Recette parfaite pour affaiblir le Québec de demain

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Je suis père d’un garçon de 7 ans (en 2e année du primaire) ainsi que beau-père de deux garçons de 10 ans (en 5e année du primaire) et de 14 ans (en 2e année du secondaire). L’état du réseau public de l’éducation m’interpelle donc au même titre qu’il interpelle l’ensemble des parents québécois ayant des enfants d’âge scolaire. Or, il y a lieu de s’interroger sur les réelles intentions du gouvernement Couillard qui semble considérer l’éducation comme rien de plus qu’un vilain cahier de charges. En effet, assistons-nous à un saccage de l’éducation publique dans la Belle Province et le gouvernement libéral cherche-t-il sournoisement à pousser les Québécois vers le privé, comme il le fait de façon tout aussi sournoise en santé? Il y a certainement lieu de se poser des questions vu l’état actuel des lieux.

Pourtant, Philippe Couillard est un homme très instruit et devrait comprendre l’importance capitale de l’éducation pour une société qui se dit moderne et ouverte sur le monde. Aurait-il perdu de vue que la prospérité future d’une société quelle qu’elle soit passe nécessairement par une éducation accessible, universelle et de qualité? Est-il conscient qu’asphyxier le système chargé de former la main-d’œuvre de demain n’augure rien de bon pour une province qui figure déjà en queue de peloton sur les plans de la richesse et de la prospérité, qui doit déjà composer avec les défis qu’impose le vieillissement de sa population et qui produit déjà un lot alarmant de décrocheurs année après année, particulièrement parmi les garçons?

Il y a quelques jours, j’ai reçu par courriel une missive du conseil d’établissement de l’école (publique) que fréquente mon fils. Le titre choisi – L’école gratuite, mais à quel prix? – est certes alarmiste, mais il en demeure qu’on nous annonce une réduction de 20 % du budget de fonctionnement de l’école pour 2015-2016 et que toute coupure dorénavant imposée à la commission scolaire se répercutera directement sur les services aux élèves. Toujours selon cette lettre, les frais administratifs de cette commission scolaire (des Patriotes) figurent parmi les plus bas au Québec. Curieusement, mon compte de taxes scolaires ne cesse d’augmenter d’année en année… Quelque chose ne fonctionne pas dans l’équation.

Je suis généralement satisfait de la qualité des services dont bénéficie mon fils à cette école publique. Jusqu’à présent, il réussit bien. Mais j’ai la « chance » d’avoir les moyens d’inscrire mon garçon au privé si jamais les choses tournent mal. Je me mets à la place des parents qui n’ont pas les moyens de payer une éducation privée à leurs enfants ou dont les enfants éprouvent des troubles d’apprentissage pour lesquels ils ne reçoivent pas les services appropriés. Ces parents et leur progéniture sont pris en otage par un système (gouvernement et commissions scolaires) qui est en train de perdre de vue que l’éducation représente une mission fondamentale de l’État et que le Québec a fait le choix d’assurer une éducation publique de qualité à l’ensemble de ses citoyens en devenir pour justement se sortir de la Grande Noirceur.

À l’école que fréquente mon beau-fils de 10 ans, les compressions ont eu un effet ridicule : les techniciennes du service de garde ne chauffent plus les plats des enfants au dîner, car il n’y a plus de micro-ondes dans les classes! L’école, dit-elle, n’a plus les moyens et les frais de garde ont pourtant augmenté considérablement cette année. Quant à notre plus vieux, qui doit reprendre sa 2e secondaire, il fut mal catégorisé par l’école il y a deux ans et n’a donc pas eu accès aux services prévus pour les enfants atteints d’un TDAH. Par conséquent, il a échoué la majorité de ses cours, après avoir réussi sa 1re secondaire de justesse.

À l’autre extrémité du parcours scolaire, la situation n’est guère plus reluisante dans les universités du Québec. De citer Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, « On a des diplômes “made in Québec”, mais bientôt “good for Québec only” ». Les carrés rouges ont bien pu obtenir gain de cause sur le gouvernement Charest en 2012, mais – pour citer le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse – « l’université québécoise perd du terrain à la vitesse grand V » depuis. Avec des droits de scolarité se chiffrant à 47 % de la moyenne canadienne, nous sommes en train de creuser l’écart qui nous sépare du ROC en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Nos universités sont sous-financées depuis des années, et les nouvelles compressions imposées au réseau universitaire ne feront qu’accroître cet écart et miner davantage notre capacité collective de nous tailler une place dans une économie mondiale où règne une concurrence féroce. Par ailleurs, encore aujourd’hui, l’État trouve les moyens de verser des salaires faramineux aux rectrices et recteurs chargés de la gestion des universités québécoises. Trouvez l’erreur…

À quoi donc ressemblera le Québec de demain dans l’économie du savoir qu’est la nôtre et celle de nos voisins? Des élèves du primaire et du secondaire instruits à moitié, des finissants universitaires titulaires d’un diplôme qui « ne vaut pas grand-chose » par rapport aux diplômes décernés ailleurs sur la planète… Au rythme où vont les choses, le Québec suit la recette parfaite pour créer une société de demain affaiblie et encore plus isolée dans le monde industrialisé.

Je n’ai pas une optique « gauchiste » lorsqu’il est question d’assainir et de bien gérer les fonds publics. Un grand ménage dans les finances publiques du Québec s’impose à bien des égards, car la situation actuelle est intenable à long terme, voire à moyen terme. Mais, en matière d’éducation, le gouvernement Couillard fait fausse route. L’éducation ne doit pas être vue comme une dépense, mais comme un investissement. Un investissement dans l’avenir d’un peuple qui aspire à améliorer son sort plutôt qu’à s’appauvrir. Il y a donc lieu que les Québécois cessent d’être insouciants et exigent que l’État s’acquitte adéquatement de l’une de ses missions fondamentales. En matière d’éducation, le Québec ressemble de plus en plus à un pays du Tiers-Monde et les impacts que l’actuelle asphyxie du réseau public aura sur son avenir collectif ne pardonneront pas. Enfin, à quoi bon un gouvernement qui se décharge progressivement de ses missions fondamentales?

Sébastien St-François

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