L’immobilisme, une maladie chronique au Québec…

20131208-144255-gPhoto : Canoë.ca (Archives / Agence QMI)

L’actualité du mardi 10 décembre témoigne d’une maladie chronique dont le gratin politique à l’Assemblée nationale semble souffrir : l’immobilisme.

De plus en plus de chroniqueurs, dont notamment du côté de La Presse, invoquent le « mur » qui se dresse devant nous comme société. Nous le voyons poindre à l’horizon, mais nos dirigeants politiques manquent nettement la volonté, ou encore la capacité, d’en faire quoi que ce soit si on se fie à quelques nouvelles ayant défrayé la chronique cette semaine.

« Le mur des dépenses en santé » (Stéphanie Grammond)
Selon une étude du CIRANO, le système de santé accaparera près de 70 % du budget total de la province en 2030. 2030, c’est dans moins de vingt ans. En effet, l’étude démontre que les dépenses en santé bondiront de leur niveau actuel de 31 G$ pour atteindre 61 G$ en 2030, soit 13,5 % du PIB et 68,9 % du budget (contre 8,4 % du PIB et 42,9 % en 2013). Nous peinons déjà à soutenir ce système que je qualifie souvent de tiers-mondiste tellement il est criblé de graves lacunes. Pour financer le système d’ici 2030, selon Mme Grammond, il faudrait augmenter tous les impôts et toutes les taxes de 60 %, et la santé continuerait néanmoins à accaparer près des trois quarts du budget. Pis encore, c’est l’augmentation structurelle des coûts qui représente le principal problème, pas le vieillissement de la population. Qu’allons-nous faire? Personne au pouvoir ne semble en avoir la moindre idée…

De citer l’éditorialiste André Pratte :
« Pourtant, jusqu’à maintenant, ni les libéraux ni les péquistes n’ont eu la volonté d’attaquer le problème de front. Au contraire, ils ont eu tendance à accroître l’offre de services […] Le gouvernement Marois ajoute ainsi sa contribution à la grande illusion entretenue par nombre de politiciens au fil des ans, illusion voulant que les Québécois puissent obtenir de plus en plus de services publics sans sacrifier quelque chose. Cette illusion mène l’État québécois à un mur. Le mur est là, on le distingue de mieux en mieux. La collision se produira. Bientôt. »

« Le pétard mouillé » (Francis Vailles)
Plusieurs maires, dont Éric Forest de Rimouski, Régis Labeaume de Québec et Denis Coderre de Montréal, ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer à l’enjeu du déficit actuariel des régimes de retraite des employés municipaux – qui atteint 5 milliards de dollars à l’échelle de la province. Du moins, c’est ce qu’on pouvait penser. Selon le chroniqueur Francis Vailles, le plan de match des maires se limite à demander au gouvernement du Québec de légiférer, d’obliger les fonctionnaires municipaux à s’entendre avec leur employeur dans un délai de deux ans. Les villes réclament plus de pouvoirs pour forcer la négociation, étant donné que les syndicats représentant les fonctionnaires municipaux ont plus souvent qu’autrement tendance à s’asseoir sur leurs acquis et à refuser toute négociation. Les villes peuvent bien vouloir « assurer la pérennité des régimes à prestations déterminées, assurer l’équité intergénérationnelle, protéger les contribuables municipaux et convenir d’un effort équitable pour tous », ça risque de ne demeurer qu’un vœu pieux si Québec ne se met pas de la partie. Le ministre Sylvain Gaudreault et la première ministre Pauline Marois auront-ils le courage politique d’acquiescer à la demande des municipalités? Permettez-moi d’en douter…

« Une hausse de taxes de 2 % pour Longueuil » (Karim Benessaieh)
À Longueuil, la mairesse Saint-Hilaire passe à l’action, mais refile une fois de plus une hausse fiscale à ses contribuables. On apprend que la dette de la Ville de Longueuil accapare 11,5 % du budget, tandis que les dépenses liées aux régimes de retraite représentent 5,6 % de la facture (soit 21,2 M$ sur un budget total de 378,6 M$). Au 31 décembre 2010, le déficit actuariel de la Ville était estimé à 109 millions. Enfin, quant au service de police, il accapare la somme mirobolante de 68,1 M$ (18 % du budget). À Longueuil, on table notamment sur les revenus de nouvelles constructions (3,5 M$) et des droits de mutation immobilière (15 M$). Mais le scénario se répète… On alourdit le fardeau d’une population vieillissante, dont de plus en plus de membres vivent à revenu fixe, pour boucler le budget.

Mais soyons optimistes! Lundi soir dernier, Philippe Couillard a été élu à Outremont… par 55 % des quelque 20 % des électeurs de la circonscription qui sont sortis exercer leur droit de vote. M. Couillard sera donc à l’Assemblée nationale à compter du 11 février 2014 comme chef de l’Opposition. Verrons-nous enfin un début de fin de l’immobilisme chronique dont le Québec est affligé? Parions plutôt sur le déclenchement d’élections quelques semaines plus tard pour replonger la province dans une vague de promesses électorales, élire un nouveau gouvernement minoritaire et faire perdurer l’immobilisme qui nous fera bientôt foncer droit dans le fameux mur…

Pour conclure, il ne faudrait surtout pas oublier que le choc démographique au Québec commence dès l’an prochain. En effet, selon l’économiste Pierre Fortin, dès 2014, la population en âge de travailler commencera à diminuer et nous ne pourrons compter que sur une croissance annuelle moyenne de l’économie de 1,5 % ou moins d’ici 2020. Le Québec n’arrive déjà plus à payer ses comptes. Comment y parviendra-t-il dans 10, 20 ans d’ici?

Comme le veut le dicton, une image vaut mille mots… 783259-9-decembre-2013Caricature d’André-Philippe Côté, Le Soleil

Sébastien St-François

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