Savoir lâcher prise

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J’écris ce texte en réaction à la chronique « Tenir tête » de Michèle Ouimet paru dans La Presse et La Presse+ du samedi 6 septembre dernier. « Printemps érable », « conflit étudiant », « grève étudiante », « carrés rouges » – peu importe le vocable utilisé pour y faire référence, cette manifestation bruyante et parfois violente demeure bien fraîche dans l’esprit des Québécois, et notamment des Montréalais qui voyaient leur ville se faire prendre en otage quotidiennement. Déjà que l’économie de la métropole était fragile (et demeure fragile à ce jour), l’idée d’être pris dans des bouchons de circulation monstres était assez pour en rebuter plus d’un de s’y rendre. Les commerçants du centre-ville en ont bavé un coup.

Les étudiants à l’origine de ce conflit ont le mérite d’avoir réussi à se faire entendre et d’avoir créé un mouvement qui s’est transformé – au fil des semaines et des mois – en espèce de bouillabaisse socioculturelle contre le gouvernement usé et corrompu de Jean Charest. Je me rappelle encore cette image de Pauline Marois dans la rue, chaudron à la main, ou de ces députés péquistes arborant fièrement leur carré rouge supposément en guise de solidarité avec les étudiants. Ils ont vu juste, ayant réussi, le 4 septembre 2012, à former un gouvernement minoritaire en bonne part grâce à la grogne populaire contre Charest et ses troupes que le mouvement étudiant avait réussi à susciter. On connaît la suite…

Mais qu’en est-il du nœud du problème, c’est-à-dire du financement des universités québécoises? Notre société doit-elle viser à ne former que des universitaires? Doit-on sacrifier la qualité de nos universités au nom de l’accessibilité universelle ou quasi universelle? Ce sont toutes des questions qui doivent peser dans la balance des choix de société que nous faisons.

Je suis titulaire d’un baccalauréat et d’un certificat universitaire. Je travaille dans le domaine pour lequel j’ai étudié et je gagne bien ma vie. Cependant, je connais plusieurs personnes issues de l’université qui n’ont pas réussi à se trouver du travail dans leur domaine d’études et ont dû se résigner à faire autre chose qui ne nécessitait pas une formation universitaire. Et un diplôme universitaire ne vous protège aucunement contre le chômage. Au contraire, bien des métiers affichent des taux de chômage inférieurs à ceux de certaines professions, alors qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines dits « techniques ».

Pendant bien des années, le Québec a dénigré les métiers au profit des emplois nécessitant une formation universitaire. À une certaine époque, les familles québécoises devaient compter un curé dans leur progéniture pour être considérées respectables. Ensuite un médecin, un avocat, un notaire, un comptable, un ingénieur… Aujourd’hui, on se trouve avec trop de professionnels dans certains domaines, des diplômés universitaires dans des domaines où les perspectives d’emploi sont très faibles sinon nulles et des pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers et certaines techniques. Plus d’une personne de métier gagne des revenus supérieurs à bien des professionnels. L’université, c’est bien, mais ce n’est pas pour tout le monde et ce n’est pas la panacée. Des médecins, des avocats, des ingénieurs incompétents, ça existe – même s’ils ont obtenu leur diplôme…

Pour revenir au conflit de 2012, ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est que la vaste majorité des étudiants ayant pris les rues d’assaut étaient des étudiants en sciences humaines dont les débouchés professionnels en fin de parcours scolaire étaient, sont ou seront limités. Les étudiants en médecine, en droit, etc. n’ont pas répondu à l’appel des « ogues » en devenir. Le conflit a semé la division au sein du grand public, mais il a aussi semé la division dans les rangs étudiants eux-mêmes. Il y a des étudiants qui ne voulaient rien savoir de ce conflit, j’en connais personnellement.

Deux ans plus tard, le problème du financement de nos universités demeure entier tant qu’à moi. Oui, une société moderne doit former des universitaires pour occuper les professions de demain, mais encore faut-il qu’elle ait les moyens de les former adéquatement afin qu’ils soient qualifiés dans un monde où la concurrence se livre de plus en plus à une échelle mondiale. Une population de huit millions de personnes ne peut former qu’un certain nombre d’avocats, d’ingénieurs, de comptables, de sociologues et d’historiens pour que ces personnes ainsi formées fassent une contribution utile pendant leur vie active. Le Québec a aussi besoin d’électriciens, de plombiers, de menuisiers, de cuisiniers, de techniciens et de technologues.

Une société forte est une société équilibrée. À mes yeux, une société où l’université est accessible à qui le veut parce que c’est l’État qui paie ou que les frais de scolarité sont maintenus artificiellement bas par des pressions sociales ou politiques ne prépare pas les bases d’une économie solide en veillant à la diversification des compétences de ses travailleurs.

Il y a toujours deux côtés à une médaille, mais de là à vouloir remercier Gabriel Nadeau-Dubois et les autres leaders étudiants d’avoir semé un tel chaos social et divisé à ce point les Québécois, je trouve ça un peu poussé. Un moment donné, il faut savoir lâcher prise et réaliser qu’on a rarement raison sur toute la ligne.

Sébastien St-François

Le même remède pour tous!

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D’entrée de jeu, je suis favorable au principe sur lequel repose le projet de loi 3 des libéraux. Ce projet de loi sera-t-il adopté dans sa forme actuelle ou dans une forme modifiée? Devant la grogne qu’il suscite dans les rangs municipaux, certaines modifications sont à prévoir, comme le laissait d’ailleurs entendre le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, lui-même au terme de la commission parlementaire tenue sur le sujet en août dernier. Mais le fait demeure : la situation des déficits actuariels de plus d’un régime de retraite municipal est intenable et ce n’est pas juste aux contribuables non bénéficiaires de ces régimes de payer la note. C’est sûr que lorsqu’on apprend que le maire de Montréal, Denis Coderre, reçoit une pension fédérale de près de 89 000 $ par année, très largement payée par les contribuables, ça enlève pas mal de crédibilité à ce porteur du message et ce n’est rien pour atténuer le mécontentement des syndiqués municipaux. Mais les régimes déficitaires ne seront pas capitalisés du jour au lendemain comme par magie pour autant…

Par ailleurs, le problème est loin de se limiter au secteur municipal. En effet, Cogeco Nouvelles nous apprenait la semaine dernière que plusieurs régimes de retraite provinciaux sont tout aussi mal en point, en commençant par ceux des députés de l’Assemblée nationale. Il est question d’un déficit totalisant 197 M$, soit 371 000 $ par participant à ces régimes (un total de 532 députés actifs ou retraités). Il faut savoir que nos députés provinciaux se sont votés deux régimes de retraite : un principal, auquel ils ne cotisent que 21 % et un complémentaire auquel ils ne cotisent pas un sou (autrement dit, il est financé à 100 % par les contribuables). Jusqu’à maintenant, les libéraux ne se montrent pas prêts à modifier quoi que ce soit les concernant et se réfugient derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, un comité qui siège à huis clos.

Mais la situation est encore pire pour d’autres régimes dont Québec est responsable. Par exemple, « chacun des 630 juges actifs ou retraités de la Cour du Québec ou de cours municipales endosse un déficit individuel de 854 000 $, puisque leur régime de retraite est déficitaire de 538 M$. » Du côté de la SQ, c’est tout aussi catastrophique : « les 10 751 membres actifs ou retraités du Régime de retraite des membres de la Sûreté du Québec traînent chacun un déficit individuel de 342 000 $. Leur régime de retraite est en déficit de 3,7 G$. » Source : Régimes de retraite : déficits énormes chez les juges et à la SQ

Il en résulte aujourd’hui que les obligations non capitalisées du gouvernement du Québec à l’endroit de ses retraités [actuels et futurs] totalisent quelque 76,7 G$, ce qui représente grosso modo le tiers de la dette de la province. Ça n’a aucun bon sens, et ces chiffres témoignent de l’incapacité chronique de nos gouvernements passés – rouges et bleus confondus – de gérer les deniers publics dans une optique de pérennité. En effet, pendant des décennies, nos élus se sont plutôt contentés d’administrer dans l’esprit d’acheter la paix sociale et syndicale. Mais là, le glas a sonné et l’heure est arrivée de passer à la caisse pour réparer ce gâchis – avant qu’il ne soit trop tard.

Vendredi dernier, Philippe Couillard a sonné l’alarme et qualifié de lamentable la situation actuelle des finances publiques. Selon lui, le gouvernement « dépense plus qu’il ne gagne ». J’aimerais rappeler à M. Couillard que le rôle d’un gouvernement n’est pas de « gagner » de l’argent… D’ajouter M. Couillard : « Le changement n’est jamais agréable. C’est toujours difficile, surtout quand on est touché par les réorganisations, mais tout le monde doit mettre l’épaule à la roue. » Entièrement d’accord avec vous, M. Couillard, mais montrez l’exemple en commençant par faire le ménage dans votre propre chaumière! Sinon, comment pouvez-vous prétendre avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour imposer le projet de loi 3 cet automne? L’esprit de ce projet de loi doit être étendu à vos propres régimes de retraite et à tous les autres régimes provinciaux qui sont dans un état piteux, souvent pire même que celui des régimes municipaux que vous dénoncez!

La société québécoise est devant un mur, et ce mur ne disparaîtra pas par magie. Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse soutient que le grand test qui attend Philippe Couillard sera de surmonter le mur de résistance qui s’érige contre ses politiques d’austérité. Si Philippe Couillard échoue comme ce fut le cas de son prédécesseur (rappelez-vous la grande « réingénierie de l’État » promise par Jean Charest en 2003 mais jamais réalisée), il y a lieu de sérieusement s’inquiéter pour la suite des choses. Bien entendu, le fait que nous nous sommes fait collectivement voler littéralement des centaines de millions de dollars par les acteurs de la corruption et de la collusion au fil des années n’aide en rien. Mais soyons réalistes : nous ne reverrons pas un traître sou de cet argent qui nous a été volé entre autres par ceux qui sont actuellement en attente de leur procès criminel. Nul besoin de nommer des noms, tout le monde sait de qui on parle…

Si rien n’est fait, il est clair que ce seront éventuellement les créanciers qui sonneront la fin de la récréation. Le cas échéant, le remède fera drôlement plus mal et même les plus égoïstes parmi nous – qui ne pensent aucunement aux générations à suivre et veulent à tout prix conserver la totalité de leurs acquis souvent « négociés » sous la menace de perturbation et de violence – risquent fort d’en subir les contrecoups de leur vivant…

Sébastien St-François

Une bonne idée, le fractionnement du revenu?

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Promesse maîtresse des conservateurs fédéraux en 2011, la possibilité pour les couples ayant des enfants âgés de moins de 18 ans de fractionner leur revenu deviendra probablement une réalité l’an prochain. En effet, il est attendu que le gouvernement Harper intègre cette mesure d’allègement fiscal dans son budget préélectoral du printemps prochain puisque l’équilibre budgétaire aura été atteint. Ottawa prévoit même dégager un surplus de 6,4 milliards de dollars en 2015. Mais avons-nous collectivement les moyens de nous permettre une telle mesure?

Le fractionnement du revenu permettrait aux couples de réduire leur facture d’impôt en transférant jusqu’à 50 000 $ du conjoint au revenu plus élevé au conjoint au revenu plus modeste (donc imposé à un taux moins élevé). Les conservateurs ont autorisé le fractionnement du revenu de pension en 2007, et cette mesure coûte annuellement au bas mot quelque 1,2 milliard de dollars au gouvernement fédéral en pertes de recettes fiscales et environ 500 millions de dollars aux provinces. À l’heure actuelle, 70 % des personnes âgées ne tirent aucun bénéfice du fractionnement du revenu de pension, tandis que les 10 % d’aînés qui touchent les revenus les plus élevés ont droit à un avantage moyen de 820 $ par année.

Il est estimé qu’étendre le fractionnement du revenu aux familles ayant des enfants âgés de moins de 18 ans réduirait les recettes gouvernementales de l’ordre de 3 milliards de dollars de plus par année à l’échelle fédérale et de 1,9 milliard de dollars par année au niveau des provinces. Et le coût de cette mesure augmentera au fil du temps. Même le regretté Jim Flaherty, que plus d’un qualifie d’un des meilleurs ministres des Finances qu’a produit le Canada, songeait à reculer sur cette mesure controversée – ou plutôt à tenter de convaincre Stephen Harper de reculer – peu avant sa démission le printemps dernier. Ce n’est pas rien.

Selon des études, dont une menée par l’Institut C.D. Howe, le fractionnement du revenu familial aurait pour effet d’enrichir les riches et créerait des iniquités entre les régions du Canada. Ce sont surtout les provinces fortement conservatrices de l’Alberta et de la Saskatchewan qui en sortiraient gagnantes. Ça ressemble en tous points à une promesse électoraliste conçue pour plaire à la base conservatrice.

Je ne suis pas un « gauchiste » lorsqu’il est question des finances publiques. Dans le spectre politique, je me définis plutôt comme quelqu’un de centre-droite sur le plan économique et fiscal. Je figure parmi les contribuables qui pourraient bénéficier de cette nouvelle mesure fiscale et, pourtant, je ne suis pas favorable à son adoption. Pourquoi? Certainement pas parce que je ne souhaite pas réduire ma facture d’impôt qui s’avère salée année après année. Mais je pense à mes enfants et privilégie donc une fiscalité responsable et un financement adéquat des missions essentielles de tout État que sont la santé et l’éducation, par exemple.

Ce sont des compétences provinciales-territoriales, me direz-vous. C’est vrai. Cependant, alors qu’Ottawa se prépare à dégager d’importants surplus pendant les années à venir, plusieurs provinces – dont le Québec et la jadis puissante Ontario – peinent à boucler leurs budgets respectifs. En Ontario, le déficit atteint 12,5 G$. Et on sait à quel point les finances publiques sont dans un état pitoyable dans la Belle Province. À une époque où la plupart des gouvernements provinciaux doivent sabrer dans leurs dépenses et subissent des pressions fiscales particulières, il ne fait aucun sens de dépenser des milliards sur un programme qui ne bénéficierait qu’à une très faible minorité de familles canadiennes.

Si le gouvernement fédéral dispose de milliards dont il ne sait quoi faire, il y a d’autres programmes nationaux qui seraient beaucoup plus avantageux pour un plus grand nombre de familles canadiennes : l’assurance-médicaments, les services de garde à l’enfance et les soins aux aînés pour n’en nommer que trois. C’est sans parler du vieillissement de la population et des intenses pressions qui seront exercées sur les systèmes de santé au pays au cours des années et des décennies à venir.

Cette carte maîtresse de Stephen Harper a toutes les apparences d’une promesse conçue sur mesure pour plaire aux conservateurs de l’Ouest et coûterait de l’argent aux provinces, dont plusieurs font face à d’énormes défis fiscaux qu’elles sont pas près de relever. En sa qualité de premier ministre du Canada, Stephen Harper doit prendre des décisions fiscales responsables dans l’intérêt supérieur de la population canadienne et de l’ensemble des provinces et des territoires qui forment ce pays. Permettre le fractionnement du revenu des familles n’est pas compatible avec cette responsabilité et les imminents surplus fédéraux pourraient être utilisés à bien meilleur escient.

Sébastien St-François

La méthode Bolduc

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Lorsqu’il était ministre de la Santé dans le gouvernement Charest, Yves Bolduc s’était inspiré de la « méthode Toyota » et avait promis rien de moins qu’une révolution dans le réseau de la santé. Force est de constater son échec, car il n’a pas révolutionné grand-chose le temps qu’il a dirigé un des plus gros et importants ministères de la province (pas plus que son prédécesseur, Philippe Couillard, d’ailleurs). Maintenant à l’Éducation, M. Bolduc s’improvise pédagogue et prône une réduction des achats de livres par les commissions scolaires dans le cadre d’un effort de réduction des dépenses. Avons-nous droit maintenant à la méthode Bolduc en éducation?

J’ai failli m’étouffer sur ma gorgée de café vendredi matin dernier en prenant connaissance de l’actualité du jour. Selon l’actuel ministre de l’Éducation, les écoles ont assez de livres et il ne voit aucun problème à ce que les commissions scolaires coupent dans les achats de nouveaux livres pour leurs bibliothèques afin de réduire leurs dépenses. Pardon?

Ce même Yves Bolduc affirmait, en juin dernier, qu’il s’attendait à des hausses « limitées et raisonnables » des comptes de taxes scolaires, les commissions scolaires étant privées de péréquation et les valeurs foncières étant à nouveau à la hausse. C’est bien parti… Sur la Rive-Sud de Montréal, la Commission scolaire Marie-Victorin vient d’annoncer une hausse de 9 % (soit quatre fois supérieure à l’inflation) et, malgré cette hausse, elle projette un déficit de 5 M$ au terme du prochain exercice. Rappelons-nous que les hausses qui nous seront imposées cette année s’ajoutent à celles – souvent salées – que les contribuables scolaires ont dû encaisser l’an dernier, après que le gouvernement Marois avait imposé d’importantes compressions au réseau des commissions scolaires et abrogé le régime de péréquation mis en place par les libéraux de Jean Charest. S’en était suivi un genre de vaudeville où les péquistes à l’Assemblée nationale se disaient outrés que les commissions scolaires refilent la facture aux contribuables au lieu de faire le ménage au sein de leur réseau. Là aussi, j’avais failli m’étouffer sur ma gorgée de café. De véritables comédiens, nos politiciens!

Revenons à notre cher ministre de l’Éducation… Il faut lui donner ceci : il a le don de faire parler de lui. Après la saga des primes qu’il avait touchées comme médecin alors qu’il siégeait dans l’opposition – saga ayant défrayé la chronique pendant la majeure partie de l’été tellement l’attitude désinvolte du ministre devant l’inacceptable avait choqué l’opposition et une bonne tranche de la population –, le voilà maintenant à faire une autre démonstration éloquente de son incompétence à s’occuper du portefeuille auquel son chef l’a nommé en mai dernier.

L’éducation figure parmi les quelques missions prioritaires dans lesquelles doit investir notre État, un État qui a la fâcheuse habitude de s’ingérer dans tout ce qui bouge. Un peuple peu ou mal scolarisé ne peut être concurrentiel dans l’économie mondiale moderne axée en bonne mesure sur le savoir. Étonnant que Bolduc, un médecin, ne semble pas le reconnaître. Dans la vie, la lecture est une compétence fondamentale et il est essentiel de développer le goût de la lecture chez les enfants dès le plus jeune âge possible. N’importe quel expert en pédagogie vous le dira. Allant à contresens, M. Bolduc affirme qu’il y a suffisamment de livres dans les écoles…

« Quelque part, lorsqu’il y a une restriction budgétaire, il y a des gens qui vont faire moins d’argent. » Cette déclaration d’Yves Bolduc, tirée de l’article du Devoir de vendredi dernier, résume bien le personnage. Venant d’un type qui s’est placé au centre d’une controverse majeure après que les médias eurent découvert qu’il avait encaissé une prime de 215 000 $ pendant qu’il était député dans l’opposition pour prendre en charge une liste de 1 500 patients, c’est franchement honteux…

Le problème du réseau scolaire est le même qui afflige le réseau de la santé depuis de trop nombreuses années : trop de bureaucratie, trop de cadres, trop de paperasse, trop de structures, trop de niveaux d’intervention, trop de politique. Le problème ne réside aucunement en le nombre de livres sur les tablettes des bibliothèques de la province. La mission première du réseau de l’éducation est d’éduquer et de développer chez les jeunes les compétences essentielles dont ils auront besoin pour contribuer activement à la société une fois rendus à l’âge adulte. La lecture s’inscrit dans ces compétences essentielles.

Comme contribuable franchement écœuré de voir son fardeau fiscal s’alourdir continuellement et père d’un enfant de 6 ans qui commence sa première année, je suis indigné de cette dernière déclaration du ministre censé veiller à la qualité de l’éducation offerte aux jeunes Québécois et elle me donne une raison de plus de réitérer qu’il doit quitter le conseil des ministres sans plus tarder. Yves Bolduc n’a pas la vision nécessaire pour diriger ce ministère névralgique de l’État québécois.

Bien franchement, je ne sais pas quel genre de deal peut bien exister entre Philippe Couillard et Yves Bolduc, mais la nomination et le maintien en poste de ce dernier témoignent d’un grave manque de jugement de la part du premier ministre du Québec. Entre la complaisance démontrée par des policiers n’ont pas fait leur job lors de la manifestation des gros bras à l’hôtel de ville de Montréal lundi soir dernier, Yves Francoeur (président de la Fraternité des policiers de Montréal) qui menace à son tour les Québécois de « perturbations sociales » et cette plus récente frasque d’Yves Bolduc, les Québécois n’ont pas manqué de quoi s’indigner au cours de la dernière semaine. Mais une chose demeure certaine : un ministre de l’Éducation doit faire la promotion du développement du savoir. Yves Bolduc aurait pu suggérer aux cadres des commissions scolaires de plutôt couper dans leurs nombreux congrès, colloques et voyages de toutes sortes, car les services directs aux élèves font déjà cruellement défaut dans plus d’une école.

Au cours des dernières semaines, plusieurs personnes se sont portées à la défense d’Yves Bolduc vantant ses qualités comme médecin. Ce n’est pas ce dont il est question ici : dans l’arène politique, M. Bolduc manque de compétences comme ministre et de jugement comme élu. Le Québec et les jeunes Québécois méritent mieux. Qu’il retourne à la médecine, où sa contribution sera plus utile à notre société.

Sébastien St-François

Quel avenir pour la CAQ?

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J’ai voté pour la Coalition Avenir Québec en 2012, puis en avril dernier. Ma circonscription est représentée par la députée caquiste Nathalie Roy depuis septembre 2012. Auparavant, je votais pour l’ADQ – exception faite de 2003, année où j’ai dû [malheureusement] voter pour Jean Charest parce qu’il était le seul chef de parti qui s’engageait à permettre aux municipalités fusionnées de force par le PQ de se défusionner. C’est une des seules fois dans ma vie d’électeur que j’ai voté libéral – après avoir dû me pincer le nez.

Je fais partie de ce groupe non négligeable d’électeurs qui jugent que ni le PLQ ni le PQ ne représentent une option viable ou crédible pour l’avenir du Québec. Ces deux vieux partis doivent se partager le blâme pour la situation pitoyable dans laquelle se trouvent les finances publiques du Québec aujourd’hui, car ce sont les deux seuls partis à avoir gouverné depuis la Révolution tranquille. Bien que la CAQ soit loin de représenter une solution à tous nos maux ou une option pouvant être qualifiée de révolutionnaire, elle apporte néanmoins un certain vent de fraîcheur et de nouvelles idées.

À la lumière des statistiques électorales, je suis loin d’être le seul à penser que les libéraux et les péquistes ne soient plus dignes de confiance. En effet, les résultats des élections générales au Québec depuis plusieurs années – 30,84 % pour l’ADQ en 2007, 16,37 % pour l’ADQ en 2008, 27,05 % pour la CAQ en 2012 et 23,05 % pour la CAQ en 2014 – indiquent que ce sont des centaines de milliers d’électeurs québécois qui ont tourné le dos aux promesses creuses et à l’éthique douteuse des deux vieux partis. L’option dont les bases ont été jetées par Mario Dumont est aujourd’hui loin de représenter une option marginale. Rappelons qu’aux dernières élections générales, si la campagne avait duré une semaine de plus, la CAQ aurait probablement dépassé le PQ et formé l’opposition officielle à l’issue du scrutin.

Vendredi dernier, la CAQ a toutefois perdu un gros morceau en la personne de Christian Dubé, député de Lévis et porte-parole en matière de finances. En entrevue sur les ondes du 98,5 FM avec Guy Simard vendredi midi dernier, M. Dubé a expliqué que le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, lui avait fait une offre qu’il ne pouvait pas refuser : la vice-présidence de la division Québec. On sent néanmoins au cours de l’entrevue un fond de frustration d’avoir été relégué au rang de député de deuxième opposition. Comme Jacques Duchesneau, qui a décidé de ne pas se représenter aux dernières élections parce qu’il se trouvait « menotté » dans l’opposition à l’Assemblée nationale, M. Dubé a avoué que les choses ne vont pas assez vite à son goût dans l’enceinte politique.

Il prétend qu’il pourra être plus utile à l’économie du Québec comme vice-président de la CDPQ que comme député du deuxième groupe d’opposition à Québec. Il a probablement raison, mais ses bons coups serviront dorénavant davantage au premier ministre libéral qu’au chef de la CAQ. Et je vois très mal Christian Dubé formuler des critiques acerbes en matière d’économie ou de finances publiques à l’endroit du gouvernement de Philippe Couillard maintenant qu’il est à l’emploi de la Caisse. Il devra nécessairement s’imposer un certain devoir de réserve à l’endroit de ses anciens adversaires politiques…

Bien qu’il renonce à son indemnité de départ (l’avoir acceptée aurait été carrément indécent étant donné la CAQ avait déposé un projet de loi – jamais adopté – pour interdire à un député qui quitte ses fonctions en cours de mandat de toucher une telle indemnité sauf s’il démissionne pour des raisons de santé), en quittant ses fonctions de député à peine quelques mois après avoir été élu, M. Dubé rend nécessaire la tenue d’une élection partielle au coût de quelque 600 000 $ au trésor public. Malgré mon respect pour l’homme, je trouve déplorable la décision du politicien membre d’une formation politique qui prône un resserrement et une responsabilisation accrue de l’État. Il aurait pu réfléchir un peu plus longuement à son engagement politique avant de décider de se représenter en avril dernier.

Il sera maintenant intéressant de voir si François Legault réussit à recruter un candidat ou une candidate de la trempe de Christian Dubé pour tenter de conserver la circonscription de Lévis. Trouver un « candidat vedette » risque de ne pas être facile étant donné que la CAQ est vraisemblablement vouée à demeurer le deuxième parti d’opposition à l’Assemblée nationale jusqu’en octobre 2018…

Bien que la CAQ compte d’autres députés qui réussissent assez bien à s’imposer à l’Assemblée nationale (pensons à Éric Caire, François Bonnardel et Nathalie Roy, par exemple), la formation politique n’est pas à l’abri de la perte d’autres membres influents de sa députation. Par exemple, les rumeurs envoyant Gérard Deltell dans les rangs des conservateurs fédéraux en 2015 se font de plus en plus persistants. Si la CAQ continue à perdre de gros morceaux au cours des prochaines années, il faut se demander à quoi ressemblera la troisième voix à l’approche de la campagne électorale de 2018.

Je souhaite vivement que l’électorat québécois mette fin à la dualité PQ-PLQ qui est en bonne partie responsable de l’actuel marasme au Québec. Pour cela, ça prend une nouvelle voix assez forte et crédible pour remplacer les vieux partis. Dans l’immédiat, la CAQ personnifie cette nouvelle voix. Je trouverais très regrettable qu’elle soit incapable de prendre du galon ou qu’elle finisse par disparaître du paysage politique québécois. Il sera donc très intéressant d’observer le déroulement de l’éventuelle élection partielle dans Lévis.

Sébastien St-François

Crions tous au voleur en chœur!

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Des membres de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, avec leur président Denis Côté en tête, nous ont réservé un triste spectacle la semaine dernière, digne de l’époque des « goons » ayant marqué l’histoire du syndicalisme au Québec. Voulant passer un message à la mairesse Suzanne Roy de Sainte-Julie, qui est également la nouvelle présidente de l’Union des municipalités du Québec, ils ont débarqué en nombre à Sainte-Julie pour scander « Au voleur! » et commettre du vandalisme en placardant l’hôtel de ville d’autocollants propagandistes.

On a un sérieux problème quand ceux investis de l’autorité de faire régner l’ordre se comportent de manière aussi disgracieuse que les nombreux carrés rouges qu’ils ont arrêtés il y a deux ans à peine. Et qui de mieux placé qu’un policier pour comprendre qu’il vaille mieux ne pas dégainer trop rapidement et brûler toutes ses cartouches alors qu’on est encore à quelques semaines de la commission parlementaire prévue sur le projet de loi 3. Or, c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire tant qu’à moi. Déjà que le public payeur n’était pas très sympathique à leur cause…

Comme le relate l’enseignant en histoire Marc Simard, dans son texte d’opinion intitulé « Rien volé? », pour le travailleur québécois moyen, c’est scandaleux qu’un pompier de Montréal ait droit à la retraite après 25 ans de service sans aucune pénalité actuarielle, jouisse de prestations de retraite garanties et pleinement indexées au coût de la vie et ait contribué une cotisation limitée à 6 % de son salaire pour une rente valant 970 000 $ (départ à la retraite à 50 ans, après 30 ans de service). La grande majorité des futurs retraités est très, très loin de ce compte.

Bien entendu, des abus, il y a eu de part et d’autre de la clôture. Les contribuables font aujourd’hui les frais des décisions de plusieurs élus municipaux peureux, incompétents et/ou insouciants qui ont préféré négocier la « paix syndicale » à tout prix dans le passé, choisissant du même coup de faire fi des conséquences de leurs décisions peu courageuses sur leur municipalité à long terme, voire à moyen terme. Par ailleurs, il fut une époque – comme nous le rappelle Ovila Hétu dans son texte « Négocié [sic!], vos régimes de retraite? » – où la machine syndicale faisait régner un climat de terreur et n’hésitait pas à prendre la population en otage pour obtenir ce qu’elle voulait de l’État. Le gâchis devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui est le fruit de l’irresponsabilité qui est celle à la fois des élus municipaux et des représentants syndicaux.

Il en demeure néanmoins que ce qui dépasse l’entendement dans l’attitude des actuels employés et retraités municipaux est l’impression qu’ils donnent d’être prêts à sacrifier les générations futures de leurs semblables au nom de leurs sacro-saints acquis. En effet, leurs enfants, petits-enfants, gendres et brus pourraient un jour œuvrer à leur tour comme policiers, pompiers, cols bleus ou cols blancs. Déjà qu’ils ne jouiront jamais des conditions enviables de leurs aînés, on persiste à vouloir leur refiler la facture salée des dernières décennies de paix syndicale achetée à grands frais.

Mais le problème reste entier, et les bénéficiaires de ces (trop) généreux régimes de retraite devront faire leur part. La solution passe par un partage 50/50 entre les employeurs et les employés de la capitalisation future des régimes et une contribution des actuels employés et retraités municipaux aux efforts requis pour remettre les régimes déficitaires sur les rails et en assurer la pérennité. Le statu quo est intenable, et le projet de loi 3 vise à y mettre fin et à jeter les bases d’un nouveau partage du fardeau des caisses de retraite publiques alors que la population vieillit et l’espérance de vie est beaucoup plus longue qu’elle l’était lorsque ces caisses ont été créées.

Pendant que le torchon brûle, le premier ministre Philippe Couillard continue à jouer à l’homme invisible, tandis qu’Yves Bolduc persiste et signe qu’il n’a rien à se reprocher dans la saga des primes. Toutefois, du même souffle, il avoue avoir su « d’emblée qu’il devait rembourser une partie de ses primes en raison de l’abandon de sa pratique. » Franchement honteux et tout pour attiser le feu qui couve à l’approche d’un automne qui s’annonce déjà chaud. Je persiste et signe à mon tour : Yves Bolduc n’est plus digne de son portefeuille ministériel et doit quitter le conseil des ministres avant que les négociations avec les employés de l’État ne débutent d’ici quelques semaines.

Les employés et retraités municipaux sont loin d’être les seuls au Québec à pouvoir prétendre qu’ils se font voler. Au Québec, la quasi-totalité des contribuables se font voler d’une façon ou d’une autre depuis des années. Malheureusement, je ne peux être sympathique à des travailleurs qui se comportent comme des fier-à-bras et/ou se déguisent en clowns. Je vais au cirque quand j’ai envie de voir des clowns et, au cirque, les clowns ne sont pas armés.

Sébastien St-François

N’importez pas le modèle français, M. Poëti

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Bien avant que Robert Poëti ne fasse le saut en politique, j’écoutais religieusement ses chroniques chaque jeudi après-midi pendant l’émission animée par Benoit Dutrizac sur les ondes du 98,5 FM Montréal. Combien de fois je l’ai alors entendu vilipender les radars photo mis en place par le gouvernement Charest et qualifier ces appareils de « trappes à tickets ». Maintenant ministre dans un gouvernement libéral, il ne tient plus le même discours et je trouve cela fort préoccupant comme Québécois qui se désole de voir la société dans laquelle il vit de plus en plus régie par des lois répressives de toutes sortes.

Sous le gouvernement libéral de Jean Charest, rappelons-nous que les automobilistes sont passés à la caisse à plus d’une reprise. Outre la mise en place des premiers photos radar, les taxes sur l’essence ont bondi, le coût du permis de conduire a doublé et les taxes sur l’immatriculation des véhicules ont augmenté considérablement. Les Québécois paient cher le « privilège » de conduire un véhicule automobile. Et les Québécois ne sont pas dupes. Ils savent fort bien que l’État cherche désespérément de l’argent pour boucler son budget et que leurs élus provinciaux ont tendance à s’attaquer à des cibles qu’ils jugent – et qui s’avèrent – faciles : les fumeurs, les consommateurs d’alcool et les automobilistes.

Le lundi 28 juillet dernier, M. Poëti a accordé une entrevue à Louis Lacroix au cours de laquelle il a ouvert la porte à plusieurs possibilités – au nom de la sécurité routière, il va sans dire : ajout de nouveaux radars photo, limites de vitesse variables, radars dits tronçons… Ça commence à ressembler drôlement au modèle français, ce qu’il envisage pour nos routes.

À ce sujet, je vous invite à écouter cet entretien (diffusé le mardi 29 juillet dernier) entre l’animateur Guy Simard et Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef de Motomag.com. M. Théodore y dresse le bilan français de l’expérience des radars – du point de vue des usagers de la route. Le constat est accablant : les Français en ont marre, car ils savent fort bien que le but visé par la prolifération des radars sur leurs routes au cours des dernières années est le renflouement des coffres de l’État. Ça n’a absolument rien à voir avec la sacro-sainte sécurité routière ou la quête d’un utopique bilan zéro. L’État français a soif d’argent et a jeté son dévolu sur une proie facile…

Ici, au Québec, nous avons notre ayatollah de la sécurité routière en la personne de Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise de la sécurité routière depuis décembre 2005. Cet homme – grand mathématicien et vulgarisateur connu – fait la pluie et le beau temps en matière de sécurité routière depuis qu’il préside la Table. Il a eu l’oreille de tous les ministres des Transports qui se sont succédé au cours de la dernière décennie. Le problème est qu’il n’est pas élu, mais se comporte comme s’il l’était. Lise Thibault se prenait vraisemblablement pour la Reine d’Angleterre lorsqu’elle occupait la fonction de lieutenant-gouverneur; depuis trop d’années maintenant, M. De Koninck agit comme s’il était ministre des Transports dans un État totalitaire et répressif à souhait.

M. De Koninck a son lot de détracteurs, dont le chroniqueur automobile Philippe Laguë, qui ne lui reconnaît aucune compétence véritable en matière de sécurité routière. De plus, M. Laguë soutient que nous nous dirigeons tout droit vers un État policier sur nos routes, où les agents de la paix deviennent de vulgaires percepteurs de taxes mandatés par l’État pour renflouer les coffres. C’est d’ailleurs un secret de polichinelle que les policiers ont des quotas de contraventions à respecter. C’est peu surprenant quand on sait que M. De Koninck prône une répression accrue et un resserrement constant des lois auprès des autorités gouvernementales depuis des années et que le législateur l’écoute assidument.

M. Poëti, vos récents propos me donnent l’impression que l’État québécois souhaite suivre l’exemple de la France en procédant à l’installation d’un nombre grandissant de radars photo fixes, mobiles et « tronçons » un peu partout pour ainsi « automatiser » la répression. Le bilan français est pourtant loin d’être reluisant, et le gouvernement dont vous faites partie aurait tout intérêt à en prendre acte. D’ailleurs, il n’en était aucunement question dans la plate-forme que votre parti a présentée à la population au cours de la dernière campagne électorale.

Oui, il y a lieu de réprimer les actes criminels commis au volant d’une automobile; oui, les grands excès de vitesse doivent être sanctionnés de façon dissuasive; oui, il faut punir les pratiques dangereuses comme le car surfing et autres. Mais la sécurité routière et la quête d’un utopique bilan zéro ne doivent pas servir de prétextes à l’atteinte d’un objectif bien pécuniaire, celui de percevoir un « impôt routier volontaire » pour emprunter l’expression utilisée par M. Théodore pour qualifier la situation en France.

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À force de vouloir réprimer un peuple, on risque de provoquer une révolte. Bien que les Québécois soient reconnus pour leur docilité et leur défaitisme à quelques rares exceptions près (pensons notamment au « Printemps érable » ayant eu raison du gouvernement Charest), une majorité d’automobilistes québécois ne veulent pas d’un État policier sur leurs routes. Ils savent fort bien quel serait le réel objectif d’une éventuelle multiplication des cinémomètres sur le territoire…

M. Poëti, vous avez travaillé pour la Sûreté du Québec pendant 28 ans. Lorsque vous commentiez publiquement la sécurité routière avant de devenir politicien, vous teniez un discours généralement terre-à-terre et équilibré. Depuis que vous êtes ministre des Transports, j’ai l’impression que vous préparez le terrain à livrer une commande de votre patron : faire entrer encore plus d’argent dans les coffres de l’État. Je crains que le Québec devienne à nouveau une « Nouvelle-France », cette fois au nom du culte de la sécurité routière que Jean-Marie De Koninck a réussi à instaurer au sein de l’appareil gouvernemental.

L’expérience française est un échec à plus d’un égard; notamment, des automobilistes qui sont continuellement sur le qui-vive ne contribuent pas à améliorer le bilan routier. Au contraire… Si votre objectif est véritablement d’améliorer la sécurité sur nos routes, de grâce, n’empruntez pas le modèle de nos cousins français. Un cinémomètre n’est pas capable de discernement; il sanctionne aveuglément et son but est de faire entrer de l’argent.

Les automobilistes québécois surtaxés paient déjà trop en échange du « privilège » de rouler sur des routes pleines de trous et de naviguer entre des cônes oranges à perte de vue. Veiller à la sécurité routière est une chose; automatiser la répression pour des motifs budgétaires en est une autre, et les automobilistes québécois n’en veulent pas!

Sébastien St-François

* Copie de ce texte a été acheminée au bureau du ministre Poëti : ministre@mtq.gouv.qc.ca

Bolduc doit quitter le conseil des ministres

Yves Bolduc
On a appris aujourd’hui que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, – au cœur d’une controverse après que les médias ont découvert qu’il avait touché une prime de 215 000 $ pour accepter 1 500 patients pendant qu’il était dans l’opposition – remboursera 27 000 $ à la RAMQ et donnera 28 000 $ à deux organismes de charité. Le peuple québécois l’a appris par voie de communiqué en fin de journée mardi. Le ministre n’a pas daigné se présenter devant la presse et l’analyse de la RAMQ n’a malheureusement pas été rendue publique même si elle a été payée par des deniers publics. Vive la transparence promise par Philippe Couillard en campagne électorale.

Je suis désolé, mais c’est insuffisant. Yves Bolduc devait rembourser l’intégralité de ce montant qu’il a touché pendant qu’il était dans l’opposition s’il espérait pouvoir conserver le peu de crédibilité morale qu’il lui restait pour demeurer ministre dans le gouvernement soi-disant « d’austérité » de Philippe Couillard. À mon avis, Yves Bolduc vient de perdre le peu de crédibilité morale qu’il lui restait…

Il sera intéressant de voir ce que M. Intégrité, Philippe Couillard, fera de son « ami » devenu patate chaude à peine quelques mois après l’élection du gouvernement libéral. M. Bolduc n’est plus digne de détenir un portefeuille ministériel dans un gouvernement qui s’apprête à sabrer un peu partout – parce qu’on n’a plus de choix comme société autre que de sabrer. Qu’il redevienne simple député ou retourne à la médecine, où il sera sûrement plus utile à la société qu’il dit tant aimer servir. Chose certaine, si M. Couillard juge cet aboutissement acceptable, il n’est pas digne de la confiance des Québécois et il lance un bien mauvais message aux Québécois qu’il prétend vouloir servir.

Les Québécois en ont assez de cette classe de politiciens qui croient que tous les abus leur sont permis parce qu’ils ont été élus. Philippe Couillard doit envoyer un message clair en démettant Yves Bolduc de ses fonctions ministérielles. Ou Yves Bolduc doit quitter le conseil des ministres de son propre gré. Si ni l’un ni l’autre ne bouge et prône le statu quo, un bien mauvais message est lancé à la veille d’un automne qui s’annonce très chaud dans la Belle Province!

Sébastien St-François

Une décision préjudiciable à des cotisants souvent déjà préjudiciés

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D’entrée de jeu, je dois préciser que je ne suis pas juriste; je suis traducteur agréé. Bien que je sois appelé à travailler sur des textes juridiques dans ma pratique, loin de moi de prétendre avoir une connaissance du droit comparable à celle d’un avocat chevronné. Je m’abstiendrai donc de proposer une analyse poussée de la décision rendue récemment par la Cour suprême dans le dossier de l’assurance-emploi. Cette décision m’interpelle néanmoins, car je suis avant tout un citoyen canadien.

À l’instar de plus d’un de mes concitoyens, il m’arrive de douter que le politique et le judiciaire travaillent systématiquement dans l’intérêt supérieur de la population. Dans le cas présent, le doute qui m’habite est exacerbé par mon incompréhension des fondements sur lesquels repose cet arrêt du plus haut tribunal du pays. C’est un arrêt lourd de conséquences pour bon nombre de salariés canadiens dans un contexte de précarisation de l’emploi.

Je suis travailleur autonome depuis des années. Je ne cotise donc pas à l’assurance-emploi et je ne suis pas admissible à des prestations d’a.-e. Cependant, je me mets à la place des nombreux travailleurs qui cotisent à ce régime sans toutefois savoir s’ils auront droit à des prestations quand ils pourront en avoir besoin. Et ces cotisants sont de plus en plus nombreux, notamment depuis que Stephen Harper est premier ministre. Selon la FTQ, à peine 40 % des chômeurs ont aujourd’hui droit à des prestations alors qu’en 1989, ils étaient 87 % à bénéficier de la protection du régime.

Bien entendu, dans tout débat, il faut en prendre et en laisser de part et d’autre. Nous connaissons probablement tous quelqu’un dans notre entourage qui a déjà fraudé l’assurance-emploi (ou l’assurance-chômage, comme on l’appelait à l’époque). Frauder est un acte répréhensible et condamnable, et il y avait lieu de resserrer les règles d’admissibilité à l’a.-e. pour prévenir les cas de fraude. Cependant, un fait demeure : l’assurance-emploi est une « assurance ». Par définition, une assurance est un service qu’on paie pour se doter d’une protection en cas de besoin. Dans le cas de l’assurance-emploi, ce sont les salariés et les employeurs qui cotisent à la caisse; le gouvernement fédéral n’y investit pas un sou depuis la réforme de l’assurance-chômage dans les années 1990.

Sans vouloir emprunter le discours des syndicalistes, j’ai l’impression que cette décision de la Cour suprême est l’équivalent de l’entérinement judiciaire d’un détournement de fonds. Selon la FTQ et la CSN, les deux centrales syndicales contre lesquelles la requête en irrecevabilité du procureur général du Canada a été accueillie, ce sont 57 milliards de dollars que le gouvernement fédéral aurait puisé dans le Compte d’assurance-emploi à la suite des dispositions mettant en œuvre son budget de 2010. Le gouvernement fédéral aurait utilisé ces milliards en cotisations versées par les salariés et les employeurs pour équilibrer ses comptes. Il y a quelque chose de profondément indécent dans une telle manœuvre.

Lorsqu’il était ministre des Finances dans le gouvernement Chrétien, Paul Martin avait eu recours à des manœuvres similaires – que la vérificatrice générale de l’époque, Sheila Fraser, avait qualifié de « frôlant l’illégalité ». Maintenant que le gouvernement Harper s’apprête à dégager des surplus – qu’on estime à 45 G$ sur quatre ans – pour la première fois depuis son accession au pouvoir et alors que 2015 sera une année électorale et que de moins en moins de chômeurs ont « droit » à des prestations d’a.-e. dans une économie chancelante où les fermetures d’usines et les pertes d’emploi se multiplient, ce transfert de fonds paraît encore plus indécent. Équilibrer son budget, voire dégager des surplus, sur le dos d’employeurs et de salariés qui financent à 100 % une caisse d’assurance, pour le non-juriste que je suis, il est difficile de comprendre ce qui a pu convaincre notre plus haute instance judiciaire du bien-fondé de la pratique qu’elle vient d’avaliser.

Sébastien St-François

La banque est à sec!

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Sans surprise, le projet de loi no 3 du gouvernement Couillard – Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal – déposé par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, en juin dernier a été décrié comme une « déclaration de guerre » par les syndicats qui représentent les employés municipaux. En effet, il était prévisible que toute mesure visant à établir une certaine équité entre des travailleurs dont le régime de retraite est parfois financé à hauteur de 75 % par des deniers publics et les contribuables qui sont appelés à financer de tels régimes par le biais de leurs taxes (qui ne cessent d’augmenter) serait mal accueillie par les syndicats qui représentent les employés municipaux.

La Coalition syndicale pour la libre négociation, qui est montée aux barricades le jour même de l’annonce du projet de loi, dénonce que ce dernier touche le partage des déficits passés des régimes de retraite – autrement dit, les sacrosaints « acquis ». Elle [la Coalition] va aussi loin que qualifier le projet de loi de hold-up! Le problème à l’origine du dépôt du projet de loi no 3 des libéraux est pourtant bien réel, à hauteur de 3,9 G$ : c’est le montant du déficit total des régimes municipaux de retraite à prestations déterminées au Québec. Et ce déficit ne disparaîtra pas par magie… Soit il sera refilé aux prochaines générations (comme on a pris l’habitude de faire au Québec depuis maintenant trop longtemps), soit il sera refilé une fois de plus aux contribuables (qui – pour la plupart – sont bien moins « gras durs » que ceux dont ils paient les salaires), soit il sera réglé de façon équitable entre les municipalités (donc, les contribuables) et les travailleurs concernés qui bénéficient d’excellentes conditions de travail. C’est ce que viserait le projet de loi de M. Moreau. Même Marc Ranger, le porte-parole de la Coalition, reconnaît que l’employé municipal moyen est mieux rémunéré que les autres salariés.

Mais ce n’est pas le but de ce billet. Je ne suis pas un employé municipal; je suis un contribuable parmi tant d’autres qui paient beaucoup d’impôts et de taxes chaque année. Je suis un travailleur autonome, qui certes gagne bien sa vie, mais qui travaille de longues heures depuis des années pour la gagner tout en tentant de se constituer un régime de retraite décent (moi non plus, je n’ai rien volé à personne). Contrairement aux employés municipaux, le mien n’est pas à prestations déterminées. Il a subi des pertes en 2008 et il n’est pas à l’abri de pertes futures advenant une autre crise boursière. Et personne ne m’offrira de le renflouer, le cas échéant. Personnellement, je ne suis pas très sympathique à la cause qu’est celle de la Coalition syndicale pour la libre négociation. Au fil des décennies, le Québec s’est appauvri et peine aujourd’hui à joindre les deux bouts et d’assurer aux Québécois des services à la hauteur de ce qu’ils paient pour ces services. La réalité peut en frustrer certains, mais le fait demeure que tous doivent être mis à contribution pour résoudre l’actuel impasse financier – y compris les employés municipaux, qui bénéficient de conditions de travail bien supérieures à celles du Québécois moyen… On ne peut pas toujours demander aux mêmes de payer et prétendre ensuite agir au nom de l’équité.

Là où je décroche totalement, c’est lorsque ces gens se donnent la permission de placarder des autobus ainsi que des véhicules et équipements municipaux d’autocollants propagandistes, comme ils l’ont fait la semaine dernière. Ce moyen de pression d’une époque révolue est totalement inacceptable. Ce sont des biens publics, donc payés par les contribuables, les mêmes qui épongent les déficits actuariels des régimes municipaux depuis plusieurs années maintenant. En partant à la guerre contre le gouvernement Couillard, la Coalition cherche-t-elle aussi à provoquer l’ire de celles et ceux qui paient les salaires et une part souvent inéquitable des pensions des travailleurs dont elle représente les intérêts? On dirait bien!

Quant aux policiers en service lors de tels actes de vandalisme, qu’ils aient un peu plus de respect pour leur uniforme et l’autorité dont ils sont investis par l’État et qu’ils fassent le travail pour lequel ils sont bien payés au lieu de se contenter d’être de simples observateurs lors de perturbations sociales au nom de leurs acquis. Si je décidais de protester contre les généreuses conditions de travail de ces gens auxquelles je contribue chèrement en apposant des autocollants sur des véhicules municipaux ou en allumant un feu de camp devant un hôtel de ville, ce ne serait pas long que je serais assis sur la banquette arrière d’une voiture de police… Mesdames et Messieurs des corps policiers, votre travail fondamental consiste à maintenir l’ordre public. Faites le job pour lequel on vous paie, celui de maintenir l’ordre, y compris parmi vos consœurs et confrères municipaux!

Je ne suis pas un adepte du duo Coderre-Labeaume – deux personnages colorés mais parfois grossiers –, mais ces deux maires ont raison dans le dossier des régimes de retraite municipaux : la situation actuelle est intenable financièrement, elle perpétue la tradition d’hypothéquer les générations futures et les contribuables actuels ont assez donné! Et ça n’a rien à voir avec le vol éhonté de notre argent que nous expose la commission Charbonneau depuis quelques années, comme le prétend la Coalition. N’oublions pas que les magouilles exposées devant cette même commission ont eu raison de Michel Arseneault, président de la puissante FTQ. Employés municipaux, exprimez votre opinion sans pour autant défigurer le bien public. Vous serez – peut-être – un peu plus sympathiques aux yeux de celles et ceux qui sont loin de bénéficier de vos conditions dorées. Le Québec s’appauvrit et la banque des contribuables est à sec. Prenez-en acte!

Sébastien St-François