Quel avenir pour la CAQ?

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J’ai voté pour la Coalition Avenir Québec en 2012, puis en avril dernier. Ma circonscription est représentée par la députée caquiste Nathalie Roy depuis septembre 2012. Auparavant, je votais pour l’ADQ – exception faite de 2003, année où j’ai dû [malheureusement] voter pour Jean Charest parce qu’il était le seul chef de parti qui s’engageait à permettre aux municipalités fusionnées de force par le PQ de se défusionner. C’est une des seules fois dans ma vie d’électeur que j’ai voté libéral – après avoir dû me pincer le nez.

Je fais partie de ce groupe non négligeable d’électeurs qui jugent que ni le PLQ ni le PQ ne représentent une option viable ou crédible pour l’avenir du Québec. Ces deux vieux partis doivent se partager le blâme pour la situation pitoyable dans laquelle se trouvent les finances publiques du Québec aujourd’hui, car ce sont les deux seuls partis à avoir gouverné depuis la Révolution tranquille. Bien que la CAQ soit loin de représenter une solution à tous nos maux ou une option pouvant être qualifiée de révolutionnaire, elle apporte néanmoins un certain vent de fraîcheur et de nouvelles idées.

À la lumière des statistiques électorales, je suis loin d’être le seul à penser que les libéraux et les péquistes ne soient plus dignes de confiance. En effet, les résultats des élections générales au Québec depuis plusieurs années – 30,84 % pour l’ADQ en 2007, 16,37 % pour l’ADQ en 2008, 27,05 % pour la CAQ en 2012 et 23,05 % pour la CAQ en 2014 – indiquent que ce sont des centaines de milliers d’électeurs québécois qui ont tourné le dos aux promesses creuses et à l’éthique douteuse des deux vieux partis. L’option dont les bases ont été jetées par Mario Dumont est aujourd’hui loin de représenter une option marginale. Rappelons qu’aux dernières élections générales, si la campagne avait duré une semaine de plus, la CAQ aurait probablement dépassé le PQ et formé l’opposition officielle à l’issue du scrutin.

Vendredi dernier, la CAQ a toutefois perdu un gros morceau en la personne de Christian Dubé, député de Lévis et porte-parole en matière de finances. En entrevue sur les ondes du 98,5 FM avec Guy Simard vendredi midi dernier, M. Dubé a expliqué que le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, lui avait fait une offre qu’il ne pouvait pas refuser : la vice-présidence de la division Québec. On sent néanmoins au cours de l’entrevue un fond de frustration d’avoir été relégué au rang de député de deuxième opposition. Comme Jacques Duchesneau, qui a décidé de ne pas se représenter aux dernières élections parce qu’il se trouvait « menotté » dans l’opposition à l’Assemblée nationale, M. Dubé a avoué que les choses ne vont pas assez vite à son goût dans l’enceinte politique.

Il prétend qu’il pourra être plus utile à l’économie du Québec comme vice-président de la CDPQ que comme député du deuxième groupe d’opposition à Québec. Il a probablement raison, mais ses bons coups serviront dorénavant davantage au premier ministre libéral qu’au chef de la CAQ. Et je vois très mal Christian Dubé formuler des critiques acerbes en matière d’économie ou de finances publiques à l’endroit du gouvernement de Philippe Couillard maintenant qu’il est à l’emploi de la Caisse. Il devra nécessairement s’imposer un certain devoir de réserve à l’endroit de ses anciens adversaires politiques…

Bien qu’il renonce à son indemnité de départ (l’avoir acceptée aurait été carrément indécent étant donné la CAQ avait déposé un projet de loi – jamais adopté – pour interdire à un député qui quitte ses fonctions en cours de mandat de toucher une telle indemnité sauf s’il démissionne pour des raisons de santé), en quittant ses fonctions de député à peine quelques mois après avoir été élu, M. Dubé rend nécessaire la tenue d’une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ au trésor public. Malgré mon respect pour l’homme, je trouve déplorable la décision du politicien membre d’une formation politique qui prône un resserrement et une responsabilisation accrue de l’État. Il aurait pu réfléchir un peu plus longuement à son engagement politique avant de décider de se représenter en avril dernier.

Il sera maintenant intéressant de voir si François Legault réussit à recruter un candidat ou une candidate de la trempe de Christian Dubé pour tenter de conserver la circonscription de Lévis. Trouver un « candidat vedette » risque de ne pas être facile étant donné que la CAQ est vraisemblablement vouée à demeurer le deuxième parti d’opposition à l’Assemblée nationale jusqu’en octobre 2018…

Bien que la CAQ compte d’autres députés qui réussissent assez bien à s’imposer à l’Assemblée nationale (pensons à Éric Caire, François Bonnardel et Nathalie Roy, par exemple), la formation politique n’est pas à l’abri de la perte d’autres membres influents de sa députation. Par exemple, les rumeurs envoyant Gérard Deltell dans les rangs des conservateurs fédéraux en 2015 se font de plus en plus persistants. Si la CAQ continue à perdre de gros morceaux au cours des prochaines années, il faut se demander à quoi ressemblera la troisième voix à l’approche de la campagne électorale de 2018.

Je souhaite vivement que l’électorat québécois mette fin à la dualité PQ-PLQ qui est en bonne partie responsable de l’actuel marasme au Québec. Pour cela, ça prend une nouvelle voix assez forte et crédible pour remplacer les vieux partis. Dans l’immédiat, la CAQ personnifie cette nouvelle voix. Je trouverais très regrettable qu’elle soit incapable de prendre du galon ou qu’elle finisse par disparaître du paysage politique québécois. Il sera donc très intéressant d’observer le déroulement de l’éventuelle élection partielle dans Lévis.

Sébastien St-François

Crions tous au voleur en chœur!

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Des membres de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, avec leur président Denis Côté en tête, nous ont réservé un triste spectacle la semaine dernière, digne de l’époque des « goons » ayant marqué l’histoire du syndicalisme au Québec. Voulant passer un message à la mairesse Suzanne Roy de Sainte-Julie, qui est également la nouvelle présidente de l’Union des municipalités du Québec, ils ont débarqué en nombre à Sainte-Julie pour scander « Au voleur! » et commettre du vandalisme en placardant l’hôtel de ville d’autocollants propagandistes.

On a un sérieux problème quand ceux investis de l’autorité de faire régner l’ordre se comportent de manière aussi disgracieuse que les nombreux carrés rouges qu’ils ont arrêtés il y a deux ans à peine. Et qui de mieux placé qu’un policier pour comprendre qu’il vaille mieux ne pas dégainer trop rapidement et brûler toutes ses cartouches alors qu’on est encore à quelques semaines de la commission parlementaire prévue sur le projet de loi 3. Or, c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire tant qu’à moi. Déjà que le public payeur n’était pas très sympathique à leur cause…

Comme le relate l’enseignant en histoire Marc Simard, dans son texte d’opinion intitulé « Rien volé? », pour le travailleur québécois moyen, c’est scandaleux qu’un pompier de Montréal ait droit à la retraite après 25 ans de service sans aucune pénalité actuarielle, jouisse de prestations de retraite garanties et pleinement indexées au coût de la vie et ait contribué une cotisation limitée à 6 % de son salaire pour une rente valant 970 000 $ (départ à la retraite à 50 ans, après 30 ans de service). La grande majorité des futurs retraités est très, très loin de ce compte.

Bien entendu, des abus, il y a eu de part et d’autre de la clôture. Les contribuables font aujourd’hui les frais des décisions de plusieurs élus municipaux peureux, incompétents et/ou insouciants qui ont préféré négocier la « paix syndicale » à tout prix dans le passé, choisissant du même coup de faire fi des conséquences de leurs décisions peu courageuses sur leur municipalité à long terme, voire à moyen terme. Par ailleurs, il fut une époque – comme nous le rappelle Ovila Hétu dans son texte « Négocié [sic!], vos régimes de retraite? » – où la machine syndicale faisait régner un climat de terreur et n’hésitait pas à prendre la population en otage pour obtenir ce qu’elle voulait de l’État. Le gâchis devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui est le fruit de l’irresponsabilité qui est celle à la fois des élus municipaux et des représentants syndicaux.

Il en demeure néanmoins que ce qui dépasse l’entendement dans l’attitude des actuels employés et retraités municipaux est l’impression qu’ils donnent d’être prêts à sacrifier les générations futures de leurs semblables au nom de leurs sacro-saints acquis. En effet, leurs enfants, petits-enfants, gendres et brus pourraient un jour œuvrer à leur tour comme policiers, pompiers, cols bleus ou cols blancs. Déjà qu’ils ne jouiront jamais des conditions enviables de leurs aînés, on persiste à vouloir leur refiler la facture salée des dernières décennies de paix syndicale achetée à grands frais.

Mais le problème reste entier, et les bénéficiaires de ces (trop) généreux régimes de retraite devront faire leur part. La solution passe par un partage 50/50 entre les employeurs et les employés de la capitalisation future des régimes et une contribution des actuels employés et retraités municipaux aux efforts requis pour remettre les régimes déficitaires sur les rails et en assurer la pérennité. Le statu quo est intenable, et le projet de loi 3 vise à y mettre fin et à jeter les bases d’un nouveau partage du fardeau des caisses de retraite publiques alors que la population vieillit et l’espérance de vie est beaucoup plus longue qu’elle l’était lorsque ces caisses ont été créées.

Pendant que le torchon brûle, le premier ministre Philippe Couillard continue à jouer à l’homme invisible, tandis qu’Yves Bolduc persiste et signe qu’il n’a rien à se reprocher dans la saga des primes. Toutefois, du même souffle, il avoue avoir su « d’emblée qu’il devait rembourser une partie de ses primes en raison de l’abandon de sa pratique. » Franchement honteux et tout pour attiser le feu qui couve à l’approche d’un automne qui s’annonce déjà chaud. Je persiste et signe à mon tour : Yves Bolduc n’est plus digne de son portefeuille ministériel et doit quitter le conseil des ministres avant que les négociations avec les employés de l’État ne débutent d’ici quelques semaines.

Les employés et retraités municipaux sont loin d’être les seuls au Québec à pouvoir prétendre qu’ils se font voler. Au Québec, la quasi-totalité des contribuables se font voler d’une façon ou d’une autre depuis des années. Malheureusement, je ne peux être sympathique à des travailleurs qui se comportent comme des fier-à-bras et/ou se déguisent en clowns. Je vais au cirque quand j’ai envie de voir des clowns et, au cirque, les clowns ne sont pas armés.

Sébastien St-François

N’importez pas le modèle français, M. Poëti

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Bien avant que Robert Poëti ne fasse le saut en politique, j’écoutais religieusement ses chroniques chaque jeudi après-midi pendant l’émission animée par Benoit Dutrizac sur les ondes du 98,5 FM Montréal. Combien de fois je l’ai alors entendu vilipender les radars photo mis en place par le gouvernement Charest et qualifier ces appareils de « trappes à tickets ». Maintenant ministre dans un gouvernement libéral, il ne tient plus le même discours et je trouve cela fort préoccupant comme Québécois qui se désole de voir la société dans laquelle il vit de plus en plus régie par des lois répressives de toutes sortes.

Sous le gouvernement libéral de Jean Charest, rappelons-nous que les automobilistes sont passés à la caisse à plus d’une reprise. Outre la mise en place des premiers photos radar, les taxes sur l’essence ont bondi, le coût du permis de conduire a doublé et les taxes sur l’immatriculation des véhicules ont augmenté considérablement. Les Québécois paient cher le « privilège » de conduire un véhicule automobile. Et les Québécois ne sont pas dupes. Ils savent fort bien que l’État cherche désespérément de l’argent pour boucler son budget et que leurs élus provinciaux ont tendance à s’attaquer à des cibles qu’ils jugent – et qui s’avèrent – faciles : les fumeurs, les consommateurs d’alcool et les automobilistes.

Le lundi 28 juillet dernier, M. Poëti a accordé une entrevue à Louis Lacroix au cours de laquelle il a ouvert la porte à plusieurs possibilités – au nom de la sécurité routière, il va sans dire : ajout de nouveaux radars photo, limites de vitesse variables, radars dits tronçons… Ça commence à ressembler drôlement au modèle français, ce qu’il envisage pour nos routes.

À ce sujet, je vous invite à écouter cet entretien (diffusé le mardi 29 juillet dernier) entre l’animateur Guy Simard et Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef de Motomag.com. M. Théodore y dresse le bilan français de l’expérience des radars – du point de vue des usagers de la route. Le constat est accablant : les Français en ont marre, car ils savent fort bien que le but visé par la prolifération des radars sur leurs routes au cours des dernières années est le renflouement des coffres de l’État. Ça n’a absolument rien à voir avec la sacro-sainte sécurité routière ou la quête d’un utopique bilan zéro. L’État français a soif d’argent et a jeté son dévolu sur une proie facile…

Ici, au Québec, nous avons notre ayatollah de la sécurité routière en la personne de Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise de la sécurité routière depuis décembre 2005. Cet homme – grand mathématicien et vulgarisateur connu – fait la pluie et le beau temps en matière de sécurité routière depuis qu’il préside la Table. Il a eu l’oreille de tous les ministres des Transports qui se sont succédé au cours de la dernière décennie. Le problème est qu’il n’est pas élu, mais se comporte comme s’il l’était. Lise Thibault se prenait vraisemblablement pour la Reine d’Angleterre lorsqu’elle occupait la fonction de lieutenant-gouverneur; depuis trop d’années maintenant, M. De Koninck agit comme s’il était ministre des Transports dans un État totalitaire et répressif à souhait.

M. De Koninck a son lot de détracteurs, dont le chroniqueur automobile Philippe Laguë, qui ne lui reconnaît aucune compétence véritable en matière de sécurité routière. De plus, M. Laguë soutient que nous nous dirigeons tout droit vers un État policier sur nos routes, où les agents de la paix deviennent de vulgaires percepteurs de taxes mandatés par l’État pour renflouer les coffres. C’est d’ailleurs un secret de polichinelle que les policiers ont des quotas de contraventions à respecter. C’est peu surprenant quand on sait que M. De Koninck prône une répression accrue et un resserrement constant des lois auprès des autorités gouvernementales depuis des années et que le législateur l’écoute assidument.

M. Poëti, vos récents propos me donnent l’impression que l’État québécois souhaite suivre l’exemple de la France en procédant à l’installation d’un nombre grandissant de radars photo fixes, mobiles et « tronçons » un peu partout pour ainsi « automatiser » la répression. Le bilan français est pourtant loin d’être reluisant, et le gouvernement dont vous faites partie aurait tout intérêt à en prendre acte. D’ailleurs, il n’en était aucunement question dans la plate-forme que votre parti a présentée à la population au cours de la dernière campagne électorale.

Oui, il y a lieu de réprimer les actes criminels commis au volant d’une automobile; oui, les grands excès de vitesse doivent être sanctionnés de façon dissuasive; oui, il faut punir les pratiques dangereuses comme le car surfing et autres. Mais la sécurité routière et la quête d’un utopique bilan zéro ne doivent pas servir de prétextes à l’atteinte d’un objectif bien pécuniaire, celui de percevoir un « impôt routier volontaire » pour emprunter l’expression utilisée par M. Théodore pour qualifier la situation en France.

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À force de vouloir réprimer un peuple, on risque de provoquer une révolte. Bien que les Québécois soient reconnus pour leur docilité et leur défaitisme à quelques rares exceptions près (pensons notamment au « Printemps érable » ayant eu raison du gouvernement Charest), une majorité d’automobilistes québécois ne veulent pas d’un État policier sur leurs routes. Ils savent fort bien quel serait le réel objectif d’une éventuelle multiplication des cinémomètres sur le territoire…

M. Poëti, vous avez travaillé pour la Sûreté du Québec pendant 28 ans. Lorsque vous commentiez publiquement la sécurité routière avant de devenir politicien, vous teniez un discours généralement terre-à-terre et équilibré. Depuis que vous êtes ministre des Transports, j’ai l’impression que vous préparez le terrain à livrer une commande de votre patron : faire entrer encore plus d’argent dans les coffres de l’État. Je crains que le Québec devienne à nouveau une « Nouvelle-France », cette fois au nom du culte de la sécurité routière que Jean-Marie De Koninck a réussi à instaurer au sein de l’appareil gouvernemental.

L’expérience française est un échec à plus d’un égard; notamment, des automobilistes qui sont continuellement sur le qui-vive ne contribuent pas à améliorer le bilan routier. Au contraire… Si votre objectif est véritablement d’améliorer la sécurité sur nos routes, de grâce, n’empruntez pas le modèle de nos cousins français. Un cinémomètre n’est pas capable de discernement; il sanctionne aveuglément et son but est de faire entrer de l’argent.

Les automobilistes québécois surtaxés paient déjà trop en échange du « privilège » de rouler sur des routes pleines de trous et de naviguer entre des cônes oranges à perte de vue. Veiller à la sécurité routière est une chose; automatiser la répression pour des motifs budgétaires en est une autre, et les automobilistes québécois n’en veulent pas!

Sébastien St-François

* Copie de ce texte a été acheminée au bureau du ministre Poëti : ministre@mtq.gouv.qc.ca

Bolduc doit quitter le conseil des ministres

Yves Bolduc
On a appris aujourd’hui que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, – au cœur d’une controverse après que les médias ont découvert qu’il avait touché une prime de 215 000 $ pour accepter 1 500 patients pendant qu’il était dans l’opposition – remboursera 27 000 $ à la RAMQ et donnera 28 000 $ à deux organismes de charité. Le peuple québécois l’a appris par voie de communiqué en fin de journée mardi. Le ministre n’a pas daigné se présenter devant la presse et l’analyse de la RAMQ n’a malheureusement pas été rendue publique même si elle a été payée par des deniers publics. Vive la transparence promise par Philippe Couillard en campagne électorale.

Je suis désolé, mais c’est insuffisant. Yves Bolduc devait rembourser l’intégralité de ce montant qu’il a touché pendant qu’il était dans l’opposition s’il espérait pouvoir conserver le peu de crédibilité morale qu’il lui restait pour demeurer ministre dans le gouvernement soi-disant « d’austérité » de Philippe Couillard. À mon avis, Yves Bolduc vient de perdre le peu de crédibilité morale qu’il lui restait…

Il sera intéressant de voir ce que M. Intégrité, Philippe Couillard, fera de son « ami » devenu patate chaude à peine quelques mois après l’élection du gouvernement libéral. M. Bolduc n’est plus digne de détenir un portefeuille ministériel dans un gouvernement qui s’apprête à sabrer un peu partout – parce qu’on n’a plus de choix comme société autre que de sabrer. Qu’il redevienne simple député ou retourne à la médecine, où il sera sûrement plus utile à la société qu’il dit tant aimer servir. Chose certaine, si M. Couillard juge cet aboutissement acceptable, il n’est pas digne de la confiance des Québécois et il lance un bien mauvais message aux Québécois qu’il prétend vouloir servir.

Les Québécois en ont assez de cette classe de politiciens qui croient que tous les abus leur sont permis parce qu’ils ont été élus. Philippe Couillard doit envoyer un message clair en démettant Yves Bolduc de ses fonctions ministérielles. Ou Yves Bolduc doit quitter le conseil des ministres de son propre gré. Si ni l’un ni l’autre ne bouge et prône le statu quo, un bien mauvais message est lancé à la veille d’un automne qui s’annonce très chaud dans la Belle Province!

Sébastien St-François

Une décision préjudiciable à des cotisants souvent déjà préjudiciés

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D’entrée de jeu, je dois préciser que je ne suis pas juriste; je suis traducteur agréé. Bien que je sois appelé à travailler sur des textes juridiques dans ma pratique, loin de moi de prétendre avoir une connaissance du droit comparable à celle d’un avocat chevronné. Je m’abstiendrai donc de proposer une analyse poussée de la décision rendue récemment par la Cour suprême dans le dossier de l’assurance-emploi. Cette décision m’interpelle néanmoins, car je suis avant tout un citoyen canadien.

À l’instar de plus d’un de mes concitoyens, il m’arrive de douter que le politique et le judiciaire travaillent systématiquement dans l’intérêt supérieur de la population. Dans le cas présent, le doute qui m’habite est exacerbé par mon incompréhension des fondements sur lesquels repose cet arrêt du plus haut tribunal du pays. C’est un arrêt lourd de conséquences pour bon nombre de salariés canadiens dans un contexte de précarisation de l’emploi.

Je suis travailleur autonome depuis des années. Je ne cotise donc pas à l’assurance-emploi et je ne suis pas admissible à des prestations d’a.-e. Cependant, je me mets à la place des nombreux travailleurs qui cotisent à ce régime sans toutefois savoir s’ils auront droit à des prestations quand ils pourront en avoir besoin. Et ces cotisants sont de plus en plus nombreux, notamment depuis que Stephen Harper est premier ministre. Selon la FTQ, à peine 40 % des chômeurs ont aujourd’hui droit à des prestations alors qu’en 1989, ils étaient 87 % à bénéficier de la protection du régime.

Bien entendu, dans tout débat, il faut en prendre et en laisser de part et d’autre. Nous connaissons probablement tous quelqu’un dans notre entourage qui a déjà fraudé l’assurance-emploi (ou l’assurance-chômage, comme on l’appelait à l’époque). Frauder est un acte répréhensible et condamnable, et il y avait lieu de resserrer les règles d’admissibilité à l’a.-e. pour prévenir les cas de fraude. Cependant, un fait demeure : l’assurance-emploi est une « assurance ». Par définition, une assurance est un service qu’on paie pour se doter d’une protection en cas de besoin. Dans le cas de l’assurance-emploi, ce sont les salariés et les employeurs qui cotisent à la caisse; le gouvernement fédéral n’y investit pas un sou depuis la réforme de l’assurance-chômage dans les années 1990.

Sans vouloir emprunter le discours des syndicalistes, j’ai l’impression que cette décision de la Cour suprême est l’équivalent de l’entérinement judiciaire d’un détournement de fonds. Selon la FTQ et la CSN, les deux centrales syndicales contre lesquelles la requête en irrecevabilité du procureur général du Canada a été accueillie, ce sont 57 milliards de dollars que le gouvernement fédéral aurait puisé dans le Compte d’assurance-emploi à la suite des dispositions mettant en œuvre son budget de 2010. Le gouvernement fédéral aurait utilisé ces milliards en cotisations versées par les salariés et les employeurs pour équilibrer ses comptes. Il y a quelque chose de profondément indécent dans une telle manœuvre.

Lorsqu’il était ministre des Finances dans le gouvernement Chrétien, Paul Martin avait eu recours à des manœuvres similaires – que la vérificatrice générale de l’époque, Sheila Fraser, avait qualifié de « frôlant l’illégalité ». Maintenant que le gouvernement Harper s’apprête à dégager des surplus – qu’on estime à 45 G$ sur quatre ans – pour la première fois depuis son accession au pouvoir et alors que 2015 sera une année électorale et que de moins en moins de chômeurs ont « droit » à des prestations d’a.-e. dans une économie chancelante où les fermetures d’usines et les pertes d’emploi se multiplient, ce transfert de fonds paraît encore plus indécent. Équilibrer son budget, voire dégager des surplus, sur le dos d’employeurs et de salariés qui financent à 100 % une caisse d’assurance, pour le non-juriste que je suis, il est difficile de comprendre ce qui a pu convaincre notre plus haute instance judiciaire du bien-fondé de la pratique qu’elle vient d’avaliser.

Sébastien St-François

La banque est à sec!

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Sans surprise, le projet de loi no 3 du gouvernement Couillard – Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal – déposé par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, en juin dernier a été décrié comme une « déclaration de guerre » par les syndicats qui représentent les employés municipaux. En effet, il était prévisible que toute mesure visant à établir une certaine équité entre des travailleurs dont le régime de retraite est parfois financé à hauteur de 75 % par des deniers publics et les contribuables qui sont appelés à financer de tels régimes par le biais de leurs taxes (qui ne cessent d’augmenter) serait mal accueillie par les syndicats qui représentent les employés municipaux.

La Coalition syndicale pour la libre négociation, qui est montée aux barricades le jour même de l’annonce du projet de loi, dénonce que ce dernier touche le partage des déficits passés des régimes de retraite – autrement dit, les sacrosaints « acquis ». Elle [la Coalition] va aussi loin que qualifier le projet de loi de hold-up! Le problème à l’origine du dépôt du projet de loi no 3 des libéraux est pourtant bien réel, à hauteur de 3,9 G$ : c’est le montant du déficit total des régimes municipaux de retraite à prestations déterminées au Québec. Et ce déficit ne disparaîtra pas par magie… Soit il sera refilé aux prochaines générations (comme on a pris l’habitude de faire au Québec depuis maintenant trop longtemps), soit il sera refilé une fois de plus aux contribuables (qui – pour la plupart – sont bien moins « gras durs » que ceux dont ils paient les salaires), soit il sera réglé de façon équitable entre les municipalités (donc, les contribuables) et les travailleurs concernés qui bénéficient d’excellentes conditions de travail. C’est ce que viserait le projet de loi de M. Moreau. Même Marc Ranger, le porte-parole de la Coalition, reconnaît que l’employé municipal moyen est mieux rémunéré que les autres salariés.

Mais ce n’est pas le but de ce billet. Je ne suis pas un employé municipal; je suis un contribuable parmi tant d’autres qui paient beaucoup d’impôts et de taxes chaque année. Je suis un travailleur autonome, qui certes gagne bien sa vie, mais qui travaille de longues heures depuis des années pour la gagner tout en tentant de se constituer un régime de retraite décent (moi non plus, je n’ai rien volé à personne). Contrairement aux employés municipaux, le mien n’est pas à prestations déterminées. Il a subi des pertes en 2008 et il n’est pas à l’abri de pertes futures advenant une autre crise boursière. Et personne ne m’offrira de le renflouer, le cas échéant. Personnellement, je ne suis pas très sympathique à la cause qu’est celle de la Coalition syndicale pour la libre négociation. Au fil des décennies, le Québec s’est appauvri et peine aujourd’hui à joindre les deux bouts et d’assurer aux Québécois des services à la hauteur de ce qu’ils paient pour ces services. La réalité peut en frustrer certains, mais le fait demeure que tous doivent être mis à contribution pour résoudre l’actuel impasse financier – y compris les employés municipaux, qui bénéficient de conditions de travail bien supérieures à celles du Québécois moyen… On ne peut pas toujours demander aux mêmes de payer et prétendre ensuite agir au nom de l’équité.

Là où je décroche totalement, c’est lorsque ces gens se donnent la permission de placarder des autobus ainsi que des véhicules et équipements municipaux d’autocollants propagandistes, comme ils l’ont fait la semaine dernière. Ce moyen de pression d’une époque révolue est totalement inacceptable. Ce sont des biens publics, donc payés par les contribuables, les mêmes qui épongent les déficits actuariels des régimes municipaux depuis plusieurs années maintenant. En partant à la guerre contre le gouvernement Couillard, la Coalition cherche-t-elle aussi à provoquer l’ire de celles et ceux qui paient les salaires et une part souvent inéquitable des pensions des travailleurs dont elle représente les intérêts? On dirait bien!

Quant aux policiers en service lors de tels actes de vandalisme, qu’ils aient un peu plus de respect pour leur uniforme et l’autorité dont ils sont investis par l’État et qu’ils fassent le travail pour lequel ils sont bien payés au lieu de se contenter d’être de simples observateurs lors de perturbations sociales au nom de leurs acquis. Si je décidais de protester contre les généreuses conditions de travail de ces gens auxquelles je contribue chèrement en apposant des autocollants sur des véhicules municipaux ou en allumant un feu de camp devant un hôtel de ville, ce ne serait pas long que je serais assis sur la banquette arrière d’une voiture de police… Mesdames et Messieurs des corps policiers, votre travail fondamental consiste à maintenir l’ordre public. Faites le job pour lequel on vous paie, celui de maintenir l’ordre, y compris parmi vos consœurs et confrères municipaux!

Je ne suis pas un adepte du duo Coderre-Labeaume – deux personnages colorés mais parfois grossiers –, mais ces deux maires ont raison dans le dossier des régimes de retraite municipaux : la situation actuelle est intenable financièrement, elle perpétue la tradition d’hypothéquer les générations futures et les contribuables actuels ont assez donné! Et ça n’a rien à voir avec le vol éhonté de notre argent que nous expose la commission Charbonneau depuis quelques années, comme le prétend la Coalition. N’oublions pas que les magouilles exposées devant cette même commission ont eu raison de Michel Arseneault, président de la puissante FTQ. Employés municipaux, exprimez votre opinion sans pour autant défigurer le bien public. Vous serez – peut-être – un peu plus sympathiques aux yeux de celles et ceux qui sont loin de bénéficier de vos conditions dorées. Le Québec s’appauvrit et la banque des contribuables est à sec. Prenez-en acte!

Sébastien St-François

Montrer l’exemple…

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J’ai l’impression qu’il ne se passe pas une semaine sans que la classe politique nous montre ce dont elle est capable en matière d’abus… Dans ce texte, je fais référence particulièrement à ce qu’on pourrait appeler l’« affaire Bolduc ».

En effet, on a appris récemment qu’Yves Bolduc, ancien ministre de la Santé sous Jean Charest et actuel ministre de l’Éducation sous Philippe Couillard, a empoché une généreuse « prime » de 215 000 $ pour prendre en charge une liste de patients, le temps qu’il était dans l’opposition. À peine 19 mois plus tard, il a dû laisser tomber ces patients : « […] Le premier ministre m’a demandé d’occuper les fonctions de ministre de l’Éducation et malheureusement je ne peux continuer la pratique médicale. » Pauvre M. Bolduc…

La nouvelle était sortie en octobre 2012 : un mois après la défaite de son parti, le Dr Bolduc retournait à la pratique de la médecine à temps partiel, affirmait-il. À Ottawa, on critique les sénateurs qui vaquent à d’autres occupations professionnelles tout en empochant un salaire annuel de près de 140 000 $. La même critique peut s’adresser aux membres de l’Assemblée nationale – et à tout élu – tant qu’à moi. Lorsqu’on choisit de se porter candidat à une élection et qu’on est élu, on ne devrait pas avoir le droit de piger dans plusieurs pots d’argent public. Dans la vie, il faut faire des choix…

Or Yves Bolduc s’est trouvé à tirer profit d’un programme qui est sa propre création (pendant ses années comme ministre de la Santé, soit de 2008 à 2012). De citer Réjean Hébert, ministre de la Santé dans le gouvernement minoritaire de Pauline Marois : « Il a profité d’une brèche qu’il connaissait bien dans le système. Je ne comprends pas comment, en travaillant à temps partiel, on peut inscrire 1 500 patients par année. [...] »

Comme on pouvait s’y attendre, les bons docteurs Couillard et Barrette se sont portés à la défense de leur confrère… Les actuels premier ministre et ministre de la Santé ont affirmé qu’il n’y avait rien d’illégal dans ce qu’avait fait Yves Bolduc, qu’il avait suivi les règles en place. Il va sans dire que Bolduc n’a rien fait d’illégal : il a simplement profité d’un programme qu’il avait lui-même fait adopter lorsqu’il était ministre de la Santé. Mais est-ce moralement acceptable de piger dans autant de pots d’argent public et de persister à défendre l’indéfendable dans un contexte d’austérité imposé aux autres par les mêmes acteurs politiques?

Le dictionnaire Larousse propose la définition suivante du mot prime : « Somme d’argent ou don accordés à titre de récompense ou d’encouragement ». Pendant son séjour dans l’opposition, M. Bolduc a touché son salaire de député et un salaire de médecin. Était-il réellement nécessaire de lui verser une prime variant de 100 $ à 200 $ par patient pris en charge pour l’« encourager » à pratiquer une activité professionnelle qu’il avoue lui-même aimer pratiquer? Quel sens devons-nous donner à « prime » dans un tel contexte? S’agirait-il d’un néologisme?

Encore une fois, les Québécois ayant voulu du changement en votant pour le PLQ le printemps dernier seront fort probablement déçus lorsque viendra le moment de dresser le bilan du premier mandat du gouvernement Couillard. Jusqu’à maintenant, c’est pas mal le maintien du statu quo; les abus sur le dos des contribuables se perpétuent. Philippe Couillard peut bien préférer parler en termes de vérité et de réalité que d’austérité, il peut difficilement déroger à une prémisse fondamentale sans perdre des plumes sur le plan de la crédibilité : avant d’en demander encore plus aux Québécois, il doit mettre fin à de tels abus au lieu de les cautionner. Malheureusement, encore une fois, M. Couillard a préféré défendre un de ses partisans que défendre l’intérêt supérieur des Québécois. Pourtant, l’époque où on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre est révolue, si l’on se fie aux signaux lancés par nul autre que le premier ministre Couillard depuis son entrée en fonctions. Encore une fois, on semble être devant une situation « deux poids, deux mesures » qui avantage un membre du gouvernement.

Si Yves Bolduc aime tant pratiquer la médecine, rien ne lui empêche de démissionner de ses fonctions ministérielles et parlementaires et de reprendre sa pratique. Ce n’est pas comme s’il passera à l’histoire pour avoir été un grand ministre et parlementaire de toute façon… Quant au gouvernement, ses membres auraient intérêt à montrer l’exemple s’ils veulent avoir un tant soit peu de crédibilité au moment où ils laisseront tomber le couperet.

Comme électeur et contribuable, je ne demande rien de mieux qu’un gouvernement crédible qui prêche par l’exemple pour atténuer le cynisme qui m’habite depuis trop longtemps. Je ne peux pas me dire déçu de ce qui se passe, car je n’ai pas cru pour un instant que les choses changeraient sous Philippe Couillard. Mais il existe une expression en anglais dont ce dernier devrait s’inspirer : walk the talk!

Quant à Yves Bolduc, dont la crédibilité a été écorchée à plus d’une reprise depuis sa récente accession au conseil des ministres, invitons-le à repenser son refus de rembourser un traître sou de la généreuse prime qu’il a touchée. Mais soyons réalistes : son patron cautionne le tout, alors…

Sébastien St-François

Plus ça change, plus c’est pareil

9950513Photo : The Gazette

La commission Charbonneau fera relâche cette semaine pour l’été. Il reste à voir ce qu’elle nous réserve pour l’automne, mais il me semble qu’il reste encore toute une brochette de témoins à interroger en peu de temps. À moins de faire prolonger leur mandat à nouveau, les commissaires doivent déposer leur rapport final en avril 2015. Et, selon des chiffres avancés en décembre dernier, cet exercice risque d’avoir coûté la rondelette somme de 43 millions de dollars une fois les livres fermés – et encore plus, si le mandat de la commission est prolongé par le gouvernement Couillard.

Mais encore, si au moins cet argent se soldait par des résultats concrets, par des mises en arrestation, par des verdicts de culpabilité et par des incarcérations. Vous vous rappelez la commission Gomery? Jamais un seul politicien n’a été mis en accusation dans l’affaire du scandale des commandites. Pas un! Le plus grand acteur de ce scandale à avoir été accusé récemment est Jacques Corriveau. Aujourd’hui âgé de 80 ans, on est en droit de se demander si le processus judiciaire aboutira dans ce dossier et si justice sera faite s’il s’avère que Corriveau est coupable.

C’est drôle comment les commissions d’enquête qui se succèdent se ressemblent. Toute cette magouille se ferait toujours à l’insu des gens que nous élisons pour gérer nos deniers publics et les dépenser dans l’intérêt collectif – si on se fie aux politiciens et ex-politiciens convoqués par les commissaires. Je ne crois pas cela pour deux secondes. Les Tony Accurso, Marc Bibeau, Marc-Yvan Côté et autres de ce monde n’existeraient pas si ce n’était pas des élus et de l’accès qu’ont ces derniers au pot en or.

C’était au tour d’une autre ex-politicienne de nous prendre pour des valises la semaine dernière : Nathalie Normandeau. Ministre « senior » et vice-première ministre dans le gouvernement Charest, reine des cocktails de financement du PLQ à une certaine époque. Mais madame n’était au courant de rien de ce qui se serait passé autour d’elle pendant de nombreuses années et s’est même montrée choquée qu’on ose mettre son intégrité en doute. Pourtant, Yves Boisvert de La Presse résume bien la situation dans son dernier billet intitulé « Le mur Normandeau » : « Aucun politicien au Québec ayant témoigné à la commission Charbonneau ne semble savoir ce que tout le monde sait sur le financement des partis politiques. » Je vous invite d’ailleurs à lire son texte; sa phrase assassine sur le PLC est particulièrement délicieuse!

C’est quand même étrange qu’on a passé des semaines à faire la lumière sur la magouille dans le monde syndical, des jours à « griller » Michel Arsenault, deux semaines à interroger Rambo et à parler de la soupe chaude sur les chantiers de construction de la Côte Nord, mais… même pas une journée entière à questionner l’ex-vice-première ministre. Cette commission d’enquête commence à manquer de sérieux et de crédibilité tant qu’à moi.

Les deux plus gros « poissons » politiques arrêtés au Québec dans les dernières années sont deux maires déchus, soit Michael Applebaum et Gilles Vaillancourt. Les deux font face à une kyrielle d’accusations au criminel. Mais encore… Comme est fait notre système judiciaire, les deux – forts de l’argent qu’on les soupçonne d’avoir volé du bon peuple – multiplieront les requêtes et les procédures pour gagner le plus de temps qu’ils pourront. Dans le cas de Gilles Vaillancourt, il a probablement le temps de mourir avant d’être jugé. Ainsi, justice est rarement faite et le cycle se répète. Ah oui! Il ne faudrait pas oublier le bon Frank (Zampino), lui aussi en attente de son procès criminel…

Mais enfin, la belle saison est arrivée, il faut en profiter, non? L’automne arrivera bien assez vite pour nous remettre sous le nez l’odeur nauséabonde de toute cette magouille dont nous faisons les frais depuis belle lurette. Allez, bon été!

Sébastien St-François

Le sempiternel combat de coqs…

Combat-de-coqs
Vendredi dernier a pris fin la session parlementaire à Québec, à peine six semaines après qu’elle avait commencé. Il faut croire que nos parlementaires à l’Assemblée nationale sont fatigués après une campagne électorale ardue.

Philippe Couillard avait promis que les débats se dérouleraient de façon plus civilisée et respectueuse au Salon bleu sous son règne, mais force est de constater que cette enceinte a encore une fois été le théâtre du sempiternel combat de coqs qui caractérise la politique québécoise depuis des lunes.

Au cours des dernières semaines, le spectacle parlementaire a eu de quoi décourager plus d’un… Les libéraux ont pointé du doigt les péquistes à plus d’une reprise pour l’état critique des finances publiques alors que le PQ n’a formé le gouvernement que pendant 18 mois après neuf années de règne libérale… Par ailleurs, les péquistes ont reproché aux libéraux de ne rien faire pour renforcer l’économie de la province alors que ça ne fait que deux mois que le gouvernement Couillard est en poste. On se lance la balle et la Belle Province fait du surplace pendant ce temps…

C’est probablement François Legault de la Coalition Avenir Québec qui a dressé le bilan le plus près de la réalité de la session parlementaire qui prend fin. Premièrement, M. Legault juge que le PQ ne peut plus aspirer à gouverner. De citer le chroniqueur Vincent Marissal de La Presse : « […] les péquistes sont plus préoccupés en ce moment par l’avenir de leur propre parti que par l’avenir du Québec. » Il y a bien sûr un fond très partisan à une telle déclaration, la CAQ tentant de réaliser des gains auprès de l’électorat et de s’imposer comme la véritable opposition officielle. Il en demeure que le PQ a perdu beaucoup de crédibilité en matière économique au cours des dernières semaines, notamment depuis le dépôt du rapport du vérificateur général du Québec au début du mois. Il est vrai que le PQ a su se relever après avoir été relégué au statut de deuxième groupe d’opposition en 2007, après la cuisante défaite encaissée sous André Boisclair, mais les péquistes n’ont réussi à décrocher qu’un mandat minoritaire depuis ce temps et le résultat du scrutin en 2014 est pire encore que celui de 2007 pour les péquistes – même s’ils ont réussi à réchapper suffisamment de sièges pour former l’opposition officielle.

Deuxièmement, François Legault accorde une note de 5 sur 10 au nouveau gouvernement : « Je pense [qu’il mérite] 10 sur 10 sur les objectifs de contrôle des dépenses, mais 0 sur 10 sur la relance économique […] » (source : « Un sprint politique dans le rétroviseur »). Partisannerie à part, Philippe Couillard s’était engagé à ne pas alourdir le fardeau fiscal des contribuables québécois. Force est de constater que les Québécois se font à nouveau berner : nième hausse des taxes sur le tabac et l’alcool, maintien de la hausse de 4,3 % des tarifs d’hydroélectricité que les ménages québécois ont subie le 1er avril dernier, nouvelles hausses de taxes scolaires à venir parce que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, se dit « impuissant » devant les commissions scolaires (il faut d’ailleurs se demander ce que Couillard a vu en lui pour le nommer à la tête d’un ministère aussi important).

Au même titre que les éternels combats de coqs auxquels nous assistons dans l’enceinte parlementaire, il faut croire que les électeurs québécois aiment se faire raconter n’importe quoi en campagne électorale. Ça fonctionne. Pour preuve, ils ont récompensé les libéraux en leur accordant un mandat majoritaire (qu’ils ne méritaient pas selon plusieurs dont je suis du nombre), et ce, même s’il était évident que bien des promesses seraient rapidement reléguées aux oubliettes tellement elles ne tenaient pas compte de la réalité à laquelle est confronté l’État québécois aux prises avec de graves problèmes financiers structurels.

En préparation de la reprise des travaux à l’autonome, il reste à voir ce que réserve l’avenir pour la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre, Lise Thériault. Autant je trouvais qu’elle avait la tête de l’emploi lorsqu’elle dirigeait le ministère du Travail, autant sa prestation est inquiétante depuis les événements d’Orsainville. De citer le chroniqueur Yves Boisvert : « Pas sûr qu’elle ait le doigté pour manœuvrer dans l’univers très délicat des pénitenciers, de la police et de la justice, qui tous ont leurs codes et leurs susceptibilités légitimes. »

Un autre ministre qui sera à surveiller au cours de l’automne est Pierre Moreau, aux Affaires municipales. Comme on pouvait s’y attendre, les syndicats sont montés aux barricades immédiatement après l’annonce du dépôt d’un projet de loi pour forcer les municipalités et les syndicats à renégocier les dispositions des régimes et à les restructurer pour rétablir l’équilibre. Les syndicats crient au hold-up, et la table est mise pour un nouveau combat de coqs entre ces derniers et le gouvernement. Retour dans le passé… Confronté à une situation similaire, en 2003, Jean Charest avait préféré faire l’autruche que jouer au coq. Espérons que la « méthode Couillard » connaisse un aboutissement plus favorable aux contribuables, qui ne peuvent plus financer les généreux régimes de retraite publics sans perpétuer l’injustice sociale qui force de plus en plus de propriétaires – souvent sans régime de retraite autre que leurs propres économies et les prestations gouvernementales – à vendre leur maison, faute de moyens d’absorber les hausses annuelles de taxes décrétées notamment pour absorber des déficits actuariels de plus en plus intenables.

Sébastien St-François

Quand on fait l’autruche…

autruches-meurtrieres
Quand on fait l’autruche, on ne voit pas la réalité autour de soi, mais la réalité ne devient pas moins implacable pour autant. Le jour où on se sort la tête du sable, BAM! Ça risque de faire encore plus mal…

C’est la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui le Québec (l’État) et les Québécois (les contribuables). À quelques heures du dépôt du budget 2014-2015 mercredi dernier, Carlos Leitao (que j’ai appris se prononce « Laytown » en portugais) a qualifié la situation du Québec de « sérieuse » et le gouvernement Couillard impose dès cette année un début de régime minceur dans l’espoir de commencer à assainir les finances publiques de la neuvième province la plus pauvre sur dix – avant qu’il ne soit trop tard… Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec, la dette nette du Québec atteint maintenant plus de 54 % du PIB (par rapport à 50 % il y a à peine deux ans) comparativement à environ 44 % en Ontario et à quelque 33 % du PIB pour l’ensemble des provinces canadiennes.

Le Québec est donc plus lourdement endetté que le reste du Canada et continue à s’endetter à un rythme insoutenable. Qu’on soit un particulier, une entreprise ou un État, si on persiste à vivre au-dessus de ses moyens et, ce faisant, à se cacher la tête dans le sable, la réalité finit par prendre le dessus et on frappe un mur. Le Québec semble avoir frappé son mur…

C’était pourtant écrit dans le ciel : le Québec n’a pas les moyens de ses ambitions depuis des années, mais les gouvernements qui se sont succédé ont longtemps préféré jouer le jeu des déficits-surprises. On gouverne trop souvent pour se faire réélire, non pour faire ce qui doit être fait dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la population – que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral. Pourquoi donner un portrait juste et franc aux électeurs quand ce n’est pas ce qu’ils souhaitent voir ou entendre? Aussi bien donc les berner et leur faire croire que tout va bien.

Les abus et la mauvaise gouvernance du passé nous rattrapent maintenant en 2014. Selon le vérificateur général du Québec, Michel Samson, si rien n’est fait, l’État québécois se dirige vers un déficit de 5,6 G$ pour 2014-2015. Nous sommes loin des 1,75 G$ de Nicolas Marceau ou même des 3,1 G$ avancés récemment par le nouveau ministre libéral des Finances. Et n’oublions pas que la population active est maintenant en décroissance dans la Belle Province : moins de travailleurs, moins de « payeurs de taxes » pour financer la machine…

Comme le titrait jeudi dernier le chroniqueur Francis Vailles de La Presse, devant l’état lamentable des finances publiques, a-t-on vraiment le choix? Malgré toutes les compressions et tous les gels déjà budgétés pour 2014-2015, l’exercice en cours se soldera par un déficit de 2,35 G$ et, pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016, il faudrait couper 4 G$ de plus que cette année. Plusieurs se demandent si les chiffres avancés par le gouvernement peuvent tenir la route. Québec veut limiter la hausse des dépenses à 1,8 % cette année et à 0,7 % l’an prochain. Du jamais vu, du moins depuis belle lurette, les dépenses gouvernementales ayant plutôt tendance à croître d’au moins 5 % année après année. Ce n’est pas pour rien que les agences de notation ont l’État québécois à l’œil.

C’est d’ailleurs inquiétant d’apprendre que les agences de notation ont déjà commencé à dicter certaines commandes budgétaires au gouvernement. En effet, selon le chroniqueur Jean Lapierre, si les 1,5 G$ promis en investissements additionnels en infrastructures (15 G$ sur 10 ans) par Philippe Couillard en campagne électorale ne figurent pas au budget déposé la semaine dernière, c’est que les agences auraient menacé Québec d’une décote, considérant notre dette déjà trop élevée. Nous commençons donc à ne plus être entièrement maîtres de nos choix, et Dieu sait que nos infrastructures sont en piètre état. Des choix très douloureux poignent à l’horizon… Pis encore, tout ce qui nous arrive maintenant était prévisible depuis un bon moment.

Le Québec et les Québécois ont trop longtemps fait l’autruche, se faisant croire que l’État providence se portait bien, que la pérennité du modèle québécois de la Révolution tranquille était assurée et que nous pouvions continuer à nous endetter ad vitam aeternam… Bien, la réalité nous rattrape maintenant. L’heure des choix douloureux est arrivée et – qu’on aime le terme ou pas – l’austérité devient notre nouvelle réalité. Si nous ne trouvons pas le courage nécessaire pour faire ce qui doit être fait, ce seront les agences de notation qui nous dicteront leurs choix (c’est déjà commencé), et les conséquences seront d’autant plus douloureuses.

Ce qui doit être fait urgemment maintenant aurait dû être fait il y a dix ans. Mais, en 2003, Jean Charest a préféré garder sa tête dans le sable que mettre en branle la « réingénierie de l’État » qu’il avait pourtant promise pour se faire élire. Dix ans plus tard, l’autruche se sort enfin la tête du sable et elle n’aime pas ce qu’elle voit autour d’elle. Mais il ne faudrait surtout pas qu’elle se replonge tête première dans son petit monde où tout va pour le mieux…

Sébastien St-François