Deux victoires, une défaite, une montée, un retour et de l’enfantillage

150610_7q7oq_duceppe-beaulieu-couple_sn635Quelle semaine bizarre nous venons de vivre sur la scène politique! Je ne sais pas si le décès de Jacques Parizeau y est pour quelque chose (peut-être tire-t-il des ficelles de Là-haut), mais nous avons été témoins de plusieurs événements des plus étranges.

Commençons par les élections partielles du 8 juin dans les circonscriptions de Chauveau et de Jean-Talon. Bon, Jean-Talon est rouge depuis que la circonscription existe, mais on aurait pu croire que, après le passage d’Yves Bolduc comme député, les électeurs de cette circonscription aient voulu sanctionner le gouvernement, d’autant plus que Philippe Couillard avait choisi Sébastien Proulx, un vire-capot adéquiste converti à la cause libérale, pour y représenter les couleurs du parti. Eh bien, non, M. Proulx a réussi l’exploit réalisé par le transfuge Gaétan Barrette en 2012 et récolté près de 42 % des voix… D’aucuns se demanderaient si un cochon décoré d’une boucle rouge réussirait à se faire élire dans cette circonscription.

Dans Chauveau, ce fut toute une dégelée pour la candidate Jocelyne Cazin et la Coalition Avenir Québec. Gérard Deltell y avait remporté une majorité de plus de 10 000 voix en 2012 et représentait la circonscription depuis 2007. Un autre gain pour les libéraux, et ce, malgré la grogne populaire contre le PLQ et ses politiques dites d’austérité. Certains prétendent que l’actuelle conjoncture politique nous condamne à élire des gouvernements libéraux successifs pendant de longues années. D’autres invoquent un retour à la polarisation du vote entre fédéralistes et indépendantistes (retour prévisible depuis l’entrée en politique de Pierre Karl Péladeau et la sempiternelle tendance des libéraux à faire peur au monde en invoquant la menace référendaire pour gagner leurs élections). Pour ma part, j’éprouve de plus en plus de difficulté à justifier la pertinence de la formation de François Legault à l’Assemblée nationale. Serions-nous condamnés à la dualité politique dans la Belle Province?

D’ailleurs, toujours dans Chauveau, le Parti conservateur du Québec a quadruplé son nombre de votes. En effet, le parti d’Adrien Pouliot, qui se définit « à droite du centre », a progressé de 4 %, alors que la CAQ a perdu 18 % par rapport à la dernière élection générale. Pour de plus en plus d’électeurs, le mythe selon lequel la CAQ est un parti de droite est une fausseté. La CAQ de l’après ADQ est devenu un mélange de n’importe quoi qui tente de plus en plus péniblement de se faire une image auprès de l’électorat québécois et de se tailler une place dans le paysage politique de la province. Pour ma part, incapable de voter pour les péquistes ou les libéraux (je soutiens depuis longtemps que ces deux vieux partis ont fait leur temps), j’ai dû me rabattre sur la Coalition Avenir Québec parce que le PCQ ne présentait pas de candidat dans ma circonscription en septembre 2012 ou en avril 2014. Cependant, je me retrouve de plus en plus dans les idées véhiculées par Adrien Pouliot et de moins en moins dans le méli-mélo que nous sert François Legault. À se fier aux résultats exposés ci-dessus, je suis loin d’être le seul…

Passons maintenant au retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc Québécois, annoncé mercredi dernier. Probablement l’événement politique le plus surprenant de toute la semaine. Celui qui a dirigé la formation souverainiste de 1997 à 2011, année où il a été battu à plate couture, affirme maintenant qu’il veut participer à l’avenir dans un contexte qu’il qualifie de « nouveau cycle politique ». Disons-nous les vraies choses : il est de retour pour tenter de sauver le BQ de la disparition, sur la base d’un sondage (commandé par qui, on ne le sait pas) dont les résultats indiquaient que le parti était quasi condamné à être balayé du paysage politique sous la direction de Mario Beaulieu – un militant admirable et pugnace, pour citer Mathieu Bock-Côté. Il reste à voir si M. Duceppe remportera son pari le 19 octobre prochain. À entendre les vieux arguments qu’il ressort depuis l’annonce pour justifier la pertinence du Bloc en 2015, il a beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail devant lui…

Pour conclure, comment passer sous silence ces policiers de Montréal déguisés en clowns lors des funérailles d’État de M. Parizeau le mardi 9 juin? Je ne sais pas ce que ces « 100 watts » pensaient accomplir en portant leurs costumes loufoques pour cet événement solennel, mais tout ce qu’ils ont réussi à accomplir, c’est démontrer leur manque flagrant de jugement et leur mépris ainsi que ternir une fois de plus le blason de leur métier. D’ailleurs, il serait temps qu’ils en reviennent.

Après le saccage de l’hôtel de ville de Montréal en août 2014, auquel les policiers du SPVM avaient assisté sans intervenir au nom de la sacrosainte « solidarité syndicale », ces syndiqués responsables d’appliquer la loi et de veiller au maintien de l’ordre ont perdu la bataille de l’opinion publique. Le projet de loi 3 sur les régimes de retraite a été adopté en décembre dernier et c’est chose faite. Je ne comprends vraiment pas ce que les policiers du SPVM cherchent à accomplir maintenant, mais ça suffit les costumes de clowns! S’il faut adopter une loi pour mettre fin à cet enfantillage et ce mépris flagrant à l’égard de la population, bien qu’on le fasse au plus vite! Le cirque a assez duré!

Sébastien St-François

Hydro-Québec doit être remis au service des Québécois

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« La nationalisation de l’électricité est nécessaire, pour l’épanouissement des Canadiens français comme nation, pour le développement économique de la province; elle est une entreprise rentable à brève échéance… »
Ces paroles, ce sont ceux de feu René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles dans le gouvernement de Jean Lesage. La nationalisation de l’électricité était son cheval de bataille. Il avait raison de vouloir nationaliser l’électricité; Hydro-Québec est devenue une fierté des Québécois et une société très, très rentable pour l’État québécois. Mais force est de constater que son étoile pâlit depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, c’en est une véritable vache à lait qui verse à son actionnaire (le gouvernement du Québec) des milliards de dollars annuellement. Hydro-Québec est sans l’ombre d’un doute la société d’État la plus rentable pour le gouvernement. Bien plus que Loto-Québec ou la SAQ. Cependant, il y a une différence fondamentale entre Hydro-Québec, d’une part, et Loto-Québec et la SAQ, d’autre part. Les billets de loterie et l’alcool ne sont pas des biens essentiels (nonobstant les problèmes de jeu compulsif et d’alcoolisme avec lesquels certains membres de la société sont aux prises). À ma connaissance, l’électricité est un bien essentiel. Il suffit d’une panne de courant pour s’en rendre rapidement compte… Sans électricité, notre société dite moderne cesse de fonctionner.

Mais Hydro-Québec répond à des commandes politiques. Pendant la campagne électorale de 2012, Jean Charest avait défendu Gentilly-2 bec et ongle, alors que les libéraux n’avaient aucune intention de garder la centrale nucléaire ouverte. Il voulait simplement ne pas se mettre à dos les électeurs de la région pendant la campagne électorale. Peu après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois a sonné le glas de Gentilly-2. Par conséquent, une turbine payée 79 M$ par notre argent a été vendue à la ferraille pour un montant dérisoire de 75 000 $. Une perte nette de tout près de 79 M$ pour les Québécois… Au total, la décision des libéraux de maintenir la centrale nucléaire en vie à des fins politiques nous a coûté près de 1 milliard.

Il y a ensuite les investissements qu’Hydro-Québec fait dans l’énergie éolienne, qu’elle revend à perte. Encore une fois, c’est une commande politique, le premier ministre voulant faire belle figure en matière de création d’emplois dans les régions – sur le dos de tous ceux qui reçoivent une facture d’Hydro-Québec chaque mois… Les chefs de parti et de gouvernement instrumentalisent donc Hydro-Québec à des fins politiques et c’est nous – la clientèle prise en otage par ce monopole – qui en faisons les frais.

C’est un fait connu que les employés d’Hydro-Québec sont parmi les mieux traités au Québec sur les plans de la rémunération et des avantages sociaux. De plus, ils ont droit à un régime de retraite à prestations déterminées et leur rente de retraite sera pleinement indexée jusqu’à la fin de leurs jours. Dans le cas du PDG démissionnaire Thierry Vandal, son parachute doré est carrément scandaleux en cette supposée ère d’austérité. Qui paie pour tout cela? Encore une fois, les clients d’Hydro-Québec qui subissent depuis plusieurs années des hausses de tarifs supérieures à l’inflation.

Pour ajouter aux abus, le député péquiste de Marie-Victorin, Bernard Drainville, avançait récemment qu’Hydro-Québec continue de facturer des frais de relève de 23 $ par année à ses clients même si leur résidence est munie d’un compteur intelligent, ce qui représenterait un montant de 67 M$ par année pour les 2,9 millions de clients qui ont déjà un compteur intelligent. J’en suis de ce nombre.

Vient ensuite le taux d’intérêt que charge Hydro-Québec à ses clients en défaut de paiement : 14,4 %, soit 2,4 fois plus que le taux d’intérêt de 6 % chargé par Revenu Québec sur les créances d’impôts impayés. Un taux nettement exagéré alors que le taux directeur de la Banque du Canada s’établit à 0,75 % et qu’il est actuellement possible de souscrire une hypothèque sur cinq ans à un taux fixe de moins de 3 %… Pis encore, le ministre responsable d’Hydro-Québec, Pierre Arcand, a avoué ne pas être au courant de ce « problème ». Il a promis de « […] faire part à Hydro-Québec de ce dont me parle le député de Marie-Victorin et nous allons certainement corriger, s’il y a lieu, la situation. » C’est rassurant…

Dans ce même dossier, ce « grand » ministre a formulé un commentaire tellement insignifiant qu’il faut se demander s’il ne nous prend pas pour des valises ou encore s’il n’est tout simplement pas incompétent « à la Bolduc ». En bon libéral, il a sorti la carte PKP et affirmé que Vidéotron chargeait un taux d’intérêt plus élevé à ses clients défaillants qu’Hydro-Québec en plus de facturer l’utilisation du service à l’avance, ce que la société d’État ne fait pas. Euh… Monsieur le Ministre, c’est parce que : primo, Vidéotron est une entreprise privée; secundo, Vidéotron ne vend pas un service essentiel et ne tient pas sa clientèle en otage, contrairement à Hydro-Québec… Vraiment, comme commentaire insignifiant et méprisant à l’égard de la clientèle prisonnière de cette société d’État, c’est dur à battre…

Hydro-Québec ressemble de plus en plus à un monstre à dompter, un monstre d’une opacité déconcertante qui est en train d’appauvrir le Québécois moyen. Il est plus que temps que la société d’État soit tenue de rendre des comptes à l’ensemble de la population du Québec et non seulement à son actionnaire, le gouvernement du Québec. Quelqu’un quelque part semble avoir oublié que le gouvernement du Québec n’est pas le patron de la population québécoise. Cette dernière représente plutôt sa raison d’être…

Sébastien St-François

PKP remporte sa mise. Ensuite?

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Voilà, c’est fait. Ayant récolté 57,6 % des votes au premier tour marquant la fin d’une course qui a semblé interminable, Pierre Karl Péladeau est devenu le huitième chef à diriger le parti fondé en 1968 par René Lévesque dans l’espoir de faire du Québec un pays… Jean-Marc Fournier pourra continuer de jouer sa cassette du « Parti Québecor », Sam Hamad pourra continuer de sortir des âneries comme « ce qui est important pour nous, c’est l’économie et l’emploi », Philippe Couillard pourra ressortir le spectre d’un troisième référendum en 2018 pour se faire reconduire au pouvoir… La guéguerre que se livrent les souverainistes et les fédéralistes n’est pas près de cesser de paralyser la Belle Province.

En effet, les libéraux doivent jubiler à l’idée d’avoir le baron québécois des médias comme chef de l’Opposition officielle pendant les trois prochaines années. Quant aux caquistes de François Legault, ils ne l’avoueront jamais, mais le PQ de PKP pourrait leur faire mal en 2018. L’élection de PKP pourrait même s’avérer salutaire pour Québec solidaire, car plus d’un péquiste ayant voté pour Martine Ouellet ou Alexandre Cloutier risque de ne plus se retrouver dans le parti du huitième chef. On peut même se demander si Bernard Drainville en a encore pour longtemps comme député du PQ. Il avait la mine extrêmement basse au Centre des congrès de Québec vendredi soir dernier. Certains diront qu’il avait l’air d’un homme démoli.

Je ne suis pas péquiste, mais l’avoir été, j’aurais été de ceux ayant espéré un deuxième tour et mon choix se serait arrêté sur Cloutier. Le plus jeune (mais néanmoins plus expérimenté en matière parlementaire) des candidats à la chefferie du PQ a malgré tout réussi un score fort honorable, avec 29,2 % des suffrages exprimés. Il est d’ailleurs étonnant que seulement 72,9 % des membres ayant droit de vote ont exercé ce droit. Je me serais attendu à un taux de participation plus élevé vu l’importance de l’enjeu pour les péquistes. Il ne faut pas perdre de vue que le PQ a connu le pire résultat électoral de son histoire en avril 2014.

Mais le destin a voulu que les membres du PQ choisissent PKP. Les « purs et durs » en quête d’un pays depuis des décennies ont passé outre à l’éléphant dans la pièce et décidé que c’est PKP qui est le plus apte à assouvir leur soif indépendantiste. De déclarer le nouveau chef : « Vous m’avez donné un mandat fort et clair : faire du Québec un pays. » M. Péladeau devrait garder à l’esprit que ce mandat lui a été donné par un peu moins de 30 000 Québécois (71 000 membres x 72,9 % x 57,6 %). Il lui reste encore un travail colossal à abattre pour obtenir de l’électorat québécois le mandat qu’il prétend avoir obtenu (de scinder le Québec de la fédération canadienne).

Nonobstant le mandat dont il se croit investi, Pierre Karl Péladeau – et le PQ – a maintenant un problème bien réel et ce problème devra être réglé rapidement. Le « cas de PKP » sera examiné en commission parlementaire à compter du 26 mai. Il y a fort à parier que les libéraux tentent d’en faire une espèce de tribunal politique pour « régler le cas de Péladeau ». Le risque d’un débat bassement partisan qui dérape est donc bel et bien présent, mais la question de fond demeure néanmoins d’une importance capitale pour l’ensemble de la population québécoise et le fonctionnement de notre système parlementaire.

Pierre Karl Péladeau peut-il occuper le poste de chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale tout en demeurant l’actionnaire de contrôle de Québecor? M. Péladeau a beau s’engager à placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Cela est la norme. Cependant, peut-il interdire à son fiduciaire de vendre ses actions alors qu’il ne doit avoir aucun droit de regard sur les décisions de ce dernier? Voilà la véritable question.

Il y a quelque chose de résolument surréaliste de voir les péquistes défendre l’actuelle situation alors qu’ils s’étaient acharnés sur le cas du ministre libéral David Whissell pour une simple compagnie d’asphalte. D’affirmer Stéphane Bergeron, le leader parlementaire du PQ à l’époque : « La perception du public vis-à-vis cette situation va être négative, et ils vont conclure qu’il y a un problème. Ça va soulever des questions. Ça en soulève. » Aujourd’hui, il est question d’un géant médiatique ayant des tentacules déployées partout au Québec et tout baignerait dans l’huile… J’avoue y perdre mon latin!

Par ailleurs, on apprenait récemment du président du conseil d’administration de Québecor, l’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney, que M. Péladeau continuait d’exercer un rôle conseil « de temps à autre » auprès de l’entreprise qu’il contrôle. À la lumière de la victoire de vendredi soir dernier, cette situation devient d’autant plus préoccupante.

Pierre Karl Péladeau a remporté son pari. Il est devenu chef du Parti Québécois et vise maintenant rien de moins que le poste de premier ministre du Québec pour réaliser son rêve et celui des indépendantistes purs et durs. Qu’on apprécie l’homme ou non, c’est son droit le plus fondamental de tenter sa chance. Cependant, étant donné l’objectif qu’il s’est fixé, il doit se départir de ses actions dans Québecor ou, au minimum, renoncer à son droit de regard sur ces actions. Il ne peut plus avoir le beurre et l’argent du beurre.

Sébastien St-François

Les libéraux n’ont rien perdu de leur arrogance

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Plus ça change, plus c’est pareil. S’il y a un trait qui semble coller au Parti libéral du Québec, c’est celui de l’arrogance. C’était un trait manifeste de Jean Charest (mis à part en 2007-2008 après qu’il a été « puni » par l’électorat à diriger un gouvernement minoritaire) que son successeur à la tête du PLQ, Philippe Couillard, semble avoir très bien assimilé.

Plus le temps avance, force est de constater que les libéraux n’ont pas appris grand-chose de leur (trop) court séjour de 18 mois dans l’opposition, après neuf ans de pouvoir. En 2012, pour se faire élire, Philippe Couillard et ses troupes ont multiplié les promesses et les engagements de toutes sortes et capitalisé sur le poing brandi en l’air de PKP pour susciter une fois de plus la crainte d’un troisième référendum au sein de l’électorat québécois. La recette a fonctionné… Les libéraux ont remporté leur pari et ont même réussi à décrocher une majorité malgré toutes les questions qui persistaient sur les relations douteuses entre Philippe Couillard et Arthur Porter et malgré un règne libéral éclaboussé par moult scandales, manigances et magouilles entre 2003 et 2012. Philippe Couillard pouvait bien ne pas aimer son ancien patron politique, il semble néanmoins avoir très bien maîtrisé la recette de ce dernier pour remporter des élections…

Après l’annonce par Philippe Couillard en décembre dernier que les Québécois avaient fait leur part et qu’ils ne subiraient plus de hausses de tarifs suivant la flopée de hausses imposées depuis l’automne dernier, voilà que nous apprenions la semaine dernière que son gouvernement envisage maintenant de majorer de 4 % les tarifs réclamés des personnes hébergées en CHSLD (parmi les membres les plus vulnérables de notre société) et redouble de créativité fiscale en planant sur un projet de taxer l’hébergement en camping.

Pendant ce temps, toujours rien de nouveau ou de concret pour la réforme du système de primes auxquelles ont « droit » les députés démissionnaires, annoncée par Jean-Marc Fournier dans la foulée de l’affaire Bolduc, ou la remise à flot du régime de retraite lourdement déficitaire des membres de l’Assemblée nationale. Thierry Vandal a empoché sa très généreuse indemnité de départ après avoir démissionné de ses fonctions à la tête d’Hydro-Québec et les députés se sont même voté une légère augmentation de salaire tout récemment. La hausse est minime, symbolique, mais ils auraient pu se garder une petite gêne alors que l’assaut contre le portefeuille du contribuable moyen semble loin d’être terminé…

Enfin, la cerise sur le sundae…. Le vire-capot Sébastien Proulx, ancien « pitbull » adéquiste, fait maintenant savoir qu’il pourrait renoncer à son indemnité de départ comme directeur à la planification stratégique au cabinet du premier ministre s’il est élu dans Jean-Talon. Oui, et? CE SERAIT LA MOINDRE DES CHOSES!

Personnellement, je pense que les libéraux ont besoin d’une petite leçon d’humilité pour remettre leurs pendules à l’heure. Malheureusement, dans l’immédiat, ce ne sont que les électeurs des circonscriptions de Chauveau et de Jean-Talon, convoqués aux urnes le 8 juin prochain, qui pourront leur servir cette leçon en n’arrêtant pas leur choix sur Véronyque Tremblay dans Chauveau ou sur Sébastien Proulx dans Jean-Talon pour les représenter à l’Assemblée nationale. La question qui tue : le feront-ils?

Sébastien St-François

Nous avons le gouvernement que nous méritons

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Dans mon dernier billet, j’affirmais « […] dans le cas des députés qui prennent leur emploi à cœur et qui s’y consacrent souvent sept jours par semaine, ce n’est pas chèrement payé. » C’était en référence à la rémunération de base que reçoivent les députés d’arrière-ban à l’Assemblée nationale. Je maintiens cette affirmation – en ce qui concerne ceux qui ont du respect pour la fonction à laquelle ils ont été élus et qui prennent leur travail au sérieux.

Cependant, ce n’est évidemment pas le lot de tout un chacun au parlement à Québec. La semaine dernière, nous avons encore une fois eu droit à un exemple de membres de l’Assemblée nationale – dûment élus pour veiller aux intérêts du peuple québécois et pour prendre des décisions parfois lourdes de conséquences pour la population – qui se voient attribuer de serviables tâches par l’exécutif (le gouvernement) et, ce faisant, alimentent le cynisme des électeurs à l’égard de la classe politique. De vulgaires pions, quoi… Rien pour redorer le blason des parlementaires.

En effet, le député caquiste François Bonnardel nous apprenait, preuves à l’appui, que les libéraux se servent de leurs députés moins illustres pour planter des questions lors des études de crédits budgétaires. Remarquez que c’est une pratique qui ne se limite pas aux libéraux ou encore au Québec. Ça se fait un peu partout où il existe un système parlementaire, peu importe qui est au pouvoir. Il n’en demeure pas moins que c’est une pratique parlementaire franchement honteuse. Nos élus se demandent sans cesse pourquoi nous sommes si cyniques à leur endroit. Ils devraient passer moins de temps à se poser cette question et plus de temps à se regarder dans le miroir.

L’annonce d’un budget annuel établissant les grandes lignes du plan gouvernemental est une chose, mais c’est lors de l’étude des crédits budgétaires en commission parlementaire que les dépenses de chacun des ministères et organismes de l’État sont scrutées à la loupe et confirmées. C’est donc un exercice parlementaire qui doit être mené dans le plus grand sérieux. C’est d’autant plus vrai dans le cas d’un gouvernement dont l’agenda d’austérité devient de plus en plus illégitime selon certains étant donné que Philippe Couillard ne s’est pas fait élire sur la base du programme qu’il déploie actuellement. (Avoir annoncé ses vraies couleurs en campagne électorale, il n’aurait probablement pas été élu à la tête du gouvernement majoritaire qu’il dirige aujourd’hui.)

Sur les ondes de Dutrizac vendredi dernier, l’éditorialiste du Devoir, Antoine Robitaille, a même invoqué un possible outrage au Parlement. Ces députés d’arrière-ban posent des questions complaisantes visant carrément à gaspiller du temps en commission parlementaire. Ainsi, le législatif et l’exécutif ne font qu’un dans ce jeu malsain alors qu’il doit s’agir d’un « sérieux exercice de reddition de comptes où le législatif doit questionner l’exécutif, où l’indépendance d’esprit devrait guider la conduite des députés », selon François Bonnardel. La réaction du grand leader parlementaire des libéraux, Jean-Marc Fournier? Il a plaidé la nécessité de se préparer avant de se présenter en commission parlementaire.

Les électeurs de deux circonscriptions – Chauveau et Jean-Talon – auront prochainement l’occasion d’élire une nouvelle députée ou un nouveau député pour remplacer deux démissionnaires : le caquiste Gérard Deltell, qui a décidé de laisser son siège pour se présenter au fédéral sous la bannière conservatrice, et le libéral Yves Bolduc, qui s’est en quelque sorte chassé lui-même de la politique à force de commettre des bourdes pendant son triste séjour à la tête du ministère de l’Éducation.

Dans Chauveau, les libéraux présentent Véronyque Tremblay, une journaliste s’étant fait connaître entre autres par ses prises de position contre le gouvernement qu’elle souhaite maintenant représenter et ayant voté pour Gérard Deltell aux dernières élections. La Coalition Avenir Québec a, quant à elle, arrêté son choix sur Jocelyne Cazin. Le chef du Parti conservateur du Québec, Adrien Pouliot, tentera aussi de se faire élire dans Chauveau. À mon avis, son élection donnerait une bouffée d’air frais à une Assemblée nationale qui en a grandement besoin.

Dans Jean-Talon, un « comté rouge » depuis des lunes ayant eu le « privilège » d’être représenté dans le passé par Philippe Couillard et plus récemment par Yves Bolduc, le gouvernement mise sur Sébastien Proulx, ancien adéquiste viré libéral que la ministre des Finances de l’époque, Monique Jérôme-Forget, avait qualifié de « pitbull ». Un genre de Gaétan Barrette, quoi…

Bien entendu, peu importe l’issue de ces deux élections partielles, le gouvernement libéral de Philippe Couillard demeurera majoritaire, mais les électeurs concernés – en arrêtant leur choix sur un candidat autre que libéral – auraient ainsi la satisfaction de savoir qu’ils n’ont pas envoyé deux autres pions siéger à l’Assemblée nationale, une enceinte démocratique où le travail doit être fait au sérieux parce qu’il est sérieux. Sinon, bien, ce sera une confirmation de plus que nous avons le gouvernement que nous méritons…

Sébastien St-François

Le temps est venu pour nos députés de prêcher par l’exemple

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Ça y est. La semaine dernière, la tradition libéro-péquiste a été utilisée une fois de plus pour adopter à toute vapeur le controversé projet de loi « mammouth » 28 du gouvernement sous le bâillon – une procédure antidémocratique invoquée à maintes reprises dans l’enceinte de l’Assemblée nationale depuis moult années, et ce, peu importe le parti formant le gouvernement (PLQ ou PQ). Obstruction de l’opposition oblige, d’affirmer Jean-Marc Fournier, nous devons être responsables. D’ajouter le ministre des Finances, Carlos Leitao, l’État perd plus de 30 M$ par mois… S’ensuit une salve de hausses de toutes sortes pour le contribuable moyen, comme d’habitude. Le problème fondamental de ce projet de loi est qu’il est probablement bourré d’erreurs et d’incongruités. De plus, il va à l’encontre du discours du PLQ en campagne électorale l’an dernier à bien des égards.

« On n’a pas voté pour ça! », s’exclamera plus d’un électeur ayant choisi de reconduire les libéraux au pouvoir – majoritairement de surcroît – en avril 2014. D’aucuns diront – avec raison – qu’on peut bien avoir les gouvernements qu’on mérite…

Bon, maintenant… Après la loi sur les régimes de retraite municipaux vivement contesté par le mouvement syndical, après cette loi « mammouth » adoptée de force sous le bâillon, le temps serait venu de s’attaquer aux conditions de travail de nos élus – jusqu’à maintenant épargnés de l’« austérité » du gouvernement Couillard. Après tout, ils sont là supposément pour nous représenter et il serait grand-temps qu’ils prêchent par l’exemple. On sait déjà que le régime de retraite des élus de l’Assemblée nationale est déficitaire de quelque 200 M$.

À l’heure actuelle, un « simple » député à Québec touche une rémunération de 88 000 $ et une indemnité non imposable de 16 000 $. Personnellement, je trouve cela aberrant que de telles indemnités non imposables existent encore en 2015 (les élus municipaux bénéficient également d’un tel traitement). À une époque où Revenu Québec est rendu à harceler d’honnêtes contribuables au nom de la « lutte contre l’évasion fiscale », à les mener parfois à la faillite et à être débouté par les tribunaux à plus d’une reprise dans le passé récent, tout le monde – et surtout celles et ceux qui veillent à la Loi sur les impôts – devraient être imposés sur la totalité de leurs revenus, d’autant plus qu’ils proviennent de la poche de contribuables ayant eux-mêmes dû verser leur dû à l’État le plus gourmand sur le continent nord-américain.

Qu’on se dise les vraies choses. Un salaire annuel « de base » de 104 000 $ est de loin supérieur aux revenus moyen et médian dans la Belle Province. Cependant, dans le cas des députés qui prennent leur job à cœur et qui s’y consacrent souvent sept jours par semaine, ce n’est pas chèrement payé. Quant aux députés d’arrière-ban dont on entend jamais parler (par exemple, Emmanuel Dubourg à l’époque où il siégeait à l’Assemblée nationale avant de se présenter à l’élection fédérale dans Bourassa tout en touchant son « indemnité de départ » de quelque 100 000 $ de Québec avant de doubler son salaire comme député fédéral), c’est plutôt bien comme traitement.

Comme le concept selon lequel les députés ne cotisent actuellement qu’à hauteur de 21 % à un de leurs régimes de retraite (l’autre dont ils bénéficient est financé à 100 % par les contribuables) est devenu socialement inacceptable dans la foulée du projet de loi 3, on propose maintenant que les membres de l’Assemblée nationale y contribuent à hauteur de 41 %. En contrepartie, la rémunération d’un simple député passerait à 136 000 $, tandis que le premier ministre et les ministres toucheraient un salaire « ajusté sur celui du plus haut fonctionnaire sous leur responsabilité ». Rappelons que les haut fonctionnaires de l’État québécois sont très bien rémunérés par rapport au commun des mortels parmi nous.

C’est bien beau tout cela, mais Philippe Couillard nous promet que la réforme de la structure de rémunération des élus se fera à coût nul. C’est donc dire que les libéraux ne s’imposeront aucunement la « rigueur budgétaire » qu’ils imposent tous azimuts depuis qu’ils forment un gouvernement majoritaire. Désolé, mais ça ne passe pas la rampe… Je suis favorable à la rigueur budgétaire (le Québec n’a pas plus les moyens de vivre au-dessus de ses moyens collectifs), mais la même pilule doit être administrée à tous. La réforme de la rémunération des élus provinciaux doit se faire à coût moindre pour les contribuables qui paient la note. Il faut prêcher par l’exemple pour être crédible…

André Pratte de La Presse propose une solution : réduire de 30 le nombre de députés à l’Assemblée nationale. « On compte un député ontarien pour 127 000 habitants, contre un député pour 65 000 habitants au Québec [pratiquement du double au simple] », avance-t-il. Une économie récurrente symbolique d’au moins 3,5 M$, selon Pratte, une goutte d’eau dans un budget de plusieurs dizaines de milliards de dollars – et il a raison –, mais une forte valeur symbolique pour un gouvernement en manque de crédibilité après seulement un an et quelque au pouvoir. Prêcher par l’exemple… Il est plus que temps que ceux qui veulent notre bien le fassent et cessent de nous lancer de la poudre aux yeux. Pour terminer, rappelons que, au cours des dernières années, les seuls députés démissionnaires en cours de mandat n’ayant pas renoncé à leur généreuse « prime de séparation » ont un point en commun : ils étaient tous d’allégeance libérale…

Sébastien St-François

Quand les bottines suivent les babines…

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C’était devenu un secret de polichinelle depuis des semaines, voire des mois pour certains. Le député caquiste de Chauveau, Gérard Deltell, initialement élu sous la bannière de l’Action démocratique du Québec en 2008, tire sa révérence de la politique provinciale et tentera de se faire élire sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent en octobre prochain.

S’il réussit son pari, comme simple député fédéral, il gagnera deux fois plus qu’il gagnait à Québec, encore plus s’il est nommé ministre dans un gouvernement conservateur reconduit au pouvoir. Par contre, rien à l’heure actuelle ne lui garantit de remporter son pari (d’être élu dans Louis-Saint-Laurent ou de faire partie du prochain gouvernement).

La Coalition Avenir Québec perd du coup une autre pointure forte – rappelons le départ de Christian Dubé l’année dernière – et on peut certes se demander ce que réserve l’avenir à l’ex-ADQ qui peine à se tailler une place à l’Assemblée nationale, et ce, même si François Legault prétend y représenter la véritable opposition en cette période de tumulte pour les péquistes après leur déconfiture d’avril 2014… Depuis un bon moment, la relation entre MM. Legault et Deltell était tendue. Après la dernière élection générale, le chef de la CAQ a dépouillé M. Deltell de son titre de leader parlementaire au profit de François Bonnardel. C’est quand même Gérard Deltell qui avait piloté la fusion de l’ADQ ayant permis à la CAQ d’être représentée à l’Assemblée nationale.

Cette démission arrive un an jour pour jour après l’élection de l’actuel gouvernement dirigé par Philippe Couillard au terme du scrutin général du 7 avril 2014. Elle s’ajoute à une liste de démissions qui s’allonge depuis : Christian Dubé (CAQ, août 2014), Élaine Zakaïb (PQ, septembre 2014), Yves Bolduc (PLQ, février 2015)… Chaque démission se solde par l’obligation de tenir une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ pour les contribuables québécois. Une tendance encourageante se dessine néanmoins. Malgré qu’une loi abolissant les indemnités de départ auxquels les démissionnaires de l’Assemblée nationale ont toujours « droit » se fait encore attendre, tous les démissionnaires depuis la dernière élection générale – à l’exception du profiteur libéral Yves Bolduc – ont renoncé à leur prime.

Dans le cas de M. Deltell, on peut dire que les bottines ont suivi les babines. Il proposait l’élimination de ces primes indécentes (rappelons qu’un travailleur « ordinaire » n’a pas droit à l’assurance-emploi en cas de démission) depuis 2010. Et le démissionnaire caquiste est allé encore plus loin en annonçant qu’il renonçait à toucher sa rente de retraite avant l’âge de 65 ans. En tout et partout, il laisse ainsi plus de 400 000 $ sur la table – de quoi payer une partie des coûts de l’élection que son départ rend nécessaire.

S’agit-il de rien de plus qu’une manœuvre politique savamment concoctée pour impressionner la galerie? Bien que certains cyniques se fassent aller sur les réseaux sociaux, j’ai tendance à accorder le bénéfice du doute à M. Deltell. Le montant de près d’un demi-million de dollars – auquel il avait pleinement droit en vertu des règles actuelles que les libéraux ne semblent pas pressés de modifier – est de l’argent bien réel. À ce que je sache, M. Deltell n’est pas indépendant de fortune. D’avoir « mis sur la glace » (pour le citer) une telle rétribution est tout à son honneur et contribue à redonner un peu de dignité à une fonction trop souvent méprisée par ses titulaires démissionnaires. Outre celui d’Yves Bolduc, le nom d’Emmanuel Dubourg – un autre bon libéral – me vient spontanément à l’esprit, mais il y en a eu bien d’autres au fil des années, notamment plusieurs membres du gouvernement actuel qui avaient déjà claqué la porte à la politique.

Dans la foulée de l’« affaire Bolduc », le premier ministre Couillard a exprimé le souhait de mettre fin aux indemnités de départ versées aux députés qui quittent leurs fonctions. Il est plutôt mal placé, ayant lui-même touché une indemnité de quelque 125 000 $ après avoir quitté volontairement son poste de ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest. De plus, sous sa gouverne, le Parti libéral a rejeté d’emblée une motion à cet égard déposée en 2013 par Bernard Drainville, alors ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne dans le gouvernement minoritaire dirigé par Pauline Marois.

Le « souhait » du premier ministre Couillard doit devenir une priorité pour son gouvernement afin de mettre fin une fois pour toutes à ces abus qui se font aux frais des contribuables – plus souvent qu’autrement par des membres de la députation libérale. L’histoire nous démontre que rares sont les élus dont les bottines suivent les babines comme ce fut le cas de Gérard Deltell la semaine dernière.

Sébastien St-François

Abri perpétuel contre l’austérité pour Thierry Vandal

Thierry Vandal
Rappelons que l’actuel président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal – un bon militant libéral nommé à ses fonctions en 2005 par le gouvernement de Jean Charest –, a annoncé il y a quelque temps qu’il quittait volontairement son poste à la fin du mois d’avril après dix ans à la tête de la société d’État qui est devenue une véritable vache à lait pour le gouvernement du Québec au cours des dernières années.

En partant, M. Vandal aura droit, après le 1er mai prochain, à une très généreuse indemnité de départ de plus de 560 000 $ alors qu’il quitte – rappelons-le – volontairement : on ne le met pas à la porte. Pis encore, la semaine dernière, les médias nous révélaient un régime de retraite qui dépasse tellement l’entendement que c’en est scandaleux – surtout en cette ère d’austérité que nous impose le successeur libéral de Jean Charest, Philippe Couillard.

Âgé de 54 ans, M. Vandal pourra toucher, dès l’an prochain s’il le désire, le faramineux montant de 452 402 $ par année en rente de retraite et ce montant sera pleinement indexé chaque année jusqu’à mort s’ensuive! À un taux d’indexation anticipé moyen de 2,1 %, en 2040 (s’il est encore vivant), sa rente annuelle pourrait atteindre 760 621 $ par an. Et ce pactole lui est « dû » après seulement dix ans de service! Mais encore, en vertu de son contrat de travail, chaque année travaillée par M. Vandal au cours des dix dernières années en a compté pour deux. Rien de trop bon pour un chum!

Être membre de l’actuel gouvernement libéral, qui vient tout juste de déposer son deuxième budget d’austérité après une vague de coupures, de compressions et de hausses de tarifs de toutes sortes, je serais extrêmement gêné de me présenter devant mes commettants en ce moment. Mais, bon, il faut croire que la gêne n’est pas une valeur fortement ancrée au sein de cette formation politique entachée plus d’une fois par des scandales et des soupçons de toutes sortes au fil des ans.

Pierre Arcand, le ministre des Ressources naturelles et ministre responsable d’Hydro-Québec, a tenté de consoler le bon peuple en affirmant que les conditions d’embauche du nouveau président d’Hydro-Québec seraient réévaluées « dans la rigueur nécessaire qu’il faut ». (Est-ce juste moi ou plusieurs ministres dans ce gouvernement maîtrisent péniblement le français?)

Ce disant, pas question de toucher au parachute doré consenti à Thierry Vandal. Au contraire, le ministre Arcand l’a défendu en invoquant qu’Hydro-Québec compte 20 000 employés et des actifs de plus de 74 milliards de dollars. Pour lui, « il est normal que ses dirigeants aient des conditions qui soient quand même attrayantes ». Il a également défendu l’extrêmement généreux régime de retraite dont bénéficiera M. Vandal jusqu’à la fin de ses jours. Voilà ce qu’en pensent celles et ceux qui s’attaquent à la classe moyenne depuis qu’ils ont repris le pouvoir en septembre 2012 après un (trop) court séjour de 18 mois dans l’opposition. De toute évidence, M. Arcand et moi-même ne vivons pas sur la même planète, peut-être même pas dans la même galaxie.

En effet, je m’inscris totalement en faux contre cet argument. Si les Québécois doivent offrir de telles conditions pour trouver quelqu’un qui accepte de diriger une société d’État (pas les États-Unis d’Amérique), on a un méchant problème…

De toute évidence, les Québécois ne peuvent compter sur leur gouvernement pour remettre les pendules à l’heure. Il reste à voir si Thierry Vandal a une conscience sociale et morale… Mais je ne parierais pas trop là-dessus pour qu’il renonce partiellement à ses avantages nettement exagérés. Un contrat est un contrat, n’est-ce pas?

Il en demeure que M. Thierry Vandal sera bien protégé contre une quelconque austérité – et ce, à nos frais – jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle. Comme dirait l’autre des Têtes à claques, « c’est-tu pas wonderful ça! »

Par ailleurs, le budget 2015-2016 déposé jeudi dernier par le ministre des Finances, Carlos Leitao, prévoit une hausse éventuelle du taux d’imposition de ma PME de l’ordre de près de 50 %. Bravo! Continuons d’en soutirer toujours plus des mêmes contribuables, mais il ne faut surtout pas toucher aux amis du bon Parti libéral ou à leurs parachutes dorés payés par ces mêmes contribuables qui sont écrasés par le fardeau fiscal le plus lourd en Amérique du Nord. Force est de constater que le gouvernement de Philippe Couillard n’a pas plus de crédibilité en cette matière que celui qu’a dirigé Jean Charest pendant neuf ans.

M. Vandal, profitez bien de votre retraite dorée à nos frais pendant que nous continuons de passer à la caisse de l’État pour vous la payer!

Sébastien St-François

Chronique radio du 26 mars 2015

Ma chronique hebdomadaire en compagnie de Charles Gaudreau, animateur de l’émission De bonheur le matin diffusée quotidiennement sur les ondes du FM103,3.

Pour écouter la chronique en webdiffusion, cliquez sur ce lien :

Chronique du 25 mars 2015 (via YouTube)

Sujets traités cette semaine :

  • Nomination de Roger Maisonneuve à la direction générale de Boucherville : erreur de jugement et conflit d’intérêts selon deux expertes, source de sourcillement pour plusieurs acteurs du milieu municipal, inquiétude justifiée pour les Bouchervillois
  • Dépassement du budget du café centre d’art : une saga interminable et trop coûteuse…
  • Jean Martel aurait-il « acheté la paix » avec l’agglomération de Longueuil sur le dos de ses concitoyens et des trois autres villes liées (répartition des dépenses mixtes)?

Et si ça se passait à Montréal?

2015-03-19-12-36-42-DSCF6403Source : La Relève

Imaginez le tollé si Denis Coderre, après son élection à la mairie de Montréal en 2013, avait nommé un membre de l’organisation de son parti politique au poste de directeur général de la Ville (poste assorti d’une rémunération annuelle de 315 000 $). Pis encore, si ledit membre ne comptait aucune expérience en gestion municipale…

Pourtant, c’est exactement ce qui vient de se passer à Boucherville, ville de banlieue que plus d’un qualifie de « ville-dortoir » – loin des radars. En effet, la semaine dernière, on apprenait que le maire Jean Martel avait arrêté son choix sur Roger Maisonneuve pour remplacer Claude Caron, le directeur général parti à la retraite au terme d’une carrière longue de 40 ans à la Ville.

Mais qui est Roger Maisonneuve? Un avocat (comme le maire). Qui plus est, il a été le représentant officiel et l’agent officiel d’Option citoyens citoyennes, le parti politique du maire, de sa création en 2009 jusqu’au 2 novembre 2014. Un type qui avoue lui-même n’avoir aucune expérience du milieu municipal, ce qui ne l’empêchera pas de recevoir un salaire de près de 190 000 $ par année, en plus des généreux régimes d’avantages sociaux (ce qui inclut une allocation de voiture) et de retraite dont bénéficient les fonctionnaires municipaux.

Et tout cela sans qu’il y ait eu d’affichage de poste ou d’évaluation d’autres candidatures pour pourvoir au poste de premier fonctionnaire de la Ville!

Pour justifier son choix, notre maire a invoqué deux arguments principaux : il trouvait trop fastidieux le processus d’embauche à l’externe et il voulait quelqu’un « qui comprend bien sa démarche politique ». Le message est clair : le maire se cherchait un béni-oui-oui, quelqu’un qui n’oserait pas remettre en question ses choix politiques. Il faut savoir que peu de temps après l’élection de l’actuel maire, le directeur général de l’époque, Daniel McCraw (un homme très compétent et respecté dans le milieu) avait soudainement annoncé son départ à la retraite – lui qui s’était engagé publiquement à demeurer en fonctions au moins jusqu’à la fin du mandat 2009-2013. Quelques mois plus tard, il acceptait le poste de directeur général de la Ville de Mont-Saint-Hilaire.

Départ à la retraite ou congédiement déguisé? D’une façon ou d’une autre, son départ avait coûté aux contribuables bouchervillois un an de salaire plus cinq semaines de vacances…

Or, quelqu’un qui comprend la démarche politique actuelle du maire ne peut que constater que ce n’est pas ce qu’un maire compétent doit rechercher dans un candidat pour occuper le poste de DG. Le travail du directeur général d’une municipalité consiste à veiller à la gestion quotidienne de la ville. Le maire quant à lui dirige son conseil municipal et agit en tant que président du conseil d’administration qu’est un conseil municipal. Il doit y avoir une séparation nette et claire entre les deux fonctions, entre l’opérationnel et l’exécutif.

Depuis plusieurs années, je suis à même de constater comment l’absence d’opposition en politique agit comme une véritable gangrène en effritant la confiance des citoyens et en alimentant leur cynisme. À Boucherville, le maire Martel agit en véritable potentat depuis sa première élection au poste de premier magistrat en novembre 2009. Habitué, depuis, de diriger en roi et maître, il ne tolère aucune forme d’opposition – quelle qu’en soit la provenance. Combien de fois je l’ai vu rabrouer des citoyens-contribuables en pleine séance publique du conseil municipal à l’hôtel de ville quand ces derniers « osaient » critiquer ses décisions ou les remettre en question ou encore simplement lui poser des questions qui ne faisaient pas son affaire.

Lui qui s’était engagé à faire de la politique autrement, à être à l’écoute des citoyens agit comme un vieux monarque issu d’une ère révolue et traite presque avec mépris quiconque ose penser que sa façon de faire n’est peut-être pas dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la communauté qu’il a été élu pour représenter. Boucherville est devenue une communauté sectaire où quiconque ne louange pas le premier magistrat et ses décisions est rapidement taxé de « négatif » pour avoir osé soulever des questions ou exprimer une opinion autre.

L’absence d’opposition en politique nuit-elle à la démocratie? Je le crois fermement, car l’opposition fait partie intégrante de la démocratie. En son absence, le vide créé est rapidement comblé par des abus de tous genres. En jetant son dévolu sur son ancien agent officiel, Jean Martel démontre qu’il pense à ses intérêts avant ceux de ses concitoyens. Quant aux Bouchervillois, en plus de se retrouver avec un maire se croyant investi de tous les pouvoirs, ils devront accepter et s’habituer à un premier fonctionnaire ayant très peu d’expérience de la machine municipale et un fort penchant politique pour son patron – du moins jusqu’aux élections de 2017. Nous le paierons 190 000 $ par année + avantages pour qu’il fasse ses classes.

Comme citoyen, ça m’inquiète; comme contribuable, ça me dégoûte, le « club des p’tits amis », cette façon de faire de la politique dont les citoyens sont écœurés – et avec raison. D’une façon ou d’une autre, ça n’augure rien de bon pour l’avenir de Boucherville.

Sébastien St-François