La banque est à sec!

2014-07-16-03-36-53-photo autocolants
Sans surprise, le projet de loi no 3 du gouvernement Couillard – Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal – déposé par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, en juin dernier a été décrié comme une « déclaration de guerre » par les syndicats qui représentent les employés municipaux. En effet, il était prévisible que toute mesure visant à établir une certaine équité entre des travailleurs dont le régime de retraite est parfois financé à hauteur de 75 % par des deniers publics et les contribuables qui sont appelés à financer de tels régimes par le biais de leurs taxes (qui ne cessent d’augmenter) serait mal accueillie par les syndicats qui représentent les employés municipaux.

La Coalition syndicale pour la libre négociation, qui est montée aux barricades le jour même de l’annonce du projet de loi, dénonce que ce dernier touche le partage des déficits passés des régimes de retraite – autrement dit, les sacrosaints « acquis ». Elle [la Coalition] va aussi loin que qualifier le projet de loi de hold-up! Le problème à l’origine du dépôt du projet de loi no 3 des libéraux est pourtant bien réel, à hauteur de 3,9 G$ : c’est le montant du déficit total des régimes municipaux de retraite à prestations déterminées au Québec. Et ce déficit ne disparaîtra pas par magie… Soit il sera refilé aux prochaines générations (comme on a pris l’habitude de faire au Québec depuis maintenant trop longtemps), soit il sera refilé une fois de plus aux contribuables (qui – pour la plupart – sont bien moins « gras durs » que ceux dont ils paient les salaires), soit il sera réglé de façon équitable entre les municipalités (donc, les contribuables) et les travailleurs concernés qui bénéficient d’excellentes conditions de travail. C’est ce que viserait le projet de loi de M. Moreau. Même Marc Ranger, le porte-parole de la Coalition, reconnaît que l’employé municipal moyen est mieux rémunéré que les autres salariés.

Mais ce n’est pas le but de ce billet. Je ne suis pas un employé municipal; je suis un contribuable parmi tant d’autres qui paient beaucoup d’impôts et de taxes chaque année. Je suis un travailleur autonome, qui certes gagne bien sa vie, mais qui travaille de longues heures depuis des années pour la gagner tout en tentant de se constituer un régime de retraite décent (moi non plus, je n’ai rien volé à personne). Contrairement aux employés municipaux, le mien n’est pas à prestations déterminées. Il a subi des pertes en 2008 et il n’est pas à l’abri de pertes futures advenant une autre crise boursière. Et personne ne m’offrira de le renflouer, le cas échéant. Personnellement, je ne suis pas très sympathique à la cause qu’est celle de la Coalition syndicale pour la libre négociation. Au fil des décennies, le Québec s’est appauvri et peine aujourd’hui à joindre les deux bouts et d’assurer aux Québécois des services à la hauteur de ce qu’ils paient pour ces services. La réalité peut en frustrer certains, mais le fait demeure que tous doivent être mis à contribution pour résoudre l’actuel impasse financier – y compris les employés municipaux, qui bénéficient de conditions de travail bien supérieures à celles du Québécois moyen… On ne peut pas toujours demander aux mêmes de payer et prétendre ensuite agir au nom de l’équité.

Là où je décroche totalement, c’est lorsque ces gens se donnent la permission de placarder des autobus ainsi que des véhicules et équipements municipaux d’autocollants propagandistes, comme ils l’ont fait la semaine dernière. Ce moyen de pression d’une époque révolue est totalement inacceptable. Ce sont des biens publics, donc payés par les contribuables, les mêmes qui épongent les déficits actuariels des régimes municipaux depuis plusieurs années maintenant. En partant à la guerre contre le gouvernement Couillard, la Coalition cherche-t-elle aussi à provoquer l’ire de celles et ceux qui paient les salaires et une part souvent inéquitable des pensions des travailleurs dont elle représente les intérêts? On dirait bien!

Quant aux policiers en service lors de tels actes de vandalisme, qu’ils aient un peu plus de respect pour leur uniforme et l’autorité dont ils sont investis par l’État et qu’ils fassent le travail pour lequel ils sont bien payés au lieu de se contenter d’être de simples observateurs lors de perturbations sociales au nom de leurs acquis. Si je décidais de protester contre les généreuses conditions de travail de ces gens auxquelles je contribue chèrement en apposant des autocollants sur des véhicules municipaux ou en allumant un feu de camp devant un hôtel de ville, ce ne serait pas long que je serais assis sur la banquette arrière d’une voiture de police… Mesdames et Messieurs des corps policiers, votre travail fondamental consiste à maintenir l’ordre public. Faites le job pour lequel on vous paie, celui de maintenir l’ordre, y compris parmi vos consœurs et confrères municipaux!

Je ne suis pas un adepte du duo Coderre-Labeaume – deux personnages colorés mais parfois grossiers –, mais ces deux maires ont raison dans le dossier des régimes de retraite municipaux : la situation actuelle est intenable financièrement, elle perpétue la tradition d’hypothéquer les générations futures et les contribuables actuels ont assez donné! Et ça n’a rien à voir avec le vol éhonté de notre argent que nous expose la commission Charbonneau depuis quelques années, comme le prétend la Coalition. N’oublions pas que les magouilles exposées devant cette même commission ont eu raison de Michel Arseneault, président de la puissante FTQ. Employés municipaux, exprimez votre opinion sans pour autant défigurer le bien public. Vous serez – peut-être – un peu plus sympathiques aux yeux de celles et ceux qui sont loin de bénéficier de vos conditions dorées. Le Québec s’appauvrit et la banque des contribuables est à sec. Prenez-en acte!

Sébastien St-François

Montrer l’exemple…

596168-ex-ministre-sante-yves-bolduc
J’ai l’impression qu’il ne se passe pas une semaine sans que la classe politique nous montre ce dont elle est capable en matière d’abus… Dans ce texte, je fais référence particulièrement à ce qu’on pourrait appeler l’« affaire Bolduc ».

En effet, on a appris récemment qu’Yves Bolduc, ancien ministre de la Santé sous Jean Charest et actuel ministre de l’Éducation sous Philippe Couillard, a empoché une généreuse « prime » de 215 000 $ pour prendre en charge une liste de patients, le temps qu’il était dans l’opposition. À peine 19 mois plus tard, il a dû laisser tomber ces patients : « […] Le premier ministre m’a demandé d’occuper les fonctions de ministre de l’Éducation et malheureusement je ne peux continuer la pratique médicale. » Pauvre M. Bolduc…

La nouvelle était sortie en octobre 2012 : un mois après la défaite de son parti, le Dr Bolduc retournait à la pratique de la médecine à temps partiel, affirmait-il. À Ottawa, on critique les sénateurs qui vaquent à d’autres occupations professionnelles tout en empochant un salaire annuel de près de 140 000 $. La même critique peut s’adresser aux membres de l’Assemblée nationale – et à tout élu – tant qu’à moi. Lorsqu’on choisit de se porter candidat à une élection et qu’on est élu, on ne devrait pas avoir le droit de piger dans plusieurs pots d’argent public. Dans la vie, il faut faire des choix…

Or Yves Bolduc s’est trouvé à tirer profit d’un programme qui est sa propre création (pendant ses années comme ministre de la Santé, soit de 2008 à 2012). De citer Réjean Hébert, ministre de la Santé dans le gouvernement minoritaire de Pauline Marois : « Il a profité d’une brèche qu’il connaissait bien dans le système. Je ne comprends pas comment, en travaillant à temps partiel, on peut inscrire 1 500 patients par année. [...] »

Comme on pouvait s’y attendre, les bons docteurs Couillard et Barrette se sont portés à la défense de leur confrère… Les actuels premier ministre et ministre de la Santé ont affirmé qu’il n’y avait rien d’illégal dans ce qu’avait fait Yves Bolduc, qu’il avait suivi les règles en place. Il va sans dire que Bolduc n’a rien fait d’illégal : il a simplement profité d’un programme qu’il avait lui-même fait adopter lorsqu’il était ministre de la Santé. Mais est-ce moralement acceptable de piger dans autant de pots d’argent public et de persister à défendre l’indéfendable dans un contexte d’austérité imposé aux autres par les mêmes acteurs politiques?

Le dictionnaire Larousse propose la définition suivante du mot prime : « Somme d’argent ou don accordés à titre de récompense ou d’encouragement ». Pendant son séjour dans l’opposition, M. Bolduc a touché son salaire de député et un salaire de médecin. Était-il réellement nécessaire de lui verser une prime variant de 100 $ à 200 $ par patient pris en charge pour l’« encourager » à pratiquer une activité professionnelle qu’il avoue lui-même aimer pratiquer? Quel sens devons-nous donner à « prime » dans un tel contexte? S’agirait-il d’un néologisme?

Encore une fois, les Québécois ayant voulu du changement en votant pour le PLQ le printemps dernier seront fort probablement déçus lorsque viendra le moment de dresser le bilan du premier mandat du gouvernement Couillard. Jusqu’à maintenant, c’est pas mal le maintien du statu quo; les abus sur le dos des contribuables se perpétuent. Philippe Couillard peut bien préférer parler en termes de vérité et de réalité que d’austérité, il peut difficilement déroger à une prémisse fondamentale sans perdre des plumes sur le plan de la crédibilité : avant d’en demander encore plus aux Québécois, il doit mettre fin à de tels abus au lieu de les cautionner. Malheureusement, encore une fois, M. Couillard a préféré défendre un de ses partisans que défendre l’intérêt supérieur des Québécois. Pourtant, l’époque où on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre est révolue, si l’on se fie aux signaux lancés par nul autre que le premier ministre Couillard depuis son entrée en fonctions. Encore une fois, on semble être devant une situation « deux poids, deux mesures » qui avantage un membre du gouvernement.

Si Yves Bolduc aime tant pratiquer la médecine, rien ne lui empêche de démissionner de ses fonctions ministérielles et parlementaires et de reprendre sa pratique. Ce n’est pas comme s’il passera à l’histoire pour avoir été un grand ministre et parlementaire de toute façon… Quant au gouvernement, ses membres auraient intérêt à montrer l’exemple s’ils veulent avoir un tant soit peu de crédibilité au moment où ils laisseront tomber le couperet.

Comme électeur et contribuable, je ne demande rien de mieux qu’un gouvernement crédible qui prêche par l’exemple pour atténuer le cynisme qui m’habite depuis trop longtemps. Je ne peux pas me dire déçu de ce qui se passe, car je n’ai pas cru pour un instant que les choses changeraient sous Philippe Couillard. Mais il existe une expression en anglais dont ce dernier devrait s’inspirer : walk the talk!

Quant à Yves Bolduc, dont la crédibilité a été écorchée à plus d’une reprise depuis sa récente accession au conseil des ministres, invitons-le à repenser son refus de rembourser un traître sou de la généreuse prime qu’il a touchée. Mais soyons réalistes : son patron cautionne le tout, alors…

Sébastien St-François

Plus ça change, plus c’est pareil

9950513Photo : The Gazette

La commission Charbonneau fera relâche cette semaine pour l’été. Il reste à voir ce qu’elle nous réserve pour l’automne, mais il me semble qu’il reste encore toute une brochette de témoins à interroger en peu de temps. À moins de faire prolonger leur mandat à nouveau, les commissaires doivent déposer leur rapport final en avril 2015. Et, selon des chiffres avancés en décembre dernier, cet exercice risque d’avoir coûté la rondelette somme de 43 millions de dollars une fois les livres fermés – et encore plus, si le mandat de la commission est prolongé par le gouvernement Couillard.

Mais encore, si au moins cet argent se soldait par des résultats concrets, par des mises en arrestation, par des verdicts de culpabilité et par des incarcérations. Vous vous rappelez la commission Gomery? Jamais un seul politicien n’a été mis en accusation dans l’affaire du scandale des commandites. Pas un! Le plus grand acteur de ce scandale à avoir été accusé récemment est Jacques Corriveau. Aujourd’hui âgé de 80 ans, on est en droit de se demander si le processus judiciaire aboutira dans ce dossier et si justice sera faite s’il s’avère que Corriveau est coupable.

C’est drôle comment les commissions d’enquête qui se succèdent se ressemblent. Toute cette magouille se ferait toujours à l’insu des gens que nous élisons pour gérer nos deniers publics et les dépenser dans l’intérêt collectif – si on se fie aux politiciens et ex-politiciens convoqués par les commissaires. Je ne crois pas cela pour deux secondes. Les Tony Accurso, Marc Bibeau, Marc-Yvan Côté et autres de ce monde n’existeraient pas si ce n’était pas des élus et de l’accès qu’ont ces derniers au pot en or.

C’était au tour d’une autre ex-politicienne de nous prendre pour des valises la semaine dernière : Nathalie Normandeau. Ministre « senior » et vice-première ministre dans le gouvernement Charest, reine des cocktails de financement du PLQ à une certaine époque. Mais madame n’était au courant de rien de ce qui se serait passé autour d’elle pendant de nombreuses années et s’est même montrée choquée qu’on ose mettre son intégrité en doute. Pourtant, Yves Boisvert de La Presse résume bien la situation dans son dernier billet intitulé « Le mur Normandeau » : « Aucun politicien au Québec ayant témoigné à la commission Charbonneau ne semble savoir ce que tout le monde sait sur le financement des partis politiques. » Je vous invite d’ailleurs à lire son texte; sa phrase assassine sur le PLC est particulièrement délicieuse!

C’est quand même étrange qu’on a passé des semaines à faire la lumière sur la magouille dans le monde syndical, des jours à « griller » Michel Arsenault, deux semaines à interroger Rambo et à parler de la soupe chaude sur les chantiers de construction de la Côte Nord, mais… même pas une journée entière à questionner l’ex-vice-première ministre. Cette commission d’enquête commence à manquer de sérieux et de crédibilité tant qu’à moi.

Les deux plus gros « poissons » politiques arrêtés au Québec dans les dernières années sont deux maires déchus, soit Michael Applebaum et Gilles Vaillancourt. Les deux font face à une kyrielle d’accusations au criminel. Mais encore… Comme est fait notre système judiciaire, les deux – forts de l’argent qu’on les soupçonne d’avoir volé du bon peuple – multiplieront les requêtes et les procédures pour gagner le plus de temps qu’ils pourront. Dans le cas de Gilles Vaillancourt, il a probablement le temps de mourir avant d’être jugé. Ainsi, justice est rarement faite et le cycle se répète. Ah oui! Il ne faudrait pas oublier le bon Frank (Zampino), lui aussi en attente de son procès criminel…

Mais enfin, la belle saison est arrivée, il faut en profiter, non? L’automne arrivera bien assez vite pour nous remettre sous le nez l’odeur nauséabonde de toute cette magouille dont nous faisons les frais depuis belle lurette. Allez, bon été!

Sébastien St-François

Le sempiternel combat de coqs…

Combat-de-coqs
Vendredi dernier a pris fin la session parlementaire à Québec, à peine six semaines après qu’elle avait commencé. Il faut croire que nos parlementaires à l’Assemblée nationale sont fatigués après une campagne électorale ardue.

Philippe Couillard avait promis que les débats se dérouleraient de façon plus civilisée et respectueuse au Salon bleu sous son règne, mais force est de constater que cette enceinte a encore une fois été le théâtre du sempiternel combat de coqs qui caractérise la politique québécoise depuis des lunes.

Au cours des dernières semaines, le spectacle parlementaire a eu de quoi décourager plus d’un… Les libéraux ont pointé du doigt les péquistes à plus d’une reprise pour l’état critique des finances publiques alors que le PQ n’a formé le gouvernement que pendant 18 mois après neuf années de règne libérale… Par ailleurs, les péquistes ont reproché aux libéraux de ne rien faire pour renforcer l’économie de la province alors que ça ne fait que deux mois que le gouvernement Couillard est en poste. On se lance la balle et la Belle Province fait du surplace pendant ce temps…

C’est probablement François Legault de la Coalition Avenir Québec qui a dressé le bilan le plus près de la réalité de la session parlementaire qui prend fin. Premièrement, M. Legault juge que le PQ ne peut plus aspirer à gouverner. De citer le chroniqueur Vincent Marissal de La Presse : « […] les péquistes sont plus préoccupés en ce moment par l’avenir de leur propre parti que par l’avenir du Québec. » Il y a bien sûr un fond très partisan à une telle déclaration, la CAQ tentant de réaliser des gains auprès de l’électorat et de s’imposer comme la véritable opposition officielle. Il en demeure que le PQ a perdu beaucoup de crédibilité en matière économique au cours des dernières semaines, notamment depuis le dépôt du rapport du vérificateur général du Québec au début du mois. Il est vrai que le PQ a su se relever après avoir été relégué au statut de deuxième groupe d’opposition en 2007, après la cuisante défaite encaissée sous André Boisclair, mais les péquistes n’ont réussi à décrocher qu’un mandat minoritaire depuis ce temps et le résultat du scrutin en 2014 est pire encore que celui de 2007 pour les péquistes – même s’ils ont réussi à réchapper suffisamment de sièges pour former l’opposition officielle.

Deuxièmement, François Legault accorde une note de 5 sur 10 au nouveau gouvernement : « Je pense [qu’il mérite] 10 sur 10 sur les objectifs de contrôle des dépenses, mais 0 sur 10 sur la relance économique […] » (source : « Un sprint politique dans le rétroviseur »). Partisannerie à part, Philippe Couillard s’était engagé à ne pas alourdir le fardeau fiscal des contribuables québécois. Force est de constater que les Québécois se font à nouveau berner : nième hausse des taxes sur le tabac et l’alcool, maintien de la hausse de 4,3 % des tarifs d’hydroélectricité que les ménages québécois ont subie le 1er avril dernier, nouvelles hausses de taxes scolaires à venir parce que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, se dit « impuissant » devant les commissions scolaires (il faut d’ailleurs se demander ce que Couillard a vu en lui pour le nommer à la tête d’un ministère aussi important).

Au même titre que les éternels combats de coqs auxquels nous assistons dans l’enceinte parlementaire, il faut croire que les électeurs québécois aiment se faire raconter n’importe quoi en campagne électorale. Ça fonctionne. Pour preuve, ils ont récompensé les libéraux en leur accordant un mandat majoritaire (qu’ils ne méritaient pas selon plusieurs dont je suis du nombre), et ce, même s’il était évident que bien des promesses seraient rapidement reléguées aux oubliettes tellement elles ne tenaient pas compte de la réalité à laquelle est confronté l’État québécois aux prises avec de graves problèmes financiers structurels.

En préparation de la reprise des travaux à l’autonome, il reste à voir ce que réserve l’avenir pour la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre, Lise Thériault. Autant je trouvais qu’elle avait la tête de l’emploi lorsqu’elle dirigeait le ministère du Travail, autant sa prestation est inquiétante depuis les événements d’Orsainville. De citer le chroniqueur Yves Boisvert : « Pas sûr qu’elle ait le doigté pour manœuvrer dans l’univers très délicat des pénitenciers, de la police et de la justice, qui tous ont leurs codes et leurs susceptibilités légitimes. »

Un autre ministre qui sera à surveiller au cours de l’automne est Pierre Moreau, aux Affaires municipales. Comme on pouvait s’y attendre, les syndicats sont montés aux barricades immédiatement après l’annonce du dépôt d’un projet de loi pour forcer les municipalités et les syndicats à renégocier les dispositions des régimes et à les restructurer pour rétablir l’équilibre. Les syndicats crient au hold-up, et la table est mise pour un nouveau combat de coqs entre ces derniers et le gouvernement. Retour dans le passé… Confronté à une situation similaire, en 2003, Jean Charest avait préféré faire l’autruche que jouer au coq. Espérons que la « méthode Couillard » connaisse un aboutissement plus favorable aux contribuables, qui ne peuvent plus financer les généreux régimes de retraite publics sans perpétuer l’injustice sociale qui force de plus en plus de propriétaires – souvent sans régime de retraite autre que leurs propres économies et les prestations gouvernementales – à vendre leur maison, faute de moyens d’absorber les hausses annuelles de taxes décrétées notamment pour absorber des déficits actuariels de plus en plus intenables.

Sébastien St-François

Quand on fait l’autruche…

autruches-meurtrieres
Quand on fait l’autruche, on ne voit pas la réalité autour de soi, mais la réalité ne devient pas moins implacable pour autant. Le jour où on se sort la tête du sable, BAM! Ça risque de faire encore plus mal…

C’est la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui le Québec (l’État) et les Québécois (les contribuables). À quelques heures du dépôt du budget 2014-2015 mercredi dernier, Carlos Leitao (que j’ai appris se prononce « Laytown » en portugais) a qualifié la situation du Québec de « sérieuse » et le gouvernement Couillard impose dès cette année un début de régime minceur dans l’espoir de commencer à assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre sur dix – avant qu’il ne soit trop tard… Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec, la dette nette du Québec atteint maintenant plus de 54 % du PIB (par rapport à 50 % il y a à peine deux ans) comparativement à environ 44 % en Ontario et à quelque 33 % du PIB pour l’ensemble des provinces canadiennes.

Le Québec est donc plus lourdement endetté que le reste du Canada et continue à s’endetter à un rythme insoutenable. Qu’on soit un particulier, une entreprise ou un État, si on persiste à vivre au-dessus de ses moyens et, ce faisant, à se cacher la tête dans le sable, la réalité finit par prendre le dessus et on frappe un mur. Le Québec semble avoir frappé son mur…

C’était pourtant écrit dans le ciel : le Québec n’a pas les moyens de ses ambitions depuis des années, mais les gouvernements qui se sont succédé ont longtemps préféré jouer le jeu des déficits-surprises. On gouverne trop souvent pour se faire réélire, non pour faire ce qui doit être fait dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la population – que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral. Pourquoi donner un portrait juste et franc aux électeurs quand ce n’est pas ce qu’ils souhaitent voir ou entendre? Aussi bien donc les berner et leur faire croire que tout va bien.

Les abus et la mauvaise gouvernance du passé nous rattrapent maintenant en 2014. Selon le vérificateur général du Québec, Michel Samson, si rien n’est fait, l’État québécois se dirige vers un déficit de 5,6 G$ pour 2014-2015. Nous sommes loin des 1,75 G$ de Nicolas Marceau ou même des 3,1 G$ avancés récemment par le nouveau ministre libéral des Finances. Et n’oublions pas que la population active est maintenant en décroissance dans la Belle Province : moins de travailleurs, moins de « payeurs de taxes » pour financer la machine…

Comme le titrait jeudi dernier le chroniqueur Francis Vailles de La Presse, devant l’état lamentable des finances publiques, a-t-on vraiment le choix? Malgré toutes les compressions et tous les gels déjà budgétés pour 2014-2015, l’exercice en cours se soldera par un déficit de 2,35 G$ et, pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016, il faudrait couper 4 G$ de plus que cette année. Plusieurs se demandent si les chiffres avancés par le gouvernement peuvent tenir la route. Québec veut limiter la hausse des dépenses à 1,8 % cette année et à 0,7 % l’an prochain. Du jamais vu, du moins depuis belle lurette, les dépenses gouvernementales ayant plutôt tendance à croître d’au moins 5 % année après année. Ce n’est pas pour rien que les agences de notation ont l’État québécois à l’œil.

C’est d’ailleurs inquiétant d’apprendre que les agences de notation ont déjà commencé à dicter certaines commandes budgétaires au gouvernement. En effet, selon le chroniqueur Jean Lapierre, si les 1,5 G$ promis en investissements additionnels en infrastructures (15 G$ sur 10 ans) par Philippe Couillard en campagne électorale ne figurent pas au budget déposé la semaine dernière, c’est que les agences auraient menacé Québec d’une décote, considérant notre dette déjà trop élevée. Nous commençons donc à ne plus être entièrement maîtres de nos choix, et Dieu sait que nos infrastructures sont en piètre état. Des choix très douloureux poignent à l’horizon… Pis encore, tout ce qui nous arrive maintenant était prévisible depuis un bon moment.

Le Québec et les Québécois ont trop longtemps fait l’autruche, se faisant croire que l’État providence se portait bien, que la pérennité du modèle québécois de la Révolution tranquille était assurée et que nous pouvions continuer à nous endetter ad vitam aeternam… Bien, la réalité nous rattrape maintenant. L’heure des choix douloureux est arrivée et – qu’on aime le terme ou pas – l’austérité devient notre nouvelle réalité. Si nous ne trouvons pas le courage nécessaire pour faire ce qui doit être fait, ce seront les agences de notation qui nous dicteront leurs choix (c’est déjà commencé), et les conséquences seront d’autant plus douloureuses.

Ce qui doit être fait urgemment maintenant aurait dû être fait il y a dix ans. Mais, en 2003, Jean Charest a préféré garder sa tête dans le sable que mettre en branle la « réingénierie de l’État » qu’il avait pourtant promise pour se faire élire. Dix ans plus tard, l’autruche se sort enfin la tête du sable et elle n’aime pas ce qu’elle voit autour d’elle. Mais il ne faudrait surtout pas qu’elle se replonge tête première dans son petit monde où tout va pour le mieux…

Sébastien St-François

Chronique radio du 6 juin 2014

Ma chronique hebdomadaire en compagnie de Maryse Garant, animatrice de l’émission On en parle à midi diffusée quotidiennement sur les ondes du FM103,3.

Pour écouter la chronique en format Web, cliquez sur le lien ci-dessous :

Sujets traités cette semaine :

  • Boucherville : rue du Perche, on asphalte des vallons!
  • Boucherville : Argo débouté en Cour supérieure
  • Analyse du premier budget de Carlos Leitao pour le Québec

C’était la dernière chronique de la saison. Bon été!

L’art de lancer des ballons…

Balloon_Race_10June2006
À peine élue pour former un gouvernement majoritaire (et donc « régner » sur le Québec jusqu’en octobre 2018 au moins), l’équipe de Philippe Couillard est déjà passée maître dans l’art de lancer des ballons – ce à quoi les libéraux nous avaient habitués pendant les années de l’ère Charest.

Le nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao, déposera le budget de la province pour l’exercice 2014-2015 le mercredi 4 juin prochain. Dès les premiers jours suivant l’élection, le gouvernement Couillard a mis la table : il cherchait à trouver 3,7 G$ dès cette année et promettait le retour à l’équilibre budgétaire dès 2015-2016. On le sait, le Québec est cassé comme un clou. Celles et ceux qui suivent l’évolution de la conjoncture depuis des années n’ont pas tombé de leur chaise en entendant le nouveau premier ministre invoquer l’urgence d’agir pour assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre au pays.

Mais un problème de taille perdure. Dans sa chronique du mercredi 28 mai, simplement intitulé « Le mur », Alain Dubuc de La Presse met le doigt sur le bobo, comme on dit : « Il suffit de donner l’impression qu’on va toucher au modèle québécois pour provoquer une levée de boucliers. » C’est bien vrai… Toutes les grandes centrales syndicales ont déjà commencé à se faire entendre et leurs présidents ont rencontré le premier ministre il y a quelques semaines. Aujourd’hui, après de grands discours sur la « rigueur budgétaire » (Philippe Couillard n’aime pas parler d’austérité), le gouvernement ne cesse de lancer des ballons, invoquant de possibles ou probables hausses ici et là. Pour une nième fois, on semble vouloir prendre la voie facile de puiser dans les poches des contribuables pour colmater des brèches ici et là. Venant d’un parti qui voulait s’occuper des vraies affaires en campagne électorale, ce serait à la fois décourageant et inacceptable…

Prenons l’exemple de trois importants portefeuilles du gouvernement et des ministres nommés pour les piloter.

1. Éducation (Yves Bolduc) : L’homme que je surnomme « La Cassette ». Il ne m’a pas impressionné comme ministre de la Santé de Jean Charest; il ne m’impressionne guère plus comme ministre de l’Éducation de Philippe Couillard. Il maîtrise à merveille la langue de bois, l’art d’utiliser du verbiage pour n’absolument rien dire. À peine arrivé en poste, le voilà à nous préparer à une nouvelle hausse des taxes scolaires pour 2014-2015. Mercredi dernier, M. Bolduc a été interviewé par Paul Arcand. Écoutez l’entrevue et jugez par vous-même : http://www.985fm.ca/lecteur/audio/yves-bolduc-ministre-de-l-education-du-loisir-et-225883.mp3. Une vraie cassette…

2. Santé (Gaétan Barrette) : On le sait, notre système de santé est sclérosé : trop de bureaucrates, pas assez de services directs aux patients, délais indécents et parfois même médicalement inacceptables. Déjà, la santé accapare 43 % du budget du Québec et les coûts en santé sont appelés à augmenter de 5,2 % annuellement alors que – selon les prévisions – la croissance économique moyenne se chiffrera à 1,6 % par an au cours des 20 prochaines années. La nouvelle présidente de la FMSQ qualifie de théâtre les techniques de négociation du nouveau ministre de la Santé. Elle ne semble aucunement prendre au sérieux celui qu’elle qualifie de « personnage », celui même qui avait obtenu du gouvernement les généreuses augmentations pour les médecins spécialistes qui posent aujourd’hui un problème budgétaire. Ça tient presque du vaudeville alors que la cabane brûle!

3. Finances (Carlos Leitao) : Après avoir avancé en avril que certains programmes sociaux pourraient être éliminés, M. Leitao – pourtant classé deuxième parmi les meilleurs économistes au monde par Bloomberg News – ne trouve rien de mieux à nous annoncer à quelques jours du dépôt de son premier budget qu’un trou de 3,1 G$ pour 2014-2015. C’est ça, le mieux que peut faire le trio économique d’enfer de Philippe Couillard?

On nous répète qu’il faut donner la chance au coureur. Le nouveau gouvernement déposera son premier budget dans quelques jours. Cependant, depuis plus d’une semaine, ce gouvernement lance beaucoup de ballons et ça n’augure rien de bon pour les contribuables que nous sommes. On ne cesse de nous lancer l’idée de hausser tels droits, telles contributions ou telles taxes. Jamais on ne prend l’engagement ferme de revenir sur des hausses exagérées du passé récent (Hydro-Québec, commissions scolaires, etc.) ou de procéder sans plus tarder à un véritable dégraissage de l’appareil étatique. On préfère tout pelleter dans la cour des contribuables sans jamais s’attaquer aux véritables problèmes. Mais l’heure est grave, car le contribuable manque d’air et étouffe sous un fardeau qui ne cesse de s’alourdir d’année en année, de budget en budget… Il ne peut en faire plus!

La vraie solution à nos problèmes consiste à faire preuve d’une grande dose de courage politique et d’oser « toucher au modèle québécois » pour le réformer en profondeur, voire de fond en comble. Ce modèle est le fruit d’une époque révolue. Le Québec dépense trop et ses structures sont trop imposantes et tentaculaires. Collectivement, nous vivons carrément au-dessus de nos moyens! Notre gouvernement doit en prendre acte et être prêt à agir – quitte à ce que ça fasse mal et que ça nuise à ses chances de réélection dans quelques années. Je suis de moins en moins convaincu que le gouvernement Couillard fera ce que le gouvernement Charest n’a pas eu le courage de faire en neuf ans… Monsieur le Premier ministre, cessez de lancer des ballons et agissez!

Sébastien St-François

Chronique radio du 30 mai 2014

Ma chronique hebdomadaire en compagnie de Maryse Garant, animatrice de l’émission On en parle à midi diffusée quotidiennement sur les ondes du FM103,3.

Pour écouter la chronique en format Web, cliquez sur le lien ci-dessous :

Sujets traités cette semaine :

  • Boucherville autorise la construction de 85 unités d’habitation en plein parc Vincent-d’Indy!
  • « Boucherville aura sa deuxième caserne de pompiers » (La Seigneurie) : Il serait à peu près temps…
  • Le gouvernement Couillard a très rapidement maîtrisé l’art de lancer des ballons

Écolo serait-il devenu un terme galvaudé par les politiciens?

2012-05-29-05-29-14-Seigneurie
Photo : La Relève

Il y a de ces décisions que prennent des conseils municipaux qui dépassent tout entendement pour le « citoyen ordinaire ». J’habite Boucherville, et ma municipalité ne fait pas exception. Au contraire, étant donné l’absence d’opposition élue à la table du conseil (et donc l’absence d’équilibre dans le processus décisionnel) et l’attitude de fermeture que notre maire et plusieurs de ses conseillers adoptent à l’égard de citoyens qui ne partagent pas leur vision des choses, les Bouchervillois font parfois les frais de décisions n’ayant ni queue ni tête.

Voici un récent exemple : lors de sa séance publique du 12 mai dernier, le conseil municipal a adopté le règlement 1414-556 donnant le feu vert à la construction d’une coopérative d’habitation dans le parc Vincent-d’Indy! Vous avez bien lu, dans un parc! Pour une équipe qui se vante d’être soucieuse de la qualité de l’environnement de ses concitoyens et qui compte dans ses rangs nulle autre qu’Anne Barabé, conseillère responsable du district no 4 et ancienne présidente (de 2005 à 2009) d’Environnement Nature Boucherville qui s’est notamment battue pour sauver la rainette faux-grillon, autoriser le saccage d’un parc pour y ériger un bâtiment de six étages est loin de représenter une décision cohérente à mon humble avis de citoyen (et de contribuable municipal).

Outre le fait qu’on condamne un espace vert prisé des Bouchervillois –aménagé à la suite de dons de terrains faits expressément « pour fins de parc » –, ce projet de coopérative d’habitation n’est pas à une aberration près :

Il est encore plus surprenant que cette décision pour le moins incohérente ne soulève pas plus de grogne au sein de la population. Bien des Bouchervillois aiment pourtant se qualifier de « verts » et se disent fiers des nombreux parcs que compte leur ville. Or, en acceptant de sacrifier une partie du parc Vincent-d’Indy pour y permettre la construction d’une coopérative d’habitation de six étages, le maire Jean Martel et ses conseillers vont manifestement à l’encontre de leurs propres [prétendus] principes écologistes et de l’intérêt d’une bonne partie de la population qu’ils sont censés représenter et qui accorde beaucoup d’importance aux espaces naturels qui l’entourent. Cherchez l’erreur…

En démocratie, l’opposition joue un rôle important en veillant à prévenir les abus de pouvoir et le bafouillage des droits citoyens et des principes démocratiques. Cependant, si une population ne se mobilise pas pour exiger des comptes d’une équipe qui prend des décisions unanimes questionnables, le risque de bafouillage devient d’autant plus manifeste et inquiétant. Il est à espérer que les citoyens et contribuables de Boucherville se mettent à s’intéresser de beaucoup plus près aux décisions que prennent les élus à l’hôtel de ville, leur hôtel de ville comme notre maire se fait une devoir de nous rappeler au début de chaque séance publique du conseil.

Sébastien St-François

La CEIC aura-t-elle été utile au bout du compte?

10365983_10203839235560882_4641070841922169472_n
Le Québec carbure à la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (la « Commission Charbonneau ») depuis maintenant plusieurs années. Nous avons traversé des élections municipales et deux élections provinciales générales depuis le début des travaux de la CEIC. Le visage politique du Québec a bien changé depuis novembre 2011. Jean Charest est parti, Pauline Marois aussi. De véritables piliers de la politique municipale ont été forcés de quitter dans la disgrâce. Pensons à Gérald Tremblay, qui ne savait rien de ce qui se tramait derrière son dos, et à Gilles Vaillancourt, qui fait aujourd’hui face à une kyrielle d’accusations criminelles, dont celle de gangstérisme. Ce dernier sera-t-il jugé par notre système judiciaire renommé pour son inefficacité ou aura-t-il le temps de mourir avant d’être jugé? C’est une question d’un tout autre ordre…

Cependant, 30 millions de dollars plus tard, où en sommes-nous? Denis Lessard de La Presse se penche sur cette question fort intéressante des limites de la Commission Charbonneau. Selon lui, la Commission a adopté un mode de fonctionnement bizarre et se trouve en quelque sorte à la remorque de l’actualité et des journalistes d’enquête.

L’ancien député de Saint-Jérôme, le caquiste Jacques Duchesneau, nous avait pourtant promis des révélations fracassantes concernant plusieurs ex-ministres, autant péquistes que libéraux, aux audiences de la Commission Charbonneau. Jusqu’à maintenant, on peut dire qu’à l’échelle provinciale du moins, aucun politicien n’a encore payé le gros prix après que son nom est sorti à la CEIC. Ça rappelle étrangement la Commission Gomery au fédéral. La juge Charbonneau a même choisi de suspendre les travaux publics le temps de la dernière campagne électorale – laissant ainsi les électeurs québécois dans le noir au moment même où ils devaient faire un choix et élire un nouveau gouvernement.

Nous avons vu parader toutes sortes de personnages et entendu toutes sortes de récits aux audiences publiques de la CEIC au fil des mois. Pensons aux liasses d’argent dans les chaussettes des mafieux, à la soupe chaude sur les chantiers de construction de la Côte Nord, à « Rambo » – débarqué à la Commission Charbonneau en février dernier – et accueilli en véritable héros de retour chez lui… Souvent, plus un « gros show de boucane » qu’autre chose…

Dans les deux dernières semaines, les attentes étaient élevées et deux anciens ministres des Transports ont enfin été appelés à témoigner : Guy Chevrette et Julie Boulet. Comme il fallait s’y attendre, M. Chevrette n’a absolument rien à se reprocher. Il m’avait l’air presque hautain à l’écran. Quant à Julie Boulet, ouf! Quel spectacle pathétique! Il faut se demander ce que Jean Charest avait vu en elle pour la nommer ministre (déléguée, puis en titre) des Transports. À se fier à son témoignage de la semaine dernière, elle ne connaissait pas grand-chose de son portefeuille et plusieurs l’ont comparé à un « rubber stamp ». J’ai hâte de voir pendant combien de temps encore elle fera partie du caucus libéral et combien de temps s’écoulera avant que son départ de la vie politique ne force la tenue d’une élection partielle dans Laviolette une fois que Philippe Couillard lui aura montré la porte du PLQ. Elle a eu l’air franchement pathétique devant les Québécois, en tout cas, tout comme son collègue Sam Hamad, le premier ministre de l’ère Charest à être sorti publiquement pour la « corriger » concernant l’objectif de financement de 100 000 $ par ministre fixé par les instances du PLQ à l’époque.

M. Hamad aurait pu se garder une petite gêne. Après tout, il a été vice-président principal pour la firme de génie Roche de 1998 à 2003. Or on a appris au cours des derniers jours que Roche aurait mis sur pied un stratagème où chaque année, tous ses vice-présidents faisaient des contributions politiques illégales remboursées par des bonis. Plus d’un doute plane à son égard tant qu’à moi et je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi M. Couillard l’a nommé à son conseil des ministres. Sam Hamad est loin d’avoir été un grand ministre dans le gouvernement Charest.

En vertu du décret 1119-2011 et conformément à l’article 1 de la Loi sur les commissions d’enquête, la CEIC a pour mandat d’examiner l’existence de stratagèmes, de dresser un portait des activités de collusion et de corruption dans l’industrie de la construction et de formuler des recommandations. Ce n’est pas un tribunal. Il faut toutefois espérer que ses travaux mènent à des corrections concrètes et que les acteurs politiques au cours des années concernées qui auraient des choses à se reprocher finissent par se faire épingler par la police. Sinon, à quoi aura servi tout cet exercice à part divertir le bon peuple québécois? Les commissaires doivent déposer leur rapport d’ici avril 2015, soit d’ici moins d’un an. Espérons que tout l’argent dépensé sur cette commission serve à quelque chose au bout du compte, car les Québécois se font flouer depuis des années et il est temps que ça cesse!

Sébastien St-François