Duffy : blanchi, mais loin d’être innocent

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La longue saga judiciaire du sénateur Mike Duffy a enfin connu son dénouement vendredi dernier : le juge Charles Vaillancourt de la Cour de l’Ontario l’a acquitté des 31 chefs d’accusation qui pesaient contre lui pour fraude, abus de confiance et corruption.

On pourrait croire que Mike Duffy n’ait été qu’une pauvre victime, le bouc émissaire dans un imbroglio politique dans lequel s’était empêtré la garde rapprochée de l’ancien premier ministre Stephen Harper, voire peut-être l’ancien premier ministre lui-même. Harper devait être bien content de ne plus être au pouvoir lorsque le verdict a été rendu dans l’affaire Duffy.

Alec Castonguay du magazine L’actualité a rédigé un texte très éclairant sur l’affaire Duffy. Bien que le juge Vaillancourt ait conclu à l’absence d’intention criminelle de la part de Duffy, ce dernier savait très bien ce qu’il faisait et a sciemment profité de règles dites « floues » à l’époque pour se servir allègrement dans le pot à biscuits entre 2009 et le moment de sa suspension du Sénat.

De surcroît, Duffy avait passé une bonne partie de sa carrière de journaliste à couvrir la scène politique fédérale et à dénoncer le genre de magouille dans laquelle il s’est fait prendre à son tour. Il a beau avoir plaidé la carte des règles floues, ce n’est pas un idiot et ce qu’il a fait – supposément en l’absence d’intention criminelle – n’était pas moralement acceptable.

Or, selon les règles, Mike Duffy peut maintenant reprendre « de plein droit » son siège au Sénat et profiter pleinement des avantages et privilèges consentis aux membres de la Chambre haute. Cependant, à mon avis, sa propre crédibilité et celle de l’institution à laquelle il siège sont entachées à jamais. Être sénateur, je ne serais pas très heureux de voir mon collègue Duffy revenir à la chambre rouge… Ses collègues et lui ne pourront pas faire « comme si de rien n’était », et quelle crédibilité a Duffy maintenant pour se prononcer lorsqu’il est question de dépenses de fonds publics?

Il reste maintenant à connaître le sort que réservera la justice à deux autres illustres sénateurs, en l’occurrence le conservateur Patrick Brazeau, nommé au Sénat en même temps que Duffy par Stephen Harper, et le libéral Mac Harb, nommé au Sénat en 2003 par Jean Chrétien (et maintenant à la retraite). Brazeau et Harb sont tous les deux accusés de fraude et d’abus de confiance en lien avec leurs dépenses sénatoriales.

Pour citer Alec Castonguay, car je ne pourrais pas mieux l’exprimer moi-même : « Si les règles du Sénat ne sont pas assez claires pour les sénateurs, devant des cas aussi évidents, le public a une bonne idée de ce qui est moralement acceptable. » Et le public se demande à quand une réelle réforme du Sénat (plutôt que la réforme cosmétique que nous sert Justin Trudeau) sinon son abolition? Ça ferait une institution fédérale de moins que les politiciens pourraient utiliser pour abuser aux frais du peuple.

Sébastien St-François

Une réflexion au sujet de « Duffy : blanchi, mais loin d’être innocent »

  1. Les sénateurs Brazeau et Harb doivent être très heureux de ce jugement. Ils seront acquittés tout comme Duffy l’a été. Et s’ils sont trouvés coupables de la moindre chose, ils n’auront qu’à interjeter appel pour être blanchis. Le cynisme à l’égard de nos politiciens et de nos institutions se porte merveilleusement bien avec ce jugement Duffy.

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