Couillard passé en mode Charest 2.0

Premier Jean Charest during presser at Hopital Cité de la Santé.
Lorsqu’il était candidat à la direction du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard avait des idées plein la tête. D’ailleurs, dans sa tentative de séduction des membres du PLQ, il a publié un ensemble de propositions dans un recueil intitulé Pour un Parti libéral renouvelé. L’heure était au renouveau d’un branding entaché par neuf ans de pouvoir sous Jean Charest marqués par de multiples allégations de corruption et de collusion. (D’ailleurs, les médias dévoilaient vendredi dernier que l’UPAC s’intéresse maintenant à nul autre que M. Charest. Que ce même parti forme aujourd’hui un gouvernement majoritaire jusqu’en 2018 a quelque chose de surréaliste.)

On peut y lire ceci, dès la première page dudit recueil : « Je vous soumets donc ma vision, […] dans le but de bâtir un Parti au Programme politique renouvelé et au fonctionnement démocratique et participatif plus éthique, compétent et novateur. Un Parti à la fois fidèle à ses valeurs historiques et inscrit dans la modernité, […] et rallie toutes les générations et les régions. » Les intentions sont louables, mais encore faut-il qu’elles se traduisent en actions concrètes. Philippe Couillard s’éloigne de ses engagements avec chaque semaine qui passe et la confiance de la population à son égard s’amenuise déjà beaucoup.

En effet, à regarder aller le PLQ depuis qu’il a été porté au pouvoir en avril dernier, force est de constater que nous sommes très loin des grands énoncés prometteurs de M. Couillard alors qu’il était en mode séduction. J’ai la nette impression que ce que les Québécois ont élu plus tôt cette année n’est rien d’autre qu’un gouvernement Charest 2.0. Pour citer Gilles Proulx, à l’époque où il faisait encore de la radio, c’est un autre ouarnement que les Québécois ont élu en décidant de reconduire les libéraux au pouvoir après seulement 18 mois de purgatoire…

La vision du Parti libéral du Québec pour la société québécoise semble se limiter à se prendre pour le natural governing party auquel devrait revenir d’office le mandat de diriger le Québec. Les libéraux ont soif de pouvoir, tout simplement. Au cours de la dernière campagne électorale, Philippe Couillard a promis mer et monde : 250 000 jobs sur cinq ans, une nouvelle façon de gouverner, une rupture avec le passé, un gouvernement éthique et transparent, l’allègement du fardeau de la classe moyenne et j’en passe… En réalité, Philippe Couillard et ses stratèges ont eu recours à la bonne vieille recette libérale fondée sur la duperie pour reprendre les clés du pouvoir.

Je suis toujours en attente de mesures qui permettront d’alléger le fardeau fiscal des Québécois et de réduire la taille de l’État. Moduler les tarifs de garderie? Cela alourdit le fardeau de certaines familles qui paient déjà beaucoup d’impôts et de taxes de toutes sortes et ouvre tout grand la porte à la modulation d’autres tarifs. Imposer des compressions de 300 M$ aux municipalités pour 2015? Où pensez-vous que les municipalités iront chercher le manque à gagner? Dans nos poches! La vague simili-réforme du réseau des commissions scolaires annoncée la semaine dernière par le flegmatique Yves Bolduc? Le ministre n’a même pas été en mesure de chiffrer les économies qui découleraient de sa prétendue réforme. Et les péquistes peuvent bien s’insurger, ils font pareil lorsqu’ils sont au pouvoir. Rappelez-vous les fusions municipales forcées et les « économies d’échelle » que Louise Harel défendait bec et ongle. On les attend toujours…

Maintenant, la commission présidée par Lucienne Robillard s’apprête à recommander un grand ménage dans les milieux municipal et agricole. Dans sa quête d’atteindre le déficit zéro en 2015-2016, Québec pellette une fois de plus dans la cour des autres. Comment pensez-vous que les municipalités et les agriculteurs combleront leur manque à gagner? En haussant les taxes municipales et le prix des denrées! Rien n’est fait pour réduire la taille de l’État québécois pendant ce temps, et ayez l’assurance que votre facture d’impôt provincial ne baissera pas pour autant. On ne fait que déplacer les problèmes budgétaires ailleurs, mais ce sont toujours les Québécois qui finissent par en payer plus et plus encore.

Il y a un manque criant de leadership politique au Québec, de femmes et d’hommes inspirés d’une réelle vision d’avenir et ayant le courage de lui donner forme pour améliorer le Québec, lui redonner sa fierté et le sortir de son marasme économique et financier. Qu’on soit en accord ou non avec ce qu’ils nous ont légué, les Jean Lesage, Robert Bourassa et René Lévesque de ce monde avaient un projet de société bien concret pour le Québec et leurs projets respectifs ont marqué l’Histoire. On ne peut en dire autant des politiciens ayant gouverné le Québec au cours de l’histoire récente…

En termes de revenu disponible, les Québécois arrivent aujourd’hui au neuvième rang canadien, derrière toutes les provinces sauf l’Île-du-Prince-Édouard et derrière les trois territoires. Voilà le véritable legs des ouarnements des dernières années, qui appliquent tous le même faux remède à nos maux collectifs. Plutôt que réduire la taille de l’État à la mesure de notre capacité de payer collective, vu leur manque de courage politique et de vision, ils se contentent d’en puiser toujours plus dans les poches des contribuables par des mesures détournées (hausses de tarifs et de droits de toutes sortes, pelletage dans la cour d’autres instances ayant un droit de taxation). Personne n’ose s’attaquer au réel problème : un État tentaculaire qu’on n’a plus les moyens collectifs de se payer.

Le Québec a besoin d’un gouvernement. Les Québécois ont besoin d’un leader politique qui aura le courage de donner l’heure juste avant d’être élu plutôt que de promettre n’importe quoi pour se faire élire, qui présentera un plan clair et réaliste à l’électorat et qui est inspiré d’une véritable vision pour remettre le Québec sur les rails. De toute évidence, Philippe Couillard n’est pas ce leader. Le Québec ne peut plus se contenter de demi-mesures, de simulacres de réformes… L’État québécois est trop gros, trop interventionniste et trop gourmand. De nouvelles solutions doivent être envisagées, car le Québécois moyen étouffe, l’économie québécoise souffre et le Québec sombre. L’État providence agonise et une nouvelle génération d’acteurs politiques prêts à mettre fin à ses souffrances se fait cruellement attendre.

Mais pour qu’une nouvelle vision politique puisse naître, prospérer et prendre sa place au Québec, les Québécois ont aussi un rôle à jouer. Tant qu’ils ne seront pas prêts à faire face à la réalité – à reconnaître que le modèle québécois est cassé et que les acteurs traditionnels que sont le PLQ et le PQ font partie du problème plutôt que de la solution –, les ouarnements qui gouvernent sans vision se succéderont et les Québécois continueront à s’appauvrir – individuellement et collectivement.

Sébastien St-François

Rendez-vous référendaire à Boucherville

NCAB_RAPPORT_140708_Images_35__vue_sur_els_2_bassins_Web__2014117152024Source : boucherville.ca

Le lundi 10 novembre, un total de 902 personnes se sont déplacées à l’hôtel de ville pour signer un registre afin de manifester à l’administration municipale leur opposition à un règlement d’emprunt de 34 M$ pour financer un futur complexe aquatique. En vertu de la loi, il fallait 804 signatures pour bloquer ledit règlement d’emprunt.

C’est la deuxième fois depuis l’entrée en fonctions du maire Jean Martel en 2009 que des citoyens se mobilisent pour bloquer un règlement d’emprunt. En effet, en mars 2012, 1047 citoyens s’étaient mobilisés pour bloquer un règlement d’emprunt beaucoup moins élevé concernant l’aménagement d’une piste cyclable entre Boucherville et Saint-Bruno. Dans ce dossier, on connaît la suite. Plus tôt cette année, le maire est revenu à la charge avec le même projet de piste cyclable – cette fois décidant de faire fi de la démocratie en puisant dans les surplus de la Ville pour financer le projet au comptant et ainsi museler toute opposition possible de la part des citoyens. Ainsi est faite la Loi sur les cités et villes, censée protéger les citoyens des municipalités du Québec… J’avais écrit au ministre de l’époque, Sylvain Gaudreault, mais je n’avais eu droit qu’à un accusé de réception laconique en guise de réponse aux doléances exprimées dans ma lettre.

Dans le cas du complexe aquatique, la Ville ne dispose évidemment pas des liquidités nécessaires pour financer le projet au comptant. Donc, le soir même que le résultat de la signature de registre a été connu, le maire a annoncé que son projet fera l’objet d’un référendum en janvier ou février 2015.

Les citoyens ayant signé le registre ont voulu envoyer un message au conseil municipal, mais il y a lieu d’interpréter ce message correctement. Rares sont les Bouchervillois qui ne reconnaissent pas la vétusté de nos installations aquatiques et personne (à ma connaissance) ayant signé le registre ne s’oppose à la mise à niveau de ces installations qui ont vieilli au fil des ans. Là où ça accroche pour les signataires du registre, c’est au niveau du coût du projet proposé par l’administration municipale : 34 M$, c’est sans précédent, et ça ne tient pas compte des inévitables dépassements de coûts qu’on observe dans la vaste majorité des projets publics entrepris ici comme ailleurs. À Boucherville, pensons à des exemples récents comme le Cercle social Pierre-Boucher et le Centre d’arts. Dans un cas comme dans l’autre, le budget initialement annoncé n’a pas été respecté.

Le maire nous explique que nous devons agir rapidement pour ne pas perdre les quelque 10 M$ en subventions octroyées au projet. Il avance que le projet ne coûtera pas 34 M$, mais 24 M$. Il affirme également ceci, rapporté la semaine dernière par le journal La Seigneurie : « On a réussi à baisser la dette afin de se dégager une marge de manœuvre et être capable de réaliser le projet en limitant l’impact sur les comptes de taxes. »

À mon avis, un tel raisonnement ne tient pas la route pour deux raisons. Premièrement, qu’en est-il des autres priorités actuelles et futures de la municipalité? Pensons notamment aux travaux de réfection (voirie et réseau d’égouts). En 2009, notre déficit à cet égard atteignait quelque 40 kilomètres. Depuis 2009, selon le Palmarès des municipalités des HEC Montréal, la croissance annuelle moyenne des dépenses à ces chapitres a baissé de quelque 30 % dans le cas de Boucherville. Cela m’indique que le déficit se creuse depuis cinq ans. Quand on sait combien coûte la réfection complète (surface + souterrain) d’un kilomètre de voirie, nous en avons pour des dizaines de millions de dollars en dépenses prévisibles au cours des prochaines années – juste pour rattraper le retard accusé depuis le début du millénaire. Sachant cela, avons-nous vraiment les moyens de nous payer le complexe aquatique mis de l’avant par Jean Martel?

Deuxièmement, ce n’est pas parce que nous bénéficierions de subventions totalisant environ 10 M$ que nous avons les moyens de ce projet et que le coût définitif du projet se limitera à 34 M$ (24 M$ après subventions). C’est comme si vous aviez des travaux majeurs à faire effectuer sur votre maison. Votre budget est serré et vous devez également remplacer votre voiture. Vous n’en avez pas les moyens, mais vous vous laissez tenter par l’offre d’un vendeur de voitures de luxe, qui vous propose une réduction du prix de quelques milliers de dollars pour vous convaincre à signer… Est-il pour autant responsable de succomber à la tentation si la décision est mise en contexte?

Sur le plan démocratique, la signature du registre aura l’avantage de permettre la tenue d’un débat éclairé sur la question, et le fardeau de la preuve revient maintenant au conseil municipal. En effet, les membres du conseil municipal doivent nous donner toute l’information nécessaire afin que nous puissions nous prononcer sur leur projet en toute connaissance de cause. Les citoyens ont besoin d’obtenir les réponses à toutes leurs questions afin d’être en mesure de prendre une décision éclairée sur le bien-fondé d’investir autant d’argent dans un seul projet.

Quelques questions me viennent spontanément à l’esprit :

  1. En quoi ce projet (comprenons-nous bien, pas une mise à niveau de la piscine, mais le projet de 34 M$+ actuellement proposé par l’administration) est-il absolument nécessaire pour la population de Boucherville? Pourquoi un projet plus modeste et moins coûteux n’a-t-il pas été envisagé?
  2. En quoi ce projet est-il prioritaire et s’il allait de l’avant, quelle serait l’incidence sur la capacité de la Ville à financer adéquatement d’autres travaux prioritaires sans alourdir indûment le fardeau fiscal des contribuables?
  3. En quoi ce projet serait-il rentable pour Boucherville et sa population? Autrement dit, en avons-nous vraiment les moyens et quelle serait l’incidence (chiffrée) sur nos comptes de taxes futurs? L’information vague fournie par le maire à ce propos ne me satisfait pas.

Ce sera donc un dossier à suivre de près au cours des semaines et des mois à venir, et tout un chacun doit s’assurer d’avoir en main toute l’information pertinente et nécessaire pour prendre la décision la plus judicieuse qui soit en tenant compte de notre capacité de payer collective et des autres priorités de notre municipalité. Deux choix sont possibles : on accepte le grandiose projet qui nous est proposé ou on demande au conseil municipal de refaire ses devoirs et de nous revenir avec un nouveau projet plus modeste et donc d’une facture plus raisonnable.

Sébastien St-François

Même moule cassé, même bon peuple dupé

Photos_Communiques_V2Source : plq.org

On dit que six mois en politique, c’est une éternité. C’est vrai… Le 7 avril 2014 est bien loin dans mon esprit, le gouvernement Marois, encore plus. Mais alors? Le Québec a-t-il réellement progressé au cours des six derniers mois? En campagne électorale le printemps dernier, Philippe Couillard et ses sbires nous promettaient mer et monde. Par exemple, la création de 250 000 emplois sur cinq ans. Or, dans les faits, l’« effet libéral » en matière de création d’emplois se fait toujours attendre. Il s’est perdu 30 100 emplois à temps plein en octobre, ce qui porte le bilan depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir à -82 000 emplois. Alors que le taux de chômage a baissé dans le ROC et s’établit maintenant à 6,5 %, il a progressé de 0,1 % et se chiffre dorénavant à 7,7 % au Québec.

Dans son obsession à court terme d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 (tout indique que ce sont déjà les agences de notation qui dirigent le Québec et que Philippe Couillard n’est qu’une vulgaire marionnette à leur commande…), le gouvernement libéral – ne voulant/pouvant pas hausser directement le fardeau des familles québécoises – s’apprête à confier à d’autres acteurs sociaux l’odieuse mission d’en soutirer encore plus des poches de celles et ceux qui n’en ont plus à donner sans compromettre leur propre équilibre budgétaire – souvent très précaire. Pensons notamment aux 300 M$ en compressions imposées aux municipalités pour 2015 (préparez-vous à une autre hausse de votre compte de taxes municipales) et à la modulation des tarifs de services de garde (alors que l’impôt qui finance le gros de ce système est déjà modulé en fonction du revenu) à compter du 1er avril prochain.

Mais qu’en est-il du long terme? La réduction de la dette provinciale (qui a monté en flèche sous le règne de Jean Charest), le ménage dans les régimes de retraite relevant directement de Québec (déficit accumulé de 77 G$), une refonte en profondeur du système des commissions scolaires pour diriger un maximum d’argent vers les services directs aux élèves (que des engagements vagues de notre bon ministre de l’Éducation, le controversé [pour rester poli] Yves Bolduc)? Rien. Jusqu’à maintenant, le grand ménage promis par Philippe Couillard semble se limiter à la bonne vieille recette que libéraux et péquistes utilisent depuis des lunes : pelleter ailleurs, puis le CONtribuable assumera la facture sous une forme ou une autre. Très décevant, mais prévisible en réélisant un « bon gouvernement libéral »…

De toute évidence, le bon vieux moule que les premiers ministres se lèguent depuis des décennies a trouvé preneur en avril dernier. Les Québécois se sont fait promettre un gouvernement Couillard 1.0 – résolu à remettre de l’ordre dans l’État québécois – et ils ont mordu massivement à l’hameçon, dans leur désir de se débarrasser d’un gouvernement péquiste qui n’allait nulle part. Tout indique que les Québécois ont encore une fois été dupés par un « vieux » parti et ses promesses creuses. En effet, ce qui nous gouverne depuis avril dernier n’est rien d’autre qu’un gouvernement Charest 2.0. Manquant le courage politique nécessaire pour effectuer de réelles coupes dans l’État tentaculaire sans cesse grandissant et envahissant dans la Belle Province, le gouvernement Couillard se contente de répéter la recette du gouvernement Charest des années 2003 à 2012 : on alourdit le fardeau fiscal de la masse en passant par la porte d’en arrière… On confie à d’autres intervenants (municipalités, CPE, sociétés d’État comme Hydro-Québec) l’odieuse tâche d’en puiser encore plus dans nos poches.

Je n’ai pas voté pour le candidat libéral dans ma circonscription aux dernières élections. Je suis néanmoins pris à vivre avec la décision de la majorité jusqu’en 2018. Ainsi va la démocratie. Mais, de toute évidence, le moule est cassé. Que les péquistes ou les libéraux soient aux commandes de la province, le Québec s’appauvrit d’année en année, tout comme les Québécois à force de se faire ponctionner le porte-monnaie par un État qui leur en demande toujours plus sans leur donner une qualité de services à laquelle ils sont en droit de s’attendre pour leur argent.

C’est bien plate à dire, mais le Québec et les Québécois continueront à s’appauvrir tant et aussi longtemps que les vieux partis s’échangeront le pouvoir. Et le PQ et le PLQ nous montrent de quel bois ils se chauffent et des résultats dont ils sont capables depuis des décennies. Peu importe qui est à la tête de ces partis aux idéologies d’une époque révolue, le résultat est le même : la province continue à sombrer dans la dèche et les réels problèmes ne se règlent pas. Au contraire, ils s’empirent, car on continue de les pelleter dans la cour des générations qui nous suivront : finances publiques, santé, éducation, justice… Pendant combien de temps encore pouvons-nous réellement confier le pouvoir à des acteurs politiques qui s’entêtent à faire usage d’un moule qui est caduque? Pis encore, d’élection en élection, une majorité suffisante continue à fonder tous ses espoirs dans l’un ou l’autre de ces vieux partis.

Les prochaines élections n’auront pas lieu avant 2018. En ayant recours une fois de plus à la duperie, le PLQ s’est confortablement installé au pouvoir pour un mandat de quatre ans et demi. Ce mandat est très mal parti si les Québécois pensaient avoir élu un parti qui ferait enfin le grand ménage nécessaire pour tenter d’éviter « le mur » ou – du moins – le heurter moins violemment. Tout indique que nous aurons plutôt droit à une facture fiscale encore plus lourde et que les vrais problèmes demeureront entiers à la fin du mandat en cours.

Les libéraux nous démontrent encore une fois que, tant que nous nous contenterons du vieux moule que les gouvernements qui se succèdent utilisent depuis maintenant trop longtemps, la recette sera la même : le Québécois moyen paiera de plus en plus cher pour les services publics, le Québec demeurera lourdement endetté et pauvre, et les générations qui nous succéderont – nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants – ne l’auront pas facile, hypothéquées leur vie durant en raison des choix et du manque de courage politique des deux partis qui s’échangent le pouvoir depuis la Révolution tranquille.

En 2018, ça nous prend un nouveau moule, de nouveaux acteurs politiques et une nouvelle vision de ce qu’est l’État si nous voulons avoir une chance de sauver ce qui reste du Québec. Surtout, il faudra qu’une majorité d’électeurs se rendent compte que le vieux moule usé ne fonctionne plus et que les vieux partis ont échoué à rompre avec la tradition ayant mené à la situation actuelle…

Sébastien St-François

Boucherville a perdu le sens des priorités

annonce_budget_groupe_17dec2014_media_WEB_20131218909Source : boucherville.ca

Je suis de ceux qui signeront le registre à l’hôtel de ville le lundi 10 novembre pour m’opposer au règlement d’emprunt de 34 M$ pour financer le projet de complexe aquatique du maire Jean Martel.

Pourtant, je suis favorable à l’aménagement d’une nouvelle piscine, car notre piscine municipale est une véritable honte. Chaque fois que j’accompagne mon fils à ses cours de natation hebdomadaires, je n’en reviens pas combien cette installation est rendue vétuste, non hygiénique et j’en passe…

Par contre, un moment donné, il faut avoir le sens des priorités. Selon le Palmarès des municipalités dressé par HEC Montréal, Boucherville se classe au 652e rang sur 766 municipalités à l’échelle provinciale (au 22e rang sur 24 pour ce qui est des municipalités de 25 000 à 49 999 habitants). Le panier de services y coûte 42,9 % plus cher que dans les municipalités de même taille. Entre 2009 et 2012 (premier mandat de Jean Martel), la croissance annuelle moyenne des coûts de voirie par kilomètre et des coûts du réseau d’égout par kilomètre de conduite a baissé de 30,3 % et de 27,36 % respectivement. Cela m’indique que nous accusons de plus en plus de retard dans la réfection de nos infrastructures routières et souterraines – pourtant une priorité absolue quelle que soit la municipalité.

Quant au projet de complexe aquatique du maire, il y a déjà eu dépassement des coûts d’architecture de l’ordre de 25 %. Dans le passé, plusieurs des projets chers à notre maire ont coûté plus cher qu’annoncé : pensons au Cercle social Pierre-Boucher et au Centre d’arts (projet non encore terminé en raison de moult problèmes). Je suis donc peu confiant que l’enveloppe de 34 M$ pour le complexe aquatique soit respectée à terme.

Boucherville compte 42 000 âmes et environ 15 000 contribuables. À mon avis, un projet de 34 M$ – même en tenant compte de subventions de l’ordre de 10 M$ selon l’administration municipale – dépasse la capacité de payer de notre population si nous tenons compte de toutes les autres priorités qui sont actuellement négligées pour des raisons politiques. Oui, ça nous prend de nouvelles installations aquatiques, mais le projet du maire est trop ambitieux pour nos moyens. Le déficit d’entretien de nos infrastructures s’alourdit (tôt ou tard, ça va finir par nous « péter dans la face ») et Québec vient d’imposer des compressions de l’ordre de 300 M$ pour 2015. Il y aura nécessairement un manque à gagner…

Malgré les paroles réconfortantes de notre maire et de son responsable des finances (Dominic Lévesque), ça ne va pas si bien que cela à Boucherville si on se fie au palmarès de HEC Montréal. Je vais donc m’opposer au règlement d’emprunt pour le complexe aquatique et demander au conseil municipal de refaire ses devoirs.

La gestion des deniers publics est responsable et rigoureuse à Boucherville? Permettez-moi d’entretenir mes doutes…

Sébastien St-François

Couper, ce n’est pas pelleter dans la cour des autres

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La commission Robillard est au travail et commence à formuler des recommandations. On pouvait lire dans La Presse du mercredi 29 octobre qu’elle aurait ciblé 2 milliards de dollars de coupes, notamment en programmes agricoles, en transferts aux municipalités, en aide aux entreprises et en services sociaux.

On voit déjà poindre le scénario à l’horizon : Québec, dans sa quête d’équilibre budgétaire pour présenter un beau bilan à la population et se féliciter d’un travail bien fait, modifie le Pacte fiscal avec les municipalités et impose de lourdes réductions à ces dernières. Soudainement, les municipalités sont confrontées à un manque à gagner alors qu’en vertu de la loi, elles ont l’obligation de déposer un budget équilibré chaque année. Qui pensez-vous fera les frais de ces manques à gagner? Plusieurs des mêmes contribuables dont Québec prétend défendre les intérêts en voulant imposer ses mesures d’austérité.

C’est un scénario vieux comme la politique elle-même. Dans les années 1990, Paul Martin a équilibré les finances fédérales entre autres en sabrant dans les transferts aux provinces. Plus récemment, le gouvernement Marois a eu recours à la même tactique, en éliminant le programme de péréquation dont bénéficiaient les commissions scolaires (programme mis en place par les libéraux de Jean Charest). Résultat : il y a eu hausse marquée des comptes de taxes scolaires en 2013-2014 sans que les impôts provinciaux baissent pour autant. Et les remboursements « promis » dans la foulée de ces hausses se font toujours attendre. Au contraire, plus d’un propriétaire a vu son compte augmenter à nouveau en 2014-2015.

Peu importe la mesure, c’est toujours au même contribuable – celui même qu’on dit vouloir soulager – qu’on refile la facture au bout du compte.

En sabrant dans les transferts aux municipalités, le gouvernement Couillard n’atteindrait aucunement le but qu’il s’est prétendument donné, soit de réduire les dépenses de l’État sans alourdir le fardeau des contribuables. Les municipalités, dont plusieurs peinent déjà à rendre des services adéquats à leurs citoyens et dont les budgets prévoient déjà des hausses d’impôts fonciers année après année, refileraient naturellement la facture des mesures imposées par Québec à leurs contribuables résidentiels, commerciaux et industriels.

Au salaire qu’est payée Lucienne Robillard (265 000 $) et au prix que nous coûte cette commission de révision des programmes (3,8 M$), le contribuable est en droit de s’attendre à mieux qu’un simple transfert de fardeau fiscal d’un niveau de gouvernement à un autre. Qu’il s’agisse de gouvernement provincial, de gouvernement municipal ou de « gouvernement scolaire », les mesures devraient permettre au contribuable – plus souvent qu’autrement étouffé par un fardeau qui ne cesse de s’alourdir sous la forme de droits, de frais et de taxes de toutes sortes – de respirer un peu mieux. Il faut cesser de décourager le travail au Québec; or, à force d’en taxer le fruit, c’est exactement ce qu’on fait. Too much tax kills tax. Ce n’est pas pour rien que Montréal se classe au dernier rang des villes canadiennes favorables à l’entreprenariat, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Mme Robillard et les membres de la Commission de révision des programmes doivent refaire leurs devoirs et suggérer de vraies coupures qui se solderont par de réelles économies pour celles et ceux qui financent un État tentaculaire qui ne cesse de leur dérober une plus grande part de leur revenu disponible. L’exercice sera ardu, alors que les employés de l’État revendiquent 13,5 % d’augmentation sur trois ans, revendication que le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, a vite qualifié de venant « d’une époque où effectivement on s’endettait pour payer les dépenses d’épicerie ».

Sébastien St-François

« Dérangez-moi pas! »

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La table est mise… Dans la foulée des congédiements et des suspensions prétendument injustifiés – dont celle de nul autre que Ronald Martin, le chef syndical des pompiers de Montréal – après le saccage de l’hôtel de ville de Montréal le 18 août dernier et devant l’intransigeance du gouvernement de Philippe Couillard, le porte-parole de la Coalition pour la libre négociation syndicale, Marc Ranger, nous promet maintenant un « grand dérangement ».

D’affirmer M. Ranger : « On va s’assurer qu’il y ait [sic!] de la discipline dans nos actions, mais on appelle ça un grand dérangement. Oui, ça va déranger. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. » Je dirais ceci à M. Ranger : Vous marchez sur des œufs, cher monsieur… Déjà le public payeur n’est pas très sympathique à la cause des syndiqués municipaux. Bien des femmes et des hommes se lèvent chaque matin pour se rendre travailler sans bénéficier des conditions de travail dorées et blindées des employés municipaux. Ces femmes et ces hommes subissent les soubresauts des marchés financiers et observent avec impuissance le pécule qu’ils tentent de se constituer en vue de leur retraite encaisser des pertes plus ou moins lourdes. Ces investisseurs ont dû attendre des années avant que leur portefeuille ne se rétablisse des pertes subies lors du krach de 2008. On venait à peine de sortir du rouge et de commencer à connaître des rendements plus favorables que le cycle boursier nous replonge dans la voie de la croissance négative.

En effet, les marchés boursiers sont malmenés depuis des semaines, notamment en raison de l’anxiété à l’égard de l’économie mondiale. Tant à New York qu’à Toronto et ailleurs sur la planète, les indices ont reculé au cours des dernières semaines. Les marchés sont très volatils. J’ai moi-même communiqué avec mes gestionnaires de placements au cours des derniers jours pour connaître l’état de mon propre portefeuille. On m’indique que « nous ne sommes pas négatifs par rapport à janvier 2014 ». C’est bien beau, mais mon objectif en me constituant mon propre fonds de retraite (statut de travailleur autonome oblige) est de voir l’argent que j’y place « faire des petits ». Faire du surplace ou reculer, ce n’est pas très rassurant pour l’avenir. Mais ainsi vont les marchés boursiers…

Nous avons ensuite les employés municipaux – à qui tout serait dû – qui refusent obstinément d’être soumis aux mêmes règles. Ils tiennent mordicus à leurs avantages indécents que nous n’avons plus les moyens collectifs de leur payer. Devant leur impuissance à faire plier le gouvernement jusqu’à maintenant, ils menacent donc de « déranger » celles et ceux qui financent – contre leur gré – les conditions dorées dont ils jouissent depuis des années. Pas sûr que ce soit une stratégie gagnante… M. Ranger, j’ai un message clair à vous transmettre : « Dérangez-moi pas! » Je suis trop occupé à travailler et à payer toutes sortes de taxes et d’impôts pour financer entre autres vos jobs et vos régimes de retraite. Je n’ai ni le temps ni l’envie de me faire entraver par votre « grand dérangement ». Vos œufs, cassez-les entre vous et foutez la paix à la population et – surtout – aux contribuables qui vous ont été très généreux pendant très longtemps! Vous n’avez aucun droit de nous prendre en otage!

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale…

C’est le silence radio. Rien sur les mesures que le gouvernement compte prendre pour assainir d’autres régimes de retraite qui relèvent directement de Québec et qui sont drôlement plus déficitaires que ceux des municipalités visés par le projet de loi 3 : la Sûreté du Québec, les juges (Cour du Québec et cours municipales) et les membres de l’Assemblée nationale eux-mêmes. Au total, les régimes de retraite administrés par Québec sont déficitaires de quelque 77 milliards de dollars (l’équivalent du tiers de la dette québécoise).

Le 2 octobre dernier, en réponse à une question de Benoit Dutrizac du 985FM, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a lancé la balle dans le camp de Jacques Chagnon. Jacques Chagnon, président de l’Assemblée nationale et député de Westmount, qui y sera réélu jusqu’à sa mort ou jusqu’à ce qu’il tire sa révérence de la vie politique, ne bouge pas d’un iota et refuse même de s’expliquer publiquement. Un grand démocrate, quoi!

On peut bien ne pas être sympathique à la cause de Marc Ranger et de sa bande, mais on peut certainement comprendre leur frustration quand nul autre que le président de l’Assemblée nationale se cache derrière le Bureau de l’Assemblée nationale, qui siège à huis clos, et refuse jusqu’à maintenant de donner l’exemple en assainissant ses propres régimes de retraite déficitaires de près de 200 millions de dollars pour 532 cotisants. Comme dirait l’autre, c’est pas fort!

Sébastien St-François

PKP : Et si ce n’était qu’une ruse?

PKP
C’est un secret de polichinelle : Pierre Karl Péladeau sera de la course à la chefferie du PQ pour succéder à Pauline Marois – si course il y a. En fait, selon un récent sondage, à 53 %, il devancerait de loin d’autres prétendants au poste comme Bernard Drainville, Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, dont les appuis varieraient entre 2 % et 7 % tout au plus.

Au cours des derniers jours, M. Péladeau a multiplié ses sorties dans les médias pour se positionner. Notamment, il se dit contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard et pour le maintien des programmes sociaux et se porte à la défense des plus vulnérables de la société. Il a beau se justifier en affirmant qu’il tient un discours en phase avec les valeurs que partagent les Québécois, ce virage à gauche est certes surprenant venant du « roi des lock-out » du Québec ayant jeté plus d’un travailleur québécois à la rue pendant son règne à la tête de l’empire Quebecor.

Il faut d’ailleurs se demander dans quelle mesure son discours est vraiment en phase avec la réalité du Québec. Lors de l’annonce de sa candidature au poste de député de Saint-Jérôme en avril dernier, son poing levé et sa déclaration farouchement souverainiste ont marqué le début de la descente aux enfers pour Mme Marois et sonné le glas de la carrière politique de cette dernière. Une nette majorité de Québécois n’en veulent pas d’un troisième référendum, du moins pas à ce moment-ci de leur histoire. Leurs priorités sont ailleurs. C’est d’ailleurs un constat dont ont pris acte certains prétendants plus modérés dans les rangs péquistes comme MM. Drainville et Lisée.

Pour ce qui est de l’austérité – ou de la réduction des dépenses publiques –, M. Péladeau vit sur une autre planète qu’il croit que nous puissions maintenir le cap… Juste pour atteindre l’équilibre budgétaire l’an prochain, l’État doit réduire ses dépenses de l’ordre de 3,2 G$. Juste pour l’an prochain… La ceinture devra également être serrée au cours des exercices à venir. La croissance économique et la croissance des emplois ne sont pas au rendez-vous. La semaine dernière, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a avoué que le Québec ratera sa cible en matière de création d’emplois pour 2014. Au net, il s’est perdu 21 000 emplois au Québec depuis le début de l’année, et la chute est marquée depuis le mois d’avril (l’arrivée au pouvoir des libéraux de Couillard).

Oui, le gouvernement libéral de Philippe Couillard fait preuve d’une grande maladresse depuis plusieurs semaines : ballons lancés tous azimuts dans les médias presque quotidiennement et acteurs plus ou moins crédibles pour défendre les compressions envisagées (Yves Bolduc en tête)… On peut même se demander si ce ne sont pas déjà les agences de notation et les créanciers qui tirent sur les ficelles en coulisses tellement le gouvernement semble faire preuve d’amateurisme dans sa grande précipitation pour réduire les dépenses étant donné que les revenus de l’État n’augmentent tout simplement pas pour différentes raisons.

Il faudrait donc que M. Péladeau nous explique comment il ferait concrètement pour rétablir la santé financière du Québec sans sabrer dans les généreux programmes sociaux qui lui sont si chers, mais que nous ne parvenons plus à financer sans nous enfoncer de plus en plus dans l’endettement et, ce faisant, sans hypothéquer davantage les futures générations de Québécois. Il accuse le gouvernement libéral de manquer de vision (je concède), mais il sera intéressant de connaître sa recette miracle pour sortir le Québec de son profond marasme si/une fois qu’il sera installé dans le fauteuil de chef de sa formation politique.

Ce texte a été rédigé avant que ne soient annoncées les règles du jeu de la prochaine course à la chefferie du Parti Québécois. Cependant, si on se fie à l’histoire de ce parti, tout indique que PKP en deviendra le prochain chef, car le PQ s’est toujours donné le chef qui partait en avance selon un article paru dans La Presse samedi dernier. Course ou couronnement? Voilà la question qui demeure, et j’imagine que nous connaîtrons la réponse sous peu.

PKP ne s’est pas lancé en politique pour être député. Il vise rien de moins que le poste de premier ministre. Pour ce faire, il doit d’abord se faire élire (ou couronner) chef du Parti Québécois. De ce que je connais du PQ, ses militants n’éliraient pas le « roi des lock-out ». Il est donc légitime de se demander si le soudain virage à gauche de M. Péladeau ne soit rien d’autre qu’une ruse pour amadouer la faction gauchiste du parti et accéder aisément au poste qu’il convoite. Si Pierre Karl Péladeau succède à Pauline Marois, il devra ensuite élaborer un programme à présenter aux électeurs en vue des élections de 2018. Là aussi, je le vois difficilement proposer un programme de droite comme celui du Parti conservateur du Québec s’il espère gagner la faveur – et le vote – des péquistes.

Pour terminer, je ne suis vraiment pas un partisan de Jean-François Lisée, mais il a raison sur un point. Si Pierre Karl Péladeau veut devenir chef du PQ et convoiter la fonction de premier ministre du Québec, il doit se départir de ses actions dans Quebecor, ce qu’il refuse de faire. Même lorsqu’on est multimilliardaire, on doit parfois faire des choix et on ne peut tout avoir. M. Péladeau devra choisir entre son ambition politique et le « legs de son père ». Et on peut se demander, s’il réussit à se faire élire premier ministre en 2018, s’il gérera le Québec comme il a géré son empire médiatique…

Sébastien St-François

Il était une fois un fisc trop vorace…

Revenu-Québec
C’est sans surprise qu’on apprenait la semaine dernière que l’impôt entrave l’économie québécoise selon une étude de l’Institut Fraser intitulée Compétitivité fiscale du Québec : une barrière à la prospérité. Cette étude compare les taux d’imposition des individus et des entreprises au Québec avec ceux des autres provinces canadiennes et des États américains.

Certains taxeront d’emblée l’Institut Fraser de « méchant think-tank de droite », mais les chiffres sont les chiffres. Pour deux des trois niveaux de revenu annuel évalués (50 000 $CA et 75 000 $CA), les contribuables québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. À un niveau de revenu annuel de 150 000 $CA, les Québécois arrivent au deuxième rang des contribuables les plus lourdement imposés sur le continent, après Les Néo-Écossais. Et c’est sans compter la pléthore d’autres taxes, droits et frais de toutes sortes que perçoit annuellement l’État québécois. Selon l’Institut Fraser, notre fardeau fiscal est tellement lourd qu’il nuit à la croissance de notre économie. Une conclusion contraire serait surprenante.

Bien entendu, les impôts sont essentiels pour couvrir le coût des services publics de base. Cependant, malgré la lourdeur de notre fiscalité, nous peinons à financer adéquatement nos services publics essentiels : le réseau de la santé – qui accapare grosso modo la moitié du budget annuel de l’État québécois – est affligé par de graves problèmes d’accessibilité, les commissions scolaires coupent dans les services aux élèves, l’état de nos infrastructures collectives est lamentable, etc. De toute évidence, le modèle social-démocrate dont le Québec s’est doté ne fonctionne plus. En clair, nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens et nous nous tirons dans le pied si nous pensons que c’est en demandant à ceux qui font déjà largement plus que leur juste part d’en faire encore plus que nous nous porterons mieux collectivement.

D’une part, l’État québécois maintient en place des structures totalement inutiles comme la Commission municipale du Québec et perpétue le dédoublement de systèmes comme celui de déclaration de revenus (nous sommes les seuls au Canada qui devons produire annuellement deux déclarations de revenus). C’est sans compter le véritable déluge de subventions et de crédits d’impôt qui déferle sur la province chaque année. D’autre part, depuis des années, ce sont toujours les mêmes qui sont appelés à contribuer davantage à l’assiette fiscale. Au Québec, les « riches » ont le dos large…

En effet, les 15 % de contribuables gagnant plus de 70 000 $ paient la moitié de l’impôt sur le revenu. Pour ce groupe, des services comme la santé et l’éducation sont loin d’être « gratuits »; de tels services leur coûtent très cher chaque année. Et ces contribuables qui sont devenus la vache à lait de l’État au fil des décennies en ont de moins en moins pour leur argent. Pour ma part, pas une année ne passe sans que j’aie la désagréable sensation de me faire flouer.

Il y a un exercice auquel j’ai toujours voulu me prêter, mais ce n’est toujours pas fait. Il faudrait que je comptabilise la totalité des sommes que je verse aux différents niveaux de gouvernement au cours d’une année donnée : impôt fédéral, impôt provincial, impôt foncier, taxe scolaire, taxes de vente, droits et frais de toutes sortes. Deux raisons expliquent ma procrastination : je suis trop occupé à travailler pour alimenter le fisc et je serais totalement découragé par le chiffre auquel j’arriverais après avoir additionné la totalité de ce que je contribue à la société.

Créée en juin dernier par le gouvernement de Philippe Couillard, la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise est chargée d’un mandat fort complexe, celui de formuler des propositions visant à accroître l’efficacité, l’équité et la compétitivité du régime fiscal tout en assurant le financement des services publics. Ce sera tout un défi à relever.

Comme on dit en anglais, « Too much tax kills tax » (trop d’impôt tue l’impôt). Par rapport à la plupart des États sur ce continent, le Québec est très généreux envers celles et ceux qui ne contribuent pas à l’assiette fiscale (il faut savoir qu’environ 40 % des contribuables québécois ne paient pas d’impôt provincial). Par contre, il est en train de carrément étouffer bon nombre des 20 % les plus riches qui paient 70 % de l’impôt total perçu – la classe dite « moyenne » qui fait l’objet d’innombrables ponctions de l’État. Or ce sont ces contribuables qui devraient pouvoir respirer un peu pour contribuer à faire prospérer notre économie. Toutefois, moins ils disposent de revenu disponible, moins ils sont en mesure de faire rouler l’économie. L’équation est à la fois simple et implacable.

Il faudra que les travaux de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise soient plus que cosmétiques; une réforme fiscale en profondeur s’impose au Québec dans un double objectif : redistribuer plus efficacement les montants perçus en impôts et taxes, d’une part, et rendre le modèle de perception plus équitable envers ceux qui font vivre l’État québécois, d’autre part.

Et le temps presse… Le Québec s’enlise et son régime fiscal est en train d’étouffer son économie. La solution à nos problèmes de finances publiques ne passe pas par l’alourdissement d’un fardeau fiscal qui est déjà trop lourd. Comme contribuable déjà lourdement taxé, j’espère que Philippe Couillard et son gouvernement l’ont compris et qu’ils agiront en conséquence.

Mais quand je lis, par exemple, que le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc (un homme dont la crédibilité est irrémédiablement entachée tant qu’à moi), envisage de saccager le réseau de l’enseignement privé, ça ne m’inspire pas confiance. On ne règle pas des problèmes en en créant de nouveaux…

Sébastien St-François

Crédibilité en péril!

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Il appert qu’au fil des semaines, depuis quelques mois, Philippe Couillard et le gouvernement qu’il dirige manquent de plus en plus de crédibilité pour appliquer les vastes mesures d’austérité qu’ils s’apprêtent à mettre en place. C’est rendu que pratiquement pas une seule journée passe sans l’annonce de mesures envisagées (compressions dans les universités, coupes dans le RQAP, modulation des tarifs de garderie selon le revenu, etc.). Chaque fois, s’ensuit une levée de boucliers au sein d’un groupe ou d’un autre de la société. Il faut couper, mais personne ne veut se faire couper dans sa cour. Coupez ailleurs, mais pas chez nous…

À mon avis, deux facteurs expliquent cette baisse de crédibilité qui mine l’autorité morale du gouvernement pour faire passer ses mesures d’austérité.

Premièrement, il y a cette culture de primes qui perdure au sein de l’État québécois. Par exemple, nous avons appris la semaine dernière que l’ex-déléguée à Mexico, Christiane Pelchat, a reçu une prime de 95 000 $ après avoir quitté volontairement ses fonctions pour accepter un poste en Afrique. 95 000 $, c’est une goutte d’eau dans le seau du budget du Québec, vous allez dire. C’est vrai, mais le principe demeure. Si c’est rendu que nous devons envisager des compressions dans la santé, l’éducation, etc., comment se fait-il que nous avons encore les moyens de verser des primes à celles et ceux qui quittent volontairement leurs fonctions dans l’appareil gouvernemental? Réaction de Philippe Couillard : Il estime que les délégués sont des contractuels embauchés par le gouvernement et devraient recevoir une prime même lorsqu’ils quittent leur poste volontairement. Pas fort…

Comme ce n’est pas fort qu’il se soit porté à la défense de son collègue médecin et ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, après que les médias eurent dévoilé qu’il avait empoché une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de suivre 1 500 patients, patients qu’il a ensuite dû larguer lorsqu’il est redevenu ministre. Ce que M. Couillard a initialement qualifié de « tempête dans un verre d’eau » continue à le hanter à ce jour. L’opposition continue à réclamer la démission de M. Bolduc et, la semaine dernière, le chroniqueur Gilbert Lavoie du quotidien Le Soleil a à son tour sommé M. Bolduc de quitter le cabinet ministériel pour des raisons qui semblent évidentes pour tous, sauf le principal intéressé et son patron politique. Nonobstant son incompétence en matière d’éducation, Yves Bolduc est devenu un boulet dans un gouvernement qui demande au peuple québécois de se serrer la ceinture une fois de plus, mais le premier ministre le garde en poste et continue à défendre le geste indéfendable de son ministre.

Deuxièmement, il y a la situation des régimes de retraite qui relèvent directement de Québec (juges, Sûreté du Québec, etc.), dont celle des régimes de retraite des parlementaires eux-mêmes qui accusent un déficit frôlant les 200 millions de dollars. Alors que le gouvernement veut assainir les régimes de retraite municipaux en imposant son projet de loi 3, il ne semble aucunement prêt à faire le ménage dans ses propres régimes ou dans les autres régimes provinciaux qui sont drôlement plus déficitaires que ceux des municipalités!

Encore une fois, c’est la politique de deux poids deux mesures. Pour ne pas mettre en péril sa crédibilité et son autorité morale – deux conditions fondamentales en démocratie même s’il est majoritaire –, le gouvernement devra absolument appliquer le principe enchâssé dans son projet de loi (participation 50/50 aux déficits accumulés et aux cotisations futures) à l’ensemble des régimes de retraite publics, y compris aux siens. Sinon, comment peut-il être crédible et comment le projet de loi 3 peut-il être reconnu comme équitable et respecté sans s’attendre à une levée de boucliers de la part des syndiqués municipaux?

Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse a écrit un excellent billet la semaine dernière intitulé « Les arbres et la forêt ». De citer M. Dubuc : « On ne s’en sortira pas si on continue de regarder les arbres un à un, au lieu de regarder la forêt. […] Ces mesures n’ont de sens que lorsque l’on tient compte de la situation d’ensemble, un déficit structurel qui ne s’en va pas, une dette qui augmentera, et une situation de crise qui sera bien pire dans quelques années que celle que nous vivons actuellement si nous ne faisons rien maintenant. » Il a raison. Nous n’avons plus le luxe de pelleter par en avant si nous voulons assainir les finances de l’État québécois et tenter tant bien que mal d’assurer la pérennité de nos services publics essentiels. Nous ne pouvons nous permettre une autre « réingénierie de l’État » ratée comme celle de Jean Charest en 2003.

Cependant, si le gouvernement Couillard est pour avoir la crédibilité et l’autorité morale nécessaires pour procéder au grand ménage, il va absolument falloir qu’il montre l’exemple – et le temps presse. Il ne peut imposer ses mesures d’austérité au Québec sans les imposer dans ses propres rangs à Québec. M. Couillard doit comprendre que la forêt que décrit Alain Dubuc comprend aussi l’Assemblée nationale et tout ce qui y gravite autour…

Sébastien St-François