Nous ne sommes pas des valises

822501-pauline-marois-accueilli-comme-bonnePhoto : La Presse Canadienne

Nous vivons une campagne électorale depuis le 5 mars dernier parce que le lieutenant-gouverneur du Québec, Pierre Duchesne, a choisi de ne pas jouer son rôle constitutionnel – exactement comme en 2008, lorsque Jean Charest avait invoqué le besoin d’avoir « les deux mains sur le volant » pour demander à ce même lieutenant-gouverneur de dissoudre le Parlement. Pourtant, le rôle constitutionnel du lieutenant-gouverneur – en théorie le fonctionnaire exécutif en chef de la province et représentant légitime de l’autorité au Québec (en pratique, rien de plus qu’un vestige) – est on ne peut plus clair : « Étant le gardien de la légitimité et incarnant, de ce fait, la continuité de l’État, le lieutenant-gouverneur doit faire preuve d’une impartialité absolue et s’imposer un devoir de réserve. Il doit également se tenir au courant des préoccupations des Québécois et de l’activité du gouvernement du Québec. »

Si M. Duchesne s’était tenu au courant des préoccupations des Québécois, il aurait su que les Québécois n’en voulaient pas de cette élection, déclenchée par Pauline Marois pour des motifs purement électoralistes, et ce, en dépit de la Loi modifiant la Loi électorale afin de prévoir des élections à date fixe votée à l’unanimité par les membres de l’Assemblée nationale pas plus tard qu’en juin 2013 après avoir été pilotée par Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques (en lesquelles les Québécois sont de moins en moins nombreux à croire si l’on se fie aux échanges enflammés sur les réseaux sociaux depuis le déclenchement de cette campagne).

Le Québec vit donc au rythme d’une campagne électorale sans réel enjeu en raison de la complaisance du lieutenant-gouverneur et de la manipulation d’une loi de toute évidence inutile. Pourtant, l’Angleterre – le berceau même de la monarchie et du système parlementaire qu’est le nôtre –, a réussi à promulguer une loi similaire qui fonctionne. Même en situation de gouvernement minoritaire, la dissolution de la chambre exige un vote majoritaire aux deux tiers (434 sièges sur 650). Donc, d’un point de vue démocratique, les Britanniques sont rendus à des années-lumière du cirque que nous réserve encore aujourd’hui l’Assemblée nationale.

Cette élection, qui nous coûtera 88 M$ collectivement (on dit que la démocratie n’a pas de prix, mais encore…), commence par son lot de mauvaises nouvelles pour les Québécois : la Régie de l’énergie autorise Hydro-Québec à hausser ses tarifs résidentiels de 4,3 % à compter du 1er avril prochain, il s’est perdu 26 000 emplois au Québec en février et le taux de chômage a augmenté de 0,3 % le mois dernier (pour s’établir à 7,8 %) alors qu’il est demeuré stable dans le reste du Canada (à 7,0 %). De surcroît, l’agence de notation Bloomberg parle de taux d’intérêt plus élevés pour le Québec si le PQ accède à un gouvernement majoritaire.

Pauline Marois peut bien prendre l’avertissement à la blague, mais il demeure que la situation au Québec est plutôt grave. Grave à un point tel que, dans son budget « bidon » pour 2014-2015 déposé il y a quelques semaines, le ministre des Finances Nicolas Marceau misait notamment sur une hausse des tarifs d’Hydro de 5,8 % pour réussir à atteindre l’équilibre budgétaire… dans deux ans. Maintenant que la hausse sera de « seulement » 4,3 %, son montage financier ne tient plus. Nos finances publiques sont dans un état extrêmement précaire, et Mme Marois fait preuve d’une grande irresponsabilité en prenant les mauvaises nouvelles économiques et l’alourdissement du fardeau des Québécois à la légère en pleine campagne électorale alors qu’elle sollicite la confiance des électeurs pour, dit-elle, mettre fin à l’obstruction des partis d’opposition (former un gouvernement majoritaire).

Prenons l’exemple de sa réaction à la hausse décrétée par la Régie de l’énergie. Mme Marois a souligné l’« aspect positif pour les consommateurs qui vont payer moins pour leur énergie que ce que souhaitait Hydro-Québec [5,8 %] ». C’est rire du monde quand on sait que c’est le gouvernement qui passe ses commandes à la société d’État et non le contraire…

Quant aux deux autres principaux partis, la valse des promesses électorales bat déjà son plein. Par exemple, Philippe Couillard « fait miroiter » (pour citer les médias) la création de 250 000 emplois sur cinq ans et des investissements de 7 milliards de dollars dans une stratégie maritime. Du côté de la CAQ, de moins en moins populaire auprès de l’électorat si l’on se fie aux derniers sondages, François Legault promet de réduire notre fardeau fiscal de 1 000 $ par famille d’ici quatre ans, d’abolir la taxe santé, d’abolir les taxes scolaires et d’atteindre l’équilibre budgétaire dès cette année.

Bien sûr, le PQ ne demeure pas en reste. Rappelons-nous que la première ministre sortante a pris soin de saupoudrer sur le Québec des milliards de dollars en promesses de toutes sortes avant de nous plonger en campagne électorale. Mme Marois n’a pas les moyens de respecter une promesse électorale ferme faite en 2012 (abolition de la taxe santé des libéraux), mais lorsque vient le temps de faire de nouvelles promesses, ce n’est pas l’argent qui semble manquer…

Bref, nos politiciens nous prennent encore aujourd’hui pour des valises. Les vieux partis continuent à user de stratégiques politiques des ères de Duplessis et de Bourassa alors que nous sommes en 2014 et que le Québec est au bord d’un précipice financier. Refusons d’être traités comme des naïfs et ne soyons pas dupes. Nous méritons mieux, mais c’est à nous d’exiger mieux cette fois-ci, car nous devrons tous vivre avec la décision qui sera prise le 7 avril prochain.

Sébastien St-François

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