Un parc antidémocratique

C’était écrit dans le ciel, c’est maintenant fait. En effet, mardi soir dernier, à la séance publique du conseil municipal, Jean Martel a annoncé que la Ville de Boucherville procédait à l’acquisition du terrain de l’ancien restaurant La Saulaie au prix de 2,35 millions de dollars. Ce montant sera puisé à même les surplus dégagés en 2011, projetés à quelque 3,5 millions de dollars. Sommes-nous surtaxés? Je vous laisse trouver votre réponse à la question à la lumière des surplus cumulés d’année en année. Pourtant, nous ne sommes plus en 2006, lorsque tout était à rebâtir après plusieurs années désastreuses de fusion forcée avec Longueuil. Il n’est pas normal que la municipalité dégage toujours de tels surplus et une seule conclusion logique s’impose : la ponction fiscale annuelle est trop élevée par rapport à ce qu’il en coûte pour faire fonctionner la Ville.

Comme on pouvait s’y attendre, M. Martel a resservi la sauce réchauffée de sa plateforme électorale – dans laquelle on peut lire « Aménagement et agrandissement du parc de La Saulaie : accès au fleuve pour canots et kayaks et agora pour spectacles en plein air » – pour justifier cet achat.

Un mépris de la démocratie? À vous de juger. N’en déplaise à M. Martel qu’on le lui rappelle encore une fois, il n’a pas été élu par une majorité des suffrages le 1er novembre 2009. Donc, sur le plan moral, je ne comprends aucunement comment il peut nous servir cet argument à nouveau. Combien de Bouchervillois tenaient mordicus à la tenue de cette promesse à un tel coût (qui ne comprend pas les frais d’aménagement)? J’aimerais bien le savoir, mais nous ne le saurons jamais, car en puisant dans les surplus pour payer cet achat au comptant, il muselle toute opposition à son projet et les citoyens contestataires n’ont aucun recours (signature d’un registre pour demander la tenue d’un référendum, etc.). Eh oui! C’est ça, notre démocratie!

Il y a quelque chose de profondément indécent et méprisant dans le fait de surtaxer des contribuables pour se constituer des surplus, qui servent ensuite non à pas à des fins véritablement « rassembleuses » et utiles pour l’ensemble de la population (comme accélérer le remboursement de la dette, par exemple), mais plutôt à réaliser une plateforme électorale pour plaire à des commettants, qui ne formaient même pas une majorité de celles et ceux qui ont exercé leur droit de vote il y a deux ans.

La pression populaire représente le seul moyen dont disposent les citoyens pour faire entendre raison à un politicien élu. Nul autre que Jean Charest vient de finir par plier, même si ce qu’il nous présente est décrié comme une « patente à gosses ». Malheureusement, à Boucherville, trop de gens demeurent silencieux ou formulent des commentaires sous le couvert de l’anonymat. Pire encore, nombreux sont ceux qui ne semblent même pas se soucier de la façon dont on dépense leur argent, comme en témoigne le Vox Pop publié à la page 6 de La Seigneurie cette semaine. Les politiciens le savent bien et gouvernent en fonction de cette insouciance généralisée, qui est un cancer qui gruge le fondement même de notre système démocratique.

Ça explique bien le cynisme et le désabusement de la population envers la démocratie, si ce mot a encore un sens aujourd’hui. Cependant, il faudrait que plus de Bouchervillois prennent la parole. Jean Martel semble faire fi des règles morales de la démocratie – qui voudraient qu’il respecte la volonté de la majorité de sa population et non de la majorité de ses commettants – en dépensant les surplus que la Ville engrange en nous surtaxant pour réaliser des promesses électorales formulées au terme d’une consultation de petits groupes de pression et d’intérêt en 2009.

Lorsqu’on a été élu par 49,71 % des suffrages, respecter la démocratie, ce n’est pas croire qu’on ait reçu un chèque en blanc pour déployer son programme électoral au grand complet. Au contraire, à la lumière d’un tel résultat, une personne soucieuse de respecter la démocratie et le mandat qu’on lui a confié prendrait acte du résultat, reconnaîtrait que plus de la moitié des électeurs ne partagent pas sa vision et apporterait les rajustements nécessaires pour tenir compte du jugement populaire. Or ce n’est pas ce qui arrive ici depuis deux ans. Pire encore, probablement refroidi par l’expérience vécue dans le dossier du Cercle social Pierre-Boucher, notre maire fait fi du droit fondamental de contestation prévu en démocratie en finançant son projet à même les surplus de l’ensemble des contribuables pour museler les opposants et plaire aux partisans. Ce n’est pas démocratique, ça… En démocratie, les opposants ont aussi le droit de se faire entendre et respecter.

Plusieurs sont sûrement indignés par cette annonce. Je refuse de croire que je sois le seul Bouchervillois qui s’oppose à la direction prise par ce conseil municipal. Mais il faudrait que les Bouchervillois commencent à manifester leur opposition si nous voulons que les choses changent et que l’argent durement gagné que nous sommes contraints de verser à la Ville chaque année, sous peine de voir notre propriété saisie, soit bien géré. C’est loin d’être le cas actuellement, car nous continuons d’acheter des « bébelles » pendant que notre dette continue d’augmenter.

Le mutisme et l’indifférence de trop de Bouchervillois me préoccupent – pour la démocratie et pour l’avenir de notre ville. Dans notre histoire récente, nous avons réalisé tout un exploit en réussissant à nous défusionner de Longueuil malgré toutes les contraintes imposées par les libéraux à l’époque. Je n’ai pas envie de me retrouver dans une ville médiocre, où les droits démocratiques de la majorité sont bafouillés. Le Québec en compte déjà assez de ces villes.

Sébastien St-François

2 commentaires sur « Un parc antidémocratique »

  1. Je ne prends position pour aucune équipe dans ce commentaire, dans le sens que cela a prévalu avec l’ancienne équipe politique et prévaudra également si la situation se reproduit avec d’autres équipes politiques. En démocratie, c’est l’équipe qui remporte le plus de votes qui prends le pouvoir et obtient la légimité pour réaliser son programme (comme au provincial et au fédéral où il est rare que le PM (ou l’équipe du PM) a 50%+1 des votes de tous les voteurs inscrits). De plus, M. Martel a fait élire TOUTE son équipe. Si une portion importante de la population ne s’est pas déplacée pour voter (ils auraient pu alors signifier leur désaccord avec ce programme), bien tant pis pour elle, les absents ont toujours tort – en s’abstenant, ils ont implicitement indiqué ne s’objecter à aucun des programmes présentés par les équipes politiques. Si une équipe devait obtenir la majorité des votes de tous les électeurs pour réaliser son programme, peu de choses auraient été réalisées à ce jour.

    1. Il en demeure néanmoins que Jean Martel n’a pas reçu un chèque en blanc pour déployer son programme électoral. Bien sûr, rien ne lui empêche de le faire, il paiera le prix un jour si les électeurs décident ainsi, mais ça ne témoigne pas d’un grand respect de la démocratie. De plus, son rôle comme maire est de gérer la Ville dans l’intérêt de tous, mais de mettre son programme en place en muselant les contestataires comme il le fait. C’est mon opinion bien personnelle, chacun a droit à la sienne. Mais je vois un stratagème antidémocratique là-dedans, ce que j’ai tenté d’expliquer dans mon texte.

      SSF

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