La province est récipiendaire de péréquation depuis les années 1960, et le montant qu’il touchera pour l’année 2014-2015 atteindra 9,3 milliards de dollars – un montant sans précédent qui représente plus de 55 % de l’enveloppe destinée à l’ensemble du pays. Selon lui, le Québec est devenu une terre de moratoires, de manifestations et de « peur d’avoir peur ».

La réalité ne laisse aucune place à l’interprétation : le Québec est pauvre et s’enfonce de plus en plus dans la pauvreté, car ses dirigeants politiques – tous niveaux de gouvernement confondus – n’ont pas le courage de prendre les décisions difficiles – très difficiles – qui s’imposent et qui ne pourront plus être pelletées dans la cour des générations futures sans mettre en péril l’avenir immédiat de l’ensemble des Québécois. Mon fils aura six ans le 15 février prochain. Quelle sorte d’avenir sommes-nous en train de léguer à sa génération en raison de notre irresponsabilité et de notre manque de courage?

Dur, dur le rappel lancé cette semaine au gratin politique du Québec et à l’ensemble des Québécois. Le mur se dresse tout juste devant nous et il finira par nous écraser si nous ne réussissons pas à nous extirper rapidement du marasme qui nous paralyse depuis maintenant des décennies.

Sébastien St-François

Le mur est de plus en plus près…

imagePhoto : Archives Le Devoir

Tel un prestidigitateur, le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, nous a présenté hier une mise à jour économique qui, bien qu’elle ne surprenne personne qui suit un tant soit peu l’actualité économique et politique, dresse un portrait très sombre des finances publiques de la province.

Bref, le Parti Québécois renonce à son objectif de déficit zéro pour l’exercice 2013-2014 et annonce plutôt que la province se dirige vers un déficit de 2,5 G$ d’ici le 31 mars prochain. Toujours selon le ministre, l’équilibre budgétaire sera atteint au terme de l’exercice 2016-2017. Cependant, dans le contexte économique actuel, bien malin est celui qui peut prédire quelle sera la situation dans deux ans d’ici. Et le portait qu’on nous peint est celui d’un déficit structurel. Autrement dit, comme l’a affirmé le chroniqueur Mario Dumont sur les ondes du FM 98,5, l’État québécois vit au-dessus de ses moyens, au même titre qu’un ménage qui dépense annuellement plus que son revenu familial… Un moment donné, la structure finit par craquer.

Dans un billet publié aujourd’hui dans La Presse, Alain Dubuc résume très bien la position du ministre Marceau comme suit :

« Et que fait M. Marceau? À court terme, rien. Sa mise à jour se résume rapidement. À cause du contexte économique, ses revenus ont baissé de 2,485 milliards. Et comment a-t-il réagi? Il a tout simplement choisi de ne pas bouger, de laisser son déficit grimper du même montant.

Et à long terme? Rien non plus! Aux prises avec un problème clairement structurel, il n’évoque aucune espèce de plan de redressement. Pour les années suivantes, il se borne à garder le cap, à maintenir son objectif de limiter la croissance des dépenses à 2 %, sans dire comment, et à espérer que les revenus, sur lesquels il n’a absolument aucun contrôle – comme on l’a vu cette année – retrouvent de la vigueur. En somme, se fermer les yeux et se croiser les doigts. »

Nous sommes confrontés à un grave problème. Notre économie dépend fortement de la consommation, et l’État n’y échappe pas. Actuellement, la croissance économique n’est pas au rendez-vous (0,9 % c. 1,7 % dans le reste du Canada et aux États-Unis), les ménages sont surendettés et taxés à la gorge, les niveaux d’imposition et de taxation ont atteint leurs limites (même le PQ renonce à hausser le fardeau fiscal pour rééquilibrer son budget). Du côté des dépenses, M. Marceau peut bien vouloir limiter la croissance annuelle à 2 %, mais il y a fort à parier qu’il n’y arrive pas : pensons seulement au système de santé, où les coûts sont appelés à exploser au cours de la prochaine décennie en raison du vieillissement de la population – un phénomène démographique que même le prestidigitateur Marceau ne pourra faire disparaître.

Fondamentalement, comme le souligne M. Dubuc dans son billet, « l’état des finances publiques québécoises est insoutenable ». Au niveau étatique, entre le niveau des dépenses, les sources de revenus et la capacité de l’économie de créer de la richesse existe un déséquilibre chronique. Nous arrivons à la limite…, le fameux « mur » contre lequel nous nous cognerons inévitablement le nez et qui constituera notre legs aux générations qui nous suivront.

Il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir de l’état actuel du Québec. Et ce ne sont pas des élections en 2014 qui régleront quoi que ce soit à long terme. L’heure des choix difficiles approche, et plus nous pelletterons nos problèmes dans la cour de nos enfants et de nos petits-enfants, plus les décisions qui devront être prises seront difficiles à vivre. Le constat est alarmant : malgré qu’il siphonne ses citoyens année après année, l’État québécois est cassé comme un clou!

Sébastien St-François