PKP@PQ : Quoi dire de plus?

PKP et PaulineSource : ici.radio-canada.ca

La rumeur courait depuis un bon moment. Pas plus tard que le 26 février dernier, le principal intéressé a affirmé qu’il ne se présenterait pas aux élections. Aujourd’hui, pendant sa longue allocution annonçant qu’il briguerait les suffrages pour le Parti Québécois dans Saint-Jérôme, Pierre-Karl Péladeau a affirmé qu’il avait pris sa décision de faire le saut lundi dernier, soit le 3 mars. De deux choses l’une : M. Péladeau a menti à la population du Québec tout entière le 26 février ou encore il a une vision de l’intégrité (un mot qu’il a prononcé à plus d’une reprise pendant son discours) très élastique. Lui seul le sait, mais s’il fait le saut maintenant, ça fait sûrement plus d’une semaine qu’il y pense sérieusement.

Déjà, sur les réseaux sociaux, on peut lire que le Québec a maintenant son Berlusconi. Oui, ce sont deux barons des médias dans leurs pays respectifs, mais la comparaison s’arrête là. Silvio Berlusconi est un bouffon amateur de partouses; Pierre-Karl Péladeau est un homme d’affaires aguerri, qui a su transformer le legs de son père en un des plus puissants conglomérats médiatiques au Québec, voire au Canada. Ce faisant, il ne s’est pas gêné pour obtenir du financement public afin d’acheter Vidéotron et de faire construire le futur colisée de Québec devant un jour accueillir une équipe de la LNH.

Une chose est sûre : le PQ vient de prendre tout un virage à droite. Françoise David de Québec solidaire a réagi très vivement à l’annonce. « Jamais, jamais un député solidaire ne s’assoira à côté de Pierre Karl Péladeau du côté des banquettes de députés. Jamais. » Bon, je n’ai rien d’un « solidaire » et je trouve son commentaire très ordinaire, mais elle a raison sur un point. En accueillant PKP dans les rangs de son parti, Pauline Marois vient de donner toute une douche froide à l’aile progressiste du PQ.

Remarquez, je suis le premier à réclamer une plus forte présence de la droite en politique québécoise, mais PKP a un but très précis, et il ne s’en est même pas caché plus tôt aujourd’hui : il veut faire du Québec un pays. C’est là où son arrivée au sein de ce parti prend un tout autre sens pour moi…

La chroniqueuse Chantal Hébert l’écrit on ne peut plus éloquemment sur son blogue du site de L’Actualité : « Aucun candidat de l’envergure de PKP ne se lance dans l’arène politique sans garantie d’occuper un poste de premier plan dans un futur gouvernement. […] La vie de grand patron ne prédispose pas non plus au rôle de numéro 2 (ou 3 ou 4) au sein d’un parti ou d’un gouvernement. Habitué à donner des ordres sans appel, PKP ne sera vraisemblablement pas heureux longtemps dans l’ombre d’une ou d’un chef. »

Advenant que le prochain gouvernement du Québec soit majoritaire et formé par les péquistes, PKP en mènera très large. Des porte-étendard de la cause souverainiste comme Bernard Drainville ainsi que de « grandes gueules » comme Jean-François Lisée seront certainement et très rapidement relégués au second plan. J’imagine même les difficultés qui attendent Pauline Marois pour tenter de contenter sa nouvelle étoile du match de la souveraineté et de garder la mainmise sur son parti. Dans sa quête de séparer le Québec du reste du Canada, Pierre-Karl Péladeau risque de faire bien des dommages au sein du parti l’ayant accueilli à grands bras ouverts ce dimanche 9 mars…

Les militants et électeurs progressistes qui ont l’intention de voter pour le PQ le 7 avril prochain ont donc une réflexion à entreprendre sur l’avenir qu’ils souhaitent pour leur parti. Et ils doivent se demander s’ils sont prêts à ce qu’un référendum soit tenu dans un assez proche avenir, coûte que coûte. En janvier dernier, seulement 37 % des répondants à un sondage auraient voté en faveur de la souveraineté du Québec. Chose certaine, PKP ne se lance pas en politique pour contribuer à la gouvernance d’une province pendant quatre ans, advenant une victoire péquiste majoritaire…

Selon moi, Pauline Marois vient de donner une raison de plus aux Québécois de ne pas lui accorder la majorité qu’elle convoite. Et cette annonce fait mal à la CAQ, car François Legault a aussi tenté de recruter PKP dans sa formation politique. Pierre-Karl Péladeau ne représente pas le genre de politicien dont le Québec a besoin. Que le Québec sous un gouvernement péquiste n’ait pas les moyens de ses ambitions (faire de la province un pays) doit très peu peser dans la balance pour lui. Et on ne peut bouledozer sa vision de ce que devrait être le Québec comme on décrète des lockouts contre ses employés qui refusent de plier l’échine. Le Québec, ce n’est pas le Journal de Montréal.

Sébastien St-François

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