Il était une fois un fisc trop vorace…

Revenu-Québec
C’est sans surprise qu’on apprenait la semaine dernière que l’impôt entrave l’économie québécoise selon une étude de l’Institut Fraser intitulée Compétitivité fiscale du Québec : une barrière à la prospérité. Cette étude compare les taux d’imposition des individus et des entreprises au Québec avec ceux des autres provinces canadiennes et des États américains.

Certains taxeront d’emblée l’Institut Fraser de « méchant think-tank de droite », mais les chiffres sont les chiffres. Pour deux des trois niveaux de revenu annuel évalués (50 000 $CA et 75 000 $CA), les contribuables québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. À un niveau de revenu annuel de 150 000 $CA, les Québécois arrivent au deuxième rang des contribuables les plus lourdement imposés sur le continent, après Les Néo-Écossais. Et c’est sans compter la pléthore d’autres taxes, droits et frais de toutes sortes que perçoit annuellement l’État québécois. Selon l’Institut Fraser, notre fardeau fiscal est tellement lourd qu’il nuit à la croissance de notre économie. Une conclusion contraire serait surprenante.

Bien entendu, les impôts sont essentiels pour couvrir le coût des services publics de base. Cependant, malgré la lourdeur de notre fiscalité, nous peinons à financer adéquatement nos services publics essentiels : le réseau de la santé – qui accapare grosso modo la moitié du budget annuel de l’État québécois – est affligé par de graves problèmes d’accessibilité, les commissions scolaires coupent dans les services aux élèves, l’état de nos infrastructures collectives est lamentable, etc. De toute évidence, le modèle social-démocrate dont le Québec s’est doté ne fonctionne plus. En clair, nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens et nous nous tirons dans le pied si nous pensons que c’est en demandant à ceux qui font déjà largement plus que leur juste part d’en faire encore plus que nous nous porterons mieux collectivement.

D’une part, l’État québécois maintient en place des structures totalement inutiles comme la Commission municipale du Québec et perpétue le dédoublement de systèmes comme celui de déclaration de revenus (nous sommes les seuls au Canada qui devons produire annuellement deux déclarations de revenus). C’est sans compter le véritable déluge de subventions et de crédits d’impôt qui déferle sur la province chaque année. D’autre part, depuis des années, ce sont toujours les mêmes qui sont appelés à contribuer davantage à l’assiette fiscale. Au Québec, les « riches » ont le dos large…

En effet, les 15 % de contribuables gagnant plus de 70 000 $ paient la moitié de l’impôt sur le revenu. Pour ce groupe, des services comme la santé et l’éducation sont loin d’être « gratuits »; de tels services leur coûtent très cher chaque année. Et ces contribuables qui sont devenus la vache à lait de l’État au fil des décennies en ont de moins en moins pour leur argent. Pour ma part, pas une année ne passe sans que j’aie la désagréable sensation de me faire flouer.

Il y a un exercice auquel j’ai toujours voulu me prêter, mais ce n’est toujours pas fait. Il faudrait que je comptabilise la totalité des sommes que je verse aux différents niveaux de gouvernement au cours d’une année donnée : impôt fédéral, impôt provincial, impôt foncier, taxe scolaire, taxes de vente, droits et frais de toutes sortes. Deux raisons expliquent ma procrastination : je suis trop occupé à travailler pour alimenter le fisc et je serais totalement découragé par le chiffre auquel j’arriverais après avoir additionné la totalité de ce que je contribue à la société.

Créée en juin dernier par le gouvernement de Philippe Couillard, la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise est chargée d’un mandat fort complexe, celui de formuler des propositions visant à accroître l’efficacité, l’équité et la compétitivité du régime fiscal tout en assurant le financement des services publics. Ce sera tout un défi à relever.

Comme on dit en anglais, « Too much tax kills tax » (trop d’impôt tue l’impôt). Par rapport à la plupart des États sur ce continent, le Québec est très généreux envers celles et ceux qui ne contribuent pas à l’assiette fiscale (il faut savoir qu’environ 40 % des contribuables québécois ne paient pas d’impôt provincial). Par contre, il est en train de carrément étouffer bon nombre des 20 % les plus riches qui paient 70 % de l’impôt total perçu – la classe dite « moyenne » qui fait l’objet d’innombrables ponctions de l’État. Or ce sont ces contribuables qui devraient pouvoir respirer un peu pour contribuer à faire prospérer notre économie. Toutefois, moins ils disposent de revenu disponible, moins ils sont en mesure de faire rouler l’économie. L’équation est à la fois simple et implacable.

Il faudra que les travaux de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise soient plus que cosmétiques; une réforme fiscale en profondeur s’impose au Québec dans un double objectif : redistribuer plus efficacement les montants perçus en impôts et taxes, d’une part, et rendre le modèle de perception plus équitable envers ceux qui font vivre l’État québécois, d’autre part.

Et le temps presse… Le Québec s’enlise et son régime fiscal est en train d’étouffer son économie. La solution à nos problèmes de finances publiques ne passe pas par l’alourdissement d’un fardeau fiscal qui est déjà trop lourd. Comme contribuable déjà lourdement taxé, j’espère que Philippe Couillard et son gouvernement l’ont compris et qu’ils agiront en conséquence.

Mais quand je lis, par exemple, que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc (un homme dont la crédibilité est irrémédiablement entachée tant qu’à moi), envisage de saccager le réseau de l’enseignement privé, ça ne m’inspire pas confiance. On ne règle pas des problèmes en en créant de nouveaux…

Sébastien St-François

Crédibilité en péril!

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Il appert qu’au fil des semaines, depuis quelques mois, Philippe Couillard et le gouvernement qu’il dirige manquent de plus en plus de crédibilité pour appliquer les vastes mesures d’austérité qu’ils s’apprêtent à mettre en place. C’est rendu que pratiquement pas une seule journée passe sans l’annonce de mesures envisagées (compressions dans les universités, coupes dans le RQAP, modulation des tarifs de garderie selon le revenu, etc.). Chaque fois, s’ensuit une levée de boucliers au sein d’un groupe ou d’un autre de la société. Il faut couper, mais personne ne veut se faire couper dans sa cour. Coupez ailleurs, mais pas chez nous…

À mon avis, deux facteurs expliquent cette baisse de crédibilité qui mine l’autorité morale du gouvernement pour faire passer ses mesures d’austérité.

Premièrement, il y a cette culture de primes qui perdure au sein de l’État québécois. Par exemple, nous avons appris la semaine dernière que l’ex-déléguée à Mexico, Christiane Pelchat, a reçu une prime de 95 000 $ après avoir quitté volontairement ses fonctions pour accepter un poste en Afrique. 95 000 $, c’est une goutte d’eau dans le seau du budget du Québec, vous allez dire. C’est vrai, mais le principe demeure. Si c’est rendu que nous devons envisager des compressions dans la santé, l’éducation, etc., comment se fait-il que nous avons encore les moyens de verser des primes à celles et ceux qui quittent volontairement leurs fonctions dans l’appareil gouvernemental? Réaction de Philippe Couillard : Il estime que les délégués sont des contractuels embauchés par le gouvernement et devraient recevoir une prime même lorsqu’ils quittent leur poste volontairement. Pas fort…

Comme ce n’est pas fort qu’il se soit porté à la défense de son collègue médecin et ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, après que les médias eurent dévoilé qu’il avait empoché une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de suivre 1 500 patients, patients qu’il a ensuite dû larguer lorsqu’il est redevenu ministre. Ce que M. Couillard a initialement qualifié de « tempête dans un verre d’eau » continue à le hanter à ce jour. L’opposition continue à réclamer la démission de M. Bolduc et, la semaine dernière, le chroniqueur Gilbert Lavoie du quotidien Le Soleil a à son tour sommé M. Bolduc de quitter le cabinet ministériel pour des raisons qui semblent évidentes pour tous, sauf le principal intéressé et son patron politique. Nonobstant son incompétence en matière d’éducation, Yves Bolduc est devenu un boulet dans un gouvernement qui demande au peuple québécois de se serrer la ceinture une fois de plus, mais le premier ministre le garde en poste et continue à défendre le geste indéfendable de son ministre.

Deuxièmement, il y a la situation des régimes de retraite qui relèvent directement de Québec (juges, Sûreté du Québec, etc.), dont celle des régimes de retraite des parlementaires eux-mêmes qui accusent un déficit frôlant les 200 millions de dollars. Alors que le gouvernement veut assainir les régimes de retraite municipaux en imposant son projet de loi 3, il ne semble aucunement prêt à faire le ménage dans ses propres régimes ou dans les autres régimes provinciaux qui sont drôlement plus déficitaires que ceux des municipalités!

Encore une fois, c’est la politique de deux poids deux mesures. Pour ne pas mettre en péril sa crédibilité et son autorité morale – deux conditions fondamentales en démocratie même s’il est majoritaire –, le gouvernement devra absolument appliquer le principe enchâssé dans son projet de loi (participation 50/50 aux déficits accumulés et aux cotisations futures) à l’ensemble des régimes de retraite publics, y compris aux siens. Sinon, comment peut-il être crédible et comment le projet de loi 3 peut-il être reconnu comme équitable et respecté sans s’attendre à une levée de boucliers de la part des syndiqués municipaux?

Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse a écrit un excellent billet la semaine dernière intitulé « Les arbres et la forêt ». De citer M. Dubuc : « On ne s’en sortira pas si on continue de regarder les arbres un à un, au lieu de regarder la forêt. […] Ces mesures n’ont de sens que lorsque l’on tient compte de la situation d’ensemble, un déficit structurel qui ne s’en va pas, une dette qui augmentera, et une situation de crise qui sera bien pire dans quelques années que celle que nous vivons actuellement si nous ne faisons rien maintenant. » Il a raison. Nous n’avons plus le luxe de pelleter par en avant si nous voulons assainir les finances de l’État québécois et tenter tant bien que mal d’assurer la pérennité de nos services publics essentiels. Nous ne pouvons nous permettre une autre « réingénierie de l’État » ratée comme celle de Jean Charest en 2003.

Cependant, si le gouvernement Couillard est pour avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour procéder au grand ménage, il va absolument falloir qu’il montre l’exemple – et le temps presse. Il ne peut imposer ses mesures d’austérité au Québec sans les imposer dans ses propres rangs à Québec. M. Couillard doit comprendre que la forêt que décrit Alain Dubuc comprend aussi l’Assemblée nationale et tout ce qui y gravite autour…

Sébastien St-François

Savoir lâcher prise

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J’écris ce texte en réaction à la chronique « Tenir tête » de Michèle Ouimet paru dans La Presse et La Presse+ du samedi 6 septembre dernier. « Printemps érable », « conflit étudiant », « grève étudiante », « carrés rouges » – peu importe le vocable utilisé pour y faire référence, cette manifestation bruyante et parfois violente demeure bien fraîche dans l’esprit des Québécois, et notamment des Montréalais qui voyaient leur ville se faire prendre en otage quotidiennement. Déjà que l’économie de la métropole était fragile (et demeure fragile à ce jour), l’idée d’être pris dans des bouchons de circulation monstres était assez pour en rebuter plus d’un de s’y rendre. Les commerçants du centre-ville en ont bavé un coup.

Les étudiants à l’origine de ce conflit ont le mérite d’avoir réussi à se faire entendre et d’avoir créé un mouvement qui s’est transformé – au fil des semaines et des mois – en espèce de bouillabaisse socioculturelle contre le gouvernement usé et corrompu de Jean Charest. Je me rappelle encore cette image de Pauline Marois dans la rue, chaudron à la main, ou de ces députés péquistes arborant fièrement leur carré rouge supposément en guise de solidarité avec les étudiants. Ils ont vu juste, ayant réussi, le 4 septembre 2012, à former un gouvernement minoritaire en bonne part grâce à la grogne populaire contre Charest et ses troupes que le mouvement étudiant avait réussi à susciter. On connaît la suite…

Mais qu’en est-il du nœud du problème, c’est-à-dire du financement des universités québécoises? Notre société doit-elle viser à ne former que des universitaires? Doit-on sacrifier la qualité de nos universités au nom de l’accessibilité universelle ou quasi universelle? Ce sont toutes des questions qui doivent peser dans la balance des choix de société que nous faisons.

Je suis titulaire d’un baccalauréat et d’un certificat universitaire. Je travaille dans le domaine pour lequel j’ai étudié et je gagne bien ma vie. Cependant, je connais plusieurs personnes issues de l’université qui n’ont pas réussi à se trouver du travail dans leur domaine d’études et ont dû se résigner à faire autre chose qui ne nécessitait pas une formation universitaire. Et un diplôme universitaire ne vous protège aucunement contre le chômage. Au contraire, bien des métiers affichent des taux de chômage inférieurs à ceux de certaines professions, alors qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines dits « techniques ».

Pendant bien des années, le Québec a dénigré les métiers au profit des emplois nécessitant une formation universitaire. À une certaine époque, les familles québécoises devaient compter un curé dans leur progéniture pour être considérées respectables. Ensuite un médecin, un avocat, un notaire, un comptable, un ingénieur… Aujourd’hui, on se trouve avec trop de professionnels dans certains domaines, des diplômés universitaires dans des domaines où les perspectives d’emploi sont très faibles sinon nulles et des pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers et certaines techniques. Plus d’une personne de métier gagne des revenus supérieurs à bien des professionnels. L’université, c’est bien, mais ce n’est pas pour tout le monde et ce n’est pas la panacée. Des médecins, des avocats, des ingénieurs incompétents, ça existe – même s’ils ont obtenu leur diplôme…

Pour revenir au conflit de 2012, ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est que la vaste majorité des étudiants ayant pris les rues d’assaut étaient des étudiants en sciences humaines dont les débouchés professionnels en fin de parcours scolaire étaient, sont ou seront limités. Les étudiants en médecine, en droit, etc. n’ont pas répondu à l’appel des « ogues » en devenir. Le conflit a semé la division au sein du grand public, mais il a aussi semé la division dans les rangs étudiants eux-mêmes. Il y a des étudiants qui ne voulaient rien savoir de ce conflit, j’en connais personnellement.

Deux ans plus tard, le problème du financement de nos universités demeure entier tant qu’à moi. Oui, une société moderne doit former des universitaires pour occuper les professions de demain, mais encore faut-il qu’elle ait les moyens de les former adéquatement afin qu’ils soient qualifiés dans un monde où la concurrence se livre de plus en plus à une échelle mondiale. Une population de huit millions de personnes ne peut former qu’un certain nombre d’avocats, d’ingénieurs, de comptables, de sociologues et d’historiens pour que ces personnes ainsi formées fassent une contribution utile pendant leur vie active. Le Québec a aussi besoin d’électriciens, de plombiers, de menuisiers, de cuisiniers, de techniciens et de technologues.

Une société forte est une société équilibrée. À mes yeux, une société où l’université est accessible à qui le veut parce que c’est l’État qui paie ou que les frais de scolarité sont maintenus artificiellement bas par des pressions sociales ou politiques ne prépare pas les bases d’une économie solide en veillant à la diversification des compétences de ses travailleurs.

Il y a toujours deux côtés à une médaille, mais de là à vouloir remercier Gabriel Nadeau-Dubois et les autres leaders étudiants d’avoir semé un tel chaos social et divisé à ce point les Québécois, je trouve ça un peu poussé. Un moment donné, il faut savoir lâcher prise et réaliser qu’on a rarement raison sur toute la ligne.

Sébastien St-François

Le même remède pour tous!

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D’entrée de jeu, je suis favorable au principe sur lequel repose le projet de loi 3 des libéraux. Ce projet de loi sera-t-il adopté dans sa forme actuelle ou dans une forme modifiée? Devant la grogne qu’il suscite dans les rangs municipaux, certaines modifications sont à prévoir, comme le laissait d’ailleurs entendre le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, lui-même au terme de la commission parlementaire tenue sur le sujet en août dernier. Mais le fait demeure : la situation des déficits actuariels de plus d’un régime de retraite municipal est intenable et ce n’est pas juste aux contribuables non bénéficiaires de ces régimes de payer la note. C’est sûr que lorsqu’on apprend que le maire de Montréal, Denis Coderre, reçoit une pension fédérale de près de 89 000 $ par année, très largement payée par les contribuables, ça enlève pas mal de crédibilité à ce porteur du message et ce n’est rien pour atténuer le mécontentement des syndiqués municipaux. Mais les régimes déficitaires ne seront pas capitalisés du jour au lendemain comme par magie pour autant…

Par ailleurs, le problème est loin de se limiter au secteur municipal. En effet, Cogeco Nouvelles nous apprenait la semaine dernière que plusieurs régimes de retraite provinciaux sont tout aussi mal en point, en commençant par ceux des députés de l’Assemblée nationale. Il est question d’un déficit totalisant 197 M$, soit 371 000 $ par participant à ces régimes (un total de 532 députés actifs ou retraités). Il faut savoir que nos députés provinciaux se sont votés deux régimes de retraite : un principal, auquel ils ne cotisent que 21 % et un complémentaire auquel ils ne cotisent pas un sou (autrement dit, il est financé à 100 % par les contribuables). Jusqu’à maintenant, les libéraux ne se montrent pas prêts à modifier quoi que ce soit les concernant et se réfugient derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, un comité qui siège à huis clos.

Mais la situation est encore pire pour d’autres régimes dont Québec est responsable. Par exemple, « chacun des 630 juges actifs ou retraités de la Cour du Québec ou de cours municipales endosse un déficit individuel de 854 000 $, puisque leur régime de retraite est déficitaire de 538 M$. » Du côté de la SQ, c’est tout aussi catastrophique : « les 10 751 membres actifs ou retraités du Régime de retraite des membres de la Sûreté du Québec traînent chacun un déficit individuel de 342 000 $. Leur régime de retraite est en déficit de 3,7 G$. » Source : Régimes de retraite : déficits énormes chez les juges et à la SQ

Il en résulte aujourd’hui que les obligations non capitalisées du gouvernement du Québec à l’endroit de ses retraités [actuels et futurs] totalisent quelque 76,7 G$, ce qui représente grosso modo le tiers de la dette de la province. Ça n’a aucun bon sens, et ces chiffres témoignent de l’incapacité chronique de nos gouvernements passés – rouges et bleus confondus – de gérer les deniers publics dans une optique de pérennité. En effet, pendant des décennies, nos élus se sont plutôt contentés d’administrer dans l’esprit d’acheter la paix sociale et syndicale. Mais là, le glas a sonné et l’heure est arrivée de passer à la caisse pour réparer ce gâchis – avant qu’il ne soit trop tard.

Vendredi dernier, Philippe Couillard a sonné l’alarme et qualifié de lamentable la situation actuelle des finances publiques. Selon lui, le gouvernement « dépense plus qu’il ne gagne ». J’aimerais rappeler à M. Couillard que le rôle d’un gouvernement n’est pas de « gagner » de l’argent… D’ajouter M. Couillard : « Le changement n’est jamais agréable. C’est toujours difficile, surtout quand on est touché par les réorganisations, mais tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. » Entièrement d’accord avec vous, M. Couillard, mais montrez l’exemple en commençant par faire le ménage dans votre propre chaumière! Sinon, comment pouvez-vous prétendre avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour imposer le projet de loi 3 cet automne? L’esprit de ce projet de loi doit être étendu à vos propres régimes de retraite et à tous les autres régimes provinciaux qui sont dans un état piteux, souvent pire même que celui des régimes municipaux que vous dénoncez!

La société québécoise est devant un mur, et ce mur ne disparaîtra pas par magie. Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse soutient que le grand test qui attend Philippe Couillard sera de surmonter le mur de résistance qui s’érige contre ses politiques d’austérité. Si Philippe Couillard échoue comme ce fut le cas de son prédécesseur (rappelez-vous la grande « réingénierie de l’État » promise par Jean Charest en 2003 mais jamais réalisée), il y a lieu de sérieusement s’inquiéter pour la suite des choses. Bien entendu, le fait que nous nous sommes fait collectivement voler littéralement des centaines de millions de dollars par les acteurs de la corruption et de la collusion au fil des années n’aide en rien. Mais soyons réalistes : nous ne reverrons pas un traître sou de cet argent qui nous a été volé entre autres par ceux qui sont actuellement en attente de leur procès criminel. Nul besoin de nommer des noms, tout le monde sait de qui on parle…

Si rien n’est fait, il est clair que ce seront éventuellement les créanciers qui sonneront la fin de la récréation. Le cas échéant, le remède fera drôlement plus mal et même les plus égoïstes parmi nous – qui ne pensent aucunement aux générations à suivre et veulent à tout prix conserver la totalité de leurs acquis souvent « négociés » sous la menace de perturbation et de violence – risquent fort d’en subir les contrecoups de leur vivant…

Sébastien St-François

Une bonne idée, le fractionnement du revenu?

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Promesse maîtresse des conservateurs fédéraux en 2011, la possibilité pour les couples ayant des enfants âgés de moins de 18 ans de fractionner leur revenu deviendra probablement une réalité l’an prochain. En effet, il est attendu que le gouvernement Harper intègre cette mesure d’allègement fiscal dans son budget préélectoral du printemps prochain puisque l’équilibre budgétaire aura été atteint. Ottawa prévoit même dégager un surplus de 6,4 milliards de dollars en 2015. Mais avons-nous collectivement les moyens de nous permettre une telle mesure?

Le fractionnement du revenu permettrait aux couples de réduire leur facture d’impôt en transférant jusqu’à 50 000 $ du conjoint au revenu plus élevé au conjoint au revenu plus modeste (donc imposé à un taux moins élevé). Les conservateurs ont autorisé le fractionnement du revenu de pension en 2007, et cette mesure coûte annuellement au bas mot quelque 1,2 milliard de dollars au gouvernement fédéral en pertes de recettes fiscales et environ 500 millions de dollars aux provinces. À l’heure actuelle, 70 % des personnes âgées ne tirent aucun bénéfice du fractionnement du revenu de pension, tandis que les 10 % d’aînés qui touchent les revenus les plus élevés ont droit à un avantage moyen de 820 $ par année.

Il est estimé qu’étendre le fractionnement du revenu aux familles ayant des enfants âgés de moins de 18 ans réduirait les recettes gouvernementales de l’ordre de 3 milliards de dollars de plus par année à l’échelle fédérale et de 1,9 milliard de dollars par année au niveau des provinces. Et le coût de cette mesure augmentera au fil du temps. Même le regretté Jim Flaherty, que plus d’un qualifie d’un des meilleurs ministres des Finances qu’a produit le Canada, songeait à reculer sur cette mesure controversée – ou plutôt à tenter de convaincre Stephen Harper de reculer – peu avant sa démission le printemps dernier. Ce n’est pas rien.

Selon des études, dont une menée par l’Institut C.D. Howe, le fractionnement du revenu familial aurait pour effet d’enrichir les riches et créerait des iniquités entre les régions du Canada. Ce sont surtout les provinces fortement conservatrices de l’Alberta et de la Saskatchewan qui en sortiraient gagnantes. Ça ressemble en tous points à une promesse électoraliste conçue pour plaire à la base conservatrice.

Je ne suis pas un « gauchiste » lorsqu’il est question des finances publiques. Dans le spectre politique, je me définis plutôt comme quelqu’un de centre-droite sur le plan économique et fiscal. Je figure parmi les contribuables qui pourraient bénéficier de cette nouvelle mesure fiscale et, pourtant, je ne suis pas favorable à son adoption. Pourquoi? Certainement pas parce que je ne souhaite pas réduire ma facture d’impôt qui s’avère salée année après année. Mais je pense à mes enfants et privilégie donc une fiscalité responsable et un financement adéquat des missions essentielles de tout État que sont la santé et l’éducation, par exemple.

Ce sont des compétences provinciales-territoriales, me direz-vous. C’est vrai. Cependant, alors qu’Ottawa se prépare à dégager d’importants surplus pendant les années à venir, plusieurs provinces – dont le Québec et la jadis puissante Ontario – peinent à boucler leurs budgets respectifs. En Ontario, le déficit atteint 12,5 G$. Et on sait à quel point les finances publiques sont dans un état pitoyable dans la Belle Province. À une époque où la plupart des gouvernements provinciaux doivent sabrer dans leurs dépenses et subissent des pressions fiscales particulières, il ne fait aucun sens de dépenser des milliards sur un programme qui ne bénéficierait qu’à une très faible minorité de familles canadiennes.

Si le gouvernement fédéral dispose de milliards dont il ne sait quoi faire, il y a d’autres programmes nationaux qui seraient beaucoup plus avantageux pour un plus grand nombre de familles canadiennes : l’assurance-médicaments, les services de garde à l’enfance et les soins aux aînés pour n’en nommer que trois. C’est sans parler du vieillissement de la population et des intenses pressions qui seront exercées sur les systèmes de santé au pays au cours des années et des décennies à venir.

Cette carte maîtresse de Stephen Harper a toutes les apparences d’une promesse conçue sur mesure pour plaire aux conservateurs de l’Ouest et coûterait de l’argent aux provinces, dont plusieurs font face à d’énormes défis fiscaux qu’elles sont pas près de relever. En sa qualité de premier ministre du Canada, Stephen Harper doit prendre des décisions fiscales responsables dans l’intérêt supérieur de la population canadienne et de l’ensemble des provinces et des territoires qui forment ce pays. Permettre le fractionnement du revenu des familles n’est pas compatible avec cette responsabilité et les imminents surplus fédéraux pourraient être utilisés à bien meilleur escient.

Sébastien St-François

La méthode Bolduc

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Lorsqu’il était ministre de la Santé dans le gouvernement Charest, Yves Bolduc s’était inspiré de la « méthode Toyota » et avait promis rien de moins qu’une révolution dans le réseau de la santé. Force est de constater son échec, car il n’a pas révolutionné grand-chose le temps qu’il a dirigé un des plus gros et importants ministères de la province (pas plus que son prédécesseur, Philippe Couillard, d’ailleurs). Maintenant à l’Éducation, M. Bolduc s’improvise pédagogue et prône une réduction des achats de livres par les commissions scolaires dans le cadre d’un effort de réduction des dépenses. Avons-nous droit maintenant à la méthode Bolduc en éducation?

J’ai failli m’étouffer sur ma gorgée de café vendredi matin dernier en prenant connaissance de l’actualité du jour. Selon l’actuel ministre de l’Éducation, les écoles ont assez de livres et il ne voit aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de nouveaux livres pour leurs bibliothèques afin de réduire leurs dépenses. Pardon?

Ce même Yves Bolduc affirmait, en juin dernier, qu’il s’attendait à des hausses « limitées et raisonnables » des comptes de taxes scolaires, les commissions scolaires étant privées de péréquation et les valeurs foncières étant à nouveau à la hausse. C’est bien parti… Sur la Rive-Sud de Montréal, la Commission scolaire Marie-Victorin vient d’annoncer une hausse de 9 % (soit quatre fois supérieure à l’inflation) et, malgré cette hausse, elle projette un déficit de 5 M$ au terme du prochain exercice. Rappelons-nous que les hausses qui nous seront imposées cette année s’ajoutent à celles – souvent salées – que les contribuables scolaires ont dû encaisser l’an dernier, après que le gouvernement Marois avait imposé d’importantes compressions au réseau des commissions scolaires et abrogé le régime de péréquation mis en place par les libéraux de Jean Charest. S’en était suivi un genre de vaudeville où les péquistes à l’Assemblée nationale se disaient outrés que les commissions scolaires refilent la facture aux contribuables au lieu de faire le ménage au sein de leur réseau. Là aussi, j’avais failli m’étouffer sur ma gorgée de café. De véritables comédiens, nos politiciens!

Revenons à notre cher ministre de l’Éducation… Il faut lui donner ceci : il a le don de faire parler de lui. Après la saga des primes qu’il avait touchées comme médecin alors qu’il siégeait dans l’opposition – saga ayant défrayé la chronique pendant la majeure partie de l’été tellement l’attitude désinvolte du ministre devant l’inacceptable avait choqué l’opposition et une bonne tranche de la population –, le voilà maintenant à faire une autre démonstration éloquente de son incompétence à s’occuper du portefeuille auquel son chef l’a nommé en mai dernier.

L’éducation figure parmi les quelques missions prioritaires dans lesquelles doit investir notre État, un État qui a la fâcheuse habitude de s’ingérer dans tout ce qui bouge. Un peuple peu ou mal scolarisé ne peut être concurrentiel dans l’économie mondiale moderne axée en bonne mesure sur le savoir. Étonnant que Bolduc, un médecin, ne semble pas le reconnaître. Dans la vie, la lecture est une compétence fondamentale et il est essentiel de développer le goût de la lecture chez les enfants dès le plus jeune âge possible. N’importe quel expert en pédagogie vous le dira. Allant à contresens, M. Bolduc affirme qu’il y a suffisamment de livres dans les écoles…

« Quelque part, lorsqu’il y a une restriction budgétaire, il y a des gens qui vont faire moins d’argent. » Cette déclaration d’Yves Bolduc, tirée de l’article du Devoir de vendredi dernier, résume bien le personnage. Venant d’un type qui s’est placé au centre d’une controverse majeure après que les médias eurent découvert qu’il avait encaissé une prime de 215 000 $ pendant qu’il était député dans l’opposition pour prendre en charge une liste de 1 500 patients, c’est franchement honteux…

Le problème du réseau scolaire est le même qui afflige le réseau de la santé depuis de trop nombreuses années : trop de bureaucratie, trop de cadres, trop de paperasse, trop de structures, trop de niveaux d’intervention, trop de politique. Le problème ne réside aucunement en le nombre de livres sur les tablettes des bibliothèques de la province. La mission première du réseau de l’éducation est d’éduquer et de développer chez les jeunes les compétences essentielles dont ils auront besoin pour contribuer activement à la société une fois rendus à l’âge adulte. La lecture s’inscrit dans ces compétences essentielles.

Comme contribuable franchement écœuré de voir son fardeau fiscal s’alourdir continuellement et père d’un enfant de 6 ans qui commence sa première année, je suis indigné de cette dernière déclaration du ministre censé veiller à la qualité de l’éducation offerte aux jeunes Québécois et elle me donne une raison de plus de réitérer qu’il doit quitter le conseil des ministres sans plus tarder. Yves Bolduc n’a pas la vision nécessaire pour diriger ce ministère névralgique de l’État québécois.

Bien franchement, je ne sais pas quel genre de deal peut bien exister entre Philippe Couillard et Yves Bolduc, mais la nomination et le maintien en poste de ce dernier témoignent d’un grave manque de jugement de la part du premier ministre du Québec. Entre la complaisance démontrée par des policiers n’ont pas fait leur job lors de la manifestation des gros bras à l’hôtel de ville de Montréal lundi soir dernier, Yves Francoeur (président de la Fraternité des policiers de Montréal) qui menace à son tour les Québécois de « perturbations sociales » et cette plus récente frasque d’Yves Bolduc, les Québécois n’ont pas manqué de quoi s’indigner au cours de la dernière semaine. Mais une chose demeure certaine : un ministre de l’Éducation doit faire la promotion du développement du savoir. Yves Bolduc aurait pu suggérer aux cadres des commissions scolaires de plutôt couper dans leurs nombreux congrès, colloques et voyages de toutes sortes, car les services directs aux élèves font déjà cruellement défaut dans plus d’une école.

Au cours des dernières semaines, plusieurs personnes se sont portées à la défense d’Yves Bolduc vantant ses qualités comme médecin. Ce n’est pas ce dont il est question ici : dans l’arène politique, M. Bolduc manque de compétences comme ministre et de jugement comme élu. Le Québec et les jeunes Québécois méritent mieux. Qu’il retourne à la médecine, où sa contribution sera plus utile à notre société.

Sébastien St-François

Quel avenir pour la CAQ?

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J’ai voté pour la Coalition Avenir Québec en 2012, puis en avril dernier. Ma circonscription est représentée par la députée caquiste Nathalie Roy depuis septembre 2012. Auparavant, je votais pour l’ADQ – exception faite de 2003, année où j’ai dû [malheureusement] voter pour Jean Charest parce qu’il était le seul chef de parti qui s’engageait à permettre aux municipalités fusionnées de force par le PQ de se défusionner. C’est une des seules fois dans ma vie d’électeur que j’ai voté libéral – après avoir dû me pincer le nez.

Je fais partie de ce groupe non négligeable d’électeurs qui jugent que ni le PLQ ni le PQ ne représentent une option viable ou crédible pour l’avenir du Québec. Ces deux vieux partis doivent se partager le blâme pour la situation pitoyable dans laquelle se trouvent les finances publiques du Québec aujourd’hui, car ce sont les deux seuls partis à avoir gouverné depuis la Révolution tranquille. Bien que la CAQ soit loin de représenter une solution à tous nos maux ou une option pouvant être qualifiée de révolutionnaire, elle apporte néanmoins un certain vent de fraîcheur et de nouvelles idées.

À la lumière des statistiques électorales, je suis loin d’être le seul à penser que les libéraux et les péquistes ne soient plus dignes de confiance. En effet, les résultats des élections générales au Québec depuis plusieurs années – 30,84 % pour l’ADQ en 2007, 16,37 % pour l’ADQ en 2008, 27,05 % pour la CAQ en 2012 et 23,05 % pour la CAQ en 2014 – indiquent que ce sont des centaines de milliers d’électeurs québécois qui ont tourné le dos aux promesses creuses et à l’éthique douteuse des deux vieux partis. L’option dont les bases ont été jetées par Mario Dumont est aujourd’hui loin de représenter une option marginale. Rappelons qu’aux dernières élections générales, si la campagne avait duré une semaine de plus, la CAQ aurait probablement dépassé le PQ et formé l’opposition officielle à l’issue du scrutin.

Vendredi dernier, la CAQ a toutefois perdu un gros morceau en la personne de Christian Dubé, député de Lévis et porte-parole en matière de finances. En entrevue sur les ondes du 98,5 FM avec Guy Simard vendredi midi dernier, M. Dubé a expliqué que le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, lui avait fait une offre qu’il ne pouvait pas refuser : la vice-présidence de la division Québec. On sent néanmoins au cours de l’entrevue un fond de frustration d’avoir été relégué au rang de député de deuxième opposition. Comme Jacques Duchesneau, qui a décidé de ne pas se représenter aux dernières élections parce qu’il se trouvait « menotté » dans l’opposition à l’Assemblée nationale, M. Dubé a avoué que les choses ne vont pas assez vite à son goût dans l’enceinte politique.

Il prétend qu’il pourra être plus utile à l’économie du Québec comme vice-président de la CDPQ que comme député du deuxième groupe d’opposition à Québec. Il a probablement raison, mais ses bons coups serviront dorénavant davantage au premier ministre libéral qu’au chef de la CAQ. Et je vois très mal Christian Dubé formuler des critiques acerbes en matière d’économie ou de finances publiques à l’endroit du gouvernement de Philippe Couillard maintenant qu’il est à l’emploi de la Caisse. Il devra nécessairement s’imposer un certain devoir de réserve à l’endroit de ses anciens adversaires politiques…

Bien qu’il renonce à son indemnité de départ (l’avoir acceptée aurait été carrément indécent étant donné la CAQ avait déposé un projet de loi – jamais adopté – pour interdire à un député qui quitte ses fonctions en cours de mandat de toucher une telle indemnité sauf s’il démissionne pour des raisons de santé), en quittant ses fonctions de député à peine quelques mois après avoir été élu, M. Dubé rend nécessaire la tenue d’une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ au trésor public. Malgré mon respect pour l’homme, je trouve déplorable la décision du politicien membre d’une formation politique qui prône un resserrement et une responsabilisation accrue de l’État. Il aurait pu réfléchir un peu plus longuement à son engagement politique avant de décider de se représenter en avril dernier.

Il sera maintenant intéressant de voir si François Legault réussit à recruter un candidat ou une candidate de la trempe de Christian Dubé pour tenter de conserver la circonscription de Lévis. Trouver un « candidat vedette » risque de ne pas être facile étant donné que la CAQ est vraisemblablement vouée à demeurer le deuxième parti d’opposition à l’Assemblée nationale jusqu’en octobre 2018…

Bien que la CAQ compte d’autres députés qui réussissent assez bien à s’imposer à l’Assemblée nationale (pensons à Éric Caire, François Bonnardel et Nathalie Roy, par exemple), la formation politique n’est pas à l’abri de la perte d’autres membres influents de sa députation. Par exemple, les rumeurs envoyant Gérard Deltell dans les rangs des conservateurs fédéraux en 2015 se font de plus en plus persistants. Si la CAQ continue à perdre de gros morceaux au cours des prochaines années, il faut se demander à quoi ressemblera la troisième voix à l’approche de la campagne électorale de 2018.

Je souhaite vivement que l’électorat québécois mette fin à la dualité PQ-PLQ qui est en bonne partie responsable de l’actuel marasme au Québec. Pour cela, ça prend une nouvelle voix assez forte et crédible pour remplacer les vieux partis. Dans l’immédiat, la CAQ personnifie cette nouvelle voix. Je trouverais très regrettable qu’elle soit incapable de prendre du galon ou qu’elle finisse par disparaître du paysage politique québécois. Il sera donc très intéressant d’observer le déroulement de l’éventuelle élection partielle dans Lévis.

Sébastien St-François

Crions tous au voleur en chœur!

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Des membres de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, avec leur président Denis Côté en tête, nous ont réservé un triste spectacle la semaine dernière, digne de l’époque des « goons » ayant marqué l’histoire du syndicalisme au Québec. Voulant passer un message à la mairesse Suzanne Roy de Sainte-Julie, qui est également la nouvelle présidente de l’Union des municipalités du Québec, ils ont débarqué en nombre à Sainte-Julie pour scander « Au voleur! » et commettre du vandalisme en placardant l’hôtel de ville d’autocollants propagandistes.

On a un sérieux problème quand ceux investis de l’autorité de faire régner l’ordre se comportent de manière aussi disgracieuse que les nombreux carrés rouges qu’ils ont arrêtés il y a deux ans à peine. Et qui de mieux placé qu’un policier pour comprendre qu’il vaille mieux ne pas dégainer trop rapidement et brûler toutes ses cartouches alors qu’on est encore à quelques semaines de la commission parlementaire prévue sur le projet de loi 3. Or, c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire tant qu’à moi. Déjà que le public payeur n’était pas très sympathique à leur cause…

Comme le relate l’enseignant en histoire Marc Simard, dans son texte d’opinion intitulé « Rien volé? », pour le travailleur québécois moyen, c’est scandaleux qu’un pompier de Montréal ait droit à la retraite après 25 ans de service sans aucune pénalité actuarielle, jouisse de prestations de retraite garanties et pleinement indexées au coût de la vie et ait contribué une cotisation limitée à 6 % de son salaire pour une rente valant 970 000 $ (départ à la retraite à 50 ans, après 30 ans de service). La grande majorité des futurs retraités est très, très loin de ce compte.

Bien entendu, des abus, il y a eu de part et d’autre de la clôture. Les contribuables font aujourd’hui les frais des décisions de plusieurs élus municipaux peureux, incompétents et/ou insouciants qui ont préféré négocier la « paix syndicale » à tout prix dans le passé, choisissant du même coup de faire fi des conséquences de leurs décisions peu courageuses sur leur municipalité à long terme, voire à moyen terme. Par ailleurs, il fut une époque – comme nous le rappelle Ovila Hétu dans son texte « Négocié [sic!], vos régimes de retraite? » – où la machine syndicale faisait régner un climat de terreur et n’hésitait pas à prendre la population en otage pour obtenir ce qu’elle voulait de l’État. Le gâchis devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui est le fruit de l’irresponsabilité qui est celle à la fois des élus municipaux et des représentants syndicaux.

Il en demeure néanmoins que ce qui dépasse l’entendement dans l’attitude des actuels employés et retraités municipaux est l’impression qu’ils donnent d’être prêts à sacrifier les générations futures de leurs semblables au nom de leurs sacro-saints acquis. En effet, leurs enfants, petits-enfants, gendres et brus pourraient un jour œuvrer à leur tour comme policiers, pompiers, cols bleus ou cols blancs. Déjà qu’ils ne jouiront jamais des conditions enviables de leurs aînés, on persiste à vouloir leur refiler la facture salée des dernières décennies de paix syndicale achetée à grands frais.

Mais le problème reste entier, et les bénéficiaires de ces (trop) généreux régimes de retraite devront faire leur part. La solution passe par un partage 50/50 entre les employeurs et les employés de la capitalisation future des régimes et une contribution des actuels employés et retraités municipaux aux efforts requis pour remettre les régimes déficitaires sur les rails et en assurer la pérennité. Le statu quo est intenable, et le projet de loi 3 vise à y mettre fin et à jeter les bases d’un nouveau partage du fardeau des caisses de retraite publiques alors que la population vieillit et l’espérance de vie est beaucoup plus longue qu’elle l’était lorsque ces caisses ont été créées.

Pendant que le torchon brûle, le premier ministre Philippe Couillard continue à jouer à l’homme invisible, tandis qu’Yves Bolduc persiste et signe qu’il n’a rien à se reprocher dans la saga des primes. Toutefois, du même souffle, il avoue avoir su « d’emblée qu’il devait rembourser une partie de ses primes en raison de l’abandon de sa pratique. » Franchement honteux et tout pour attiser le feu qui couve à l’approche d’un automne qui s’annonce déjà chaud. Je persiste et signe à mon tour : Yves Bolduc n’est plus digne de son portefeuille ministériel et doit quitter le conseil des ministres avant que les négociations avec les employés de l’État ne débutent d’ici quelques semaines.

Les employés et retraités municipaux sont loin d’être les seuls au Québec à pouvoir prétendre qu’ils se font voler. Au Québec, la quasi-totalité des contribuables se font voler d’une façon ou d’une autre depuis des années. Malheureusement, je ne peux être sympathique à des travailleurs qui se comportent comme des fier-à-bras et/ou se déguisent en clowns. Je vais au cirque quand j’ai envie de voir des clowns et, au cirque, les clowns ne sont pas armés.

Sébastien St-François

N’importez pas le modèle français, M. Poëti

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Bien avant que Robert Poëti ne fasse le saut en politique, j’écoutais religieusement ses chroniques chaque jeudi après-midi pendant l’émission animée par Benoit Dutrizac sur les ondes du 98,5 FM Montréal. Combien de fois je l’ai alors entendu vilipender les radars photo mis en place par le gouvernement Charest et qualifier ces appareils de « trappes à tickets ». Maintenant ministre dans un gouvernement libéral, il ne tient plus le même discours et je trouve cela fort préoccupant comme Québécois qui se désole de voir la société dans laquelle il vit de plus en plus régie par des lois répressives de toutes sortes.

Sous le gouvernement libéral de Jean Charest, rappelons-nous que les automobilistes sont passés à la caisse à plus d’une reprise. Outre la mise en place des premiers photos radar, les taxes sur l’essence ont bondi, le coût du permis de conduire a doublé et les taxes sur l’immatriculation des véhicules ont augmenté considérablement. Les Québécois paient cher le « privilège » de conduire un véhicule automobile. Et les Québécois ne sont pas dupes. Ils savent fort bien que l’État cherche désespérément de l’argent pour boucler son budget et que leurs élus provinciaux ont tendance à s’attaquer à des cibles qu’ils jugent – et qui s’avèrent – faciles : les fumeurs, les consommateurs d’alcool et les automobilistes.

Le lundi 28 juillet dernier, M. Poëti a accordé une entrevue à Louis Lacroix au cours de laquelle il a ouvert la porte à plusieurs possibilités – au nom de la sécurité routière, il va sans dire : ajout de nouveaux radars photo, limites de vitesse variables, radars dits tronçons… Ça commence à ressembler drôlement au modèle français, ce qu’il envisage pour nos routes.

À ce sujet, je vous invite à écouter cet entretien (diffusé le mardi 29 juillet dernier) entre l’animateur Guy Simard et Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef de Motomag.com. M. Théodore y dresse le bilan français de l’expérience des radars – du point de vue des usagers de la route. Le constat est accablant : les Français en ont marre, car ils savent fort bien que le but visé par la prolifération des radars sur leurs routes au cours des dernières années est le renflouement des coffres de l’État. Ça n’a absolument rien à voir avec la sacro-sainte sécurité routière ou la quête d’un utopique bilan zéro. L’État français a soif d’argent et a jeté son dévolu sur une proie facile…

Ici, au Québec, nous avons notre ayatollah de la sécurité routière en la personne de Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise de la sécurité routière depuis décembre 2005. Cet homme – grand mathématicien et vulgarisateur connu – fait la pluie et le beau temps en matière de sécurité routière depuis qu’il préside la Table. Il a eu l’oreille de tous les ministres des Transports qui se sont succédé au cours de la dernière décennie. Le problème est qu’il n’est pas élu, mais se comporte comme s’il l’était. Lise Thibault se prenait vraisemblablement pour la Reine d’Angleterre lorsqu’elle occupait la fonction de lieutenant-gouverneur; depuis trop d’années maintenant, M. De Koninck agit comme s’il était ministre des Transports dans un État totalitaire et répressif à souhait.

M. De Koninck a son lot de détracteurs, dont le chroniqueur automobile Philippe Laguë, qui ne lui reconnaît aucune compétence véritable en matière de sécurité routière. De plus, M. Laguë soutient que nous nous dirigeons tout droit vers un État policier sur nos routes, où les agents de la paix deviennent de vulgaires percepteurs de taxes mandatés par l’État pour renflouer les coffres. C’est d’ailleurs un secret de polichinelle que les policiers ont des quotas de contraventions à respecter. C’est peu surprenant quand on sait que M. De Koninck prône une répression accrue et un resserrement constant des lois auprès des autorités gouvernementales depuis des années et que le législateur l’écoute assidument.

M. Poëti, vos récents propos me donnent l’impression que l’État québécois souhaite suivre l’exemple de la France en procédant à l’installation d’un nombre grandissant de radars photo fixes, mobiles et « tronçons » un peu partout pour ainsi « automatiser » la répression. Le bilan français est pourtant loin d’être reluisant, et le gouvernement dont vous faites partie aurait tout intérêt à en prendre acte. D’ailleurs, il n’en était aucunement question dans la plate-forme que votre parti a présentée à la population au cours de la dernière campagne électorale.

Oui, il y a lieu de réprimer les actes criminels commis au volant d’une automobile; oui, les grands excès de vitesse doivent être sanctionnés de façon dissuasive; oui, il faut punir les pratiques dangereuses comme le car surfing et autres. Mais la sécurité routière et la quête d’un utopique bilan zéro ne doivent pas servir de prétextes à l’atteinte d’un objectif bien pécuniaire, celui de percevoir un « impôt routier volontaire » pour emprunter l’expression utilisée par M. Théodore pour qualifier la situation en France.

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À force de vouloir réprimer un peuple, on risque de provoquer une révolte. Bien que les Québécois soient reconnus pour leur docilité et leur défaitisme à quelques rares exceptions près (pensons notamment au « Printemps érable » ayant eu raison du gouvernement Charest), une majorité d’automobilistes québécois ne veulent pas d’un État policier sur leurs routes. Ils savent fort bien quel serait le réel objectif d’une éventuelle multiplication des cinémomètres sur le territoire…

M. Poëti, vous avez travaillé pour la Sûreté du Québec pendant 28 ans. Lorsque vous commentiez publiquement la sécurité routière avant de devenir politicien, vous teniez un discours généralement terre-à-terre et équilibré. Depuis que vous êtes ministre des Transports, j’ai l’impression que vous préparez le terrain à livrer une commande de votre patron : faire entrer encore plus d’argent dans les coffres de l’État. Je crains que le Québec devienne à nouveau une « Nouvelle-France », cette fois au nom du culte de la sécurité routière que Jean-Marie De Koninck a réussi à instaurer au sein de l’appareil gouvernemental.

L’expérience française est un échec à plus d’un égard; notamment, des automobilistes qui sont continuellement sur le qui-vive ne contribuent pas à améliorer le bilan routier. Au contraire… Si votre objectif est véritablement d’améliorer la sécurité sur nos routes, de grâce, n’empruntez pas le modèle de nos cousins français. Un cinémomètre n’est pas capable de discernement; il sanctionne aveuglément et son but est de faire entrer de l’argent.

Les automobilistes québécois surtaxés paient déjà trop en échange du « privilège » de rouler sur des routes pleines de trous et de naviguer entre des cônes oranges à perte de vue. Veiller à la sécurité routière est une chose; automatiser la répression pour des motifs budgétaires en est une autre, et les automobilistes québécois n’en veulent pas!

Sébastien St-François

* Copie de ce texte a été acheminée au bureau du ministre Poëti : ministre@mtq.gouv.qc.ca