La Formule E du PLQ?

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Retour à l’automne 2017 et à la campagne électorale municipale à Montréal. À mesure que la campagne avançait, le maire sortant, Denis Coderre, s’embourbait de plus en plus, principalement dans le controversé dossier de la Formule E. Ayant choisi de cacher les vrais chiffres aux Montréalais et de défendre coûte que coûte sa décision d’accueillir cet événement dans les rues de Montréal, il a fini par mordre la poussière au profit de Valérie Plante. Mme Plante incarnait [alors] la franchise et la fraîcheur, tandis que Coderre était dépeint comme un personnage hautain et arrogant ainsi qu’un « vieux politicien ». On a fini par apprendre plus tôt ce mois-ci que l’édition 2017 de la Formule E laisse la Ville de Montréal avec un déficit de 13,6 millions de dollars. De toute évidence, la Formule E n’a pas été le grand succès qu’a prétendu Denis Coderre jusqu’à la toute fin.

Maintenant, mettons le cap sur Québec et l’Assemblée nationale. Les élections générales approchent (1er octobre 2018). Nous avons en place un gouvernement dirigé par le Parti libéral du Québec, un parti usé qui est en place depuis 2003 (moins les 18 mois du gouvernement Marois) et qui peine à incarner le sacro-saint « renouveau » malgré un changement de chef en 2013. Il faut dire que Philippe Couillard faisait partie des politiciens élus sous Jean Charest en 2003 et qu’il n’a jamais su démontrer les talents politiques de son prédécesseur depuis avoir pris les rênes du PLQ.

Maintenant, quel peut bien être le lien entre la Formule E et le PLQ? Il n’y en a pas, mais le PLQ se trouve probablement aux prises avec sa propre « Formule E » : le dossier de la rémunération des médecins et, plus particulièrement, celle des médecins spécialistes.

Dans les pages Débats de La Presse+ du samedi 17 février, le chroniqueur Alain Dubuc coiffe son texte du titre « Une erreur de 1 milliard par année ». C’est un texte très intéressant – que je vous incite à lire – dans lequel M. Dubuc décortique les données dévoilées la veille par le gouvernement concernant l’entente de « rattrapage » conclue avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Grosso modo, le coût de la vie est inférieur de 12 % au Québec par rapport à l’Ontario, mais les médecins spécialistes touchent désormais (2015-2016) près de 15 % de plus en rémunération que leurs homologues ontariens. Tout un rattrapage!

Le premier ministre Couillard et le ministre de la Santé Barrette (tous deux médecins spécialistes, ne l’oublions pas) ont vanté les mérites de l’entente, tout comme le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand. Nous, les contribuables québécois, allons supposément réaliser des économies de 3 milliards de dollars sur huit ans…

Chose certaine, peu importe comment MM. Couillard, Barrette et Arcand s’y prennent pour spinner l’affaire, la pilule ne passe pas auprès de la population. Personnellement, je considère la hausse de la rémunération des médecins indécente, voire scandaleuse, pour trois raisons :

  1. Pendant que le gouvernement Couillard imposait l’austérité à l’ensemble de l’appareil gouvernemental pour redresser les finances de l’État, les médecins se sont enrichis. En fait, ils forment le seul groupe de travailleurs payés par l’État à s’être enrichis pendant cette période.
  2. Ce « gouvernement de docteurs » a consenti de généreuses hausses de rémunération aux médecins au détriment de tous les autres groupes d’intervenants dans le système de santé (infirmières, préposés aux bénéficiaires, ambulanciers, etc.) qui sont néanmoins essentiels à la prestation de soins à la population.
  3. Le système de santé demeure plombé par les mêmes problèmes qui le plombent depuis trop longtemps : les urgences continuent de déborder (nous sommes les cancres du monde occidental à ce chapitre), les médecins spécialistes demeurent tout aussi inaccessibles à de larges pans de la population et trop de Québécois n’ont toujours pas un accès véritable à un médecin de famille (être inscrit sur une liste est une chose, pouvoir consulter son médecin rapidement en est une autre). De plus, on [l’État] nous pousse sournoisement de plus en plus vers le privé pour toutes sortes de services qui devraient être offerts par le système public à l’intérieur de délais raisonnables. Ceux qui financent le système public sont de plus en plus contraints de sortir de l’argent de leur poche pour obtenir des soins et des services. Normal?

Ça sent de plus en plus la fin de règne à Québec. Mais encore, les libéraux réussissent à se maintenir autour des 30 % dans les sondages. J’ai bien hâte de constater l’effet qu’aura eu le dossier de la rémunération des médecins sur les résultats du prochain sondage… Au bout du compte, c’est aux électeurs québécois de décider s’ils sont prêts à renouveler leur confiance à l’égard du PLQ et à accorder un autre mandat aux libéraux.

Sébastien St-François

10 réflexions au sujet de « La Formule E du PLQ? »

  1. J’avais donné mon nom pour trouver un médecin de famille dans le système proposé par G. Barrette. Rien après 288 jours et c’est de ma propre initiative- mais aussi par la gentillesse d’un médecin- que j’en ai trouvé un.

    1. J’ai appris en janvier que mon médecin de famille (que j’ai depuis 2000) prend sa retraite en juin à l’âge de 61 ans. Je suis inscrit à la liste depuis un mois, mais je crains éventuellement devoir me tourner vers le privé alors que je contribue généreusement au système public via l’impôt que je paie. C’est du vol…

      1. C’est par une retraite que moi aussi j’ai perdu mon médecin de famille; je suis d’accord avec l’idée que c’est une sorte de vol; plus d’argent public en prévention, en promotion de la santé, dans la transition écologique ( dans l’esprit du livre Toxique planète) feraient du bien aussi.

  2. J’ai un autre commentaire, directement sur l’article: il y a un vice démocratique dans le système de représentation. Il y a le sous-entendu suivant: tu m’élis, je te représente, as-tu compris, je te représente, tu n’as rien à dire d’ici à ce que tu votes la prochaine fois pendant une minute dans un cubicule. C’est de l’enfantillage politique. L’adulte politique participe au processus constituant. ( référence: le plan C dans Internet d’Étienne Chouard ou bien le livre de Roméo Bouchard: Constituer le Québec.)

  3. J’ai entendu une émission chez Isabelle Maréchal sur le système de santé, le  » pire de l’OCDE ». Puis, une autre émission, qui proposait que l’éducation devrait être notre priorité. Je suis mêlé. Éducation ou santé comme priorité. Et pour vous, c’est clair? Un compromis: l’éducation à la santé… ?? 🙂

  4. La question des coopératives de santé m’interpelle. Il y en a une à Contrecoeur. C’est une forme de privatisation mais de nature sociale. Cependant, ça prend pas mal de travail bénévole et beaucoup de temps pour réussir à en mettre une sur pieds. Beaucoup de ces coops s’inspirent des japonais, des groupes HANS qui s’entraident en matière de santé. Cela ne m’empêche pas de désavouer les Libéraux pour la privatisation cachée du système de santé et de l’État en général.

  5. Le budget en santé est pas loin de 50% du budget total du Québec. ( désolé, c’est une approximation). Que ferons-nous lorsqu’il atteindra 100% à lui seul? ( indices: prévention, promotion de la santé, transition écologique, car un gros pourcentage des maladies chroniques proviennent de la pollution.).
    Attention: ce ne sont pas les aîné.es qui coûtent le plus cher. Il y a des articles là-dessus. Voir l’AQDR, association pour la défense des droits des retraié.es.

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