Non à la réforme Trudeau-Morneau!

Je n’ai pas voté libéral en 2015. En fait, j’ai voté vert pour la première fois de ma vie d’électeur, dégoûté par le pathétique spectacle électoraliste livré par les trois principaux partis qui espéraient soit conserver le pouvoir soit y accéder.

Je fais partie de ces « méchants » qui sont dans la mire de notre premier ministre grande vedette planétaire et de son ministre des Finances multimillionnaire de Bay Street. Traducteur agréé depuis 1999, j’ai constitué une société en 2001 sur recommandation de mon comptable de l’époque. Oui, j’ai une carrière prospère, mais c’est une prospérité que j’ai bâtie par mon travail. Je me lève à 4 heures presque tous les matins de semaine de l’année, mes journées de travail comptent entre 10 et 12 heures, je dois souvent travailler le week-end pour respecter mes engagements à l’égard de ma clientèle et prendre deux semaines de vacances consécutives, c’est loin d’être évident. Puisque les revenus sont au rendez-vous, je compose avec les aléas du travail autonome et je ne m’en plains pas.

D’abord, les « investissements passifs » de mon entreprise représentent mon fonds de retraite. Jusqu’à nouvel ordre, il n’est pas illégal pour un citoyen canadien de se constituer une retraite en vue de ses vieux jours. Contrairement aux fonctionnaires, aux employés de l’État et à la plupart des syndiqués du secteur public, je n’ai pas accès à un régime de retraite à prestations déterminées (autrement dit, à une pension indexée et garantie à vie). Je dois veiller à ma retraite moi-même, bien conscient du risque réel que les régimes publics mis en place par la génération du baby-boom finissent par s’écrouler en raison du vieillissement accéléré de notre population. J’ai donc choisi de prendre mes affaires en main et de veiller à la sécurité de ma retraite.

Cela étant dit, les placements d’entreprise sur lesquels je compte pour vivre une retraite décente, au terme d’une carrière qui aura été fort occupée et au cours de laquelle j’aurai payé beaucoup d’impôts pour contribuer à notre société rendue quasi socialiste, ne sont aucunement garantis. Je suis exposé aux aléas du marché, contrairement à ceux qui recevront des prestations déterminées à leur retraite. Mon épargne-retraite, que je constitue à 100 %, n’est aucunement garanti par une tierce partie. Contrairement au premier ministre Trudeau, je n’ai pas hérité de mon avoir, j’ai travaillé fort pour l’accumuler. À moins que je ne me trompe, le Canada demeure un pays capitaliste et non socialiste ou communiste. On dirait que les libéraux cherchent à modifier cela, en épargnant, bien sûr, les gens de Bay Street et compagnie.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, affirme sur toutes les tribunes depuis un certain temps que le système d’impôt est inéquitable parce qu’il permet à certains contribuables d’accumuler de la valeur au sein d’une compagnie et de se soustraire à l’impôt. C’est totalement faux.

Lorsqu’on est constitué en société (inc.), le bénéfice non réparti de la société est imposé (à un taux moindre que le taux applicable aux particuliers, je l’accorde) l’année même où il est réalisé. Les intérêts gagnés sur les placements de la société sont imposés annuellement. Enfin, lorsque l’entrepreneur retire l’argent de la société (à la retraite, par exemple), il est imposé au même titre et au même taux que tout autre particulier. C’est totalement faux de prétendre que l’argent qui « dort » dans une société échappe à l’impôt.

Toutefois, depuis environ 2008, les règles imposées par les gouvernements au chapitre de la comptabilisation des placements d’entreprise font en sorte que les entrepreneurs en société – qui doivent présenter des états financiers préparés par un comptable agréé – ont vu leurs frais comptables monter en flèche. Dans mon cas personnel, juste le volet de comptabilisation des placements de l’entreprise me coûte des milliers de dollars par année. Au net, cette dépense de milliers de dollars annuellement pour satisfaire aux exigences gouvernementales gruge le rendement de mes placements sans m’apporter la moindre valeur ajoutée autre que la tranquillité d’esprit de savoir que mes livres comptables sont en ordre et survivraient à une vérification par l’une ou l’autre des agences du revenu.

Ensuite, comme tout entrepreneur dans ma situation, je travaille gratuitement pour nos gouvernements en percevant les taxes de vente à leur place. Rapports trimestriels, envois de l’argent, autres frais comptables engagés sans la moindre valeur ajoutée pour l’entreprise ou son propriétaire. Travailler gratuitement pour autrui, ça s’appelle du bénévolat (dans ce cas-ci, forcé). À une certaine époque, on appelait ça de l’esclavage… C’est la réalité du « méchant » entrepreneur dans la mire des libéraux.

Enfin, Justin Trudeau et Bill Morneau écartent de leur raisonnement que ce sont les PME au pays qui soutiennent et créent la vaste majorité des emplois dont bénéficie la sacro-sainte « classe moyenne » des libéraux. Plus d’un économiste est d’avis que la réforme Morneau nuira à l’économie, et donc à la classe moyenne, en privant les petites et moyennes entreprises de fonds « passifs » dont elles pourront avoir besoin pour passer à travers des périodes difficiles, embaucher du personnel supplémentaire, grandir et innover. Et il ne faut pas perdre de vue que la réforme Morneau, dans sa forme actuelle, s’attaque expressément aux PME. Les grandes entreprises – dont celles avec lesquelles Morneau fraye depuis des années – sont épargnées des nouvelles règles envisagées.

Pour conclure, il y a quelque chose de profondément illogique dans ce qui motive ce gouvernement. La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a annoncé dans les derniers jours que le gouvernement fédéral n’obligera pas Netflix de percevoir la TPS – sous le faux prétexte de respecter un engagement électoral (ne pas ajouter au fardeau fiscal des Canadiens). Ainsi, d’une part, les libéraux permettent à un géant américain de ne pas jouer selon les règles du jeu en place; d’autre part, ils veulent changer les règles du jeu pour les petites et moyennes entreprises canadiennes qui soutiennent l’économie et créent le gros des emplois au pays.

J’en perds mon latin… Chose certaine, je dis non à cette réforme toxique mise de l’avant par le gouvernement du Canada. J’en fais déjà plus que ma juste part dans le régime actuel et il y a des limites, surtout quand nous tenons compte de comment Trudeau dépense notre argent, et l’argent que nous n’avons pas (déficits), depuis son arrivée en poste. Trudeau a besoin d’argent pour financer ses projets politiques? Qu’il commence par faire le ménage dans sa propre cour…

Sébastien St-François

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