La justice administrative, ce système obscur en état de stase*

CCI20160130Au Québec, les délais de traitement des dossiers en justice criminelle ne cessent de s’allonger et ce sont maintenant les acteurs du système judiciaire – juges et avocats – qui sonnent l’alarme. Le nombre de requêtes en arrêt des procédures pour cause de délais déraisonnables augmente lui aussi d’année en année.  On peut se demander si Gilles Vaillancourt, ex-maire de Laval aujourd’hui âgé de 75 ans, rendra l’âme avant de subir son procès pour gangstérisme entre autres. D’ailleurs, les procédures intentées contre d’autres accusés de corruption municipale – comme Frank Zampino et Michael Applebaum – semblent aussi s’étirer indûment.

La situation est certes inquiétante. Cependant, le problème ne se limite pas au système de justice pénale. Il en est de même pour les structures mises en place par l’État pour permettre aux citoyens de dénoncer les entorses à l’éthique qu’ils observent notamment chez leurs élus municipaux.

Je suis bien placé pour le constater. En mars 2015, dans la municipalité que j’habite, on apprenait que le maire avait procédé à l’embauche d’un nouveau directeur général sans aucun processus de sélection en bonne et due forme (un processus qu’il jugeait trop fastidieux). Le maire a publiquement avoué que c’était cette personne qu’il voulait comme dg parce que le type en question comprenait sa « démarche politique ». En effet, le nouveau directeur général ainsi nommé sans concours avait été, jusqu’alors tout récemment, le représentant officiel de la formation politique du maire, et ce, depuis sa création. Or quiconque connaît un tant soit peu les rouages de la politique municipale sait que le directeur général d’une ville doit être apolitique et que son rôle est administratif – pas politique. Les membres du conseil (tous membres du parti du maire, n’y ayant aucune opposition au sein de notre conseil municipal) ont entériné la nomination sans qu’aucun déclare son intérêt personnel dans l’affaire lors de la séance publique tenue ce même mois.

Cette nomination en apparence très partisane a soulevé l’ire de plusieurs citoyens et a été rapportée par plusieurs médias, dont TVA (Yves Poirier) et Radio-Canada (Thomas Gerbet). Plusieurs experts en matière de déontologie et d’éthique municipales avaient été interviewées et d’aucuns voyaient cette pratique d’un bon œil. De plus, le code d’éthique et de déontologie des élus municipaux interdit très clairement toute forme de favoritisme. C’est écrit noir sur blanc.

Citoyen informé qui suit la scène municipale depuis des années, je suis vite arrivé à la conclusion que cette situation devait être dénoncée en bonne et due forme. J’ai donc décidé de prendre les choses en main, de me faire en quelque sorte le « porte-parole » de mes concitoyens aussi déçus de ce manquement que moi et d’entreprendre le fastidieux processus de déposer une plainte officielle pour dénoncer ce que plusieurs considéraient comme une manifestation flagrante de favoritisme.

C’est en effet un processus fastidieux, car on ne peut pas écrire d’importe quoi dans une plainte si l’objectif qu’on poursuit est qu’elle soit accueillie. Ça demande beaucoup de recherche et de réflexion et ça prend des arguments factuels. Dans un premier temps, il faut s’adresser au Commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire. Un examen préalable de la plainte est effectué et, si elle n’est pas jugée frivole, vexatoire ou manifestement mal fondée, le plaignant peut alors s’adresser à la Commission municipale du Québec, l’instance responsable de mener les enquêtes en matière de déontologie et d’éthique municipales.

La CMQ a été saisie de ma plainte le 20 avril 2015. Quatre mois plus tard, le 20 août 2015, je recevais une lettre de la Commission m’informant que « la décision devrait pouvoir être transmise le 26 février 2016 ». Pendant tout ce temps, le citoyen qui a agi de bonne foi pour dénoncer une situation ayant toutes les allures de favoritisme reste dans le noir des mois durant, n’ayant aucune idée du cheminement de sa plainte, de la teneur de l’enquête en cours ou de la date à laquelle cette affaire connaîtra son aboutissement.

Le monde municipal a été passablement entaché au cours des dernières années. La magouille dont les contribuables ont fait les frais au cours des dernières décennies a été étalée pendant des mois devant la commission Charbonneau. Des maires et des bras droits ont été arrêtés et mis en accusation. Le Québec a mis en place une structure pour permettre aux citoyens de jouer leur rôle dans l’assainissement de ce niveau de gouvernement. C’est la raison d’être de la Commission municipale du Québec, un tribunal administratif chargé de décider si la conduite d’un élu municipal contrevient à son code d’éthique et de déontologie. Encore faudrait-il que les enquêtes soient menées de façon plus transparente et avec une plus grande célérité si le but est réellement de donner une voix aux citoyens et de leur donner l’heure juste, dans des délais raisonnables, quant à de possibles dérapages en matière d’éthique et de déontologie dont ils ont pu être témoins. Chose certaine, les plaignants doivent s’armer de patience devant cet état de stase qui semble être devenu la norme au sein de l’État québécois.

Sébastien St-François

*Stase : Forme d’arrêt ou de ralentissement de la circulation de l’organisme physiologique (terme employé au sens figuré ici)

Et si Angélil avait été premier ministre?

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Le Québec a perdu un de ses grands bâtisseurs la semaine dernière en la personne de René Angélil, dont la contribution au monde culturel a aidé à propulser le Québec sur la scène mondiale. Cet homme avait une vision, il avait un plan et il a su les mettre en œuvre de main de maître pour faire de Céline Dion la première vedette au rayonnement véritablement planétaire de l’histoire du Québec. Que l’on apprécie ou non l’œuvre musical de la diva québécoise, on ne peut nier son succès et l’efficacité redoutable de l’architecte derrière ce succès.

On peut se demander en quoi le Québec d’aujourd’hui serait différent – et très fort probablement pour le mieux – si quelqu’un de la trempe d’Angélil en avait pris les commandes au moment où la province aurait justement eu besoin d’un politicien visionnaire plutôt que carriériste. Or, depuis le début du millénaire, force est de constater que les personnes ayant accédé à la plus haute fonction au sein de l’État québécois n’avaient pas cette qualité, car ils étaient justement des politiciens de carrière : Bernard Landry (premier ministre désigné ayant pris la relève de Lucien Bouchard à la tête du dernier gouvernement péquiste majoritaire qui, depuis, joue très bien son rôle de belle-mère), Jean Charest (premier ministre responsable de l’explosion de notre dette provinciale qui est loin d’avoir laissé la province en meilleur état à son départ), Pauline Marois (première femme à diriger le Québec, oui, mais rapidement chassée du pouvoir par l’électorat québécois tellement son gouvernement était incohérent et manquait de vision) et maintenant Philippe Couillard – monsieur « Austérité à deux vitesses » qui sabre dans les services aux citoyens et fait des victimes sur le terrain (pensons au cas tout récent du centre Mélaric pour toxicomanes), sans pour autant mettre fin au gaspillage éhonté de fonds publics ailleurs et à plus grande échelle, par exemple dans le dossier du Fonds vert, financé par les taxes environnementales les plus élevées en Amérique du Nord depuis des années sous le prétexte fallacieux de lutter contre les changements climatiques. (Et dire que Québec envisage maintenant la possibilité d’imposer de nouvelles taxes « vertes » aux citoyens déjà les plus taxés sur le continent. Depuis trop longtemps, la vision québécoise semble se résumer à taxer et taxer encore sans pour autant que les problèmes se règlent…)

Comme l’affirmait Alain Dubuc dans La Presse samedi dernier (« Le gouvernement qui n’apprenait pas »), un gouvernement qui se lance dans une vaste opération de redressement budgétaire, comme l’a fait celui de M. Couillard, devrait se doter de mécanismes pour réagir rapidement quand le plan de match connaît des ratés, qu’il fait des victimes innocentes ou qu’il a des effets contraires aux objectifs. Mais, pour cela, ça prend un plan, une vision et une réelle volonté d’agir pour sortir le Québec de sa situation peu envieuse. Pour cela, il faut aussi cesser de gouverner en fonction de son objectif personnel de se faire réélire.

Ce n’est pas le fruit du hasard si aujourd’hui le Québec se classe au neuvième rang des provinces en termes de richesse et recevra, en 2016, plus de 50 % de la péréquation fédérale. Non, c’est le résultat d’une gouvernance au gré des circonstances, axé sur le court terme et des objectifs politiques plutôt que sociétaux, l’œuvre de politiciens davantage préoccupés par leur maintien en poste que par l’assainissement réel et durable de l’État québécois. Et c’est une tendance lourde depuis des décennies. Pendant ce temps, les Québécois font les frais de réformes de toutes sortes, souvent mal réfléchies et pilotées par des ministres aux compétences nébuleuses (au sein de l’actuel conseil des ministres de Philippe Couillard, je pense notamment à François Blais à l’Éducation, à David Heurtel à l’Environnement et à Francine Charbonneau à la Famille – tous trois des ministres médiocres dans la gestion des portefeuilles dont ils sont respectivement responsables), mais la situation globale ne s’améliore pas pour autant et le Québec continue à tourner en rond, voire à s’enfoncer.

Transposez les talents de René Angélil dans un acteur de l’arène politique et imaginez un instant ce à quoi pourrait ressembler le Québec d’aujourd’hui si une vision comparable à celle qu’avait Angélil pour sa protégée avait été mise au service de l’État québécois : des objectifs bien précis à atteindre et un plan réfléchi et bien ficelé pour y arriver. Est-ce rêver en couleur? Probablement, mais il demeure que le Québec a cruellement besoin d’un visionnaire pour en prendre les rênes et le sortir de son marasme. Et Philippe Couillard n’est pas ce visionnaire.

Sébastien St-François

La réalité derrière l’image

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Le 6 janvier dernier, La Presse+ titrait en une « Le dossier qu’il n’a pas vu venir ». Il y est question des conséquences que le vieillissement de la population aura inévitablement sur les finances publiques au pays. Et la réalité est insensible à l’image que nos politiciens et leurs stratèges choisissent soigneusement de nous présenter en campagne électorale pour se faire élire. Selon les prévisions démographiques, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait passer de 15 % aujourd’hui à 24 % dans vingt ans (2035). Donc, de moins en moins de personnes actives sur le marché du travail devront financer les services publics par le biais des impôts, taxes et droits qu’elles paient, alors que le nombre de personnes âgées – qui statistiquement requièrent plus de services et coûtent donc plus cher à l’État – enregistrera un bond important.

Déjà, on prévoit que Québec devra trouver 800 milliards de dollars d’ici 2064 pour amortir l’impact du vieillissement de la population sur le financement des programmes sociaux. 800 milliards de dollars, c’est près de quatre fois l’actuelle dette de la province! Pour mettre cet effort en perspective, rappelons-nous les compressions imposées par le gouvernement de Philippe Couillard depuis 2014 simplement pour atteindre l’équilibre budgétaire l’année prochaine (si ce que les libéraux provinciaux nous racontent est la vérité) et les perturbations sociales ayant résulté de ces compressions. Maintenant, pensons à comment l’État québécois réussira à dégager 800 milliards sur 50 ans dans un contexte de vieillissement de la population où la population active est en décroissance et alors que la province traîne déjà une dette qui s’approche dangereusement des 300 milliards de dollars. La dette provinciale par contribuable s’établit aujourd’hui à près de 70 000 $. Elle sera de combien dans 5, 10, 20 ans? Tout laisse entrevoir de douloureuses années à venir pour le sacrosaint modèle québécois et ceux qui le défendent bec et ongle.

Il est vrai que les retombées liées au vieillissement de la population canadienne n’ont pas été abordées durant la dernière campagne électorale fédérale, qui a pourtant été la plus longue dans l’histoire moderne du pays (78 jours). On a beaucoup parlé de niqab, de marijuana, de la vente de « Jeeps » à l’Arabie Saoudite, de l’usure du gouvernement Harper, des réfugiés syriens et des plans des différents prétendants au poste de premier ministre (rappelons-nous combien de fois Justin Trudeau a affirmé sur toutes les tribunes qu’il avait « un plan »).

Il est donc très étonnant, et inquiétant, d’apprendre que celui qui a réussi à se faire élire à la tête du pays le 19 octobre dernier n’a pas vu venir le dossier du vieillissement de la population, un dossier qui sera inévitablement lourd de conséquences sur la croissance future de l’économie canadienne et sur la pérennité des services publics au pays. Justin Trudeau s’est fait élire en promettant notamment de faire des déficits au cours des prochaines années pour tirer profit des faibles taux d’intérêt et investir davantage dans les infrastructures. Dans son cadre financier, le retour à l’équilibre budgétaire était prévu en 2019-2020. Or ce cadre financier ne tient déjà plus la route et il est déjà établi que les déficits seront plus élevés au cours des prochaines années que prévu/promis par les libéraux.

Si les libéraux de Justin Trudeau n’ont pas tenu compte de l’incidence du vieillissement de la population lorsqu’ils ont monté leur cadre financier, il faut espérer qu’ils ne pensent pas que l’argent tombe du ciel. Il y a des limites à utiliser la carte de crédit pour payer l’épicerie et ça ne règle en rien le nœud du problème : au cours des prochaines décennies, il y aura de moins en moins de contribuables et de plus en plus de besoins, notamment à l’échelle des provinces (pensons simplement à la santé, qui accapare déjà le tiers du budget déposé par Québec chaque année, près de 50 % si on y greffe tous les services sociaux).

La lune de miel est terminée. Il est temps pour Justin Trudeau de lâcher les selfies et d’arrêter de se prendre pour une vedette et de plutôt se mettre à exercer les fonctions auxquelles il a été élu : celles de premier ministre du Canada. Et il y a fort à parier que le Canada de Justin Trudeau n’ait rien à voir avec la belle image qu’il a présentée à la population en campagne électorale pour se faire élire au poste qu’il occupe maintenant. Car, au-delà de l’image, il y a la réalité, et elle est implacable.

Sébastien St-François

Jean Martel en mode électoral, déjà?

12301567_10208217757661198_7441736374978979262_nSource : Ville de Boucherville

C’est mardi soir dernier que Dominic Lévesque, conseiller municipal responsable des finances, a présenté – avec l’enthousiasme et le charisme d’un « 2 par 4 » – les grandes lignes du budget 2016 de la Ville de Boucherville.

Deux ans avant les prochaines élections municipales, l’administration municipale se targue d’offrir un troisième gel de taxes en quatre ans. En ce qui me concerne, c’est un juste retour du balancier après des années de surplus indécents dégagés sur le dos des contribuables (4,8 M$ pour 2010, 5,85 M$ pour 2011, 7 M$ pour 2012, 4,2 M$ pour 2013, « seulement » 3,5 M$ en 2014). En clair, les contribuables bouchervillois ont été surtaxés pendant plusieurs années du règne de l’actuel maire de Boucherville. Il reste à voir l’incidence que la construction du méga complexe aquatique (annoncée à 32 M$ – on verra bien à combien montera la facture finale…) aura sur nos comptes de taxes futurs.

Ensuite, l’administration municipale se targue d’une quatrième baisse consécutive de la dette au 31 décembre 2015. D’abord, il faut relativer les choses : il s’agit d’une baisse de 500 000 $ sur un montant qui s’établissait à 98,6 M$ au 31 décembre 2014. Ensuite, c’est sûr que la dette baisse, car Jean Martel fait tout ce qu’il peut depuis plusieurs années – soit depuis la signature d’un registre en mars 2012 ayant eu pour effet de bloquer son projet de piste cyclable entre Boucherville et Saint-Bruno-de-Montarville, projet ayant d’ailleurs été payé « cash » depuis, malgré la désapprobation exprimée antérieurement par quelque 1047 citoyens/contribuables – pour payer ses promesses électorales au comptant (terre agricole (1,3 M$), terrain de La Saulaie (2,3 M$), agrandissement du Cercle social Pierre-Boucher (au moins 2,3 M$), Café centre d’art (7,4 M$++)). En mars 2013, Jean Martel avait publiquement avoué qu’il ne souhaitait plus voir ses projets contestés démocratiquement par la population. Il se prévaut donc d’une disposition de la Loi sur les cités et villes qui lui permet de payer comptant et d’ainsi carrément museler de potentiels et possibles contestataires. Alors, la dette peut bien être en baisse, d’autant plus que le développement immobilier est en très forte baisse à Boucherville depuis maintenant six ans, ce qui diminue nécessairement de beaucoup les investissements auxquels la Ville doit procéder.

Je vais donner un morceau de robot à l’administration pour sa décision de réduire les frais d’inscription aux camps de jour de 25 %. Nous inscrivons notre fils au camp de jour de la Ville depuis deux ans et ces frais sont élevés. Quelle sera l’incidence de cette réduction sur les finances publiques allant de l’avant? Pas un mot là-dessus pendant la présentation.

C’est au dernier chapitre que le bât blesse. L’administration Martel n’investira que 6,6 M$ dans des travaux d’infrastructures (sic!) de rues et de pavage au cours de la prochaine année. C’est nettement insuffisant quand on sait que le déficit d’entretien de notre infrastructure souterraine totalise des dizaines de kilomètres depuis des années. À ce chapitre, Jean Martel fait très piètre figure et le déficit d’entretien ne cesse de se creuser sous sa gouverne. Vous en parlerez aux résidents de la rue Louis-Normandin qui se sont fait répondre par un employé municipal que la Ville n’avait pas d’argent pour réparer ou remplacer des tuyaux datant de 1957… Ces citoyens envisagent maintenant la possibilité de poursuivre la Ville, et je ferais pareil. Si on n’est pas en droit de s’attendre à ce que la municipalité nous approvisionne en eau potable en échange des taxes qu’on paie, il y a là tout un problème!

Enfin, pas un traître mot durant cette présentation budgétaire sur la deuxième caserne de pompiers, qui devait être opérationnelle sur notre territoire avant la fin de 2013 et dont la construction se fait toujours cruellement attendre…

Sébastien St-François

L’obsession de la parité hommes-femmes

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J’aurais pu aussi bien intituler ce billet « Justement, nous sommes en 2015… ». Le 4 novembre dernier, Justin Trudeau, premier ministre nouvellement assermenté du Canada, en réponse à la question d’une journaliste lui demandant pourquoi il accordait autant d’importance à la parité hommes-femmes dans son conseil des ministres, a répondu « Parce que nous sommes en 2015 ». Sa réponse a vite fait le tour de la planète… Une réponse politically correct et moderne, mais une réponse qui ne veut pas dire grand-chose dans le fond et qui contribue à perpétuer le mythe selon lequel le sexisme à l’égard des femmes domine toujours notre société en 2015.

Je ne suis pas sexiste. D’ailleurs, je serais bien mal placé pour l’être étant donné que j’exerce une profession dans laquelle les hommes sont nettement minoritaires (à peine 30 %) et que mes cercles de fréquentations professionnelles et personnelles sont constitués majoritairement de femmes depuis mes années universitaires au début des années 1990. Je connais des femmes très compétentes, des femmes moins compétentes, des hommes très compétents et des hommes moins compétents. Comme il en est de tout un chacun d’entre nous.

L’Encyclopædia Universalis définit le sexisme en les termes suivants : « Le terme sexisme sert à désigner [les] comportements, individuels ou collectifs, qui semblent perpétuer et légitimer la domination des hommes sur les femmes. » Dans Le Petit Larousse, on peut y lire une définition plus neutre du terme : « Attitude discriminatoire fondée sur le sexe. »

Quoiqu’il en soit, la vérité est que les hommes sont autant victimes de sexisme et d’autres formes de discrimination que les femmes en 2015. Il existe des quotas d’embauche dans plusieurs domaines, il faut tenir compte des minorités visibles, etc. En 2015, personne n’est à l’abri d’être victime de discrimination – qu’elle soit fondée sur le sexe, l’âge ou tout autre motif illicite. À plusieurs égards, notre société a institutionnalisé une discrimination qu’elle qualifie de « positive » il y a de cela plusieurs années, dans la foulée du mouvement féministe et des revendications au titre de la Charte des droits et libertés – une des œuvres maîtresses de Trudeau père.

En s’imposant l’obligation de nommer un conseil des ministres paritaire, le premier ministre Trudeau a dû faire des choix sûrement difficiles et, ce faisant, d’autres candidats et candidates ministrables ont vu leur espoir d’être nommés dissiper. Pensons au 16e homme et à la 16e femme dans la liste des ministrables. « Désolé Pablo [Rodriguez, député élu dans Honoré-Mercier]. J’aurais bien aimé te nommer ministre, mais ça me prend une femme pour atteindre la parité et tu n’es pas une femme. » ou « Désolée Alexandra [Mendès, députée élue dans Brossard–Saint-Lambert]. J’aurais bien aimé te nommer ministre, mais ça me prend un homme pour atteindre la parité et tu n’es pas un homme. » Ces deux députés (que j’invoque strictement aux fins de l’exercice, je n’ai évidemment aucune idée des autres personnes ayant été considérées pour occuper un poste de ministre) comptent pourtant plus d’expérience parlementaire que plusieurs nouveaux élus et élues ayant été assermentés mercredi dernier.

Au fil des ans, la question de la parité hommes-femmes est devenue une sorte d’obsession, surtout dans l’arène politique. Jean Charest en avait fait un cheval de bataille et avait réussi à nommer un conseil des ministres paritaire en 2007, ce dont il était bien fier. Rappelons-nous que parmi les élues libérales membres de ce conseil figurait Julie Boulet, une pharmacienne de formation, nommée ministre titulaire du portefeuille des transports… Je n’ai rien contre les pharmaciens (mon père en était un), mais avouons qu’elle n’avait pas vraiment les compétences requises pour gérer cet important ministère.

Il est en souvent de même en politique municipale. Dans mon patelin, les femmes sont majoritaires au conseil de ville depuis 2009. Aucune de ces femmes en poste depuis maintenant six ans n’a brillé par des compétences marquées, pas plus que leurs collègues masculins. Le sexe d’une personne n’a rien à voir avec sa compétence. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi, car la compétence n’est innée ni chez l’homme ni chez la femme. La compétence se développe sans égard au sexe.

Tout cela étant dit, sur le plan de l’image, Justin Trudeau a réuni un groupe d’élus représentatifs de la population canadienne, notamment sur le plan de l’âge : la plus jeune ministre (Maryam Monsef, institutions démocratiques) n’a que 30 ans et les ministres les plus âgés – Ralph Goodale (sécurité publique), Lawrence MacAulay (agriculture et agroalimentaire) et Marc Garneau (transports) – ont 66 ans. Parmi les autres heureux élus au conseil, on compte non moins de 11 quadragénaires (la génération X se trouve donc très bien représentée, ce dont je ne peux que me réjouir) et trois trentenaires, dont Mélanie Joly, nommée à un important ministère (Patrimoine canadien) bien qu’elle n’ait aucune expérience parlementaire. Elle devra donc apprendre « sur le tas » comme on dit.

Toutefois, le fait demeure que la compétence d’une personne devrait avoir préséance sur son sexe, justement parce que nous sommes en 2015. Les défis sociaux, sociétaux, économiques, financiers et fiscaux auxquels nous faisons face sont énormes; espérons donc que, derrière cette image politiquement correcte de la parité hommes-femmes, se trouvent les meilleures personnes parmi les 183 élues sous la bannière du Parti libéral du Canada pour gérer le portefeuille auquel elles ont été nommées.

En somme, la parité des sexes au sein du conseil des ministres nommé par Trudeau ne m’impressionne pas. Je jugerai le travail des ministres nommés en fonction de leur compétence ou de leur incompétence. Leur sexe ne m’importe guère…

Sébastien St-François

Justin Trudeau et le Canada 3.0

11460256Le 19 octobre dernier, Justin Trudeau a réalisé un véritable tour de force en réussissant à se faire élire à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire. Même si le PLC n’a récolté que 39,5 % du vote populaire, grâce à notre désuet système majoritaire uninominal à un tour – qu’il s’est engagé à réformer –, Trudeau a fait élire plus de 180 députés à la Chambre des communes. Pourtant, au début de l’interminable campagne électorale qui a connu son aboutissement la semaine dernière et pendant de longues semaines par la suite, Trudeau et ses troupes traînaient loin derrière en troisième place dans les intentions de vote.

Pendant la campagne, Trudeau a multiplié les déclarations maladroites (surtout en français), a défendu une position sur le controversé niqab qui ne tenait pas la route en invoquant un « droit religieux » et s’est engagé à adopter le modèle keynésien pendant au moins trois ans pour stimuler l’économie. Déjà, les déficits qu’il a annoncés en campagne pourraient être gonflés de 5 G$ en raison de différents facteurs, selon le chroniqueur économique de La Presse, Francis Vailles.

Rappelons que Stephen Harper avait décidé de jouer sur le cynisme des électeurs et de leur faire vivre une campagne électorale longue de 78 jours – du jamais vu dans l’histoire moderne du Canada – dans l’espoir d’user son « jeune » rival, qu’il dépeignait comme irresponsable, comme pas prêt à gouverner, comme un « p’tit gars en culottes courtes ». De toute évidence, le sentiment anti-Harper était si fort au pays qu’il a eu raison de celui qui était de plus en plus honni par l’électorat après une décennie de règne opaque et idéologique. Autant l’effet « Anyone but Pauline » a permis à Philippe Couillard de décrocher une majorité au Québec en 2014, autant le phénomène « N’importe qui sauf Harper » a permis à Trudeau de réaliser son tour de force à mesure que le vote néo-démocrate s’effritait.

Depuis, c’est la véritable lune de miel et, à lire certains commentateurs, Justin Trudeau est devenu la septième merveille du monde. On louange le jeune chef sur toutes les tribunes, on compare le couple Grégoire-Trudeau aux Kennedy, la vie est soudainement devenue belle au Canada après neuf ans d’austérité conservatrice et tous les espoirs sont à nouveau permis.

Justin Trudeau a mon âge, à un peu plus de 18 mois près. Je devrais donc me réjouir de voir enfin un membre de la génération X accéder aux plus hautes fonctions de l’État canadien. Une partie de moi s’en réjouit, même si je n’ai pas voté libéral le 19 octobre. Cependant, au-delà de l’image, il y a la dure réalité, celle de gouverner, celle de prendre des décisions difficiles, celle d’agir dans l’intérêt supérieur du Canada, celle de rebâtir l’unité dans un pays ayant été considérablement divisé pendant les années de Stephen Harper. Et c’est là où des doutes persistent dans mon esprit quant aux quatre prochaines années, une fois que la lune de miel sera terminée et que le véritable travail commencera.

Personnellement, je vais juger le travail de Justin Trudeau en fonction de trois grands axes : sa capacité de bien s’entourer, sa capacité de prendre des décisions réfléchies et sa capacité de faire passer les intérêts de la nation canadienne avant ceux du Parti libéral du Canada.

1. Bien s’entourer
Justin Trudeau dévoilera la composition de son conseil des ministres le 4 novembre prochain. Nommer un conseil des ministres est un casse-tête pour tout premier ministre. Trudeau s’est engagé envers la parité hommes-femmes et doit de surcroît tenir compte de la représentation régionale, comme ses troupes ont balayé l’Atlantique, remporté 40 sièges au Québec, 80 en Ontario, etc. Or, quand je vois le nom de Mélanie Joly parmi les députés ministrables, permettez-moi de me poser des questions. Mme Joly a beau avoir terminé deuxième dans la course à la mairie de Montréal en 2013 et avoir réussi à se faire élire dans Ahuntic-Cartierville, elle demeure une néophyte en politique et a encore ses preuves à faire avant d’être ministrable, selon moi. Aussi, l’affaire Dan Gagnier qui a éclaté dans les derniers jours de la campagne et qui aurait pu faire beaucoup de tort à la campagne libérale nous démontre qu’il reste encore plus d’une personne aux pratiques douteuses dans l’entourage libéral. Sur le plan de l’éthique, Justin Trudeau et ses députés ne disposent d’aucune marge de manœuvre si le but est réellement de faire de la politique autrement.

2. Réfléchir avant d’agir
Justin Trudeau ne sera assermenté que le 4 novembre et demeure donc premier ministre désigné jusqu’à cette date. Néanmoins, dans son premier entretien téléphonique avec le président américain, Barack Obama, il a déjà annoncé que les frappes canadiennes contre l’État islamique cesseront. Ce faisant, non seulement il risque de nuire aux relations avec le premier allié du Canada, mais aussi il viole la doctrine de la responsabilité de protéger que son parti avait pourtant ratifiée. L’État islamique n’est pas un ennemi comme les autres et l’Occident est arrivé à la conclusion que tous les efforts doivent être déployés pour anéantir ce groupe déjà coupable de moult crimes abominables contre l’humanité. Autre exemple, dans le dossier des chasseurs F-35, son engagement de mettre fin au contrat signé par les conservateurs pourrait produire le même résultat que celui de Jean Chrétien, en 1993, concernant l’achat d’hélicoptères – soit finir par nous coûter encore plus cher. Un contrat, quel qu’en soit l’objet, ne se déchire pas sans conséquences…

3. Courage d’innover
Je ne citerai qu’un exemple à ce chapitre, celui de l’engagement de Justin Trudeau de réformer le système électoral. En effet, le premier ministre désigné s’était engagé en juin dernier à mettre fin au système uninominal à un tour dans les 18 premiers mois de son mandat. On verra bien… Si le scrutin du 19 octobre s’était déroulé en mode proportionnel, les libéraux auraient été minoritaires. Trudeau n’est pas le premier chef de parti à avoir pris un tel engagement électoral; cependant, une fois confortablement installés au pouvoir, les partis traditionnels finissent souvent par gouverner en vue de leur réélection et tout engagement en matière de réforme électorale prend rapidement le bord. S’il tient cet engagement, il aura fait preuve d’une volonté manifeste de faire de la politique autrement et d’assumer le risque politique qui vient avec…

Bref, la lune de miel durera encore un certain temps, puis ce sera le temps de s’attaquer aux vraies affaires. Les libéraux feront face à une opposition conservatrice forte et aguerrie à la Chambre des communes et leurs gestes seront scrutés à la loupe par la population canadienne et la communauté internationale. Nous aurons même le TrudeauMètre pour nous aider à juger son travail. En octobre 2019, les Canadiens retourneront aux urnes et Justin Trudeau ne pourra plus se contenter de surfer sur son image pour se faire réélire; il aura alors un bilan à défendre.

Au-delà l’image, il y a les gestes. Justin Trudeau a réussi à incarner le changement et le renouveau auprès d’une partie suffisante de l’électorat canadien pour dérocher une confortable majorité. Son défi consiste maintenant à faire la démonstration qu’il a les moyens de ses nombreuses ambitions pour faire du Canada « le plus meilleur pays au monde » version 3.0.

Sébastien St-François

Votre choix : voter ou vous taire

marianne-baillonneeJ’ai passé une bonne partie de la fin de semaine à réfléchir sur ce sur quoi je pourrais bien écrire maintenant que la campagne électorale fédérale tire enfin à sa fin. Malheureusement, les sondages ne m’aident en rien, car personne ne sait encore qui formera le prochain gouvernement. Chose certaine, les carottes sont cuites pour Thomas Mulcair; il ne sera pas le premier premier ministre néo-démocrate de l’histoire canadienne. Autre chose certaine, Stephen Harper sera reconduit au pouvoir ou Justin Trudeau deviendra le prochain premier ministre du Canada. (Qui y aurait cru il y a à peine quelques semaines?)

Lequel des deux sera élu à la plus haute fonction et dans quelle mesure (majoritaire ou minoritaire), il nous faudra attendre jusqu’à tard lundi soir pour le savoir. Justin Trudeau peut bien mener légèrement dans les sondages, mais le Parti libéral compte sur le vote des jeunes – loin d’être une certitude étant donné que les jeunes ne sont habituellement pas très nombreux à exercer leur droit de vote. Quant à Stephen Harper, qui traîne légèrement dans les plus récents sondages, il peut miser sur sa « popularité » auprès d’une clientèle qui est plus âgée et plus encline à se rendre jusque dans l’isoloir pour s’exprimer. Harper n’a pas voulu s’avancer sur son avenir passé lundi soir; Trudeau peine à contenir son enthousiasme débordant.

Nous devons néanmoins nous compter extrêmement privilégiés d’habiter ce pays. Certains invoquent avec liesse la perspective de voir Stephen Harper chassé du pouvoir après près d’une décennie. D’autres s’expriment avec grand enthousiasme sur l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau. Il en demeure que nous – électeurs – avons maintenant et enfin le pouvoir de décider : Harper reste au pouvoir ou Trudeau lui succède. Dans bien des pays sur la planète, Harper continuerait de régner pendant bien des années encore, peu importe ce que le peuple en pensait. Le droit de vote est pris pour acquis ici au Canada, mais c’est un droit qui doit être exercé par tout un chacun, sans quoi il perd inévitablement sa valeur intrinsèque.

Pour ma part, je souhaite un gouvernement minoritaire, peu importe lequel des deux prétendants le forme et nonobstant les inconvénients d’un gouvernement qui n’a pas les coudées franches pour faire à sa tête. Si les conservateurs l’emportent, ça forcera le parti à entamer une réflexion sur son leadership; si les libéraux remportent la mise, Trudeau ne pourra mettre en œuvre intégralement son « plan » concocté par l’establishment du parti. Tant qu’à moi, aucun des deux ne mérite la confiance de régner en roi et maître sur notre pays pendant quatre longues années. Dans mon livre à moi, Harper a fait son temps dans les rangs conservateurs, tandis que Trudeau n’a ni l’expérience de vie ni la maturité (et ça n’a rien à voir avec son âge) pour devenir premier ministre d’un gouvernement libéral majoritaire.

En démocratie, la beauté de la chose est que mon opinion vaut celle des électeurs qui prétendent que Harper est l’Anti-Christ, que Trudeau est la septième merveille du monde ou que Duceppe a encore un rôle utile à jouer en politique canadienne. En démocratie, c’est voter qui compte avant tout. Quiconque ne juge pas bon d’exercer son droit de vote – un droit auquel bien des peuples aspirent encore aujourd’hui en 2015 – perd son droit de critiquer le gouvernement ou encore ses concitoyens qui ne pensent pas comme lui. Votez ou exercez le droit de vous taire en d’autres termes.

Je vais perdre mes élections, car j’aurai voté pour le Parti vert. Mais j’aurai voté, j’aurai exercé ce droit que tant de peuples sur cette planète inéquitable souhaitent ardemment pouvoir exercer un jour. Alors, de grâce, allez voter – peu importe ce en quoi vous croyez ou ne croyez plus. Votez pour quelqu’un ou contre quelqu’un, mais rendez-vous dans l’isoloir…

Sébastien St-François

Ma boussole électorale virera-t-elle au vert?

imageSource : La Seigneurie

Je suis une personne politisée qui suit l’actualité politique quotidiennement, qui est au courant des enjeux et qui considère que tout électeur admissible a le devoir d’exercer son droit de vote. Je vais donc me rendre dans l’isoloir le 19 octobre prochain, mais je ne me suis jamais senti autant orphelin politique qu’en cette campagne électorale. Habituellement, ma boussole m’indique la voie à suivre assez tôt dans une campagne, mais, cette fois-ci, ce n’est pas le cas. J’en suis à espérer que quelque chose d’« éclairant » se produise au cours des prochains jours pour que je puisse faire un choix avec lequel je pourrai vivre comme électeur par la suite.

J’ai beau faire et refaire le tour de ce que les partis nous proposent, je n’arrive pas à me faire une idée sur l’option qui serait la moins dommageable pour notre pays, même si tout indique que le prochain gouvernement fédéral sera minoritaire, aucun des prétendants n’ayant réussi à se démarquer suffisamment pour décrocher la majorité si convoitée.

Parti conservateur du Canada
J’ai voté pour les conservateurs en 2006 (dégoûté par les libéraux dans la foulée du scandale des commandites) et en 2008. Mais ça fait maintenant presque dix ans que Stephen Harper est en poste. Le pouvoir l’a usé, sa gouvernance est opaque et déconnectée à bien des égards et il est rendu beaucoup trop idéologique pour continuer à diriger le Canada. Au fil des années, il a fait preuve de mépris à l’égard de plusieurs de nos institutions démocratiques qu’il a pourtant le devoir de défendre et a concentré trop de pouvoirs au « PMO » (son bureau). Quand c’est rendu que des décisions dans un dossier humanitaire comme celui de l’accueil de réfugiés syriens se prennent au bureau du premier ministre et sont instrumentalisées à des fins électorales, il y a un problème dans la baraque. Malgré mon penchant conservateur en matière de finances publiques et d’économie, ce parti a besoin d’un nouveau chef pour que je m’y intéresse à nouveau. Un autre mandat comme celui qui se termine, non merci…

Nouveau Parti démocratique
Je n’ai jamais voté NPD, ni même en 2011 – année où la vague orange ayant déferlé sur le Québec a permis au NPD d’accéder à l’opposition officielle pour la première fois de son histoire. Je ne voterai pas pour « Angry Tom » en 2015. Bon nombre de députés néo-démocrates québécois sont demeurés muets comme des carpes au cours des quatre dernières années ou n’ont carrément pas fait leur travail, comme la tristement « célèbre » députée fantôme Sana Hassainia qui a eu la sage idée de tirer sa révérence. Maintenant, on apprend que Tom Mulcair refuserait toute idée de coalition avec le Bloc Québécois, alors que le NPD est devenue l’opposition officielle en 2011 grâce en bonne partie aux nombreux souverainistes qui ont décidé de déserter le Bloc.

Belle façon de mépriser les Québécois à quelques jours du scrutin pour tenter de gagner des votes dans le Canada anglais… Après avoir donné à Stephen Harper un coup de pouce dans les intentions de vote au Québec (dossier du niqab), le voilà maintenant à servir un cadeau sur un plateau d’argent à Gilles Duceppe. Pas sûr que M. Mulcair demeure chef du parti orange passé le 19 octobre. Il semble avoir perdu de vue l’importance du vote québécois pour son parti à la dernière élection fédérale et ça lui coûtera probablement très cher dans quelques jours.

Parti libéral du Canada
La Presse et le Toronto Star ont beau avoir encensé Justin Trudeau, ce dernier n’aura pas mon vote. Oui, il a gagné en maturité et en confiance depuis avoir été élu chef de son parti en 2013, mais je ne pense pas qu’il soit assez mûr pour diriger les destinées du Canada. L’homme de théâtre a su montrer à la population canadienne qu’il est capable d’apprendre ses lignes et combien de fois l’avons-nous entendu affirmer pendant la campagne qu’il a un plan. Mais sa recette n’a rien de novateur : il propose de stimuler l’économie à coups de déficits et de taxer encore plus les « méchants riches ». Le fait que Trudeau a l’appui sans réserve de la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, n’a rien pour inspirer confiance. L’économie ontarienne se porte plutôt mal sous les libéraux de cette province.

Enfin, la position du PLC sur le niqab (oui, un détail, mais un détail qui dérange) ne tient pas la route : Trudeau invoque la défense du droit à la liberté religieuse alors que le niqab n’a rien de religieux. C’est un objet culturel qui symbolise la domination de l’homme sur la femme. Je n’ai pas envie d’un premier ministre qui invoque de faux prétextes pour défendre ce qui est indéfendable aux yeux d’une majorité de Canadiens. Sans mentionner qu’il défend aussi le droit à la citoyenneté de personnes reconnues coupables de terrorisme.

Bloc Québécois
Je ne suis pas souverainiste, je n’ai jamais voté pour le Parti Québécois ou le Bloc Québécois. Qu’est-ce qui pourrait bien me convaincre de voter BQ en 2015, surtout que le « parti de Mario Beaulieu » n’a eu aucune meilleure idée que de recycler son ancien chef, Gilles Duceppe, battu à plate couture dans son fief de Laurier–Sainte-Marie en 2011? Lucien Bouchard avait affirmé que « Notre succès [du Bloc Québécois] se mesurera à la brièveté de notre mandat ». Force est de constater que c’est un échec lamentable plus de 20 ans plus tard. Depuis plusieurs semaines, les sondages accordent deux sièges au Bloc Québécois. Aussi bien disparaître du paysage une fois pour toutes.

Il me reste donc le parti d’Elizabeth May. Aucune chance que les Verts décrochent le pouvoir ou même ma circonscription, où le candidat – Jici Lauzon – est pourtant connu. Il en demeure que je trouve désolant de ne pas être en mesure – à quelques jours du vote et au terme de la plus longue campagne électorale de l’histoire moderne du Canada – d’accorder ma confiance au parti qui souhaite conserver le pouvoir ou à l’un des deux autres qui y aspirent (bien que je pense que les carottes soient cuites pour Mulcair). Par conséquent, si la tendance se maintient, je risque de voter vert pour la première fois de ma vie d’électeur, à défaut d’avoir été convaincu par les trois principales formations fédérales que leur plate-forme est la meilleure pour le Canada.

Sébastien St-François

D’une désinvolture révoltante

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Source : TC Media – Archives

Je tiens à remercier une fois de plus le journal La Seigneurie pour sa couverture journalistique rigoureuse de ce qu’est devenue la « saga du Café centre d’art ». Les Bouchervillois qui se fient uniquement à l’autre hebdo local pour s’informer sur l’actualité municipale n’ont pas droit à la même information sur ce dossier. Ces mêmes Bouchervillois ne savent même pas que le maire Jean Martel fait l’objet d’une plainte déposée auprès de la Commission municipale du Québec à la suite de la nomination de Roger Maisonneuve au poste de directeur général de la Ville. Un dossier ayant pourtant suscité l’intérêt de médias nationaux comme TVA et Radio-Canada!

À la page 3 de son numéro du mercredi 30 septembre, La Seigneurie nous informe que le Café centre d’art n’aura pas coûté 4,8 M$, mais plutôt au moins 7,4 M$ (un dépassement de coûts d’au moins 54 %!)… Au moins parce qu’il reste encore des coûts à venir : poursuites contre la Ville intentées par des sous-traitants de l’entrepreneur disparu dans la nature (tout comme l’assureur de ce dernier), aménagement de quelques cases de stationnement sur un terrain payé 220 000 $, etc. Le journaliste Olivier Robichaud invoque la possibilité que la facture finale atteigne 8,5 M$ – ce qui représenterait un dépassement de non moins de 77 % du budget initialement prévu de 4,8 M$. N’importe quel gestionnaire responsable d’un tel dépassement de coûts serait normalement congédié.

J’ai souvent commenté ce dossier au fil des ans et dénoncé à plus d’une reprise le coût de ce projet. Mon opinion sur ce projet et sur la façon dont il a été financé est bien connue et ne changera pas. Cependant, ce qui m’irrite encore plus est l’attitude totalement désinvolte du maire Martel et de son équipe. « C’est sûr que je me serais passé de tout ça [bon nombre de ses concitoyens aussi], mais c’est fait et aujourd’hui on assiste au produit final », peut-on lire dans l’article du journaliste.

Pis encore, Jean Martel espère que son Café centre d’art serve de moteur économique pour ce secteur de Boucherville [le Vieux-Boucherville]. Je ne sais pas sur quoi repose sa prétendue expertise en matière d’économie ou de finances, mais au prix que ce centre a coûté, il faudra attendre de très longues années avant que l’« investissement » ne se rentabilise et ne commence à générer des profits pour la Ville au bénéfice des contribuables qui sont passés à la caisse pour financer le projet.

« C’est un édifice qui date de 1892, donc il y a toujours des surprises. » C’était évident dès le départ. C’était écrit dans le ciel… Cette désinvolture de la part d’un premier magistrat qui se targue chaque année d’appliquer une « taxation limitée et responsable » et qui se pavane partout pour vanter ses prétendus talents autoproclamés de grand gestionnaire devrait plutôt ravaler sa fierté et se montrer plus humble. Dans la conjoncture économique et politique actuelle, un dépassement de coûts qui se chiffre à l’heure actuelle à au moins 54 % et pourrait atteindre 77 % est inacceptable et témoigne d’une totale incompétence. Plus d’un politicien serait crucifié sur la place publique en pareilles circonstances. Et les Bouchervillois ont tout autant raison de craindre de nouveaux dépassements de coûts dans le mégaprojet du complexe aquatique, dont la gestion a été confiée par Jean Martel à son directeur général, Roger Maisonneuve, qui n’a aucune expérience en pareille matière.

Mais, c’est vrai, la dette a baissé! Certaines gens pensent donc que Jean Martel et ses sbires font un EXCELLENT travail… Mais il ne faudrait pas perdre de vue que cette baisse de la dette leur sert aussi d’écran de fumée pour faire oublier les millions de dollars de notre argent qu’ils ont dilapidés dans des projets bien secondaires, voire farfelus, depuis leur élection en 2009.

Sébastien St-François

Renoncera-t-il au reçu d’impôt?

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Ça ne doit pas aller très bien au sein du caucus du Parti libéral du Québec depuis quelque temps. Voilà qu’un quatrième député libéral démissionne en l’espace de 17 mois. En effet, mardi, le député de Beauce-Sud, Robert Dutil, élu pour la première fois en 1985 et député pendant 16 ans, a annoncé qu’il quittait la vie politique pour aller travailler dans le privé (pour Canam-ponts, entreprise dirigée par son fils). Ce faisant, il provoque la tenue d’une autre élection partielle à un coût de 500 000 $ à 600 000 $ pour les contribuables québécois – en pleine période dite d’austérité où nul autre que le premier ministre, Philippe Couillard, avoue enfin que ses compressions affectent les services à la population. Il était temps qu’il reconnaisse les impacts des mesures que son gouvernement impose partout depuis maintenant des mois.

Depuis la dernière élection générale, quatre députés libéraux ont quitté leurs fonctions et décidé, souvent odieusement, de toucher leur « prime de départ » : Yves Bolduc (à force de se mettre le pied dans la bouche et de démontrer son incompétence), Gilles Ouimet et Marguerite Blais (frustrés de ne pas être ministres) et maintenant Robert Dutil. Dans le cas de M. Dutil, il s’est engagé à faire don de sa prime de départ de 150 000 $ [!!!] à l’organisme sans but lucratif la Maison Catherine de Longpré, qui dispense des soins palliatifs dans la région Beauce-Etchemins. Un geste noble par rapport aux autres démissionnaires libéraux, mais renoncera-t-il au reçu d’impôt auquel ce don lui donnera droit pour autant?

La situation actuelle devient de plus en plus intenable pour Philippe Couillard, qui déchire sa chemise sur la place publique après chaque démission, mais semble tout faire pour maintenir le statu quo. Rappelons-nous que, dans la foulée de la démission d’Yves Bolduc, il a imploré son ministre démissionnaire [incompétent] de renoncer à sa prime. Ensuite, silence radio jusqu’aux prochaines démissions. Idem suivant la démission de M. Ouimet et de Mme Blais. Toujours rien… Pourtant, le Parti Québécois (dont la démissionnaire Élaine Zakaïb a renoncé à sa prime et le démissionnaire Marjolain Dufour a choisi de consulter le commissaire à l’éthique avant d’accepter la sienne), la Coalition Avenir Québec (dont les deux démissionnaires – Christian Dubé et Gérard Deltell – ont renoncé à leur prime) et Québec Solidaire sont prêts à adopter une loi interdisant le versement d’indemnités de transition aux députés qui démissionnent en cours de mandat autrement que pour des raisons de santé ou de famille jugés valables par le commissaire à l’éthique. Un projet de loi est pourtant prêt : Bernard Drainville s’en était chargé lorsqu’il était ministre des Institutions québécoises. Qui en a alors bloqué l’adoption sous le gouvernement Marois minoritaire? Le PLQ de Philippe Couillard…

M. Couillard, le bon peuple en a marre de vos tergiversations dans ce dossier. Par ailleurs, vous êtes bien mal placé ici, ayant vous-même touché votre prime au moment de quitter la vie politique en 2008 après vous être négocié un job lucratif dans le secteur privé alors que vous étiez ministre de la Santé. Vous prenez vraiment les Québécois pour des valises à ce point? Il est grand-temps d’agir. Vous avez perdu assez de temps à cet égard depuis votre élection!

« Le premier ministre Philippe Couillard se dit prêt à déposer un projet de loi pour éliminer les allocations de transition pour les élus démissionnaires. Toutefois, ce texte devra également traiter des autres dispositions contenues dans le rapport indépendant de l’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé, qui propose également des hausses de salaires pour les députés. » Monsieur Couillard, vous manquez de dignité pour être premier ministre et vous riez de ceux que vous appauvrissez depuis votre entrée en fonctions. Vous sabrez partout – sauf dans le sacro-saint rang de la classe politique, qui appauvrit le Québec. Bien difficile de respecter un premier ministre et le gouvernement qui dirige en pareilles circonstances. Je me demande même si Amir Khadir a raison de considérer que l’élection du gouvernement que vous dirigez doit être annulée. Bref, j’ai de plus en plus honte d’être Québécois. Le Québec sombre de plus en plus au fil des gouvernements libéraux et péquistes qui se succèdent depuis un demi-siècle et votre gouvernement suit pitoyablement dans la même veine!

Et si on faisait payer au parti du démissionnaire le coût de la tenue de l’élection partielle qu’il provoque? Après tout, quelqu’un qui démissionne en cours de mandat – qu’il a sollicité et que le peuple lui a accordé – pour des raisons opportunistes ou carriéristes ne devrait-il pas être tenu responsable des coûts que sa décision engendre? Le « simple travailleur » qui démissionne n’a même pas droit à l’assurance-emploi, à laquelle il cotise pourtant… Mais encore, jamais Philippe Couillard ne prendra une telle mesure. L’austérité, c’est pour les autres, c’est pour le bon peuple.

De toute évidence, il est là pour ses propres intérêts et non pour les intérêts des Québécois, qui ont été suffisamment nombreux à se laisser duper par ses promesses électorales pour lui permettre de régner en roi et maître sur la neuvième province la plus pauvre au pays jusqu’en 2018. Va-t-il falloir que les Québécois se révoltent comme les carrés rouges l’ont fait en 2012 pour que, enfin, leur gouvernement cesse d’abuser d’eux et se mettent à leur service? Dans l’immédiat, il faudrait minimalement que les électeurs qui seront appelés à voter dans une partielle prochainement envoient un message clair à nos bons libéraux et élisent un candidat autre que libéral pour les représenter jusqu’à la fin du mandat en cours!

Sébastien St-François