« Pas de péage, pas de pont »

pont_champlain_1958Futur pont Champlain (en 1958)

L’idée de ce texte m’est venue après ma lecture du billet d’André Pratte dans La Presse du vendredi 15 novembre : « Et si votre pont tombe, M. Harper ».

Pas de péage, pas de pont. C’est en ces quelques mots que le premier ministre du Canada, Stephen Harper, résume sa position à l’égard du pont Champlain chaque fois qu’il est appelé à se prononcer sur le remplacement de l’actuelle structure en fort piteux état.

C’est ressorti encore une fois dans l’actualité cette dernière semaine, étant donné l’obligation de fermer une voie en direction sud jusqu’au 12 décembre prochain au minimum. La réparation d’une poutre jugée non prioritaire selon le calendrier d’inspection, mais présentant néanmoins une inquiétante microfissure verticale d’une largeur de 2 mm, coûtera – selon les estimations – entre 4 M$ et 5 M$. Le pont Champlain en compte des centaines de poutres…

Nous sommes donc dans une position très fâcheuse. D’ici à ce qu’un pont de remplacement soit construit, nous sommes condamnés à investir des millions de dollars dans une structure en fin de vie, qui sera éventuellement démolie, mais dont nous ne pouvons nous passer d’ici à ce qu’une nouvelle structure soit ouverte à la circulation. Et le pire cauchemar nous guette d’ici là. Imaginez si les poids lourds devaient être éventuellement interdits de circuler sur le vieillissant pont Champlain. Ou encore que les ingénieurs arrivent à la conclusion – dans un avenir plus ou moins lointain – que toute circulation automobile doit être interdite sur l’actuel pont. Les conséquences seraient cauchemardesques…

Comment en sommes-nous arrivés là? Voici ce que j’en pense. Premièrement, ce pont a été construit à la va-vite et au plus bas coût possible. Jean Drapeau voulait un nouveau pont, et il s’est arrangé pour en avoir un. Par conséquent, un demi-siècle plus tard, Champlain a atteint la fin de sa vie utile. Pourtant, ailleurs sur la planète, des ponts érigés il y un millénaire tiennent encore bon… Deuxièmement, depuis des décennies, nous nous faisons voler de toutes les façons possibles et imaginables. Malgré les sommes faramineuses que nous versons au fisc chaque année, notre réseau routier a longtemps été négligé et il y a beaucoup de rattrapage à faire maintenant.

Quant à la question d’un péage, qu’en est-il? Les avis sont partagés sur cette question. Personnellement, je suis contre l’imposition d’un éventuel péage. Pourquoi? Deux raisons me motivent à m’y opposer, même si je ne me rappelle pas la dernière fois que j’ai emprunté le pont Champlain. Premièrement, il ne s’agit pas d’une nouvelle option offerte aux usagers de la route. L’État doit procéder au remplacement d’une structure existante, dont la construction initiale a été bâclée et qui représente un axe routier prioritaire. Rappelons que Champlain est le pont le plus achalandé au Canada. Deuxièmement, depuis l’ouverture de ce pont, les contribuables québécois en ont payé des impôts et ils continueront à en payer jusqu’à la fin de leurs jours. C’est du moins le cas des 40 % de Québécois qui contribuent à l’assiette fiscale tant à Québec qu’à Ottawa.

Comme le mentionne M. Pratte dans son billet, le gouvernement fédéral est propriétaire du pont Champlain et il en a la responsabilité. Il ne s’agit pas d’une structure privée et, le nouveau pont, nous le payons déjà collectivement depuis des années. Imposer un péage sur le nouveau pont ne ferait que déplacer le problème ailleurs, aux autres ponts reliant la Rive-Sud à Montréal. Imposer des péages partout pourrait être dévastateur pour l’économie de la métropole. Pouvons-nous vraiment nous permettre un tel risque alors que Montréal traîne déjà sérieusement de la patte sur les plans de l’économie et de la prospérité?

Une dernière réflexion. Jeudi dernier, sur les ondes de Dutrizac, le chroniqueur hebdomadaire Loïc Tassé a affirmé ceci : en 1962, la construction du pont Champlain avait coûté 35 M$, ce qui équivaut à 272 millions en dollars courants selon le calculateur d’inflation de la Banque du Canada. Bon, mettons que le travail avait été bien fait en 1962 et que le pont avait coûté le double, soit 70 M$. L’équivalent en dollars de 2013 frôlerait les 550 M$. Maintenant, on annonce que la construction de la nouvelle structure coûtera entre trois et cinq milliards de dollars. Y aurait-il des entrepreneurs ayant l’intention de se graisser la patte à nos frais une fois de plus?

Sébastien St-François

2 réflexions au sujet de « « Pas de péage, pas de pont » »

  1. C’est étonnent que les deux plus vieilles structures qui relient la rive-sud à Montréal (Le pont Victoria (circa 1898 pour son utilité actuelle) et le pont Jacques-Cartier 1930) soient les plus durables.L’ancien maire de Montréal Jean Drapeau a fait construire plusieurs nouvelles structures à faibles coûts et de longévité très courte pour l’Expo 67 et les Olympiques de 1976 et nous devont en payer le prix aujourd’hui.Certes les conditions de travail actuels ne sont plus les même,le pont doit être plus durable et mieux adapté au transport collectif et étant la principale porte d’entrée pour notre métropole,il se doit d’être visuellement beau mais on doit également penser aux besoins futur ce qui ne justifie pas encore pour moi les coûts exorbitants de sa construction.Pour faire prospérer la métropole,il faut la rendre accessible facilement et il faut arrêter de penser que l’automobile va disparaitre du jour au lendemain sans alternative efficace et fiable.

    Si on pense à un système intégré de transport en commun,on doit penser à un métro ou un train relié au réseau de transport de Montréal partant de Brossard et de Boucherville vers Montréal avec des stationnements incitatifs.À moins d’une alternative rapide et fiable,je vais continuer à prendre avec le plus grand plaisir ma voiture vers Montréal et privilégier un pont à 3 voies de chaque sens sur 2 étages peu importe le prix.

    Les baby-boomers ont profité d’infrastructures avec une espérance de vie à peine plus longue que la leur sans penser aux coûts à venir.A nous maintenant d’avoir de la vision,de prévoir pour le futur et de laisser à nos enfants un héritage à long terme et surtout à un coût ou tout le monde en aura pour son argent sans avoir de gens qui profite de notre argent…….j’ai fumé pour payer le stade olympique mais j’aimerais bien arrêter de fumer un jour.

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